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DO ELOGE DE PERRAULT

parce qu'il découle, des glandes qui aboutissent à sa peau, une liqueur assez abondante.

Le pélican enfin est une espèce d'oiseau de proie aquatique. Au-dessous du bec et de la partie antérieure du (OU, est un sac membraneux qui s'ouvre dans le bec, et où cet oiseau peut conserver les poissons qu'il a enlevés, et les rendre ensuite à ses petits. De là les anciens imaginèrent que, lorsque ses petits manquaient de nourriture, le pélican s'ouvrait l'estomac, et les nourrissait de son sang. Les peintres lui ôtèrent la poche, et lui donnèrent la figure d'un aigle; sa figure naturelle leur paraissait trop ignoble. Les pères tendres, les rois bons, ou appelés tels, étaient comparés sans cesse au pélican; et comme si tout cela n'eut pas encore été assez merveilleux , quelques écrivains des siècles d'ignorance avaient avancé, dans des ouvrages sérieux, que le pélican ressuscitait ses enfants morts en les arrosant de son sang.

Qu'un vrai philosophe est heureux, lorsqu'il peut détruire de telles absurdités, qui paraissent indifférentes en elles-mêmes, mais qui, entourant les hommes d'erreurs et de merveilles, les disposent à en adopter de plus funestes à leur bonheur! comme sont, par exemple, ces remèdes auxquels on attribue des vertus chimériques, et qui, s'ils ne sont pas même nuisibles , empêchent du moins qu'on n'ait recours aux remèdes vraiment salutaires.

Il était impossible qu'un esprit aussi philosophique que celui de Perrault se fût occupé si longtemps de dissection, sans avoir eu des vues générales

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et importantes sur l'économie animale; il les a proposées dans ses œuvres de physique.

Elles renferment un traité sur le son, fort étendu, mais où l'on trouve trop d'explications vagues, et trop peu de géométrie. Dans la description détaillée de l'organe de l'ouïe et de ses différentes parties, l'auteur fait un usage heureux de l'anatomie comparée; il v remarque qu'il faut des jugements, des raisonnements même, pour apprendre a voir, à entendre, à éviter les erreurs des sens. Cette espèce de métaphvsique expérimentale inconnue aux anciens, et introduite par Descartes dans la philosophie , avait fait des progrès rapides, et servait déjà à comhattre son système sur les animaux, comme elle a servi depuis à détruire ses autres erreurs métaphysiques.

Le traité sur la Mécanique des animaux contient une foule d'observations curieuses sur leurs divers organes , et sur l'usage qu'ils ont su faire de ces organes. Tous ont des sens, se meuvent, se nourrissent et se reproduisent; mais leurs moyens sont différents , en sorte que ces êtres n'ont rien de commun entre eux que la faculté de sentir, et cette disposition inconnue de leurs éléments qu'on nomme organisation.

On voit avec peine, dans ces différents morceaux de physique, une teinte de cet esprit systématique qu'on confondait alors avec l'esprit philosophique. L'un cherche des vérités, l'autre met des choses plausibles à la place des vérités qu'il n'a pu trouver, et se débarrasse ainsi de l'inquiétude ou de la honte de l'ignorance. Il faut être bien riche en connais-

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sances réelles pour avoir le courage de convenir de ce qu'on ignore, comme il faut qu'une femme soit très-belle pour qu'elle ose parler des défauts de sa figure.

Quoique Perrault (i) ait été quelquefois trop systématique, cependant il s'éleva avec force contre une des plus dangereuses productions de l'esprit de système, la transfusion du sang. Il l'avait niée dès le ^ moment où elle fut annoncée : Tl serait plaisant, disait-il, qu'on put changer de sang comme de chemise. Il combattit ensuite les raisonnements et les expériences des partisans de la transfusion, par des raisonnements plus plausibles, et surtout par des expériences faites avec plus de soin.

Perrault était né avec un talent distingué pour la mécanique. Il a donné les dessins de plusieurs machines, dont la plupart ont été employées dans les travaux qu'il a dirigés.

La traduction de Vitruve manquait à l'architecture, et sans Perrault elle lui manquerait peut-être encore. Il réunissait le goût , l'érudition et le savoir nécessaires pour réussir dans cette entreprise, où il fallait un homme qui conru'it également bien les anciens, les arts et la mécanique. Le texte de Vitruve avait été défiguré par des copistes ou des commentateurs qui ignoraient les arts; douze siècles de barbarie avaient anéanti toute tradition sur les procédés que les anciens employaient; souvent il fallait songer moins à entendre ce qui était dans l'original, qu'à suppléer ce

(i) Perrault avait peu de confiance en ses propres systèmes, qu'il ne reijarclait qu© comme des hypothèses plaiisihles.

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qui aurait dû y être. Perrault joignit à sa traduction des remarques , qui forment un ouvrage aussi utile pour le moins que celui de Vitruve; il fit jusqu'aux dessins des planches dont ce livre est orné, et ces dessins sont regardés comme des chefs-d'oeuvre en ce genre.

Perrault avait trois frères : un , docteur en théologie, qui fut exclu de la Sorbonne en même temps que le fameux Arnauld ; le second , receveur général des finances de Paris, auteur d'un traité sur l'origine des Fontaines, et de la traduction de la Seccliia rapita;\e troisième, enfin, premier commis de la surintendance des bâtiments, connu dans son temps par ses poésies, et qui ne l'est plus maintenant que par la hardiesse qu'il eut de critiquer les anciens, de montrer à quel point d'imperfection ils avaient laissé les arts, et de prétendre qu'il n'est pas absolument absurde de consulter quelquefois la raison dans les jugements, même sur les choses de goût. Cette opinion était celle de tous les Perrault, et c'est en quoi consistait cette bizarrerie de famille que Despréaux leur reproche. Les trois philosophes n'opposèrent jamais qu'une sage modération aux emportements du poète.

Ce sont eux principalement qui ont inspiré à Colbert de protéger les sciences d'une manière si flatteuse pour les savants, et si honorable pour luimême. Le cardinal de Richelieu n'avait vu , dans les gens de lettres, que des hommes utiles à sa gloire : Colbert, dirigé par Perrault, les traita comme des hommes utiles à l'humanité, dont la gloire honore leur pays et leur siècle.

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Cette justice, rendue aux talents parla puissance, a rappelé les gens de lettres à la dignité de leur état, qu'ils avaient oubliée. S'il règne maintenant une concorde respectable entre tous ceux qui ont des talents; s'ils ont obtenu l'estime et les hommages des nations étrangères; s'ils ont l'honneur d'être haïs des hommes méprisables, ils le doivent à l'esprit qu'a répandu dans la littérature le prix que Colbert attachait aux travaux littéraires; ils le doivent peutêtre à Perrault.

Je me suis arrêté longtemps sur Charles Perrault , en faisant l'éloge de son frère; mais ils s'étaient toujours tendrement aimés, et c'est un hommage à la mémoire de notre académicien, que d'avoir consacré quelques lignes à défendre celle d'un frère qui lui fut si cher.

Claude Perrault mourut à Paris en 1688 (i), d'une maladie qui l'attaqua en sortant de la dissection du cadavre infect d'un chameau. Peut-être doit-on le compter parmi les savants qui ont été les victimes de leur zèle; ces exemples ne sont pas rares, et les hommes de tous les états savent également braver la mort, lorsqu'elle est sur le chemin qui les mène à la gloire.

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