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ÉLOGE DE M. BORDENAVE. 54 I

être lettré, et, ce qui peut-être étonnera un jour nos neveux, cette dispute s'agitait sérieusement chez un peuple et dans un siècle éclairé; il est vrai qu'à cette question si simple, on en joignait d'autres qui pouvaient paraître plus compliquées : on demandait s'il était utile ou dangereux qu'un même homme exerçât à la fois toutes les parties de l'art de guérir; et, ce qui est encore une question différente , si chacune de ces parties d'un même art doit appartenir à un corps particulier qui s'y consacre spécialement, et jouisse du droit d'empêcher les malades de confier à qui ils veulent le soin de leur vie. Il avait bien fallu confondre tous ces objets, pour occuper le public, pendant plusieurs années , d'une querelle dont les hommes instruits commençaient à rire dès la fin du seizième siècle. Heureusèment le père de M. Bordenave ne s'était pas trompé en prévoyant que, du moins pour cette fois, la raison finirait par l'emporter. Son fils, placé à l'époque où la connaissance des langues savantes est devenue une des obligations d'un chirurgien, eut à cet égard des avantages sur un grand nombre de ses confrères plus anciens que lui : et il dut à la facilité avec laquelle il parlait le latin , non sa réputation, mais la considération qu'il obtint avant l'âge dans son corps et dans les écoles.

La place de professeur qu'il y occupait, celle de directeur de l'Académie de chirurgie , celle encore de commissaire aux extraits dans la même compagnie, enfin une pratique très-étendue, ne suffisaient point à l'activité de M. Bordenave ; non-seulement

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il a donné dans les Mémoires de l'Académie de chirurgie, des observations sur les faits extraordinaires que la pratique lui offrait, des mémoires sur le traitement des plaies des armes à feu et sur plusieurs questions chirurgicales, mais il s'est occupé encore de recherches purement anatomiques; il a fait des expériences pour éclaircir quelques points de la doctrine de Haller sur la différence des parties sensibles ou irritables; il a composé un ouvrage pour défendre l'opinion de ce célèbre anatomiste sur la formation des os, contre celle de INI. Duhamel; enfin il a traduit, pour ses élèves, les éléments de physiologie de Haller, et donné ensuite un nouveau traité sur la même science; ouvrage estimable par la précision , la méthode et la clarté.

M. Bordenave désirait depuis longtemps d'être de l'Académie des sciences, lorsqu'il y entra, en 1774^ comme associé-vétéran. Ce titre annonce qu'il n'avait pu l'obtenir sans faire violence à nos règlements, et que l'Académie n'avait pas été libre en le choisissant; il est vrai que cette irrégularité, loin d'être son ouvrage, était contraire à son vœu; c'était malgré lui qu'on lui avait rendu ce triste service : l'Académie ne l'ignorait pas, et la douceur, la modestie, de M. Bordenave lui firent regagner bientôt l'amitié de ses confrères. Les fautes où la passion fait tomber obtiennent facilement l'indulgence de ceux qui en sont l'objet, du moins quand ils sont bien sûrs qu'elles n'ont que ce motif; et la conduite de M. Bordenave prouvait que c'était par zèle, par respect même pour l'Académie , qu'il s'était exposé à

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lui déplaire ; sans doute il fallait que ce sentiment fût bien vif, pour qu'un homme, jouissant d'une considération méritée, voulût bien se donner un tort à réparer , et se soumettre à ce que peut avoir de terrible le mécontentement d'un corps qui croit ses droits blessés par un de ses membres. D'ailleurs, et en cela M. Bordenave ne s'est pas trompé , il rendait à l'Académie la justice de croire que son ressentiment n'était pas aussi à craindre que le serait celui d'une compagnie qui, formée d'hommes sans lumières, et par conséquent dominés par l'esprit de corps, ne se laisserait désarmer ni par le zèle ni par les services, et dont la haine serait d'autant plus implacable, qu'elle aurait un motif plus frivole ou plus injuste, et que l'objet de cette haine aurait plus de vertus ou de talents.

Devenu académicien, M. Bordenave a donné dans nos recueils plusieurs observations chirurgicales et deux mémoires, l'un sur le mouvement des côtes pendant la respiration, l'autre sur la nécessité d'ouvrir les femmes mortes dans l'état de grossesse.

On a observé , en effet, que souvent l'enfant survivait assez longtemps à la mère , et que cette opération pouvait le sauver : il est aisé de sentir combien cette question est délicate, et qu'il ne faut pas s'exposer à commettre un crime, dans l'espoir incertain de prolonger de quelques instants ou de quelques années l'existence d'un individu que rien n'attache encore à la vie.

M. Bordenave était échevin de Paris, et aucun

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