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DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES

MORTS DEPUIS l'an 1666 jusqc'en 1699.

ÉLOGE DE LA CHAMBRE (i).

Marin Cureau de la. Chambre, médecin ordinaire du roi, naquit au Mans vers i6i3. Le chancelier Séguierse l'attacha, moins pour son habileté dans la médecine, que pour l'étendue et la variété de ses connaissances. La confiance de ce ministre fournissait à la Chambre le moyen d'être utile aux gens de lettres, et il en saisissait avidement toutes les occasions. Il était bien éloigné de dédaigner les sciences après avoir fait fortune par elles : espèce d'ingratitude qui n'est malheureusement que trop commune.

(i) CoNDORCET avait mis, en marge de cette première partie des Éloges , quelques indications des corrections ou des développements qu'il avait le projet d'y faire. Nous les avons précieusement conservées : elles donnent une idée de sa manière de travailler, et sa simplicité, sa candeur, son amour pour la vérité s'y montrent à chaque mot. [Note des premiers éditeurs.) IL 1

Le cardinal de Richelieu lui donna une place dans l'Académie française, lors de son établissement en i635 , et le chargea, en 1640, de répondre au livre de Hersant, en favein* des prétentions de la cour de Kome. Ce livre fut regardé en France comme séditieux , et l'on ordonna des recherches contre l'auteur, qui chercha un asile auprès de ceux dont il avait défendu la cause; mais à Rome même il fut poursuivi par l'inquisition, comme janséniste, et excommunié pour n'avoir point comparu. Des hommes, accoutumés à regarder comme un devoir le zèle qu'on montre pour leurs intérêts, se croient aisément dispensés de toute reconnaissance. T.e choix que le cardinal fit de Cureau, pour répondre au livre de Hersant, prouve que cet académicien avait étudié des sciences bien éloignées de la physique. Il intitula son livre Pliilalcthcs, ami de la vérité; comme si dans de pareilles matières il y avait d'autre vérité à chercher que le plus grand bien des nations!

Ses ouvrages de physique, dont on trouve la liste dans l'Histoire de l'Académie française, sont absolument oubliés, comme tous ceux qui ne contiennent ni faits nouveaux ni découvertes, et qui, ne représentant la nature qu'à travers les opinions du moment, périssent avec elles. Du moins ceux de Cureau sont- ils écrits en français, et d'un stvle moins inintelligible que celui des écoles ; ce qui était alors un mérite pour des livres dç science. Mais aussi on y rencontre des traits de ce bel esprit bourgeois et pédantesque , qui infectait alors tous nos livres de prose, hors ceux de Deseartes et de

Pascal, et qui marqua en France le passage de la barbarie au bon goiit. On trouve, par exemple, dans la liste de ces ouvrages, une dissertation intitulée Nouvelles conjectures sur les causes de la lumière , (lu débordement du Nil, et de l'amour d'inclination. Au reste, un tel titre est moins ridicule que ces thèses sur l'amour, que le cardinal de Richelieu fit soutenir dans son palais, avec l'appareil et la forme des thèses de Sorbonne.

La Chambre avait entrepris un grand ouvrage : l'Jrt de connaître les hommes. L'histoire naturelle de l'homme et celle de ses moeurs, la morale et la métaphysique, tout entrait dans son plan. On en a imprimé quelques parties, et entre autres l'ouvrage intitulé le Système de l'dme.

L'auteur y parle de Yextension de l'âme, de ses parties, de sa grandeur, de sajigure. Son extension est réelle, dit-il , comme celle des corps, et elle n'en diffère que parce qu'elle n'est pas impénétrable. Il croirait presque blasphémer, s'il ne lui supposait pas cette extension ; car alors elle serait sans limites, et immense comme Dieu. L'àme de l'homme est plus grande que celle de Yélép/iant, de la haleine, et des plus grands arbres. Si elle est indivisible, ce n'est pas qu'elle soit simple, c'est que, comme les atomes, elle résiste à la division.

Ces étranges assertions (i) se trouvent dans un livre dédié à Louis XIV; et non-seulement l'auteur ne fut point persécuté, mais il n'en eut pas moins la

(i) Expliquer pourquoi ces assertions ne parurent point impies.

réputation d'un philosophe rehgieux (voyez Moreii et l'Histoire de l'Académie). On pardonna donc à la Chambre ses opinions en faveur de sa piété, ou peutêtre dut-il au peu de succès de son ouvrage le bonheur d'échapper à l'envie. Elle avait pour lors de plus grands objets, Pascal et la mémoire récente de Descartes.

La Chambre promettait encore un commentaire sur Hippocrate, et une traduction de la physique d'Aristote ; mais il n'a laissé qu'un discours préliminaire , et le premier des huit livres de la physique. C'est, de tous ses ouvrages , le seul qui eût pu garantir son nom de l'oubli.

Cependant il était très-fécond sur toutes sortes de sujets, et l'on a de lui jusqu'à un ouvrage sur la chiromancie, art frivole et dangereux, auquel le siècle dernier, tout éclairé qu'il était , attachait encore de l'importance, et dont aujourd'hui on ne daignerait pas même réfuter les chimères.

Il mourut le 29 novembre 1675, laissant deux enfants, l'un médecin du roi, l'autre curé de Saint- Barthélémy et membie de l'Académie française. Ce bon curé , qui n'avait que deux passions , la littérature et les arts, vendit, en 1693, jusqu'à son cabinet et sa bibliothèque, pour soulager ses paroissiens dans une contagion causée par la disette, et il mourut en leur prodiguant ses soins et ses secours.

(i) Voir sur la Chambre les OEiivres de Bordcu.

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