‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 10 sur 347 · ADDITION AU RAPPORT PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

ADDITION AU RAPPORT PRÉCÉDENT

Nous avons omis de faire mention, dans ce rapport, d'un avantage très-réel qu'ont les lanternes de M. Dufourny sur celles qui éclairent maintenant les rues de Paris. Dans ces dernières, les rayons qui sont réfléchis par le réverbère et qui traversent le verre sont assez rassemblés pour y produire une chaleur considérable. L'air froid et des gouttes de pluie qui viennent en même temps frapper la partie extérieure de ce même verre, y produisent une contraction subite, et il en résulte des fractures très-fréquentes. Le même inconvénient n'a pas lieu dans les lanternes de M. Dufourny; la chaleur que reçoit le verre n'est jamais assez grande pour le faire casser. Nous ajouterons, avant de finir cet article, quelques réflexions sur ce qui peut contribuer à rendre, dans les lanternes actuelles, la fracture des verres plus ou moins fréquente. Cet objet nous a paru assez intéressant dans les circonstances pour qu'il nous fût permis de nous y arrêter.

M. Dufourny fait observer, dans son mémoire, que les lanternes à réverbère qui servent maintenant à éclairer les rues de Paris ne sont pas tout à fait semblables à celles qui avaient été exposées par M. Bailly ; elles sont un peu moins hautes et un peu plus évasées dans la partie supérieure. On ne peut nier que cette forme n'ait un peu plus d'élégance ; elle a d'ailleurs quelques autres avantages qu'il serait trop long de détailler ici. M. Dufourny a remarqué, et nous l'avons observé de même, que les verres se cassaient plus souvent dans les lanternes ainsi

corrigées que dans celles de la première construction ; il a cru en trouver la raison dans l'évasement qui leur a été donné par le haut. On n'a pu, suivant lui, écarter les verres et les éloigner de la flamme de la lampe sans les rapprocher en même temps du foyer du réverbère et sans augmenter, par conséquent, la chaleur à laquelle ces verres étaient exposés. Nous ne sommes pas entièrement de l'avis de M. Dufourny sur cet article, et nous ne pensons pas que les petits changements faits dans la forme puissent produire une différence aussi considérable que M. Dufourny se l'est persuadé; nous allons exposer les motifs sur lesquels est appuyé notre sentiment.

Les réverbères des lanternes exposées dans les rues de Paris sont des courbes sphériques concaves; la lumière en occupe à peu près le foyer, c'est-à-dire qu'elle est placée environ au quart du diamètre de la sphère. Il résulte de cette construction que, si la flamme n'était qu'un seul point lumineux , tous les rayons qui en partiraient et qui seraient réfléchis par le réverbère seraient parallèles entre eux ; mais comme cette même flamme occupe un espace assez étendu, relativement aux proportions du réverbère, il en résulte qu'une partie des rayons sont convergents, d'autres divergents, quelques autres, enfin, sont parallèles à l'axe de la sphère. 11 suit de cet exposé qu'il n'y a pas de foyer réel dans les lanternes qui servent maintenant à éclairer les rues de Paris, de sorte que la chaleur est toujours sensiblement la même, soit qu'on approche le verre de la lumière, soit qu'on l'en éloigne. Il est vrai qu'il arrive rarement que la flamme soit placée précisément au quart du diamètre de la sphère; presque toujours elle est un peu en deçà ou un peu au delà; il se trouve, dans ce dernier cas, après la réflexion, plus de rayons convergents que de divergents, et il peut bien se faire alors que le verre reçoive un peu plus de chaleur lorsqu'il est éloigné de la flamme que lorsqu'il en est proche; mais la différence ne peut jamais être bien considérable. En observant d'ailleurs un grand nombre de lanternes dont les verres avaient été cassés, nous avons remarqué qu'il y en avait presque autant de celles dont la lumière était en deçà qu'au delà du vrai foyer du réverbère. Il aurait dû

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