‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 106 sur 347 · SUR UN PROCEDE POUR LA PURIFICATION DES HUILES · texte numérisé non relu

SUR UN PROCEDE POUR LA PURIFICATION DES HUILES

cfM. Dorsie pour édulcorer i'huile, elle a cru devoir les publier absofflument, mot à mot, et tels qu'ils ont été donnés par M. Dorsie. n

Ces procédés, qui sont au nombre de trois, consistent principalement à mêler avec l'huile rancie ou gâtée une petite quantité de craie en poudre, de chaux éteinte, d'alcali fixe, à y ajouter une pinte et demie d'eau salée par chaque gallon d'huile et à agiter le tout pendant deux ou trois jours. Au bout de ce terme, on laisse reposer le mélange; l'huile gagne peu à peu la partie supérieure du vaisseau, et se trouve blanche et claire, limpide et sans odeur. M. Dorsie annonce avoir encore mieux réussi, en entretenant l'eau et l'huile à un degré fort approchant de celui de l'eau bouillante. Il reste cependant à l'huile, dans ce dernier cas, une légère odeur de savon gras. Enfin, on a l'huile encore plus belle et plus pure en faisant succéder une seconde purification à froid à celle faite par le feu.

Sur la publication de ces procédés, un physicien de Londres se proposa de développer par des expériences la cause de cette épuration; il entreprit en conséquence de traiter, en particulier, de l'huile rancie et gâtée, avec chacun des ingrédients que M. Dorsie avait employés confusément. Il commença par battre pendant un très-long intervalle de temps de l'huile gâtée avec de l'eau seule, et il s'aperçut avec surprise qu'elle s'était améliorée au point d'être absolument méconnaissable. Il imagina ensuite, pour opérer d'une manière plus commode, d'employer, pour battre l'huile et l'eau, une machine à peu près semblable à celle qu'on emploie pour faire le beurre, et il parvint de cette manière à remplir aussi complètement son objet que par les procédés indiqués par M. Dorsie.

L'huile et l'eau se séparent lentement à la suite de cette opération, et ce n'est qu'au bout de deux ou trois jours que la séparation est complète. Il reste entre ces deux liqueurs une substance gélatineuse qui n'est complètement soluble ni dans l'eau ni dans l'huile.

11 paraît constant, d'après cet exposé, que le seul battement de l'huile avec l'eau sans aucune autre addition, continué pendant trèslongtemps, suffit pour purifier l'huile à un très-haut degré.

M. Lesage ne nous ayant confié que sous le secret les moyens qu'il emploie, il ne nous est pas possible de dire s'ils ont rapport ou non avec ceux publiés à Londres; mais, ce que nous pouvons assurer, c'est qu'il est non-seulement parvenu à purifier avec le plus grand succès les huiles à brûler comme dans le procédé anglais, mais encore à enlever à l'huile d'olive la rancidité qu'elle contracte avec le temps, le goût de fruit trop marqué qu'elle a quelquefois et qui la rend désagréable. Enfin il la rend limpide et meilleure, très-bonne même , pour entrer dans les aliments. Il en est autant de l'huile d'oeillette ou plutôt de graine de pavot, à laquelle M. Lesage enlève une partie de son âcreté.

Le même procédé paraît avoir un succès plus marqué encore à l'égard des huiles destinées pour la peinture, celles de noix et de navette qu'on emploie à cet usage. On les vend communément à Paris cinq sous l'once. Il paraît, d'après des certificats très-précis de M. Vernet et de plusieurs autres membres distingués de l'Académie de peinture, que les huiles communes d'œillette et de noix qui se débitent dans le commerce, purifiées par le procédé de M. Lesage, loin de le céder en rien à celles tirées d'Anvers, leur sont, au contraire, préférables; qu'elles sont siccatives à un degré convenable.

Et en effet, d'après des épreuves qui ont été faites en partie sous nos yeux, M. Lesage amène ces huiles à un degré de blancheur et de limpidité presque égal à celui de l'eau la plus claire. L'huile de lin, traitée de la même manière, perd presque toute sa partie colorante; elle ne devient pas cependant aussi blanche que les deux précédentes.

De tout ce que nous venons de rapporter, nous concluons que l'établissement déjà formé par M. Lesage de Girardin, et dont le succès nous paraît assuré, mérite fencouragement du gouvernement; qu'il sera utile pour les peintres, qui y trouveront des huiles portées au dernier degré de pureté qu'elles sont susceptibles d'atteindre; qu'il sera utile aux épiciers eux-mêmes, qui pourront porter dans son atelier les huiles rances ou fortes qu'ils désireront faire rétablir; enfin, que le public ne peut qu'en retirer de l'avantage.

Page 1