‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 113 sur 347 · RAPPORT SUR L'AIR FIXE DE LA BIÈRE · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR L'AIR FIXE DE LA BIÈRE

C'est une grande question parmi les chimistes de savoir ce que c'est que l'air fixe; ils s'entendent généralement asôez bien sur la chose, mais ils ne sont d'accord ni sur le nom ni sur plusieurs de ses propriétés. Cette substance est-elle acide? contient-elle un acide en quelque façon dans un état de dissolution ? enfin , l'air fixe est-il lui-même un acide particulier sous la forme de vapeur ou de fluide élastique ? Ces différentes opinions ont eu leurs défenseurs, et les expériences de M. le duc de Chaulnes ont eu pour objet de jeter un nouveau jour sur cette matière intéressante. Nous supprimons ici le détail des expériences pour n'en présenter que le résultat, dans la crainte de donner trop d'étendue à ce rapport.

M. Bergmann avait déjà fait voir que l'air fixe rougissait la teinture de tournesol. M. le duc de Chaulnes, en répétant cette expérience, y a ajouté des circonstances intéressantes. Il fait voir qu'une livre d'eau saturée d'air fixe contient en molécules acides l'équivalent de cinq gouttes d'huile de vitriol blanche et concentrée; il a eu la précaution d'aftaiblir cet acide avec trente-deux parties d'eau pour avoir des résultats trente-deux fois plus exacts qu'il n'aurait pu les avoir en l'employant pur. Une circonstance singulière, c'est que la teinture de tournesol qui a été rougie par de l'air fixe, exposée à l'air pendant quelque temps, y reprend la couleur bleue; mais M. le duc de Chaulnes fait voir que ce changement tient à la volatilité de l'air fixe et que la même chose arrive avec le vinaigre, qui de même est volatil.

On sait, d'après les expériences de M. Jacquin et de plusieurs autres, que l'air fixe a la propriété de se combiner avec les alcalis et de former avec eux des sels particuliers susceptibles de cristalliser. M. le duc de Chaulnes, en citant ces auteurs, a répété leurs expériences d'une manière plus simple. Après avoir enduit d'alcali végétal en liqueur l'intérieur d'un bocal, il n'a fait qu'y verser de l'air fixe contenu dans un autre. En peu de secondes, on a vu végéter, sur les parois du bocal enduit d'alcali, une belle cristallisation, et, en multipliant les bocaux, il est parvenu en deux heures à rassembler jusqu'à deux livres d'alcali cristallisé. Ayant répété la même expérience dans des vais-

seaux très-exactement fermés avec du lut gras, il a remarqué deux circonstances très-intéressantes : la première, c'est que l'air fixe en entier se combine si intimement avec l'alcali qu'il se fait un vide réel dans Je vaisseau où se fait la combinaison, au point que le mercure, dans le baromètre d'épreuve, descend à 22 lignes de son niveau; la seconde, c'est qu'il n'y a point de cristallisation régulière lorsque l'opération se fait dans les vaisseaux fermés, mais seulement une espèce de congélation irrégulière, comme il arrive avec de la cire ou de la graisse qui se fige.

5 gros 21 grains d'alcali absorbent, dans cette expérience, environ 200 pouces cubiques d'air fixe, et l'alcali augmente entre un quart et un septième de son poids.

M. le duc de Ghaulnes conclut de ces expériences, i*' que l'air fixe contient un acide; 2** que cet acide est si étroitement combiné avec l'air dans ce mixte, que l'air se combine avec l'alcali plutôt que d'abandonner l'acide auquel il est uni. Quoique notre opinion sur cette dernière conséquence ne diffère pas très-essentiellement de celle de M. le duc de Ghaulnes et qu'elle puisse même en être plus rapprochée qu'elle ne paraîtrait pouvoir l'être au premier coup d'œil , nous ne sommes pas cependant entièrement de son avis. Il nous paraît à peu près prouvé maintenant que l'air fixe lui-même n'est autre chose qu'un acide en vapeur. Cette idée , que M. Bergmann a donnée le premier, a été adoptée depuis par le plus grand nombre des chimistes; elle se trouve confirmée par les expériences particulières dont nous nous sommes occupés, par celles rapportées par M. Sage, et elle nous paraît portée au dernier degré d'évidence dans trois lettres de M. William Bewley, adressées à M. Priestley, et que ce dernier vient de publier à la suite de son second volume sur différentes espèces d'air. Le nom d'acide méphitique qu'il a donné à cette substance est peut-être le meilleur qu'on ait encore imaginé de lui donner.

Les expériences de M. le duc de Ghaulnes nous paraissent de nouvelles preuves en faveur de cette opinion; il fait voir, en effet, dans le mémoire dont nous rendons compte, que l'alcali, lorsqu'il est saturé d'air

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