‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 112 sur 347 · A L'AIR FIXE DÉGAGÉ DE LA BIÈRE · texte numérisé non relu

A L'AIR FIXE DÉGAGÉ DE LA BIÈRE

Du i6 février 1776.

Nous avons à rendre compte à l'Académie, M. de Montigny, M. Macquer et moi, d'un mémoire de M. le duc de Chauhies sur l'air fixe qui se dégage de la bière en fermentation.

M. le duc de Ghaulnes observe d'abord que la couche d'air fixe qui se forme sur les cuves de bière en fermentation n'est pas toujours d'une égale épaisseur, comme l'a annoncé M. Priestley. Dans les premiers instants de la fermentation, cette couche est mince; peu à peu elle augmente d'épaisseur, elle s'élève, jusqu'à ce qu'enfin elle arrive au haut de la cuve et s'épanche, enfin, par-dessus ses bords. M. le duc de Ghaulnes a conclu de cette première observation, i° que l'air fixe devait être beaucoup plus pesant que l'air de l'atmosphère ; 2° qu'il ne se mêlait pas avec ce dernier aussi aisément qu'on l'imaginait, et ces considérations l'ont conduit à une suite d'expériences très-ingénieuses. Si l'on descend, par exemple, dans l'air fixe d'une cuve de bière en fermentation, une cruche pleine d'air commun, l'air fixe déplace sur-le-champ l'air commun, et la cruche se remplit d'air fixe, de la même manière qu'elle se remplirait d'eau , si on la plongeait dans ce fluide. Pour peu que cette cruche soit passablement bouchée, l'air fixe s'y conserve pur, et l'on peut le garder ainsi pour des expériences. Lorsqu'au bout d'un certain temps on veut se servir de cet air, et en emplir, par exemple, un bocal, on débouche tout simplement la cruche et on verse lentement. Si l'on veut être sûr de ne point verser au delà

fie ce qui est nécessaire pour remplir le bocal et de n'en point répandre par-dessus les bords, on peut toujours connaître très-exactement, par le moyen d'une petite bougie allumée qu'on descend dans le bocal, l'endroit oh commence la surface de l'air fixe : on voit ainsi le bocal s'emplir successivement au tiers, aux deux tiers, et enfin jusqu'à ses bords, et cela précisément comme il arriverait avec tout autre fluide plus pesant que l'air, avec cette différence seulement que celui-ci est invisible. De son côté , la cruche se vide en même proportion que se remplit le bocal : ce qu'on reconnaît également en y descendant une lumière.

Tout le monde sait que, lorsque la fermentation de la bière est finie, on la met dans des tonneaux. Le fond de la cuve est percé à cet effet d'un trou, auquel est adapté un gros robinet. M. le duc de Chaulnes a observé qu'à mesure que la bière s'écoulait, la surface de la liqueur s'abaissait dans la cuve en proportion et que la surface de la couche d'air fixe la suivait. Il reste, par ce moyen, dans la cuve, lorsque toute la bière est écoulée, une couche d'air fixe de quatre ou cinq pieds d'épaisseur, et M, le duc de Chaulnes fait voir qu'en plaçant des futailles, des cruches, des bocaux sous le même robinet, on entonne de l'air fixe de la même manière qu'on entonnait la bière quelques instants auparavant. On conçoit, d'après cela, combien il est aisé d'obtenir de l'air fixe en abondance. M. le duc de Chaulnes en a profité pour répéter les curieuses expériences de la physique et de la chimie modernes sur celte substance; il y en a ajouté plusieurs qui lui sont propres et qui ne sont pas les moins intéressantes.

Il a d'abord déterminé, d'une manière beaucoup plus précise qu'on ne l'avait encore fait, la pesanteur de l'air fixe dégagé de la bière en fermentation; cette pesanteur s'est trouvée, dans une première expérience, à celle de l'air commun, comme à peu près dans le rapport de 9 à 1 ; dans une seconde, faite avec des instruments plus commodes et plus exacts, comme lo est à 7; enfin dans une troisième, faite le mois dernier, tandis que le thermomètre était à 1 0 degrés au-dessous de la congélation, ces deux pesanteurs se sont trouvées dans le rapport de 1 o à A.

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