UN ACIDE VITRIOLIQUE GLACIAL
Du 1 II janvier 1778.
Nous avons rendu compte à l'Académie, M. Macquer et moi, d'un mémoire de M. Cornette intitulé : Observation sur un acide glacial obtenu par la distillation- d'un mélange d'acide nitreuœ fumant et de charbon embrasé et réduit en poudre. Ce mémoire est précédé d'une note que nous croyons devoir transcrire ici. Voici les propres paroles de M. Cornette :
crJVlM. Lavoisier et Bucquet ont présenté à l'Académie, il y a quelcrques jours, un flacon d'huile de vitriol glaciale retirée à un très-grand crfeu de la décomposition du nitre par le colcothar. Comme les expétrriences que je présente aujourd'hui, quoique faites d'une manière rr difl'érente , paraissent se rapprocher beaucoup de celles de ces niestr sieurs, je crois devoir mettre cette note en tête de cette observation, «r déclarant ne vouloir point leur enlever l'honneur de leur découverte, crmais prenant occasion de là, de faire pari à l'Académie d'un travail frfait depuis longtemps sur cet objet, que je ne comptais pas lui comr: muniquer sitôt, "n
INous transcrivons ici cette note, i° pour rendre la justice due à M. Bucquet; 2° pour donner à l'Académie une preuve de la modestie de l'auteur; elle est d'autant plus grande que son mémoire a un mérite indépendant de la découverte de M. Bucquet, ainsi que l'Académie pourra en juger par les détails dans lesquels nous allons entrer.
M. Cornette ayant distillé sur du charbon de l'acide nitreux fumant fait à la manière de Glauber, observa les phénomènes suivants : 1° l'acide
nitreux se colora d'abord légèrement à froid par la dissolution d'une petite portion de charbon; 2** ayant fait chauffer, il passa beaucoup de vapeurs rutilantes , et en même temps l'acide se distilla et passa dans le récipient; 3" à la fin de l'opération il s'éleva du fond de la cornue une matière blanche qui forma de belles cristallisations. Cette espèce de congélation se dissolvait dans l'eau avec chaleur, avec un bouillonnement considérable, et en même temps il s'en dégageait des vapeurs d'acide nitreux; de même, en la faisant chauffer dans deux vaisseaux fermés, il s'en élevait des vapeurs d'acide nitreux qui étaient ensuite réabsorbées à mesure que la liqueur se refroidissait. Nous observerons en passant que les vapeurs que M. Cornette appelle vapeurs d'acide nitreux ne sont réellement autre chose que de l'air nitreux de M. Priestley, autrement appelé gaz nitreux, lequel, comme on sait, ne devient acide nitreux qu'autant qu'il a le contact de l'air, comme l'a fait remarquer M. Bucquet, dans l'observation qu'il a communiquée à l'Académie.
Cette matière glaciale perd bientôt à l'air tout ce qu'elle contenait de nitreux; elle se résout en liqueur, et alors elle ne contient que de l'huile de vitriol pure, ainsi que M. Cornette s'en est assuré par la combinaison avec l'alcali végétal.
On n'obtient cette huile de vitriol glaciale, telle que nous venons de la décrire, qu'autant que l'acide nitreux qu'on a employé n'était pas pur, et qu'il contenait de l'acide vitriolique. En effet, M. Cornette ayant répété la même expérience avec de l'esprit de nitre fait à la manière de Glauber, mais qu'il avait recohobé sur du nitre, il n'a plus obtenu les mêmes phénomènes, et il les a obtenus de nouveau en ajoutant à ce même esprit de nitre une petite portion d'acide vitriolique concentré. M. Cornette s'est également assuré qu'on ne pouvait pas obtenir d'huile glaciale par la seule distillation de l'acide vitriolique sur le charbon, et qu'il fallait nécessairement réunir le concours de l'acide nitreux et de l'acide vitriolique.
Il est aisé de voir que le résultat obtenu par M. Cornette est absolument le même que celui obtenu par M. Bucquet; mais ces deux chi-