‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 140 sur 347 · RAPPORT SUR LES SAVONS MÉTALLIQUES · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LES SAVONS MÉTALLIQUES

dissolution métallique bien saturée et de la mêler avec une dissolution de savon dans l'eau; aussitôt il s'opère un précipité qui n'est autre chose que le résultat de la combinaison du métal avec l'huile. Ce précipité, d'abord, est tenace et poisse comme de la glu; mais, à mesure qu'il se sèche, il a moins de ténacité et prend plus de consistance.

M. Berthollet a appliqué ces expériences à peu près à toutes les substances métalliques : toutes lui ont donné des combinés métallicohuileux; mais chacun de ces combinés a des caractères qui lui sont propres. Tous sont inattaquables par l'eau; quelques-uns résistent également à l'action de l'huile, de l'esprit-de-vin , de l'éther même; d'autres, au contraire, tels que ceux de cuivre et de fer, se dissolvent dans l'huile, dans l'esprit-de-vin et dans l'éther, et communiquent à ces menstrues des couleurs assez belles pour qu'on ne doive pas désespérer de les voir employer un jour dans les vernis.

M. Berthollet a réussi également à combiner l'huile animale et l'huile essentielle avec le cuivre par un procédé tout semblable, de sorte qu'il y a grande apparence que c'est une propriété commune à toutes les huiles de pouvoir se combiner avec les métaux.

Gomme il est important pour l'Académie et pour l'avancement des sciences qu'il ne reste aucun doute sur les expériences qui lui ont été présentées, nous avons cru devoir répéter une grande partie des expériences de M. Berthollet, et nous lui devons la justice de dire que nous avons trouvé toutes celles que nous avons répétées décrites avec beaucoup d'exactitude et de fidélité. Ces expériences nous ayant donné lieu de faire quelques observations particulières, nous allons les exposer en peu de mots.

Premièrement, le combiné métallico-huileux paraît être absolument le même par quelque acide que le métal ait été dissous : nous avons obtenu, par exemple, deux combinés en tout semblables par le sublimé corrosif et par le nitre mercuriel; de même nous avons obtenu deux combinés cuivreux qui paraissaient ne différer en rien en employant une dissolution de cuivre dans l'acide vitriolique et dans l'acide marin. Secondement, pour peu qu'il y ait d'excès d'acide dans la dissolution

rnétaHique, l'expérience ne réussit pas bien : une portion d'huile reste libre, et le combiné métallico-huileux n'est pas dans d'exactes proportions. Troisièmement, tous ces savons ne sont pas combustibles au même degré, celui à base de magnésie, par exemple, brûle avec beaucoup de difficulté; ce qui semblerait prouver que toutes les terres et tous les métaux ne sont pas susceptibles d'admettre une aussi grande quantité d'huile dans leur combinaison.

Nous ferons observer, en terminant ce rapport, que le travail de M. Berthollet n'est pas encore porté au degré de perfection dont il est susceptible; mais l'Académie n'ignore pas les motifs qui l'ont obligé de le présenter avant qu'il eût atteint son degré de maturité. Nous croyons en conséquence qu'il serait important que M. Bertholet répétât ses expériences, et nous lui conseillons, en même temps, d'y apporter les précautions qui suivent.

Nous ferons encore observer à M. Berthollet que, la dissolution dans l'eau étant un des caractères du savon, nous ne croyons pas que ce nom convienne aux combinaisons qui font l'objet de son mémoire, et qui presque toutes sont insolubles dans l'eau; c'est par cette raison que nous avons cru devoir les désigner dans ce rapport sous le nom de combinaisons métallico- huileuses, en attendant que les chimistes aient adopté un nom plus court et plus simple.

Nous ne faisons ces observations et nous n'indiquons ces vues à M. Berthollet que parce que nous le croyons très en état de les bien remplir ; mais nous n'en concluons pas moins que son mémoire ouvre une carrière nouvelle d'expériences, et que, dans l'état où il est, il contient assez de faits nouveaux et intéressants pour mériter l'approbation de l'Académie, et d'être imprimé dans le recueil des correspondants.

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