‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 155 sur 347 · LE 2 1 AOÛT · texte numérisé non relu

LE 2 1 AOÛT

Le 28 mai de l'année 1778, M. Sage a lu un mémoire intitulé: Observations sur les dijférentes substances métalliques, et principalement sur l'or que l'on trouve dans les cendres des végétaux.

L'auteur dit, dans ce mémoire, qu'il a retiré de l'or des cendres de sarment, dans la proportion de U gros 12 grains par quintal de ces cendres; dans celle, de 2 gros 36 grains par quintal des cendres de bois de hêtre non flotté; dans celle, de 1 gros 56 grains par quintal des cendres de terreau; et enfin, il ajoute qu'il en a tiré jusqu'à 2 onces lili grains d'un quintal de terre végétale de jardin, calcinée. Comme l'or est un métal qui n'éprouve point de destruction par aucune opération connue de l'art, ni même probablement par celle de la nature, et qu'il est d'ailleurs susceptible d'une division prodigieuse, et presque infinie; comme il est, par cette raison, répandu en particules d'une petitesse extrême dans presque tous les corps, surtout dans ceux des lieux habités par les hommes, on conçoit qu'il peut en passer quelques atomes, même jusque dans les plantes, comme cela arrive à plusieurs autres métaux.

Mémoires de l'Académie royale des sciences, annëe 1778, p. 5Û8, imprimés en 1781.

Cette dispersion étonnante de l'or est un fait curieux, qui méritait l'attention des chimistes : aussi la présence de ce métal dans une infinité de corps n'avait-elle pas échappé aux recherches exactes de plusieurs chimistes, et en particulier de Bêcher, de Cramer, qui ont assuré qu'il n'y avait point de sable, d'argile, ni aucune espèce de terre dans la nature, dans lesquels on ne pût démontrer au moins quelques atomes d'or, et d'Henckel, qui, dans son ouvrage intitulé Flora Saturnisans, a dit que les plantes mêmes pouvaient réellement et essentiellement contenir de l'or.

Un fait comme celui-là est assez important pour mériter qu'on le vérifie et qu'on le constate à plusieurs reprises; c'est sans doute ce motif louable qui a engagé M. Sage à travailler sur cet objet. Si les résultats des expériences dont il a rendu compte dans son mémoire n'eussent été que des quantités très-petites, comme celles des chimistes qui viennent d'être cités, le travail de cet académicien aurait obtenu facilement la confiance que mérite son zèle : mais, dans la vérification des faits dont il s'agit, les produits que M. Sage dit avoir obtenus en or pur se sont trouvés si considérables qu'ils ont étonné tous les chimistes; ils ont fait dans le public une sensation d'autant plus forte qu'il en résultait que les cendres de sarment, et surtout la terre végétale de jardin, étaient de vraies mines d'or qu'on pouvait même exploiter avec un grand bénéfice.

M. le comte de Lauraguais a été le premier qui ait voulu satisfaire sa curiosité sur un fait si merveilleux; il est du moins le premier qui ait fait connaître à l'Académie et, par son moyen, au public, les résultats des travaux qu'il a faits et qu'il a fait faire à ce sujet : il a informé cette compagnie, par une lettre en date du 8 août 1778, adressée à M. le marquis de Gondorcet, secrétaire, qu'ayant répété les expériences de M. Sage avec le plus grand soin, et d'après le mémoire de cet académicien, qui lui avait été confié, le produit de ses expériences n'avait eu rien de comparable à ceux qui étaient annoncés dans le mémoire de M. Sage, et il a joint à sa lettre un extrait des mêmes expériences, réitérées à sa prière, par MM. d'Arcet et Rouelle.

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