‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 174 sur 347 · SECONDE PARTIE DE L'ART DU POTIER D'ÉTAIN · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE DE L'ART DU POTIER D'ÉTAIN

uns comme des autres, on les potoye, c'est-à-dire on les recouvre d'une couche légère de terre calcaire délayée dans de l'eau. U paraît que toutes les terres bien divisées produisent le même effet. Quelquefois on se contente d'enfumer les pièces, c'est-à-dire de les recouvrir d'un léger enduit de noir de fumée.

De la préparation des moules, l'auteur passe à la manière de couler et aux opérations subséquentes, et ici, il faut encore distinguer les différents genres de marchandise qu'on veut fabriquer, parce qu'ils exigent des préparations particulières; mais il en est de communes à toutes, telles que l'opération de piler ou de couper les jets et les bavures; celle de revercher, qui consiste à boucher les trous qui pourraient s'être formés; celle de paillonner, qui consiste à réparer les défauts des pièces avec une soudure plus fusible que l'étain même. M. Salmon donne la composition des différents paillons, toujours d'après ses expériences, et il propose, et avec raison, de substituer à la composition de plomb, d'étain et de bismuth, qu'on est dans l'usage d'employer dans le commerce comme paillon ou comme soudure, un alliage de bismuth seul et d'étain, et il en donne les proportions pour tous les cas. A ces opérations, en succèdent un grand nombre d'autres, celles de réparer et de tourner, et l'auteur donne à cette occasion la description des tours et de la manière de s'en servir.

Toutes ces opérations deviennent beaucoup plus compliquées quand il est question de mouler des pièces rondes et qui ne sont pas de dépouille; alors, il faut des moules de plusieurs pièces. L'opération du tour devient ainsi plus difficile. Enfin, il est des pièces auxquelles il faut ajouter des anses, des charnières, et c'est le cas d'avoir recours à des procédés particuliers dont l'auteur donne le détail.

Il traite, dans le cinquième chapitre, des précautions particulières pour le potier d'étain menusier : on donne ce nom à celui qui ne travaille qu'en pièces légères de cinq quarterons au plus; tels sont les flambeaux, les bobèches, les tasses, les coquetiers, les burettes, les théières, etc.

Le sixième chapitre est employé à décrire tout ce qui est relatif à la

Slà MEMOIRES DE LAVOISIER.

construction des seringues. Cet instrument si simple, si répandu et qui est à si bon marché, est d'une construction plus difficile et plus compliquée qu'on ne le croirait au premier coup d'œil. L'auteur y joint la description de divers instruments analogues, qui sont des objets d'utilité, soit dans les maladies, soit dans l'usage ordinaire de la vie.

M. Salmon donne, dans le huitième chapitre, une description plus détaillée du tour simple, de celui composé et à figure, à l'usage du potier d'étain, et de tous les ustensiles qui en dépendent.

Le neuvième chapitre contient quelques notions très-élémentaires et très-abrégées de géométrie, et l'auteur en fait l'application à l'art de faire des moulures, des ornements, etc.

Le dixième chapitre traite de l'art du forgeur et du planeur. Les opérations indiquées dans ce chapitre ont principalement pour objet une des dernières préparations qu'on donne à la vaisselle plate : elle consiste à écrouir en quelque façon l'étain en le forgeant sous le marteau; quelquefois même on forme la pièce entière d'une feuille de métal qu'on étend sous le marteau à l'aide du tas et de la bigorne. Ainsi, l'opération du forgeur a plusieurs objets : i° de donner aux pièces plus de solidité et de les rendre moins cassantes; 2'' de leur donner quelquefois une forme qu'elles n'avaient point au sortir du moule; 3° enfin, de former des pièces entières prises dans une feuille d'étain. L'opération du pianage consiste à effacer l'empreinte du coup de marteau par une opération subséquente. Dans l'opération de forger comme de planer on ensuife la pièce, c'est-à-dire qu'on la couvre d'une couche très-mince de suif.

Dans le onzième chapitre, l'auteur traite de la gravure, ciselure, dorure et argenture sur étain.

Dans le douzième chapitre, il passe aux ouvrages faits de pièces de rapport. Cet article lui donne encore occasion de faire l'application des principes de géométrie qu'il a exposés plus haut, et il y joint quelques notions de l'art du trait. Ce n'est pas pour tailler les feuilles mêmes qui doivent entrer dans la composition d'une pièce que ces connaissances sont nécessaires, mais pour former les patrons. Les potiers

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d'étain sont en général livrés, sur cet objet, à une routine aveugle. L'auteur donne des principes sûrs; pour faire l'application de ces principes à la formation des pièces les plus difficiles de l'art, il donne les moyens de souder les feuilles, etc.

Ce chapitre comprend les détails relatifs à la fabrication du plus grand nombre des ustensiles de pharmacie, des entonnoirs, des chaudières pour la teinture en écarlate, des alambics, et il traite à celte occasion des serpentins.

Le treizième chapitre présente les détails relatifs à la construction de quelques ouvrages particuliers qui ont quelques rapports avec la physique, tels que les horloges ou montres à eau, les lampes, etc.

Le quatorzième chapitre traite de l'art du garnisseur de faïence : c'est celui qui applique les charnières, les robinets et autres ustensiles de cette nature, sur les vases de faïence.

Le quinzième chapitre est entièrement employé à ce qui concerne la fabrication des cuillers dites de métal de prince.

On donne ce nom à une composition métallique introduite dans le commerce dans le dernier siècle et qui paraît n'être point encore connue chez l'étranger. Cette composition métallique est un alliage d'étain et de régule d'antimoine dans la proportion de 1 6 à 1 8 livres de cette dernière substance métallique par quintal. Cet alliage est plus aigre et plus dur que l'étain seul, et il a plus de consistance, mais en même temps il est plus cassant. 11 est assez étonnant que l'usage de l'antimoine employé comme ustensile de cuisine se soit introduit à peu près dans le même temps que la Faculté de médecine de Paris proscrivait cette substance métallique employée comme remède, et que ce soit à Paris même, et au milieu des débats élevés à cette occasion, que ce métal se soit accrédité. Cet alliage est-il susceptible de quelques inconvénients dans les usages de la vie? On serait tenté de le croire, si le temps et l'expérience d'un siècle et demi ne semblaient être un titre en sa faveur. On conçoit, au surplus, que l'Académie ne pourrait prononcer sur cet objet que d'après des expériences multipliées, et l'intérêt public exigerait qu'elle s'en occupât.

Les cuillers, comme toutes les autres pièces de l'art du potier d'étain, exigent, après avoir été coulées, d'être reparées et apprêtées; on les polit ensuite, soit avec la ponce, soit avec la prêle; on les achève avec le tripoli et on les passe au blanc d'Espagne.

M. Salmon termine ce chapitre par quelques réflexions sur l'alliage du fer à l'étain. Il paraît que cet alliage ne peut être opéré que par un intermède, et que cet intermède est le soufre. Le métal qui en résulte est moins fusible que l'étain sans être très-cassant, et il serait trèspropre à être employé en ustensiles de cuisine. C'est de cet alliage que se servait le sieur Biberel pour étamer dans les expériences qu'il a faites en présence ^es commissaires de l'Académie. Nous avons déjà dénoncé à l'Académie l'abus qu'il avait fait de son approbation en substituant le zinc au fer, et en transformant ainsi une composition métallique salubre en une autre dont l'usage est au moins très-équivoque.

Il ne manque plus, pour compléter l'art du potier d'étain, que la partie qui concerne le modeleur et le mouleur, et M. Salmon promet de la donner incessamment.

Il n'est pas difficile de s'apercevoir que l'art dont nous venons de présenter l'extrait est l'ouvrage d'un artiste éclairé et pour lequel ne sont étrangères aucune des sciences qui ont rapport à sa profession. L'Art du potier d'étain ne pouvait être fait convenablement que par une personne qui s'en fût occupée par état, et il n'est pas ordinaire de trouver dans les arts qu'on regarde comme purement mécaniques des personnes de l'ordre de M. Salmon. Nous pensons donc que l'Académie ne peut trop lui marquer de reconnaissance d'avoir entrepris une tâche aussi pénible et de l'avoir remplie avec autant de zèle et d'intelligence, et nous concluons que cette seconde partie mérite, comme la première, d'être imprimée dans le recueil des arts publié par l'Académie.

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