‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 199 sur 347 · LE GISEMENT DE LA HOUILLE · texte numérisé non relu

LE GISEMENT DE LA HOUILLE

Nous avons à rendre compte à l'Académie, M. Desmarets, M. Sage et moi, d'un mémoire de M. Hassenfratz, sous-inspecteur des mines, sur les espèces de terrains oii se trouve le charbon de terre. Ce mémoire étant présenté d'une manière très-concise, il n'est pas susceptible d'extrait, en sorte que, pour en donner une idée, nous ne pouvons nous dispenser de faire un rapport presque aussi étendu que le mémoire.

Dans les pays à couches inclinées, on distingue deux espèces de fdons, savoir : des filons parallèles aux couches et des filons qui leur sont perpendiculaires. M. Hassenfratz nomme les premiers filons couches, et les seconds, filons fentes. Nous croyons que M. Hassenfratz est le premier des minéralogistes français qui ait fait cette distinction.

Les charbons de terre sont toujours, suivant M. Hassenfratz, par filons couches. Ces filons n'ont aucune marche régulière; leur direction et leur inclinaison varient. Ils sont quelquefois verticaux, quelquefois horizontaux, le plus souvent obliques. Toujours ils sont recouverts d'un tectum de schiste qui contient des empreintes de fougères, de végétaux d'un grand nombre d'espèces. Ce schiste se retrouve communément au-dessous de la couche de charbon de terre, et le tout est accompagné de deux bancs de brèches ou de poudingues à gros grains, ou de grès micacé. Le charbon de terre est lui-même dans un état

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plus ou moins éloigné clu bois; on y rencontre des fruits. Enfin tout indique que c'est à des arbres enfouis et accumulés dans des temps très-reculés que sont dues les mines de charbon de terre.

Mais les mines ne se trouvent pas indifféremment partout, et c'est ce que M. Hassenfratz a eu pour objet de prouver dans ce mémoire. On n'en rencontre point dans les chaînes de montagnes primitives, ni dans les pays composés de couches horizontales, ou au moins elles ne s'y trouvent qu'après qu'on a percé toute l'épaisseur des couches horizontales et qu'on est parvenu aux couches obliques.

Pour l'intelligence de son mémoire, M. Hassenfratz est obhgé d'admettre quatre espèces de pays différents considérés lithologiquement : 1° les pays anciens; 9.'' les pays modernes; 3° les pays volcaniques. Enfin il subdivise les pays modernes en deux , savoir : partie moderne primitive et partie moderne secondaire. C'est dans la partie moderne primitive que se trouvent les charbons de terre, c'est-à-dire, en général, au pied des montagnes primitives et dans un terrain à peu près intermédiaire entre l'ancienne et la nouvelle terre.

Dans le détail des observations sur lesquelles M. Hassenfratz appuie son système, il parcourt toutes les mines de charbon de terre de la France, de la Suisse, de la Carinthie et de la Hongrie qu'il a été à portée de visiter, et fait voir que partout la nature a suivi la même loi , que partout on observe les mêmes circonstances.

M. Hassenfratz tire de ses observations deux conséquences très-intéressantes pour la pratique de l'exploitation des mines : la première, c'est que, toutes les fois qu'on fait une fouille dans un pays moderne secondaire pour y trouver du charbon de terre, on ne peut espérer d'y parvenir qu'après avoir percé toute l'épaisseur des bancs horizontaux, et cette épaisseur est immense dans un pays tel que les environs de Paris. La seconde, c'est que, en quelque endroit qu'une fouille ait été entreprise, on doit perdre toute espérance dès l'instant qu'on est arrivé à la terre primitive.

M. Hassenfratz termine ce mémoire par le tableau de l'analyse chimique qu'il a faite de huit espèces de charbons de terre de différents

pays. Il donne dans ces analyses la quantité de matière charbonneuse réelle contenue dans chaque charbon, la quantité de cendres qu'ils laissent, la quantité de goudron, d'alcali volatil et d'air inflammable qu'on en peut tirer.

Ce mémoire ne peut que confirmer l'idée très-avantageuse que l'Académie a déjà conçue des talents de M. Hassenfratz, de l'étendue de ses connaissances et du génie d'observation qu'il porte dans les différentes branches des sciences auxquelles il se livre. Nous concluons donc que son mémoire mérite d'être imprimé dans le Recueil des savants étrangers.

Fait au Louvre, le . . ,

hSà MEMOIRES DE LAVOISIER.

RAPPORT

SUR

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