RAPPORT SUR LES FORGES ET SAUNES DES PYRÉNÉES
les procès-verbaux des expériences faites aux forges de Gudannes par l'auteur, par ordre du roi et de M^"" le comte d'Artois, sur les mines en grains tirées du Berri , et sur les mines de fer spathiques du Dauphiné. Ce travail de comparaison n'a pas été porté au point de perfection qu'on aurait désiré, parce que, la quantité de ces mines qui a été transportée aux forges de Gudannes ayant manqué, M. le baron de Dietrich n'a pu y mettre la dernière main. Peut-être serait-il plus utile de la reprendre sur les lieux mêmes, et de faire venir des hommes intelligents des Pyrénées dans le Berri et dans le Dauphiné, pour y tenter l'établissement des forges catalanes, et fixer les avantages et les désavantages de ce genre d'exploitation. Le travail et les expériences de M. le baron de Dietrich sembleraient indiquer que les mines en grains ne sauraient être travaillées avec avantage à la manière de Foix, mais que les mines de fer spathiques y rendent beaucoup de fer, avec une économie considérable de charbon.
Gomme les mines de fer spathiques qui lui ont été envoyées du Dauphiné étaient mal triées et très-cuivreuses, l'auteur indique des moyens d'extraire de cette mine les pyrites cuivreuses et martiales qu'elle ne renferme que trop communément.
Le troisième mémoire contient la description des gîtes de minerais, des forges et des salines du comté de Foix; 1 auteur a décrit, avec une exactitude scrupuleuse, la position, les distances de ces divers objets, et l'Académie a déjà approuvé plusieurs parties de ce mémoire, telles que sa description des mines de Vic-Dessos et celle de la fontaine salante de Camarade.
Le quatrième mémoire remplit le même objet pour le Gonserans. Les mines de cuivre, de plomb et d'argent des vallées d'Aulus et d'Ustout y sont décrites avec soin. L'auteur a trouvé de très-beaux marbres aux environs de Seix, près de Bivières, où l'on pourrait établir, dans le voisinage des carrières, des moulins à scier et à dégrossir le marbre. Il paraît que la France paye en pure perte un tribut à l'étranger pour les marbres, etc. Le marbre de toute espèce se trouve abondamment dans les Pyrénées: Verède, Gampan, Sarrancolin etBagnères-
de-Luchon, par exemple, fourniraient un étabiissement à Montrejeau; la Garonne les rendrait à Bordeaux, et de Bordeaux dans tout l'univers.
Le cinquième mémoire traite des mines du Gomminge. L'auteur y donne un détail circonstancié de la manufacture de safre et azur établie, par M. le comte de Beust, à Saint-Mamet, près Bagnères-de-Luchon, de diverses indications de cobalt, qu'il a découvert dans le Gomminge, et de diverses exploitations dans cette petite partie de la Gascogne. Il passe de là dans la vallée d'Aure, où il a vu d'abondantes mines de plomb. Il parle aussi des carrières de marbres de Sarrancolin et de Gampan.
Il a trouvé dans le comté de Foix, le Gonserans et le Gomminge un grand nombre d'affleurements de pyrites arsenicales; il réitère souvent le vœu de voir ces affleurements poursuivis, ces pyrites conduisant communément, dans les pays oh les mines sont en valeur, à des minéraux précieux et particulièrement à la raine d'étain, très-souvent annoncée en France par nos anciens minéralogistes, mais jamais découverte. L'auteur a généralement observé que nos prédécesseurs avaient pris de la blende pour de la mine d'étain.
Le sixième mémoire comprend les mines de la Bigorre. Il parle transitoirement des schorls blancs et violets et de l'asbeste des environs de Baréges. 11 a trouvé un grand nombre d'affleurements de mines de plomb et de cuivre dans les vallées de Héas et de Gavarnie; il a suivi les exploitations des mines de Goulres et autres, en Lavédan.
Le septième mémoire traite du Béarn. Il commence par la description des forges intéressantes de la vallée d'Asson, et passe de là à celles de Béon, dans la vallée d'Ossau, et décrit les travaux des divers gîtes de minéraux de cette vallée. On lui avait indiqué plusieurs filons de cobalt; mais les affleurements de ces filons ne montraient encore que de la pyrite arsenicale. Il se transporte dans la vallée d'Aspe, où il trouve autant d'indications de mines de cuivre qu'il en avait trouvé de mines de plomb dans les vallées précédentes, et décrit particulièrement celles de Gausia, qui sont en exploitation. Il rend compte des
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mines de charbon et de pétrole d'Orthez, ainsi que du travail des sources salées de Salies, et propose différents moyens d'y porter l'économie. Ce travail est décrit avec beaucoup d'exactitude et de fidélité. Il a parfaitement rappelé à M. d'Arcet, l'un de nous, ce qu'il avait été à portée d'y observer dans sa jeunesse.
Le huitième mémoire contient la Soûle, la basse Navarre et les landes comprises dans le ressort de la généralité de Pau, les forges de Laran, les salines d'Aincille, l'exploitation des mines de Baigorry, les verreries de Rayonne, les mines de charbon de Saint-Lon, près de Dax, les sources salantes des environs de cette ville, le bitume de Gaujac, les forges d'Absesse et d'Ussat.
Les détails dans lesquels l'auteur entre sur Baigorry nous paraissent devoir être utiles à l'art des mines; il pense que la compagnie actuelle n'y prospérera qu'en reprenant les fonds.
Il propose de tirer parti des sources salantes des environs de Dax, et de se servir de la tourbe qu'on trouve dans les landes du même nom, pour la fabrication de ce sel, ou des mines de charbon de Saint- Lon, qui sont susceptibles d'être relevées, et d'alimenter la verrerie de Bayonne. Il conseille d'extraire le bitume de l'asphalte de Gaujac, de la même manière qu'on le retire de l'asphalte d'Alsace. Cette mine de bitume est d'une exploitation d'autant plus facile qu'elle est, pour ainsi dire, à la surface de la terre, qu'elle a déjà été exploitée, et qu'on ne sait pas trop sur quel motif on a interrompu ce travail. On prétend, dans le pays, que ce fut par ordre, sollicité et obtenu par des entrepreneurs de la marine.
L'auteur a trouvé que les forges des Landes emploient une mine de fer qui n'est autre chose que des madrépores et des millépores convertis en mines. 11 a vu aux forges des Landes le procédé du Nivernais en usage, qui consiste à mazer la fonte. 11 se propose de donner une description particulière de ce procédé.
L'auteur a joint à son ouvrage sept tableaux, dont l'un offre l'ensemble de la fabrication des fers dans les Pyrénées françaises, et de leur consommation en charbon. Les six autres présentent l'ensemble des
hSS MEMOIRES DE LAVOISIER.
mines, par chaque petite province des généralités de Pau et d'Auch, que l'auteur a visitées, les paroisses dans lesquelles elles sont situées, et les noms des montagnes qui les renferment.
Enfin il a joint à son premier mémoire deux planches relatives au lavage de l'or, et le mémoire sur Baigorry est également accompagné des quatre planches absolument nécessaires pour l'intelligence de ce travail. Ces planches sont dues à M. de La Ghabeaussierre, sous-inspecteur honoraire des mines de France.
L'ouvrage est terminé par une table des matières suffisamment détaillée pour la rendre facile à consulter.
La partie de cet ouvrage qu'on doit regarder comme une notice des mines et des sources intéressantes qu'on trouve dans les Pyrénées était d'autant plus nécessaire, qu'une grande partie de ces richesses nous était pour ainsi dire inconnue; que les renseignements sur les lieux sont toujours pénibles et difficiles à obtenir, par les obstacles et le silence opiniâtre qu'apportent les habitants à toute espèce de recherche de ce genre.
Nous avons déjà une notice sur l'histoire naturelle des Pyrénées : c'est l'ouvrage de M. l'abbé Palassou. M. le baron de Dietrich a fait le traité de leurs mines, et nous regardons surtout cette notice comme une chose précieuse, par le soin et l'exactitude avec lesquels il a marqué les gîtes des mines de toute espèce qui se trouvent dans toute l'étendue de cette longue chaîne, et par les distances marquées avec précision, d'après la carte de l'Académie. A l'aide de ces renseignements et des facilités ou des obstacles qui naissent de la position des lieux, de l'abondance de l'eau et du prix du combustible surtout, objets que M. de Dietrich n'a jamais perdus de vue, le Gouvernement tiendra bien mieux sous sa main toutes les richesses de ce genre que renferment les Pyrénées, et sera plus à portée et plus en état de juger des avantages et des désavantages des entreprises qu'on lui proposera de faire, ainsi que des concessions.
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