‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 202 sur 347 · DES SABLES-D'OLONNE · texte numérisé non relu

DES SABLES-D'OLONNE

Nous avons déjà été à portée d'entretenir un grand nombre de fois l'Académie, M. d'Arcet et moi, des mémoires de minéralogie qui lui ont été présentés par M. le baron de Dietrich. Nous avons insisté surtout sur l'exactitude des descriptions topographiques qu'il a données, sur les avantages qui en résulteront pour la connaissance des productions minéralogiques du royaume. Nous avons applaudi à la clarté avec laquelle les procédés des arts sont présentés, au tableau des produits et des dépenses qu'il a rapprochés presque partout, et qui fourniront des données précieuses qui serviront un jour à évaluer les avantages et les inconvénients des nouvelles méthodes qui pourront être proposées, et à reconnaître les progrès des arts qui consomment des combustibles.

Ces mémoires ont pu ne présenter que peu d'intérêt à ceux qui ne voient dans la minéralogie qu'une science théorique et qui ne la considèrent pas relativement à son rapport avec les arts et avec les besoins de la société; mais M. le baron de Dietrich avait à instruire le Gouvernement sur l'état des mines, forges et usines du royaume, à éclairer les propriétaires, concessionnaires et entrepreneurs sur leurs propres intérêts, et c'est sous ce double point de vue qu'il a dirigé ses travaux.

Les deux nouveaux mémoires dont nous avons à rendre compte constituent le neuvième et le dixième de l'ouvrage que M. de Dietrich vient de faire imprimer sous le privilège de l'Académie, et qui forme un volume in-quarto de six cents pages. Le premier de ces mémoires concerne les forges des grandes landes, le fer mazé et la consommation du charbon de terre dans la généralité de Bordeaux. Il y décrit le travail du fer mazé, qu'il a trouvé établi à la forge d'Ura. Cette méthode de traiter le fer est connue depuis longtemps en Nivernais, et elle a beaucoup de rapport avec ce qui se pratique dans plusieurs parties de l'Allemagne, où l'on fait de l'acier de fusion; mais elle est peu répandue en France. Il paraît qu'il n'y a pas longtemps qu'elle a été transportée à la forge d'Ura.

Cette méthode comprend trois opérations distinctes : i° la refonte complète de la gueuse : on la coule en plaques minces et on la divise en gâteaux; 2° le grillage de ces gâteaux; 3*^ leur affinage, qui est encore une espèce de fonte ou au moins de ramollissement. Le grillage doit être plus ou moins complet, suivant la qualité de la fonte qu'on a à traiter et suivant la qualité du métal qu'on se propose d'en tirer. Lorsque la fonte est blanche et qu'on veut faire de l'acier, on diminue le temps du grillage, et souvent on le supprime en entier. Cette circonstance est une confirmation de la théorie nouvellement exposée à l'Académie par MM. Vandermonde, Monge et Berthollet. Ils ont fait voir, par des expériences qui ne laissent aucun doute, que la fonte grise contenait beaucoup de plombagine, que la fonte blanche en contenait moins, que l'acier en contenait une portion notable, que le fer forgé en était exempt. Il en résulte, par une conséquence nécessaire, que la fonte grise doit être privée de sa plombagine par le grillage quand on veut la convertir en fer; que la fonte blanche doit être moins grillée; enfin qu'elle ne doit point l'être du tout quand on veut fabriquer de l'acier, parce que la petite dose de plombagine qu'elle conserve est nécessaire pour constituer l'acier. La description de ce procédé manquait à celle de l'art des forges. M. de Dietrich lui attribue deux avantages : celui de produire de bon fer avec des mines qui, par les

FORGES ET MINES DE PLOMB ARGENTIFÈRE. àà\

procédés ordinaires, n'en donnent que de mauvais; le second, de faire à volonté, avec la même mine, du fer ou de l'acier.

La fabrication du fer mazé consomme un sixième de plus de charbon que celle des fers ordinaires, telle qu'on la pratique dans les grosses forges; mais on en est dédommagé par la meilleure qualité du fer, par quelque économie sur les déchets et par une plus grande facilité dans l'étirage du fer.

Ce mémoire est terminé par une notice des verreries et des raffineries de Bordeaux, et par des détails sur la quantité de charbon fossile national ou étranger qu'elles consomment, ainsi que sur l'exportation de numéraire qui en résulte, et sur les droits dont elles sont chargées.

Le second mémoire de M. de Dietrich, formant le dixième de sa collection, renferme la description des mines des Sards près des Sablesd'Olonne.

Les résultats avantageux des essais qui avaient été faits de cette mine, à Paris, sur des échantillons de choix, avaient donné une haute idée de leur richesse; mais le terme moyen de la richesse du minerai, pris dans les halles, n'a pas été à la moitié en plomb de ce qu'on en espérait. La quantité d'argent fournie par le plomb, et qui est trèsconsidérable, s'est, il est vrai, soutenue. Cependant, malgré cet avantage, M. de Dietrich ne paraît compter, que jusques à un certain point, sur le succès des travaux qui ont été entrepris.

Le filon se montre à jour, au-dessous du niveau de la haute mer, et les travaux sont recouverts par les eaux pendant une partie de la journée. On a tenté de faire des puits, à quelque distance de la côte, pour rencontrer le filon; mais il a fallu percer une montagne épaisse, et, comme le filon s'incline, on ne peut espérer de le rencontrer qu'à une grande profondeur. Si l'on joint à ces considérations que le site de la mine est malsain et qu'il règne des maladies fréquentes parmi les ouvriers; qu'on n'a pas assez d'eau pour suffire à l'entretien des lavoirs et des machines d'épuisement, on ne pourra s'empêcher de désirer, avec M. de Dietrich, que la compagnie qui est à la tête de cette entre- IV. 56

prise n'augmente pas ses dépenses dans une partie qui donne aussi peu d'espérance de succès. Il indique dans ce mémoire les seules tentatives qui paraissent leur rester à faire.

Si l'on considère que cette collection de mémoires n'est que l'ouvrage d'une année ; que M. de Dietrich en a précédemment publié un ^rand nombre d'autres sur l'exploitation des mines d'étain de Gornouailles, sur un volcan éteint au Neuf-Brisach , etc. qui tous ont été jugés dignes de l'impression; qu'il a concouru en outre à la traduction de plusieurs ouvrages allemands, tels que le Traité du feu de Scheele et plusieurs autres, l'Académie ne pourra qu'être confirmée dans l'opinion avantageuse qu'elle a prise de ses connaissances, de son zèle et de son activité.

Nous pensons que les deux mémoires dont nous venons de rendre compte méritent d'être imprimés sous le privilège de l'Académie.

Fait au Louvre, le juillet 1786.

Page 1