UN EFFET SINGULIER DU TONNERRE
Les diverses observations qu on a rassemblées sur le tonnerre paraissent prouver d'une manière incontestable que ce météore s'élève fréquemment de la terre : les effets observés à Paris, rue Vivienne, chez M. le marquis de Gollabeau, en fournissent une nouvelle preuve; j'ai cru qu'ils méritaient d'être communiqués à l'Académie.
Le samedi 27 juin 1772, entre huit et neuf heures du matin, pendant le violent orage qui couvrit la ville de Paris, il partit subitement chez M. de Gollabeau un vif éclair accompagné dans l'instant même d'une explosion très -considérable, et le tonnerre tomba, pour me servir de l'expression des personnes de la maison, en deux endroits différents. D'un côté de la cour, il fit partir un éclat de pierre de taille à l'angle d'une croisée, il endommagea le maillet d'une fenêtre voisine, enfin il jeta au loin et renversa la cage d'un oiseau.
De l'autre côté de la cour, il fondit des fils de fer de sonnettes; un domestique qui était dans une salle basse reçut une commotion assez vive dont il se ressentit plus de deux jours; au même instant un petit fragment de corniche de cheminée fut emporté au troisième étage; partie d'une chambre fut décarrelée au quatrième et un petit morceau de plâtre du haut de la cheminée fut détaché et jeté dans le jardin des Petits-Pères. Pendant l'explosion, la salle basse fut remplie d'une odeur approchant du soufre, mais plus désagréable, et le conduit des sonnettes qui communiquent de la cour à la salle se trouva rempli et comblé de petits gravats.
RAPPORT SUR UN EFFET SINGULIER DU TONNERRE. Zi89
Ces faits, qui sont à peu près tels qu'ils ont été vus et racontés par les personnes de la maison, m'ont paru assez intéressants pour mériter un examen suivi. Je me suis transporté en conséquence chez M. de Collabeau et j'ai observé que l'angle de la croisée, dont un éclat de pierre avait été détaché, était situé précisément entre le scellement de la barre de la pompe du puits dans le mur et des barreaux de fer qui servaient à griller la fenêtre. Dès lors, il m'a paru très-probable que le courant électrique avait suivi de bas en haut la barre de fer de la pompe, qu'il était remonté jusqu'au scellement de cette même barre dans le mur, qu'alors, arrêté par la résistance de la pierre, qui ne lui laissait plus un accès aussi libre que la barre métallique, il avait fait explosion, avait fait éclater la pierre et s'était divisé dans les barreaux et le maillet de la fenêtre voisine.
Les effets de ce coup m'ont paru tout à fait distincts de ceux qu'on avait éprouvés dans le corps de logis du fond, et j'ai jugé qu'ils avaient été formés par un autre courant de matière électrique; mais il n'en est pas moins certain que, dans l'un et l'autre cas, l'effet s'est fait de bas en haut.
Il paraît, suivant le rapport de ceux qui étaient dans la salle basse, que le tonnerre s'y est introduit à l'aide du fil de fer des sonnettes, qui a servi de conducteur à la matière électrique; que cette même matière a été attirée par l'homme qui a reçu la commotion; qu'ensuite le courant a enfilé le tuyau du poêle, qui était de tôle; qu'il a suivi intérieurement le tuyau de la cheminée, à peu près jusqu'au niveau du plancher qui sépare le troisième et le quatrième ; alors le courant de matière électrique, ayant rencontré une barre, est sorti de la cheminée et, à l'extrémité de la barre, a fait explosion dans le plancher et a décarrelé un espace d'environ U pieds carrés auprès de la cheminée. Une remarque assez singuHère, c'est qu'une table, qui était placée sur l'endroit qui a été décarrelé, n'a pas été renversée, non plus que des livres et beaucoup d'autres effets qui avaient été posés dessus.
Ces différents effets du tonnerre paraissent prouver que , dans les deux cas, le courant de matière électrique était dirigé de bas en haut.
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En effet, s'il en eût été autrement, le tonnerre, dans le premier cas, loin de faire explosion à l'endroit du scellement de la barre de la pompe, serait descendu paisiblement dans le puits le long de la même barre. De même, dans le second cas, ce n'aurait pas été la chambre du quatrième qui aurait été décarrelée, mais plutôt le plafond de l'appartement du troisième qui aurait été endommagé. Le rapport, d'ailleurs, de ceux qui étaient dans la salle basse confirme que le tonnerre est monté le long du tuyau.
Il ne paraît pas que les conduites de plomb qui sont dans la cour aient servi de conducteurs à la matière électrique, et cette circonstance est d'autant plus remarquable qu'elles étaient peu éloignées de l'endroit où il a passé. Sans doute que le fluide électrique est plus puissamment attiré par le fer que par les autres métaux; peut-être aussi la crasse et l'espèce de chaux dont le plomb se recouvre lui offrentelles un obstacle difficde à vaincre.