DES EFFETS SINGULIERS DU TONNERRE
Le i3 juin 1787, le tonnerre est tombé, un peu avant deux heures, sur l'église Saint-Paul : il a endommagé la couverture du côté du chevet de l'église; il s'est introduit dans l'intérieur avec fracas, et un enfant qui y était alors a été atteint au poignet, sans cependant qu'il en soit résulté d'accident grave. Quelques personnes qui étaient dans l'église ont chacune rapporté, avec des circonstances différentes, ce qu'elles ont vu, mais toutes s'acccordaient à dire qu'elles ont été éblouies par une grande clarté.
M. le curé de Saint-Paul ayant paru désirer qu'on profitât de cette circonstance pour armer l'église de Saint-Paul de paratonnerres, il m'adressa le sieur Baradelle et, dès le surlendemain, nous allâmes faire la visite de l'église de Saint-Paul, tant pour retrouver les traces du coup de tonnerre, que pour déterminer le nombre de paratonnerres qui serait nécessaire pour mettre l'église à l'abri de pareils accidents , reconnaître les emplacements oii il conviendrait de les placer, enfin pour me mettre en état d'en rendre compte à la fabrique.
Cet examen m'a fait voir que l'orage du i3 juin était venu du côté du levant, qu'il s'était jeté sur l'église et que le courant électrique s'était divisé en deux portions.
Une des deux s'est jetée sur une croix de fer placée sur le chevet
' Mémoires de l'Académie des sciences, année 1789, page 61 3.
de l'église. Cette croix, qui paraît avoir servi d'excitateur, est implantée dans la charpente et communique par sa tige avec des bavettes de plomb qui sont appliquées sur le toit. Le courant électrique a suivi une de ces bavettes ; il a fait sans doute étincelle en en sortant, car l'extrémité inférieure de cette bavette a été fondue. M. Hassenfratz, qui était avec moi, a bien voulu monter jusqu'en cet endroit et a coupé la portion qui a été fondue , pour servir de preuve.
L'explosion du fluide électrique, en sortant de la bavette de plomb, a été assez forte pour balayer les tuiles qui couvrent l'église dans un espace de i o pieds en largeur environ et dans toute la longueur du rampant. du toit. Les lo pieds n'ont point été entièrement dégarnis de tuiles; il en est resté une portion de 2 pieds environ dans le milieu, et h pieds de chaque côté ont été complètement dégarnis du haut en bas du toit.
Le coup de tonnerre paraît n'avoir attaqué qu'un seul chevron de la charpente, qui a été détaché et lancé assez loin : les fibres du bois se sont trouvées séparées et disséquées dans leur longueur, en sorte que le chevron ne ressemblait plus qu'à un faisceau de longues allumettes qui ne tenaient presque plus ensemble.
Le courant électrique, arrivé au bas du toit, s'est précipité dans le châssis de fer d'une des fenêtres de l'église. J'en ai eu la preuve, 1° parce que les scellements de ces barres dans le haut de la fenêtre ont été ébranlés et que les pierres dans lesquelles ils pénétraient ont été disjointes; 2° parce que quelques portions du plomb des vitraux ont été fondues et que nous en avons retrouvé plusieurs gouttes dans la galerie intérieure qui fait le tour de l'église.
Du châssis de fer de la fenêtre de l'église, le courant électrique s'est porté sur une barre scellée, à peu de distance, dans le mur; il y a eu encore étincelle en cet endroit, car dans les environs du scellement de cette barre, la couche de peinture en détrempe avait été calcinée et le blanc de craie converti en chaux vive. Tous les environs de ce scellement, à la distance de 5 à 6 pouces, paraissaient avoir éprouvé une grande intensité de chaleur.