‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 230 sur 347 · DESTINÉ À SERVIR D'HORIZON · texte numérisé non relu

DESTINÉ À SERVIR D'HORIZON

Du 37 mai 1788.

Une sentence du Ghâtelet de Paris, du i3 février 1788, rendue entre M. l'abbé Bergevin et M. Thiéry, fondeur, a renvoyé les parties par-devant l'Académie des sciences pour avoir son avis et être statué ainsi qu'il appartiendrait.

L'Académie, avant d'accepter le renvoi de cette affaire, a désiré qu'il lui fût présenté quelques éclaircissements et elle a nommé MM. Bailly, Lavoisier et Perier pour lui en faire le rapport.

Gomme elle ne nous a point chargés de l'examen de l'affaire au fond , nous nous contenterons de lui rapporter sommairement les faits tels qu'ils sont énoncés dans les pièces du procès que nous avons entre les mains, sans prévoir en aucune manière le jugement qu'elle pourra être dans le cas de porter dans la suite.

M. l'abbé Bergevin a fait modeler, fondre et exécuter par M. Thiéry, maître fondeur, un cercle de cuivre destiné à servir d'horizon à un très-grand globe terrestre qu'il a exécuté par ordre du roi et qui est déjà connu de l'Académie. Le cercle fondu, H s'y est trouvé deux fortes soufflures; il s'est élevé des difficultés sur sa réception et, après un laps de temps assez considérable, M. l'abbé Bergevin en a fait faire un autre sur des proportions différentes, et il a refusé de prendre celui de M. Thiéry.

/i96 MÉMOIRES DE LAVOISIER.

M. l'abbé Bergevin prétend que le cercle n'est pas recevable à cause des soufflures qu'on y remarque.

M. Thiéry soutient, au contraire, que ces soufflures sont en dessous, qu'elles ne sont pas apparentes et qu'il est aisé de remplir les trous avec de la même matière, et qu'il a fondu deux pièces pour remplir cet objet, d'après l'ordre même de M. l'abbé Bergevin et sur des modèles qu'il lui a envoyés. Il ajoute que ces soufflures ne sont pas la véritable cause du refus de M. l'abbé Bergevin; que le fait est qu'il s'est trompé sur la dimension qu'il a prescrit de donner à son cercle, et que, ne pouvant s'en servir pour cette raison, il aurait cherché un pr<^texte pour éviter de le prendre à sa charge.

Tel est sommairement l'état de l'affaire sur laquelle l'Académie est consultée. Il ne reste plus qu'à examiner, si elle doit ou non accepter le renvoi qui lui en est fait.

Dans l'origine, l'Académie a été principalement instituée pour examiner toutes les inventions nouvelles qui lui seraient renvoyées de la part du roi.

Insensiblement elle est devenue un tribunal volontaire dont les particuliers ont réclamé directement le jugement, et elle a tenu à honneur de répondre à la confiance du public.

Depuis, le travail qu'elle a entrepris pour la description des arts et métiers a augmenté encore considérablement l'étendue de la juridiction; le parlement et M. le lieutenant général de police l'ont fréquemment consultée sur des objets soit d'art, soit de mécanique. On ne voit pas que dans aucune circonstance elle ait cherché à éloigner les occasions de se rendre utile. Il ne paraît pas qu'elle ait plus de raison de se refuser dans ce moment à la marque de confiance que le Ghâtelet vient de lui donner. Ce n'est point un simple expertage qu'on lui demande, il s'agit d'examiner si les dimensions prescrites par M. l'abbé Bergevin, étaient justes ou non, s'il s'est trompé dans le calcul par lequel il les a déterminées; si le fondeur a exécuté fidèlement ce qui lui a été commandé; enfin, subsidiairement, si les imperfections du cercle le rendent non recevable.

CONTESTATION SUR UN CERCLE DESTINE A SERVIR D'HORIZON. /i97

Le Châtelet a jugé que cet examen exigeait plus de connaissances que n'en ont les fondeurs ordinaires, et il a cru ne pouvoir mieux faire que de s'adresser à l'Académie. Nous concluons, d'après ces réflexions, que l'Académie ne peut avoir aucun motif pour refuser le renvoi qui lui est fait.

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