RAPPORT SUR DES EFFETS SINGULIERS DU TONNERRE
Gomme cette dernière barre communique avec une suite d'autres barres qui régnent le long d'une galerie intérieure et qui font tout le tour de l'église, le fluide électrique s'est sans doute perdu et dispersé dans cette grande étendue de corps métalliques non isolés. Il paraît cependant qu'il a fait explosion dans différents endroits de l'intérieur de l'église, au grand effroi du petit nombre de personnes qui y étaient dans cet instant, mais sans en blesser aucune gravement.
Telle est la marche qu'a évidemment suivie la première portion du fluide électrique. L'autre paraît s'être jetée sur la tour et avoir suivi un tuyau de descente en plomb qui règne depuis le haut jusqu'au bas et qui a servi de décharge. Ce n'est pas que nous ayons trouvé dans la tour aucun indice de cet effet; mais une circonstance remarquable ne nous a pas permis d'en douter. Dans le bas de la conduite de plomb dont il est question régnait un fil de fer de sonnette, et ce fil de fer, après avoir été renvoyé par un tourniquet, coupait à angle droit la descente de plomb; il passait ensuite le long d'une cuvette de plomb placée au bas d'une fenêtre au premier étage et allait gagner le voisinage d'un puits, dont la poulie était en cuivre, et à laquelle était adaptée une chaîne de fer au lieu de corde. Une partie du fluide électrique s'est dirigée par ce fil de fer et nous en avons eu plusieurs pretives.
Premièrement, dans l'endroit ou le fil de fer était en contact avec la cuvette de plomb, ce dernier métal a été fondu, et l'on voyait encore des gouttes brillantes qui en avaient coulé, d'où il résulte évidemment que le fil de fer avait fortement rougi.
Secondement, ce même fil de fer avait été fondu lui-même en deux endroits, et, en examinant les bouts qui avaient été séparés, nous avons reconnu les gouttes arrondies qui portaient le caractère de la fusion. Enfin, à l'extrémité du fil de fer, du côté du puits, le passage du fluide électrique était encore marqué par une circonstance; c'est que le scellement d'une des barres de fer qui soutiennent la poulie avait été étonné et ébranlé.
Il est aisé déjuger par ces détails que si la quantité de fluide élec-
trique eût été plus considérable, elle aurait pu causer de très-grands ravages, surtout du côté du chevet de l'église; que la communication qui s'est établie de la croix de fer, placée extérieurement, avec les barres de fer de la galerie qui fait le tour de la nef, ayant déterminé l'explosion en dedans de l'église, elle aurait pu être funeste à ceux qui y auraient été rassemblés, si cet événement fût arrivé pendant le temps des offices; enfin qu'il est important de changer ces dispositions.
Le moyen de prévenir pour la suite de pareils accidents est indiqué par les efï'ets mêmes que nous avons observés et dont je viens de rendre compte. La route qu'a prise le fluide électrique étant bien connue, il ne s'agit plus que de lui préparer d'avance une suite de conducteurs non interrompus qui le conduisent au réservoir commun. Je propose, en conséquence, de placer sur l'église Saint-Paul deux aiguilles de fer ou paratonnerres de ^o pieds environ de longueur : l'un à la place de la croix de fer, sur laquelle le tonnerre est tombé le i3 juin dernier; l'autre sur la tour, et d'adapter à chacun des décharges qui s'enfonceront en terre jusqu'au niveau de la nappe d'eau, c'est-à-dire à la profondeur du niveau des puits dans les plus basses eaux. La dépense de ces deux paratonnerres ne sera pas fort considérable; et elle préservera à l'avenir, de tout accident de ce genre, l'église et même les bâtiments circonvoisins à une assez grande distance. Il serait à souhaiter qu'on fît une semblable opération pour l'église des Jacobins, ci-devant des Grands-Jésuites, et pour celle de Sainte-Marie. Ces grands édifices, une fois armés , procureraient une grande sûreté aux habitations particulières de tout le quartier.