DES ECHEVEAUX DE COTON TEINTS EN ROUGE
Du 10 juin 1792.
L'Académie nous ayant chargés, MM. Leroy, Lavoisier, BerthoHet et moi, d'examiner des écheveaux de coton teints en rouge, qui lui ont été présentés par M. Bonafont, nous allons lui faire part des diverses épreuves auxquelles nous les avons soumis ; mais, avant d'entrer dans aucun détail, nous observerons à l'Académie que M. Bonafont nous a fait mystère de ses procédés pour la teinture en rouge dit d'Andrinople. Il n'a point non plus opéré devant nous ; il nous a simplement offert d'apposer des plombs à quatre écheveaux de coton et il nous les a ensuite rapportés lorsqu'ils ont été teints. M. Bonafont n'ignore cependant pas que l'on teint en France, dans beaucoup d'ateliers, le coton en rouge, et en aussi bon teint que celui qui nous vient d'Andrinople par le commerce du Levant. M. Bonafont n'ignore point non plus que les procédés pour ce genre de teinture sont décrits très-clairement dans plusieurs auteurs. Mais M. Bonafont nous a représenté que le procédé dont il se servait était un peu différent de ceux qui sont connus, et qu'il ne pourrait nous le communiquer parce qu'il n'était que le co-propriétaire du secret de la teinture en rouge qu'il soumet au jugement de l'Académie. Notre rapport se trouve donc restreint à de simples épreuves sur la solidité de la teinture en rouge des quatre écheveaux de coton sur lesquels nous avons apposé des plombs. Ces écheveaux nous ont été remis ayant deux teintes différentes, et il y en avait deux qui avaient plus de vivacité que les deux autres. M. Bonafont nous a
observé, en nous les remettant, que ceux qui étaient d'un teint plus vif avaient reçu deux teintes et avaient été avivés par un moyen plus coûteux que celui dont il s'était servi pour les deux autres.
Le coton le moins vif ayant été traité avec l'acide nitrique (d'après la manière proposée par M. Vogler pour essayer le rouge d'Andrinople) a resté quelque temps sans être altéré, et, au bout de dix heures, il avait pris une teinte orangée.
Le même coton, passé au débouilli de savon, dans les proportions de cinq parties de savon sur une de coton, n'a pas perdu sensiblement de sa teinte, et la dissolution du savon ne s'est que très-peu chargée du rouge du coton.
Le coton dont la teinture était plus vive a été soumis aux mêmes épreuves. Dans l'acide nitrique, il a conservé quelque temps sa couleur et il a passé ensuite à l'orangé.
Traité avec le savon, il a très-peu perdu de sa couleur et il a conservé sa vivacité.
Nous avons soumis à d'autres épreuves le coton de M. Bonafont; mais celles que nous avons rapportées étant suffisantes pour constater la bonté de la teinture rouge sur coton , nous avons cru devoir les passer sous silence.
Nous pensons donc que le coton teint en rouge présenté par M. Bonafont réunit à la solidité la vivacité recherchée dans les rouges d'Andrinople.
Signé, k la minute, Pelletier, Lavoisier, Leroy, Berthollet
SUR UN PROCEDE POUR LA FONTE DES STATUES DE BRONZE. 5A9 RAPPORT SUR UN PROCÉDÉ
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