LA FONTE DES STATUES DE BRONZE
Le nommé Grave Roetrin, établi à Paris, mouleur pour les statues en bronze , s'est présenté au ministre de l'intérieur muni de toutes les pièces et certificats exigés par la loi et, sur le renvoi qui en a été fait au bureau de consultation, nous avons été nommés, le citoyen Sylvestre et moi, pour lui en rendre compte.
Il résulte de ces pièces et de celles dont le sieur Grave nous a depuis justifié, qu'il a été attaché longtemps à la construction des moules en terre pour la fonte des différentes statues en bronze ordonnées par la ville; que, sur les propositions qui lui ont été faites de s'expatrier et de porter à l'étranger son industrie, il a rejeté ce sort avantageux qui lui était offert; que M. de Viarmes, qui était alors prévôt des marchands, donna des éloges à sa conduite et lui promit de le faire indemniser par l'administration municipale du sacrifice qu'il avait fait; mais que ces promesses, dont il a bien des fois réclamé l'exécution, n'ont jamais été réalisées, et que la ville s'est bornée à l'inscrire pour une somme de 96 livres dans les secours annuels qu'elle était dans l'usage de distribuer.
Le citoyen Grave est donc dans l'indigence; il est sourd, infirme, hors d'état de se procurer par son travail les moyens de subsister lui et sa famille.
Ces motifs de considération particulière ne seraient pas sans doute suffisants pour donner au citoyen Grave des droits aux récompenses
nationales, et c'est une objection que nous nous sommes faite à nousmêmes : nous nous sommes dit que ce n'est pas sur le fonds destiné aux artistes que doit être prise une indemnité due à juste titre par la ville de Paris. Cependant, lorsque nous avons considéré que l'art du mouleur en terre est un des plus importants de ceux qui concourent à la fonte des grandes statues, que cet art, presque mécanique lorsqu'il ne s'agit de fondre que des pièces de petites proportions, augmente beaucoup de difficulté lorsqu'on l'applique à de très-grandes pièces, nous avons senti qu'un artiste qui a consacré à cet art une partie de sa vie, qui y a sacrifié sa santé, qui a moulé presque toutes les grandes statues de bronze coulées de nos jours, pouvait avoir droit à des récompenses.
Quelques réflexions très-sommaires sur la partie de l'art que le citoyen Grave a exercée contribueront sans doute à convaincre le bureau de cette vérité.
Rien n'est encore commencé pour le bronze au moment où le sculpteur a mis la dernière main à sa statue.
Il faut commencer par en faire un modèle en plâtre de la grandeur que doit avoir le bronze, le finir et le réparer.
Sur ce plâtre, il faut faire un premier moule également en plâtre, d'une infinité de pièces rapportées, toutes susceptibles de s'enlever séparément, et l'on sait que la difficulté n'est pas médiocre lorsqu'il est question d'une statue de proportions colossales. Les plus petites pièces alors forment des masses difficiles à manier, et.il faut à tout instant employer les leviers, les moufles et des mécanismes d'un grand nombre d'espèces.
Dans ce moule en creux, il faut pousser de la cire, ou plutôt une composition particulière à laquelle on donne le nom de cire et qu'on ramollit dans l'eau chaude. On obtient ainsi en cire et en pièces de rapport tous les détails dont la réunion doit former la statue tout entière; on applique alors ces cires sur un noyau solide, armé de traverses de fer et qui doit être enveloppé par le bronze. Il faut ensuite revêtir ces cires avec un nouveau moule fait avec ce qu'on nomme la potée,