‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 255 sur 347 · RAPPORT SUR LA PROPORTION DES COMPOSANTS · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LA PROPORTION DES COMPOSANTS

Toutes les substances élémentaires qui constituent les corps que nous connaissons étant, à l'exception du calorique, susceptibles d'être pesées, il est tout simple que les chimistes aient cherché les moyens de déterminer la quantité pondérique de chacun des éléments qui entrent dans la composition des corps. MM. Homberg, Wenzel, Wiegleb, Bergman et surtout M. Kirwan, se sont occupés de cet objet. Mais ce problème, qui paraît si simple, est hérissé d'une foule de difficultés; les acides en liqueur en présentent une particulière. Comme ils sont susceptibles d'être combinés avec l'eau dans toute proportion , on n'a encore rien exprimé à leur égard quand on a simplement énoncé quelle est la quantité qu'on en a employée dans une expérience; il faut encore spécifier l'état de cet acide, et le caractère qui a été adopté par les chimistes est, en général, la pesanteur spécifique.

M. Hassenfratz, dans le mémoire dont nous rendons compte, a examiné le cas particulier de la combinaison des acides avec l'eau, et le problème qu'il s'est proposé de résoudre est celui-ci : étant donné un acide nitrique étendu d'eau, dont la pesanteur spécifique est connue, déterminer la quantité d'acide réel qu'il contient.

Pour résoudre ce problènie à l'égard de l'acide nitrique, M. Hassenfratz s'est servi principalement d'expériences déjà faites , mais qui n'avaient pas été publiées. Elles consistent à combiner ensemble des quantités connues de gaz nitreux et de gaz oxygène dans un matras qui contient de l'eau distillée dont on a soigneusement déterminé le poids. Ces deux gaz se combinent, perdent leur état aériforme et se combinent avec l'eau pour former de l'acide nitrique en liqueur. L'augmentation de poids acquise par l'eau donne la quantité d'acide réel contenu dans l'acide.

M. Hassenfratz a ensuite déterminé la pesanteur spécifique de cet acide; puis, l'ayant successivement coupé avec des quantités connues d'eau distillée, et ayant déterminé la pesanteur spécifique de chacun de ces acides en particulier, il est parvenue former une table qui exprime la relation qui existe entre la pesanteur spécifique de chaque acide en liqueur, et la quantité d'acide réel qu'il contient.

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Au lieu de se borner à un tableau numérique, M. Hassenfratz a pensé qu'il serait préférable de présenter ses résultats par une opération graphique.

Ayant donc mené une ligne horizontale et l'ayant divisée en parties égales pour représenter les augmentations de pesanteur spécifique, il l'a considérée comme la ligne des abscisses d'une courbe, puis sur chacune des divisions de cette ligne il a élevé des perpendiculaires pour représenter les quantités d'acide réelles. Enfin il a mené par l'extrémité de toutes ces lignes une courbe dont les ordonnées représentent les quantités d'acide réelles correspondantes à une pesanteur spécifique donnée.

Ces méthodes graphiques ont l'avantage de représenter aux yeux ce qui se passe dans l'expérience, de réduire les calculs à de simples mesures que Ton prend au compas et d'éviter les interpolations, qui présentent des diflicultés pour ceux qui ne sont pas dans l'habitude du calcul , et une perte de temps assez grande pour ceux mêmes qui y sont le plus accoutumés. On peut employer la même méthode pour représenter la proportion de l'acide et de la base propre à différents sels. Enfin on peut l'appliquer à des solutions d'un ordre plus élevé.

Ce qui est très-remarquable, c'est que la pesanteur spécifique, qui va toujours en augmentant à mesure que la quantité d'eau contenue dans l'acide diminue , passe tout à coup en sens contraire, et devient négative , lorsque l'eau n'est plus en quantité suffisante pour tenir le gaz acide en dissolution ; c'est alors que l'acide entre en expansion et devient aériforme. Ce phénomène a lieu, comme l'on sait, pour l'acide nitrique, pour l'acide muriatique, et en général pour tous les acides volatils.

Nous engagerons M. Hassenfratz à suivre ces recherches, qui sont la base fondamentale de la chimie et qui permettront un jour de mettre dans les expériences une rigueur dont les anciens n'avaient pas même d'idée. Nous l'engagerons aussi à ne pas négliger l'eau que les gaz acides et les fluides aériformes qui entrent dans leur composition peuvent contenir, et nous croyons que le premier mémoire mérite d'être inséré dans le recueil des mémoires présentés à l'Académie par des savants étrangers.

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