‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 272 sur 347 · LETTRE DE LAVOISIER A M. RABINET · texte numérisé non relu

LETTRE DE LAVOISIER A M. RABINET

PREMIER COMMIS DES BUREAUX DE M. LE BARON DE BRETBUIL, À VERSAILLES, LE 29 AVRIL 1785.

L'ordonnance du Roi, Monsieur, a été lue mercredi à l'Académie,

et elle a produit le meilleur effet. Recevez, je vous prie, par ma voix, l'expression de la reconnaissance générale et l'assurance du contentement à peu près unanime de la Compagnie. Nous attendons avec la plus grande impatience le retour du ministre pour allei- en corps lui porter nos remercîments, ainsi qu'à vous. Monsieur, qui avez donné dans cette occasion, comme dans beaucoup d'autres, des preuves du cas que vous faites des sciences et de ceux qui les cultivent, et qui avez conduit cette affaire avec la sagesse d'esprit et l'impartialité qui vous est propre.

Nous avons fait dans la liste de l'Académie une omission qui heureusement est facile à réparer.

Indépendamment des adjoints ordinaires attachés à chaque classe, il existe un adjoint géographe dont le nouveau règlement ne parle pas; cette place est occupée par M. Buache, homme de mérite. Il est clair que, le Roi ayant jugé à propos de supprimer les adjoints, il a dû être dans son intention de convertir la place d'adjoint géographe en une place d'associé géographe. Mais le nouveau règlement garde le silence à cet égard. M. de Condorcet s'est chargé de vous écrire à ce sujet et de convenir de la forme la plus simple pour réparer cette omission.

On a encore observé que M. Desmarets ayant passé, parle nouvel arrangement, des classes mathématiques dans les classes physiques, il ne pouvait continuer d'être vice-directeur, parce qu'il est contre la règle qu'il y ait à la fois deux officiers physiciens. Cette difficulté. Monsieur, ne me paraît pas fondée.

Tout ce qui me paraît résulter du passage de M. Desmarets dans les classes physiques, c'est qu'il ne serait pas éligible dans ce moment pour être officier mathématicien, mais il suffit qu'il le fût à l'époque où il a été nommé pour que sa nomination soit régulière. La seule attention que cette circonstance exigera, c'est que le vice-directeur qui sera nommé l'année prochaine par le Roi soit choisi dans les classes mathématiques , et tout rentrera dans l'ordre.

Quelque confiance, Monsieur, que j'aie dans votre manière de voir, j'ai de la peine à me persuader qu'il ne fût pas avantageux pour l'Aca-

demie d'avoir le choix de ses officiers. Il est bon que dans un corps les membres soient dans une sorte de dépendance les uns des autres, et cette dépendance se trouve naturellement établie par le besoin qu'on a de ménager le suffrage de ses confrères. Ce même motif lierait plus étroitement les honoraires à l'Académie. Il les rendrait plus attentifs à ne déplaire à personne. Enfin, l'espérance de revenir un jour aux places d'officiers ferait un point d'émulation et porterait aux plus grands efforts pour ne déplaire à personne pendant qu'on serait dans les charges. Il serait bien dangereux, sans doute, que les places d'officiers devinssent une espèce de vizirat qui se transmettrait entre un petit nombre de personnes conime l'usage s'en était introduit abusivement, il y a trente ans; mais il serait aisé de prévenir cet inconvénient, en ordonnant que la même personne ne pourrait rentrer dans les places d'officiers qu'au bout de six années révolues, même plus si on le juge à propos.

Observez, Monsieur, que le ministre, en s'en rapportant au choix de l'Académie, ne renoncerait qu'à un droit qu'il n'exerce pas, puisqu'il veut bien communément s'en rapporter au vœu des officiers sortants et que, d'ailleurs, il a approuvé qu'on observât assez exactement l'ordre du tableau.

La circonstance serait favorable pour établir cette nouvelle forme. Nous prendrions notre texte sur ce qu'il existe dans ce moment deux officiers appartenant aux classes physiques, et nous donnerions, M. Desmarets et moi, notre démission pour remettre nos places à l'élection de l'Académie. Je n'ai jamais parlé de ce projet à M. le baron de Breteuil, et je renonce à lui en parler jamais si ce n'est point votre avis, parce que j'ai beaucoup plus de confiance dans vos lumières que dans les miennes, et que je croirai m'être trompé si vous ne voyiez pas comme moi.

J'ai l'honneur d'être, avec un très-parfait attachement, etc.

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