LETTRE DE M. LE BARON DE BRETEUIL A M. LAVOISIER
J'ai remarqué, Monsieur, que les pensionnaires surnuméraires s'étaient fort multipliés, depuis quelques années, à l'Académie, quoique cette faveur n'ait jamais été accordée que sur sa demande; je suis loin sans doute de désapprouver cette marque de déférence et d'attachement que vous rendez à des confrères anciens dans l'Académie, et qui s'y sont distingués par leurs travaux; vous savez, au contraire, que j'y ai concouru en prenant, à cet égard, les ordres du roi toutes les fois que vous l'avez désiré.
Mais plus ces sortes de nominations deviennent fréquentes, plus il me paraît nécessaire de les assujettira des règles qui en éloignent l'arbitraire, qui les restreignent dans de justes bornes, et qui préviennent les inconvénients qui pourraient en résulter dans la suite.
Je croirais qu'il conviendrait d'abord que l'Académie ne délibérât sur ces sortes de demandes que huitaine après qu'elles auraient été faites ;
Que les délibérations ne passassent qu'autant que la pluralité aurait été au moins des trois quarts des voix;
Qu'il n'y eût lieu à délibérer qu'autant que la demande serait formée par un associé qui aurait au moins quinze ans d'ancienneté.
Enfin, comme le véritable et peut-être le seul inconvénient des surnuméraires est de multiplier les places de l'Académie au delà du vœu de son institution , on pourrait prévenir cet inconvénient en arrêtant qu'à l'avenir la place des associés qui auraient obtenu le titre de pensionnaire surnuméraire ne serait point vacante, qu'ils continueraient d'être rangés sur la liste de l'Académie dans l'ordre des associés, en ajoutant seulement, vis-à-vis de leur nom, la qualité de pensionnaire surnuméraire.
Je désire, Monsieur, que l'Académie délibère sur ces différentes propositions, et je vous prie de me faire part de ses réflexions. Comme, au surplus, les dispositions qui pourraient être faites ne doivent point avoir un effet rétroactif, rien n'empêche que l'Académie ne procède, comme à l'ordinaire, à l'élection pour remplir la place d'associé vacante par la promotion de M. Bailly.
Les règlements de l'Académie des sciences portent qu'il sera nommé chaque année, par le roi, un président et un vice-président choisis parmi les honoraires; un directeur et un vice-directeur choisis parmi les pensionnaires; mais ces règlements ne s'expliquent en aucune manière sur la forme des élections de ces officiers amovibles.
L'usage a suppléé au silence du règlement : chaque année les officiers s'assemblent à la Saint-Martin, ils délibèrent entre eux sur le choix de leurs successeurs, et, d'après le vœu de ce comité, le président écrit au ministre, qui communément confirme le choix des officiers désignés.
On voit, par cet exposé, que les officiers de l'Académie ne sont nommés par le roi, comme tous les membres, que sur la présentation qui lui en est faite, mais avec cette différence que les académiciens ordinaires ne sont admis que d'après le vœu du corps entier des pensionnaires, tandis que les officiers sont nommés d'après le vœu d'un comité très-peu nombreux. Il serait beaucoup plus régulier beaucoup plus conforme à la constitution de l'Académie, que la présentation des offi-