L'ANALYSE D'UNE SOURCE D'EAU SULFUREUSE PAR M. LE VEILLARD
7 Août 1771.
L'Académie nous a chargés , M. Macquer et moi , de lui rendre compte d'une analyse de l'eau de la fontaine sulfureuse de Montmorency, par M. Le Veillard.
Quelque nombreuses que soient les analyses d'eau, on est obligé de reconnaître qu'il n'en existe qu'un très-petit nombre qu'on puisse regarder comme bien faites. Celle dont nous avons à rendre compte aujourd'hui est de ce dernier nombre, et nous ne balançons pas d'avancer que M. Le Veillard a mis en usage toutes les ressources connues jusqu'à ce jour pour parvenir à une analyse exacte.
Nous ne nous arrêterons pas à décrire les différents procédés que M. Le Veillard a employés pour remplir cet objet. Ce mémoire est fait avec tant de précision que nous ne pourrions, en quelque façon, que le transcrire dans les mêmes termes. Nous nous contenterons donc de présenter ici le résultat de ses expériences.
L'eau de la fontaine de Montmorency donne, par son odeur, des indices assurés de la présence du soufre. On ne peut parvenir cependant à en retenir aucune portion, ni par la sublimation ni par aucune autre opération. Il n'en est pas de même du dépôt spontané qui se sépare de cette eau et qu'on trouve le long du canal dans lequel elle coule
au sortir de sa source. Ce dépôt, d'après les expériences de M. Le Veillard, est composé d'une petite portion de soufre mêlé ou combiné avec de la terre calcaire et de la sélénite.
L'eau de la fontaine de Montmorency a une propriété particulière qui peut la rendre extrêmement précieuse dans l'usage médicinal; elle peut se conserver très-longtemps sans perdre de ses propriétés, pourvu qu'on la tienne à la cave et dans des bouteilles exactement bouchées.
Si l'on soumet cette eau à la distillation, les premières portions qui passent dans le récipient conservent une odeur de foie de soufre trèsmarquée. Si l'on pousse plus loin l'opération, l'eau passe pure et sans odeur, mais ce qui reste dans la cucurbite conserve toujours la même odeur de foie de soufre, et précipite toujours également en noir toutes les dissolutions métalliques. Cette seconde propriété n'est pas moins importante que la première, puisqu'il en résulte que cette eau peut être échauffée sans perdre de sa qualité, et par conséquent qu'elle peut être employée avec le plus grand succès pour les bains.
L'évaporation de cette eau, faite à l'air libre et dans des vaisseaux ouverts, a laissé 6 - grains de terre, k grains de sélénite, i y grain de sel de Glauber, - grain de sel marin à base terreuse, une très-petite portion d'alun et une matière gommeuse et gélatineuse. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les produits obtenus par la distillation dans les vaisseaux fermés se sont trouvés sensiblement plus considérables que ceux obtenus par une évaporation à l'air libre. Ce fait, qui avait déjà été annoncé, acquiert un nouveau degré de certitude par les expériences de M. Le Veillard, et il paraît qu'on peut en conclure que l'évaporation à l'air libre n'est pas un moyen aussi infaillible qu'on l'avait présumé pour connaître la quantité des sels contenus dans l'eau, surtout lorsqu'ils ne s'y trouvent qu'en très-petite quantité.
M. Le Veillard a répété plusieurs fois ses expériences sur l'eau de la fontaine de Montmorency puisée en différentes saisons, et il a trouvé constamment qu'au commencement de l'automne elle contenait une
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petite portion de sel ammoniac. Il présume que les feuilles et plantes qui croupissent dans la fontaine dans cette saison peuvent en être la cause; il porte le même jugement de la matière gommeuse dont il a été question ci-dessus. Nous nous bornerons à ce court extrait du mémoire de M. Le Veillard, et nous croyons en avoir assez dit pour donner une idée de la nature de l'eau sulfureuse de Montmorency et du mérite de l'analyse qui en a été faite par M. Le Veillard.
M. Macquer, l'un de nous, et M. Cotte, prêtre de l'Oratoire, professeur à Montmorency, se sont déjà occupés de quelques expériences sur cette même eau , ainsi que l'annonce M. Le Veillard au commencement de son mémoire ; elles sont consignées dans un mémoire que l'Académie a jugé digne d'être imprimé dans les Mémoires des savants étrangers. Quoique ce mémoire contienne des observations très-intéressantes et dont les résultats se rapportent pour la plus grande partie avec ceux de M. Le Veillard, nous pensons cependant que le public verra avec plaisir une nouvelle analyse de la même eau, plus étendue et plus complète que la précédente, faite avec tout le soin et l'exactitude que l'art peut comporter; nous pensons, en conséquence, que le mémoire de M. Le Veillard est très-digne de l'approbation de l'Académie et d'être imprimé dans les Mémoires des savants étrangers.