ET DES HUILES QU'ON EN EXTRAIT, PAR M. L'ABBÉ ROSIER
Du 99 janvier 177-2.
Nous avons examiné, M. Tillet et moi, un mémoire présenté à l'Académie par M. l'abbé Rosier, intitulé Traité de la culture des semences du chou nommé colza et de celle de navette, avec les moyens d'en extraire une huile douce dépouillée de son mauvais goût et de son odeur désagréable.
Ce mémoire est divisé en deux parties : la première traite uniquement de la culture du colza et de la navette; la seconde, des procédés qu'on emploie pour en exprimer l'huile et des moyens qu'on pourrait employer pour la pei'fectionner.
Nous ne suivrons pas M. l'abbé Rosier dans tous les détails qu'il donne de la culture du chou; nous essayerons seulement d'en donner une idée succincte, en insistant sur les points que M. Rosier juge susceptibles de perfection.
Le colza se cultive de deux manières, ou bien on le sème en pépinières, et on le transplante dans le commencement d'octobre; ou bien on le sème en plein champ comme le blé, et on le laisse croître dans
la même terre jusqu'au moment de la récolte. Chacune de ces deux méthodes a des avantages qui lui sont propres : celle de semer en pépinières procure, en général, une récolte plus abondante; celle de semer en plein champ est plus économique, elle épargne du temps, du terrain et de l'argent. Il est difficile de déterminer à laquelle de ces deux méthodes on doit s'attacher; on ne peut guère se décider à cet égard que d'après des circonstances locales et particulières, d'après une étude réfléchie de la nature des terrains, et surtout d'après l'expérience. Cependant, en général, M. l'abbé Rosier donne la préférence aux pépinières, il en apporte des raisons très-solides. Une des plus frappantes, c'est que, la culture du colza étant communément destinée à succéder à celle du blé, le cultivateur n'a pas le temps suffisant pour donner à la terre les façons nécessaires, ou bien i\ est forcé de les donner avec précipitation, tandis que, par la méthode des pépinières, il a une. partie du mois d'août et tout celui de septembre pour préparer la terre. Indépendamment des motifs que le raisonnement peut fournir en faveur des pépinières, l'expérience des Flamands et des Alsaciens forme un nouvel argument bien fort; mais il fait observer en même temps que, dans ces provinces, le temps de la récolte du colza étant combiné avec celui de plusieurs autres cultures de différents genres qui la précèdent et qui la suivent presque toujours immédiatement, la méthode des pépinières se trouve souvent nécessitée par les circonstances, et l'on ne doit peut-être pas en conclure que cette méthode soit plus avantageuse en elle-même, et qu'on doive l'employer indistinctement dans des provinces où la culture de cette plante n'est précédée d'aucune autre, et où la disette d'hommes rend la maind'œuvre plus dispendieuse et le terrain moins précieux.
Après avoir examiné les différentes opérations qu'exige la culture du colza, l'auteur passe à la récolte, à la conservation de cette graine et aux précautions qu'elle exige. Elles se réduisent toutes à l'obtenir pure et à la garantir de l'humidité.
M. l'abbé Rosier a rassemblé, dans cette première partie de son mémoire, ce qu'on peut dire de plus intéressant et de plus utile sur la
culture du colza; il existait déjà quelque chose de connu sur cette matière, mais M. Rosier y a beaucoup ajouté, et l'on peut dire que ce mémoire forme un traité complet de la culture du colza.
L'objet du second mémoire de M. l'abbé Rosier est d'assigner la différence qui existe entre l'huile d'olive et celle de colza, de rechercher les causes de cette différence et de donner aux cultivateurs un procédé qui puisse procurer à cette dernière presque toutes les qualités de la première.
L'huile d'olive n'est, suivant lui , qu'une huile par expression, presque pure, et dans laquelle il n'existe que peu de corps muqueux et de matière extra ctive.
; L'huile de colza, au contraire, telle qu'on la fabrique en Flandre, contient, en outre de l'huile par expression, qui la constitue, une portion de substance mucilagineuse assez considérable, une partie résineuse et une huile essentielle acre. C'est à ces substances, en quelque façon étrangères à l'huile de colza, qu'elle doit son goût, son odeur acre et désagréable, la fumée épaisse qu'elle répand lorsqu'on la brûle, la facilité qu'elle a de se rancir, la propriété de rouiller le fer et l'acier, enfin ce dépôt abondant qu'elle fait avec le temps au fond des vases qui la contiennent.
Après avoir exposé les différences qui existent entre l'huile d'olive et l'huile de colza, M. Rosier entreprend de remonter jusqu'aux causes mêmes de cette différence; il examine les différentes parties de la graine de cette plante, et fait voir qu'indépendamment de l'huile extractive répandue dans le parenchyme il existe une substance gommo-résineuse et résino-extractive , dont le siège est sans doute principalement dans la pellicule qui sert d'enveloppe à la graine et qui se mêle avec l'huile lorsqu'on la fabrique; enfin que cette même graine contient une huile essentielle éthérée dont l'odeur et l'âcreté donnent une qualité désagréable à l'huile qu'on en exprime. C'est d'après ces principes et ces observations que M. l'abbé Rosier entreprend de donner une méthode pour corriger les huiles de navette et de colza, et pour les ramener ou au moins les rapprocher de la perfection de l'huile d'olive. Elle con-
siste à faire macérer les graines, après qu'elles ont été recueillies, dans une lessive de cendre ou une liqueur alcaline quelconque. L'effet de cette opération est de dissoudre la substance résineuse et la portion d'huile éthérée contenue dans l'enveloppe de la semence; l'huile qu'on exprime ensuite se trouve dépouillée de ces deux principes. Un auteur anglais avait déjà proposé, dans le Manual register, de perfectionner ces huiles en les mêlant, après leur fabrication, avec une substance alcaline. Cette méthode peut avoir ses avantages, mais ils sont balancés par des inconvénients très-réels. Premièrement, une partie de la substance alcaline s'unit avec l'huile, forme du savon, et le savon lui-même, se redissolvant dans l'huile, doit en altérer la qualité. Secondement, il résulte des expériences de M. Rosier que l'alcali mêlé avec l'huile de colza, loin de lui ôter le goût désagréable qui lui est propre, le développe, au contraire, "encore davantage et le rend beaucoup plus sensible.
Nous pensons donc que l'application de l'alcali sur le grain même et avant la fabrication de l'huile, comme le propose M. l'abbé Rosier, est infiniment plus avantageux que l'application de ce même alcali sur l'huile après sa fabrication.
La méthode proposée par M. Rosier pour la semence du colza est la même qu'on a coutume de pratiquer dans nos provinces méridionales pour les olives qu'on destine pour la table : on les dépouille, par une lessive alcaline, de toute leur amertume; elle est due probablement, comme dans la graine du colza, à une substance résineuse contenue dans la pellicule du fruit. Il résulte de cette analogie une nouvelle présomption en faveur de M. Rosier; mais, quelque conforme qu'elle soit avec la théorie et avec les expériences mêmes de l'auteur, nous ne nous dissimulons pas que, sur ces sortes d'objets, il est toujours nécessaire d'en appeler à une expérience en grand, et surtout à celles faites par les cultivateurs. Quoi qu'il en soit, nous devons à M. Rosier la justice de dire que son mémoire est plein de recherches curieuses et intéressantes, que plusieurs vérités connues y sont présentées d'une manière neuve, et qu'en tout l'auteur a été guidé par la
saine doctrine des chimistes; enfin il a rassemblé sous un même point de vue tout ce qu'on pouvait dire de plus intéressant et de plu« utile sur la culture du colza et sur l'Iiuile qu'on en fabrique, et nous jugeons qu'il est très-digne d'être approuvé par l'Académie et d'être imprimé sous son privilège.
SECOISD RAPPORT
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