‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 42 sur 347 · L'ART D'EXPLOITER LES MINES DE CHARBON DE TERRE, PAR M. MORAND FILS · texte numérisé non relu

L'ART D'EXPLOITER LES MINES DE CHARBON DE TERRE, PAR M. MORAND FILS

Du 3 septembre 1771.

Nous avons été chargés par l'Académie, M. Le Roy et moi, de lui rendre compte de la seconde partie de l'Art d'exploiter les mines de charbon de terre, par M. Morand fils; nous allons essayer de lui donner une idée de la manière dont est traité cet important ouvrage.

Il est peu de connaissances sur lesquelles les savants français soient aussi en retard, par rapport aux autres nations, que sur l'exploitation des mines en général; les Anglais, et surtout les Allemands, peuvent citer un grand nombre d'ouvrages oti les travaux des mines sont décrits dans tout leur détail, les Français n'en peuvent citer aucun. Ce n'est pas que la France ne renferme dans son sein un grand nombre de mines et de presque toutes les espèces, mais le peu de richesse des veines, la cherté de la main-d'œuvre, la fertilité même du royaume, mine plus précieuse que celles de Saxe et du Pérou, ont été un obstacle au succès de presque toutes les entreprises de ce genre.

Si la France a jusqu'ici retiré peu d'avantages de l'exploitation des mines métalliques, il n'en est pas de même de celles du charbon de terre; presque toutes les entreprises qui ont été formées pour l'extraction de ce minéral ont été fructueuses lorsqu'elles ont été bien conduites, et l'on ne peut calculer la masse immense de richesses qu'a

procurées cette branche de production à l'Etat et aux particuliers qui s'y sont livrés.

Il est aisé de sentir d'après cela combien un travail suivi sur l'exploitation des mines de charbon de terre, entrepris et exécuté dans le sein de l'Académie est intéressant pour les savants, pour l'État et pour le public.

L'exploitation du charbon de terre a beaucoup de choses communes avec l'exploitation des mines en général. Si le travail de ces dernières eût été décrit par quelque écrivain français, si l'art en eût été donné parmi ceux de l'Académie, M. Morand aurait pu, comme il 1 observe lui-même, se dispenser d'entrer dans une infinité de détails; il n'aurait traité que ce qui était absolument propre au charbon de terre, et il aurait renvoyé pour tout le reste aux arts déjà décrits. M. Morand a été privé de ce secours, de sorte qu'une partie de son ouvrage peut être regardée en quelque façon comme une introduction au travail des mines en général.

M. Morand a divisé en deux parties l'Art d'exploiter le charbon de terre, la première est déjà entre les mains du public. Il n'y avait envisagé ce minéral que comme objet d'histoire naturelle et il avait décrit dans cette vue tout ce qui a rapport à la situation des bancs, à la nature des substances qui les accompagnent, aux singularités qui s'y rencontrent. M. Morand, dans la seconde partie que nous avons pour objet de faire connaître aujourd'hui à l'Académie, envisage le charbon de terre comme branche importante de commerce; il a rassemblé en conséquence dans cette seconde partie tous les détails relatifs à l'extraction, à l'emploi et au commerce de charbon de terre ; ces trois objets forment à peu près la division de son ouvrage.

M. Morand débute, dans la première section, par une description détaillée relativement aux travaux des veines de charbon déterre, de leur situation et de leur marche. Ces veines sont communément inclinées à l'horizon; tantôt elles s'approchent de la ligne perpendiculaire, elles se nomment alors pendages de roisse; tantôt elles sont presque horizontales, et on les désigne alors par le nom de pendages de platures. Toutes ces

veines (c'est au moins ce qu'on observe dans le pays de Liège) prennent leur origine au jour, c'est-à-dire à la surface de la terre; elles descendent ensuite dans la même direction jusques à une certaine profondeur; alors elles forment, à une distance plus ou moins grande, différents angles qui les rapprochent insensiblement de la ligne horizontale jusques à ce qu'enfin, après avoir passé parla situation horizontale, elles remontent à la surface de la terre en formant une figure symétrique fort régulière. Il y a donc apparence, d'après les observations rapportées par M. Morand, que les pendages de roisse deviennent des pendages de plature dans toutes les veines du pays de Liège et qu'elles redeviennent ensuite pendages de roisse. Ce qu'on observe encore de très-singulier, c'est que presque jamais les veines ne marchent seules; elles sont toutes accompagnées d'autres veines qui marchent parallèlement avec elles, qui se réfléchissent sous les mêmes angles et qui toutes ensemble forment une figure presque régulière. Nous avons cru devoir mettre dans quelques détails cette disposition singulière sous les yeux de l'Académie, attendu que personne avant M. Morand ne l'avait encore fait connaître avec autant de précision et de clarté.

Une des parties les plus importantes de l'art d'exploiter le charbon de terre consiste, i°à se former un tableau exact de la situation des veines, à juger de l'ensemble de leur marche par la connaissance du petit nombre de points qu'on connaît; '?'' à se mettre en état, comme on dit, de dépouiller les veines, dans quelque pendage qu'elles soient situées, de pouvoir les suivre à une grande profondeur, dans quelque nombre qu'elles soient les unes au-dessus des autres; 3** en un mot, à attaquer les veines dans l'endroit où l'exploitation est la plus commode, la plus sûre et la moins dispendieuse.

Cette partie de l'art est la plus importante et la plus difficile; elle exige des combinaisons très-compliquées de la part de celui qui dirige l'exploitation, des connaissances très-étendues et très-multipliées, et, quand on considérera toutes les qualités qu'elle exige, on ne sera plus surpris si quelques-unes des entreprises qui ont été faites en ce genre ont eu si peu de succès.

M. Morand, après avoir décrit la marche des veines, passe aux travaux nécessaires pour les exploiter; les ouvriers et leurs différentes fonctions, les outils, les instruments et leurs différents usages sont les premiers objets de ses recherches. Les instruments servent ou pour les travaux extérieurs, ou pour les travaux intérieurs, ou pour l'épuisement des eaux. Ces différents titres forment les subdivisions de cette partie de l'ouvrage; il serait trop long d'en donner l'extrait détaillé. Nous nous contenterons de dire que la pompe à feu est la seule machine hydraulique intéressante qu'on emploie dans les mines de charbon de terre, mais M. Morand n'en parle que d'une manière très-succincte, attendu qu'elle doit être décrite particulièrement dans les Arts de l'Académie.

Ce que nous venons d'exposer jusqu'ici n'est en quelque façon que le préliminaire de l'art d'exploiter le charbon de terre. M. Morand s'occupe ensuite de l'exploitation elle-même; il traite d'abord de l'architecture souterraine des mines. L'exploitation d'une mine porte sur deux opérations générales, arriver à la veine et travailler la veine. On arrive à la veine par des puits perpendiculaires, quelquefois par des percements latéraux formés dans le flanc de la montagne; cette dernière méthode a de grands avantages en ce qu'elle procure un écoulement naturel à l'eau, mais elle est rarement praticable, parce que les mines de charbon de terre s'enfoncent communément beaucoup au-dessous du niveau des vallées. Dans toutes les exploitations un peu considérables, indépendamment du puits principal, il y en a de particuliers, les uns destinés à donner de l'air à la mine, les autres à placer des machines hydrauliques, les autres à tirer les matières. Il est aisé de concevoii" que ceux destinés à tirer l'eau doivent toujours être construits sur ce qu'on appelle l'aval des veines, c'est-à-diie dans la partie la plus basse de l'exploitation.

Après avoir parlé des différents puits ou fosses nécessaires dans l'exploitation, avoir décrit l'usage de chacun d'eux et les avoir désignés par les noms usités dans le langage des mineurs, M. Morand passe à ce qu'on appelle tailles et voies sonleiraines. Si l'on a bien conçu ce qui a

été dit plus haut de la disposition des veines, on se les représente comme des solides de cinq à six pieds d'épaisseur, et qui s'étendent à des distances plus ou moins grandes dans les autres dimensions. Ces solides de charbon de terre ne peuvent être exploités qu'avec certaines précautions, les ouvriers doivent y former des espèces de chambres, c'est ce qu'on nomme tailles; ils doivent ménager des passages de communication d'une chambre à l'autre, soit pour le transport du charbon, soit pour l'écoulement des eaux, soit enfin pour la circulation de l'air, c'est ce qu'on nomme voies. On conçoit encore qu'on ne peut se dispenser de laisser des parties solides fort considérables pour éviter les éboulements, des espèces de piliers fort massifs, et c'est ce qu'on appelle serres. Ces routes souterraines, ces chambres, portent différents noms suivant la disposition des veines; nous nous dispenserons d'entrer dans ces détails; ils sont exposés dans l'ouvrage avec toute l'étendue qu'on peut désirer.

Indépendamment des travaux nécessaires pour arriver aux veines, l'air et l'eau occasionnent dans leur exploitation des difficultés presque insurmontables. Un renouvellement presque continuel de l'air est indispensablement nécessaire pour entretenir la vie des animaux. L'air respiré par des hommes est un poison pour d'autres hommes; de là la nécessité d'entretenir un air perpétuellement circulant dans la mine. Deux obstacles s'opposent à cette circulation : i" l'air des mines ne communique que par une ouverture très-étroite avec le reste de l'atmosphère; 2° l'air qui y est contenu dans les profonds souterrains est chargé de vapeurs et d'humidité; il est donc plus lourd que l'air de l'atmosphère, il tend donc à occuper la partie basse et par conséquent à demeurer stagnant dans l'intérieur de la mine; 3° la distribution même des galeries des mines tend à entretenir de plus en plus l'air dans cet état de stagnation.

Une vive agitation communiquée à l'air par le moyen des branches d'arbres que les ouvriers remuent avec rapidité suffit dans certaines occasions pour les mettre en sûreté, c'est-à-dire pour chasser une partie de l'air de la mine, et pour le renouveler par d'autre. L'air de

l'atmosphère dans cette occasion est à l'air stagnant dans la mine à peu près comme du vin qu'on fait nager sur de l'eau; on sait que la moindre agitation suffit pour occasionner un mélange.

Il est un grand nombre de circonstances, surtout dans les grandes exploitations, oi^ le simple ébranlement imprimé a l'air par le mouvement de quelques branches d'arbres ne serait pas suffisant pour occasionner le renouvellement d'air nécessaire ; l'art a imaginé des moyens plus commodes, plus sûrs et plus applicables à de grands travaux. D'abord dans toutes les raines un peu considérables, indépendamment des puits nécessaires pour la descente des ouvriers, pour l'extraction de la mine et pour relèvement des eaux, on a coutume d'en pratiquer d'autres uniquement destinés à la circulation de l'air, et qu'on nomme ' à cet effet puits d'airage. Il y en a souvent plusieurs distribués à certaines distances et disposés de manière à établir un courant d'air; lorsque ces puits ne produisent pas tout l'effet qu'on se croyait en droit d'en attendre, on allume dans le milieu un feu plus ou moins vif; on emploie à cet effet le bois ou le charbon, alors l'air dilaté par ce feu devient plus léger que l'air de l'atmosphère ; il est par conséquent obligé de monter et de s'échapper par l'ouverture supérieure du puits, tandis que l'air de l'atmosphère s'introduit par d'autres ouvertures pour remplacer celui-ci. Souvent, pour accélérer le courant d'air dans les puits d'airage, on pratique à leur sortie de terre un long tuyau de /lo à 5o pieds de hauteur, à peu près de la même manière et dans la même vue qu'on a coutume de le faire pour accélérer le courant d'air dans nos fourneaux chimiques.

Il arrive quelquefois encore, lorsque la mine a été longtemps sans être habitée, que l'air s'enflamme au moment oii les ouvriers y rentrent, qu'il les renverse et les suffoque : c'est le contact de la lumière qu'ils portent à la main qui communique la flamme aux vapeurs contenues dans l'air. L'agitation, le renouvellement et la circulation de l'air sont encore les moyens qu'on emploie pour prévenir ces accidents.

Il n'est point de travaux souterrains oii l'on soit plus contrarié par les eaux que dans les mines de charbon de terre; ces eaux viennent ou

des veines mêmes de charbon, ou des bancs voisins, ou entin des bancs supérieurs et principalement de ceux qui sont peu éloignés de la surface de la terre. Dans le dernier de ces trois cas, les mineurs emploient une méthode assez ingénieuse pour arrêter le courant d'eau. Elle n'est guère praticable que lorsque les bancs sont à peu près horizontaux; elle consiste, lorsqu'ils rencontrent un niveau d'eau, à disposer des planches ou des pièces de bois tout autour du trou, à les serrer, le plus près qu'il est possible, l'une contre l'autre, enfin à les garnir de chaux, de ciment, de glaise, de mousse, de manière qu'elles ne laissent aucun pavssage à l'eau. Cette façon de traverser un niveau d'eau porte le nom de cuvelage, sans doute parce que dans l'origine on se servait de cm^es ou de tonneaux pour remplir cet objet. Cette dernière pratique est même suivie dans les glaisières des environs de Paris. Lorsque les ouvriers sont arrivés à l'eau et qu'ils veulent creuser au delà, ils descendent dans leur trou une futaille défoncée, à peu près du même diamètre; ils l'environnent et la lutent de toutes parts avec de la glaise bien corroyée. L'eau se trouve ainsi arrêtée par les parois extérieures du tonneau , elle ne peut plus inonder le trou , et les ouvriers continuent de creuser d'abord dans le tonneau même et ensuite au delà, sans être incommodés.

Les circonstances ne permettent pas toujours, comme on l'a déjà dit, de se servir de cette méthode, et elle n'est applicable qu'aux niveaux d'eau qui se rencontrent dans le haut des fosses. Par rapport aux eaux qui se rencontrent et qui coulent de toutes parts dans les bancs inférieurs, on les rassemble, par le moyen de rigoles artistement pratiquées, dans des réservoirs creusés au-dessous du niveau des travaux. De là on les élève jusqu'à l'embouchure des puits par le moyen de pompes et de machines hydrauliques de différentes espèces. Lorsque le local le permet , on écoule ces eaux par le moyen d'un percement latéral qui aboutit à la surface de la terre dans le flanc de la montagne.

Après avoir terminé ce qui regarde l'épuisement des eaux, M. Morand donne une idée du nivellement, et de la manière de faire usage de la boussole dans les mines. Il passe ensuite à la description méca-

nique du travail relatif à l'ouverture d'une fosse ou bure à la poursuite des veines dans quelque pendage qu'elles se trouvent, de quelque manière qu'elles soient situées, soit qu'elles soient régulières ou non, soit qu'elles soient continues ou interrompues.

Cette première section de la seconde partie de l'ouvrage de M. Morand est terminée par un traité sur les usages de la houille ou charbon de terre dans le pays de Liège. Indépendamment des arts et des manufactures de différentes espèces dans lesquels il est employé, les Liégeois s'en servent encore dans l'intérieur de leur ménage, et ils l'appliquent aux mêmes usages que le charbon de bois et le bois lui-même. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'ils ne l'emploient pas pur, et tel qu'il est sorti de la mine; ds le mêlent, dans différentes proportions, et suivant la qualité du charbon, avec une espèce de glaise; ds la détrempent, la pétrissent et, par le moyen d'une espèce de moule, ils en forment des boulettes ovales. On conçoit qu'on ne prend pour cette préparation que la portion du charbon de terre qui approche le plus d'être réduite en poussière, celle qui serait le moins de défaite dans le commerce; on varie les doses de la terre et du charbon suivant le degré de force qu'on veut donner à ce dernier.

La différence de la matière combustible doit nécessairement entraîner des différences dans la manière de la brûler. C'est à quoi M. Morand ne manque pas de s'arrêter; il décrit d'abord les porte-feu, qui ne sont autre chose que des espèces de corbeilles de fer dans lesquelles on place le charbon; ces corbedies se placent et s'appuient sur un massif de iriaçonnerie fait de briques qui leur lient lieu de ce que nous appelons la plaque de la cheminée. L'arrangement du charbon de terre dans les corbeilles n'est point une chose indifférente; on mêle avec les boules de charbon préparé quelques morceaux de charbon brut, et on allume le tout avec quelques morceaux de bois sec.

La construction des cheminées destinées à la combustion du charbon de terre varie suivant les lieux où elles doivent être placées. M. Morand décrit celles des appartements, qu'il distingue en cheminées en chapelle et cheminées en œd de bœuf; on en trouve la gravure dans

son ouvrage; il décrit ensuite celles qu'on emploie pour les cuisines et tous les ustensiles qui y sont relatifs.

Cette première section est terminée par des détails extrêmement intéressants sur le métier de bouilleur, qui forme communauté dans le pays de Liège; enfin sur la jurisprudence, sur les lois qui les régissent et qui servent à maintenir le bon ordre.

M. Morand , après avoir traité , dans la première section de sa seconde partie, de l'exploitation du charbon de terre dans le pays de Liège, passe, dans la seconde, à la comparaison des méthodes usitées dans presque tous les pays de l'Europe. Il a fait usage, dans cette seconde section, de tous les ouvrages imprimés publiés dans différentes langues, d'un grand nombre de mémoires qui lui ont été communiqués, enfin de tous les renseignements qu'il a pu se procurer. Il suit, à l'égard de chaque pays à peu près le même ordre qu'il a suivi pour le pays de Liège.

L'exploitation du charbon de terre en Angleterre étant à peu près portée au degré de perfection dont elle est susceptible, c'est par elle qu'il a cru devoir commencer. Ce commerce y forme un objet de la plus grande importance; aussi les lois s'en sont-elles occupées d'une manière très-particulière.

Le droit d'ouvrir des mines, en Angleterre comme en France, appartient ou au roi, ou à des seigneurs engagistes; ce droit se nomme droit de Royalty. Ceux qui présument avoir dans leur propre fonds du charbon de terre commencent par s'arranger avec ceux qui ont le droit de Royalty; ils font, communément à frais communs, un trou de sonde. Les règlements n'ont pas abandonné à tout particulier le droit de faire ces sortes àe fouilles; ils ont pensé sans doute que, cette opération importante devenant la base d'une entreprise, il convenait qu'elle fût faite par un homme expert et avoué de l'État. Cette opération d'ailleurs n'est pas aussi facile qu'elle le paraît au premier coup d'œil; elle demande des précautions délicates, et il est important qu'elle soit confiée à un homme qui, par une longue expérience, ait acquis l'habitude de reconnaître les terrains.

11 y a donc un maître foreur en Angleterre, auquel on s'adresse pour faire les trous de sonde. Celui de Newcastle a acquis une telle expérience qu'on assure qu'il connaît les couches intérieures de la terre à vingt milles à la ronde jusqu'à cent toises de profondeur. M. Morand décrit à cette occasion la tarière anglaise. Quoique cet instrument ait beaucoup de rapport avec celui qu'on emploie en France et dans le pays de Liège , et qui a été décrit dans la première section , cependant la nouvelle description qu'on en trouve dans cet article de l'ouvrage de M. Morand ajoute aux connaissances qu'il en avait données précédemment, principalement par rapport à la manière de se servir de l'instrument.

M. Morand passe ensuite à la description des bancs qui s'observent en Angleterre pour parvenir au charbon; il entre dans le détail des différentes qualités de charbon qu'on y rencontre, des moyens qu'on emploie dans l'exploitation , enfin il donne une idée des lois qui régissent cette branche de commerce.

L'article de l'Angleterre est suivi de celui du pays d'Outre-Meuse, de celui du Hainaut autrichien , de celui du Hainaut français et successivement de celui particulier pour chaque province de France; M. Morand a rassemblé sur chacune d'elles le détail des différentes exploitations qui y ont été établies, ou qu'on a tenté d'y établir, et il discute les probabilités plus ou moins grandes de réussir à y découvrir du charbon de terre.

Cette troisième section est terminée par des observations sur l'Auvergne, le Forez et le Bourbonnais, dont les mines servent à l'approvisionnement de la ville de Paris.

Il ne restait plus, après avoir exposé dans les deux premières sections de la seconde partie les pratiques usitées dans toute l'Europe pour l'exploitation du charbon de terre, qu'à donner des principes généraux sur cette même exploitation, et à joindre en quelque façon le secours de la théorie à celui de l'expérience; c'est cet objet que M. Morand s'est attaché à remplir dans la troisième section de sa seconde partie.

Il s'occupe d'abord des indices auxquels on peut reconnaître ou soupçonner le charbon de terre; il donne à cette occasion une idée de la disposition des montagnes et des couches terrestres qui composent le globe; cette partie intéressante de l'ouvrage de M. Morand a été extraite du savant article Géographie physique, du Dictionnah'e encyclopédique dont le public-est redevable à M. Desmarets; il résume ensuite ce qui a rapport au sondage, au pendage des mines, enfin à l'épuisement des eaux. Ce dernier article comprend des détails intéressants sur la force des hommes et des chevaux, sur la dépense nécessaire pour l'établissement et l'entretien des machines à feu.

L'airage des mines forme encore un article intéressant de cette troisième section. M. Morand y donne l'extrait des mémoires de MM. de Gensanne et Jars, et la traduction de celui de M. Triewald, extrait des Mémoires de l'Académie de Suède, année 17A0. Il résulte des recherches de ces savants minéralogistes que c'est à la trop grande condensation de l'air dans les mines qu'on doit attribuer les funestes effets qu'éprouvent si souvent les mineurs, et que tout l'art consiste, pour les prévenir, à établir une circulation d'air dans la mine. Les moyens employés pour remplir cet objet sont, d'après les principes des savants que nous venons de citer, des canaux ou tuyaux, des soufflets ou plutôt des ])onipes aspirantes d'air, des ventilateurs, des réservoirs d'air, etc. M. Morand a fait de savantes recherches sur ces différentes méthodes et il les donne dans le plus grand détail.

Après quelques observations sur les fentes aqueuses et sur les machines qu'on emploie pour élever le charbon de terre, etc. M. Morand passe aux calculs de la dépense de l'exploitation d'une mine. Les prix portés dans cet article ne peuvent que varier infiniment suivant les différents pays, mais il est aisé de sentir combien toute base, quelque incertaine qu'elle puisse être, est encore précieuse pour ceux qui veulent former des entreprises de ce genre.

Ces détails sont suivis d'une dissertation très-intéressante sur les usages du charbon de terre. M. Morand donne les moyens d'en tirer différents remèdes pour la médecine, d'en extraire une huile de pétrole,

et il décrit l'art de l'employer pour faire la chaux, tel qu'on le pratique sur les bords du Rhône. Il donne à la suite l'histoire des tentatives qui ont été faites pour appliquer le feu du charbon de terre à la fonte des mines, la méthode de brûler le charbon de terre, de lui enleveipar le feu son huile, son soufre, et de le réduire en un véritable charbon; enfin il passe en revue tous les arts qui emploient, ou qui peuvent employer le charbon de terre avec avantage.

M. Morand, dans la première section de cette seconde partie, était entré dans quelques détails sur les usages économiques du charbon de terre , et sur sa combinaison avec les argiles. L'importance de cet objet l'a engagé à y revenir dans cette troisième section; il s'est attaché surtout à y déterminer la qualité de chaque espèce de charbon, et à donner les caractères qui peuvent servir à les distinguer. 11 entre dans les mêmes détails sur les argiles, et il indique quelle espèce d'argile convient à chaque espèce de charbon, et réciproquement. Il applique particulièrement ces connaissances au local de la ville de Paris; il décrit tous les endroits de ses environs où l'on tire de la glaise, de la marne, ou d'autres terres propres à être alliées au charbon de terre, enfin il donne dans le plus grand détail l'art de faire cette union; il décrit les différents ateliers qu'il serait nécessaire de construire pour une opération en grand, les ouvriers qu'il faudrait employer, leurs manipulations, etc.

L'entrée des charbons de terre de l'étranger en France, la sortie de ceux de France pour l'étranger, forment un objet important dans la balance du commerce; les droits établis sur ce charbon, tant à l'entrée qu'à la sortie, forment en même temps un objet de revenu considérable pour le roi. Le plan du gouvernement, depuis M. Colbert, a toujours été de charger de droits à l'entrée les charbons de terre étrangers pour donner un avantage aux charbons de terre nationaux. Des circonstances particulières, telles que les disettes, ont obligé quelquefois de s'écarter de ces principes, mais on y est toujours revenu. Ce plan d'administration sans doute était sage, mais il n'était pas encore suffisant et H existait un autre moyen beaucoup plus efficace de favoriser les exploitations

nationales; il consistait à décharger les charbons de terre qui en proviennent de tous droits, soit à la sortie du royaume, soit à la circulation, soit enfin à l'entrée des villes et surtout de celle de Paris. Un ministre, que l'Académie a l'honneur de compter parmi ses membres, en avait conçu le projet en 1768, mais il fut contrarié par des intérêts particuliers et par des obstacles de différents genres, elles choses sont demeurées dans le même état. Cet objet est discuté savamment dans l'ouvrage de M. Morand, et d'après les vrais principes d'administration. Il ne nous a pas été difficile de reconnaître la savante main qui lui en avait fourni les matériaux.

Enfin M. Morand termine son ouvrage en rapprochant l'extrait des différents règlements concernant le commerce du charbon de terre dans la ville de Paris; il détaille les différentes espèces de marchands par lesquels se fait ce commerce, les charges et offices qui ont été créés, soit pour la sûreté réciproque des vendeurs et des acheteurs, soit pour procurer à l'Etat des secours momentanés par la vente de ces offices.

Il est aisé de voir, d'après le compte que nous venons de rendre de l'ouvrage de M. Morand, qu'il n'a pas eu pour objet de donner une simple description des travaux relatifs à l'extraction du charbon de terre de sa mine ; il a suivi ce minéral dans le commerce et dans les différents ateliers qui en font usage; il a envisagé son objet, relativement à l'histoire naturelle, relativement aux travaux minéralogiques, relativement au commerce, enfin relativement à l'administration. Sous tous ces points de vue nous croyons que M. Morand a rempli le plan qu'il s'était formé; nous ne doutons pas en conséquence que son ouvrage ne soit très-utile et très-favorablement accueilli du public, et nous croyons que l'Académie doit en permettre l'impression.

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