LA DISTILLATION DU PHOSPHORE
Du 16 décembre 177a.
L'Académie nous a chargés, M. Macquer et moi, de lui rendre compte d'un mémoire de M. Mitouard, dans lequel il s'est proposé d'examiner différentes substances qui se trouvent dans les vaisseaux où l'on distille le phosphore et qu'on a coutume de rejeter, quoiqu'il fût encore possible d'en tirer parti.
M. Mitouard observe d'abord que, indépendamment du phosphore qu'on trouve, sous différentes formes, attaché, soit au col de la cornue, soit aux parois du récipient, on y peut distinguer encore deux substances très-analogues au phosphore : i° des écailles d'un brun rougeâtre, qui ne sont autre chose que du phosphore à demi brûlé et qui a perdu une portion de son principe inflammable ; 2° une grande quantité de matière blanche pulvérulente qui occupe le fond du ballon et qui a toute l'apparence du tartre rouge en poudre.
Cette matière blanche pulvérulente a fait un des principaux objets des recherches de M. Mitouard. Jetée sur une pelle chaude, elle y brûle et donne une lumière tout à fait semblable à celle qu'on obtient de la combustion du phosphore. Mêlée avec quantité suffisante de nitre, elle donne, par la détonation, un sel neutre phosphorique à base d'alcali fixe, qui se cristallise en lames plates, mais qui tombe en deliquium à l'air.
A mesure que ce sel s'unit à l'eau, soit par le deliquium, soit par une dissolution plus prompte, il laisse échapper une certaine quantité d'une terre blanche insoluble dans les acides, telle que M. de Fougeroux l'a déjà aperçue en faisant bouillir du phosphore dans l'eau. Cette terre, qui paraît être aussi celle que M. Marggraf présume entrer dans la combinaison de l'acide phosphorique, conserve un caractère salin, dont elle ne peut être dépouillée que par des lotions répétées; aussi est-elle très-fusible avant ces lotions et beaucoup plus réfractaire ensuite,
M. Mitouard donne un autre procédé pour décomposer cette matière pulvérulente et pour en obtenir l'acide : c'est la combustion avec les précautions qu'il décrit. L'acide qu'il a tiré par ce procédé peut se concentrer par évaporation et l'on parvient à le réduire sous une forme gélatineuse analogue à l'huile de vitriol glaciale.
Ce qui nous paraît très-remarquable, c'est que, à quelque degré de concentration qu'on porte cet acide, son poids est toujours supérieur à celui de la poudre phosphorique qu'on avait employée. M. Mitouard attribue ce phénomène à l'humidité de l'air ou à l'air lui-même contenu dans les vaisseaux oii se fait la combustion.
La poudre phosphorique , brûlée dans l'appareil indiqué par M. Mitouard, laisse, sur les parois intérieures de la cornue et même à l'entrée du ballon, une couche ou enduit d'un jaune orangé. Cette substance, qui est très-analogue à la matière écailleuse dont on a parlé plus haut, est également un phosphore dépouillé d'une partie de son phlogistique.
Cette matière orangée est encore susceptible de s'enflammer et elle se résout, parla combustion, en un acide et une terre blanche, telle qu'on l'a décrite ci-dessus.
De ces expériences, M. Mitouard conclut que la matière pulvérulente qui se trouve au fond du ballon, dans la distillation du phosphore, n'est autre chose que le phosphore lui-même, combiné avec une portion de terre blanche indissoluble dans les acides, et de nature particulière.
M. Mitouard donne à cette occasion un procédé qu'il regarde comme
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infaillible pour reconnaître la présence de l'acide phosphorique dans toute substance saline; il consiste à étendre le sel dans lequel on soupçonne l'acide phosphorique dans une certaine quantité d'eau et à le mêler, dans cet état, avec une dissolution de mercure par l'acide nitreux. Aussitôt il se fait un précipité blanc résultant de l'union de l'acide phosphorique avec le mercure, mais qui diffère du sublimé corrosif en ce qu'il n'est point susceptible de sublimation comme lui.
Ces expériences, qui ne forment encore qu'une partie de celles que M. Mitouard se propose de communiquer à l'Académie sur ce même objet, le portent à conclure qu'en ménageant les matières qu'on a regardées jusqu'ici comme inutiles, on peut parvenir à doubler la quantité de phosphore qu'on a coutume d'obtenir dans le procédé ordinaire.
Ce mémoire de M. Mitouard nous a paru contenir des observations très-intéressantes, propres à répandre de nouvelles lumières sur la nature du phosphore et de son acide; il y donne d'ailleurs un moyen simple et peu dispendieux d'obtenir l'acide du phosphore en abondance , en le combinant à la base du nitre, et le procédé ne manquera pas de faciliter les recherches de ceux qui voudraient faire une étude particulière de la nature de cet acide. Nous pensons, en conséquence, que ce mémoire mérite l'approbation de l'Académie et d'être imprimé dans le recueil des mémoires qui lui sont présentés par des savants étrangers.
RAPPORT
SUR