TROISIÈME EXPÉRIENCE
Nous avons pareillement fait bouillir une once de plomb corné dans trois onces d'eau distillée; cette décoction n'avait aucune odeur, mais elle avait une saveur styptique et un peu sucrée.
On a filtré ces deux décoctions tandis qu'elles étaient chaudes, sur des filtres, séparément; elles ont passé très-claires et sans couleur.
On a mis dans un verre de la décoction de la mine de plomb, et dans un autre pareille quantité de la décoction de plomb corné, et l'on a versé dans chacune un peu d'alcali fixe en liqueur; la décoction de mine de plomb ne s'est pas troublée, et n'a formé aucun précipité; celle de plomb corné a formé, au contraire, sur-le-champ un précipité trèsblanc et très-abondant.
La décoction de mine de plomb, étendue, soit dans de l'eau de rivière filtrée, soit dans l'eau distillée, n'a formé aucun précipité.
La décoction de plomb corné, étendue dans l'eau de rivière filtrée, a formé au contraire un précipité blanc, à raison de la petite quantité de sélénite contenue dans l'eau de rivière, mais ce précipité n'a point lieu lorsqu'on étend cette même décoction dans de l'eau distillée.
La décoction de la mine n'a éprouvé aucun changement étant mêlée avec de l'esprit de vitriol; la décoction de plomb corné, au contraire, est devenue blanche, laiteuse, et a formé un précipité blanc.
' Le terme de dëcoction ne doit à la ri- sieurs de leurs princijjes. Cette expression
gueur s'employer que pour les matières vé- n'est pas usitée , par cette raison , pour les
gétales et animales susceptibles d'éprouver fossiles et les minéraux; mais, pour éviter
une sorte d'altération et de coction par leur les périphrases , nous ne faisons point de
ébuUition dans l'eau, qui se charge de plu- difficulté da l'employer. (Note du rapport.)
RAPPORT SBR LA MINE DE PLOMR RLANCHE. 163
La décoction de ia mine même, employée en grande dose, n'a point changé la couleur du sirop violet. La décoction de plomb corné, même employée en petite quantité , a fait disparaître le ton rougeâtre du sirop et l'a rendu bleu verdâtre.
La décoction de la mine mêlée avec du foie de soufre en liqueur n'a éprouvé aucun changement. La décoction de plomb corné a formé, avec ce même foie de soufre, un précipité noir très-abondant.
La décoction de la mine n'a éprouvé aucune altération de la part de l'alcali volatil préparé par la chaux; celle de plomb corné, au contraire, a donné, avec le même alcali volatil, un précipité blanc trèsabondant.
Nous avons fait évaporer dans une capsule, au bain de sable, une partie de la décoction de la mine, et dans une autre capsule nous avons fait évaporer une pareille quantité de décoction de plomb corné. La décoction de la mine, évaporée à différents degrés, n'a fourni aucuns cristaux, et, lorsqu'elle a été évaporée entièrement, elle a laissé quelques atomes de poussière blanche qui n'avait aucune saveur. La décoction de plomb corné a fourni, au contraire, au milieu de son évaporation, de petits cristaux disposés en petites aiguilles, et qui étaient du plomb corné cristallisé, et qui en avaient toutes les propriétés.
Il résulte bien évidemment de ces expériences que la mine de plomb blanche n'est point dans l'état salin et qu'elle n'a aucune des propriétés du plomb corné, puisque cette mine ne se dissout point dans l'eau et qu'elle ne lui communique rien de plus que ne le ferait une pure chaux de plomb.
Henckel et Valerius regardent les mines de plomb blanches comme des mines de plomb arsenicales; Cronstedt n'y admet que du plomb dans l'état de chaux; M. Laborie est de ce dernier sentiment, et M. Sage y admet l'acide marin seulement. Nous avons répété les expériences de M. Sage et de M. Laborie, qui pouvaient éclaircir cette question.