SEIZIÈME EXPÉRIENCE
Nous avons broyé sur un porphyre 2 gros de notre mine de plomb blanche, nous les avons mêlés avec j once d'huile d'olive dans une cudler de fer; on a fait bouillir l'huile, la dissolution s'est faite facdement comme celle de toutes les chaux de plomb; l'espèce d'emplâtre qui en est résulté était comme celui de la céruse brûlée.
Nous avons répété cette expérience avec du plomb corné à la dose de 2 gros sur i gros d'hude d'olive; on a chauffé ce mélange, comme
le pi'écédent, dans une cuiller de fer : il est devenu brun foncé comme le précédent, à raison de la chaleur que l'huile a éprouvée; le plomb corné n'a point été dissous, il se plaquait au fond du vaisseau, malgré l'agitation continuelle avec la spatule, et il est devenu d'un blanc gris. En chauffant assez fort pour mettre presque le feu à l'huile, il a paru qu'il se dissolvait un peu de plomb corné, mais il s'est séparé complètement du jour au lendemain, et l'huile brûlée surnageait.
Telles sont les expériences que nous avons cru devoir faire pour éclaircir tous les doutes que les mémoires de M. Sage et de M. Laborie laissaient sur la nature de la mine de plomb blanche, à cause de la contrariété qui se trouvait entre les sentiments de ces deux chimistes.
Nous aurions pu en faire beaucoup d'autres, surtout relativement à la comparaison suivie de ce minéral avec le plomb corné ou avec d'autres mélanges de chaux de plomb et diverses proportions d'acide marin, en supposant que cet acide puisse se combiner avec le plomb dans différentes proportions; mais celles que nous venons d'exposer nous ont paru si décisives que nous avons jugé cju'il était absolument inutile de les multiplier davantage.
Il résulte de celles dont nous venons de rendre compte qu'ayant employé dans l'examen que nous avons fait de la mine de plomb blanche, non-seulement tous les moyens employés par M. Sage, mais encore les plus décisifs de ceux que la chimie fournit pour s'assurer de la présence de l'acide marin dans une combinaison quelconque, nous n'avons pu en découvrir une quantité sensible dans ce minéral, bien loin d'en avoir obtenu 20 livres par quintal. ]Non-seulement nous ne lui avons trouvé aucune propriété commune avec le plomb corné, auquel il devait pourtant ressembler, s'il contenait en effet de l'acide marin, puisque ce dernier est une combinaison de plomb avec ce même acide; mais encore les expériences les plus propres à démontrer cet acide, telles que les analyses par distillation sans intermède ou avec acide vitriolique, nous ont prouvé que cette mine n'en contient pas; car, quand même on attribuerait à l'acide marin les nuages blancs que nous avons observés avec la dissolution d'argent dans quel-
ques-unevS de nos expériences, il est certain que la quantité en serait si petite qu'elle ne pourrait être regardée que comme nulle.
Enfin l'expérience du mélange du vitriol de mercure avec la mine de plomb blanche, qui ne nous a pas fourni, à l'aide d'une chaleur convenable, la plus petite appaience de sublimé salin mercuriel, achève de démontrer que ce minéral ne contient point du tout d'acide marin; car il est certain que le vitriol de mercure, traité de cette manière avec du plomb corné, fournit, comme nous l'avons dit, une quantité de sublimé salin mercuriel proportionnée à la quantité de cet acide que peut contenir le plomb corné soumis à cette épreuve.
Nous concluons que toutes les expériences exposées dans le mémoire de M. Laborie, ainsi que les conséquences qu'il en tire, étant confirmées par la vérification que nous en avons faite et par les expériences que nous y avons ajoutées, ce mémoire doit être imprimé dans le recueil de ceux des savants étrangers, ainsi que l'avaient conclu les commissaires (MM. Macquer et Cadet) chargés de rendre compte à l'Académie du mémoire de M. Laborie.
A l'Académie, au Louvre, le 96 mars 177^.
Signé BoLRDELiN, Malouin, Macquer, Cadet, Baume, Lavoisier.
RAPPORT
SUR