UNE EAU A DÉGRAISSER LES ÉTOFFES
Du 2 0 décembre 177'i.
J'ai examiné, par ordre de l'Académie, une eau présentée par le sieur Ignazio Moitini pour enlever toutes sortes de taches d'huile et de graisse sur les étoffes de soie et de laine, sans en altérer ni la couleur, ni la qualité.
Quoique je n'aie pas éprouvé l'effet de la liqueur du sieur Moitini sur un très-grand nombre d'étoffes, ni sur toutes les couleurs, il a résulté, cependant, des épreuves qu'il a faites en ma présence et que j'ai répétées en mon particulier, que sa liqueur produit, en général, l'effet annoncé, c'est-à-dire qu'elle enlève les taches de graisse sur les étoffes de laine et de soie, sans en altérer la couleur ni la qualité. Je ne conseillerais cependant pas d'en faire usage indistinctement et sans précaution sur toutes les couleurs, quelle que fût leur composition, et surtout sur les couleurs tendres. 11 serait alors plus sûr de faire préalablement l'épreuve de la liqueur, soit sur un échantillon, soit sur un endroit de l'étoffe qu'on n'aurait pas intérêt de ménager.
Cette liqueur n'est encore qu'une partie du secret du sieur Moitini; il y joint, en outre, l'usage d'une poudre qu'il applique sur l'étoffe, après en avoir en quelque façon dissous la tache par le moyen de la liqueur. L'effet de cette poudre est d'absorber en même temps et la portion de la liqueur imbibée dans l'étoffe, et la tache graisseuse qu'elle tient en
dissolution. La réunion de ces deux moyens est ce qu'il y a de plus neuf dans le procédé du sieur Moltini.
Au reste, comme ce procédé considéré, soit en lui-même, soit relativement à l'importance de son objet, ne peut pas être regardé comme une découverte; qu'il n'est qu'une application de moyens et de principes connus, qui sont entre les mains de tous les chimistes et sur lesquels même l'Académie a déjà prononcé dans la même espèce; que l'Académie, enfin, ne peut donner son attache à un procédé que celui qui en est possesseur n'a pas désiré de rendre public, elle ne saurait donner au sieur Moltini d'approbation formelle.