RAPPORT SUR UN FOYER DE CHEMINEE A REVERBERE
sont pas considérables, nous avons cru devoir employer le thermomètre, et nous nous sommes assurés qu'en présentant cet instrument à U pieds du feu et à 2 pieds 3 pouces du niveau du plancher , il ne montait qu'à 19 degi'és tout au plus lorsque les réverbères étaient ôtés; qu'il montait, au contraire, jusqu'à 2 5 lorsqu'on faisait usage des réverbères. L'air de la chambre où se faisait cette expérience était, dans les endroits éloignés de la cheminée, à 6 degrés au-dessus du terme de la congélation.
Il ne faut pas croire que ce résultat soit d'une précision rigoureuse. La vivacité du feu qui, malgré les précautions que nous avons prises, a pu varier pendant le temps de l'opération , a nécessairement produit quelque erreur, mais en même temps elle ne peut être que d'une médiocre considération, et l'on peut toujours assurer que les réverbères de M. Rabiqueau remplissent, jusqu'à un certain point, l'objet qu'il s'est proposé. Mais, en reconnaissant cet avantage, nous ne pouvons nous dispenser d'annoncer que ces réverbères ont quelques inconvénients qui pourront s'opposer à ce que l'usage s'en répande à un certain point dans la société.
Premièrement, ils forment un objet de dépense assez considérable pour empêcher les gens peu aisés d'en faire usage, et l'avance de l'acquisition n'aurait pas, pour cette classe de citoyens, qui est la plus nombreuse, de proportion avec l'économie qui en résulterait.
Secondement, la nécessité d'élever le bois et de le tenir sur une espèce d'estrade n'est pas sans inconvénient : les tisons roulent plus aisément; il faut plus d'art dans la disposition et l'arrangement du bois, et bien des personnes ne sont point susceptibles de ces petites attentions. Ces réverbères s'appliqueront donc difficilement aux feux de bois. En général, ils conviendraient mieux aux feux de charbon de terre.
Troisièmement, il n'est personne qui n'ait remarqué avec combien de facilité les plaques de cheminée se noircissent, s'enfument et se couvrent de suie. Le même sort sera commun aux réverbères , il faudra les récurer souvent, et, malgré cette attention , ils se terniront. Se dépoliront et s'altéreront de plus en plus.
Quatrièmement, ies réverbères n'ayant qu'une médiocre épaisseur, la moindre maladresse, en mettant les bûches et en les arrangeant, suffira pour les bosseler ou les déformer.
CiiKjuièmement, enfin, la lumière vive, qui est portée en avant, presque dans la direction des yeux, incommodera ceux dont la vue est faible et produira d'ailleurs un effet désagréable et fatigant.
Nous pensons, d'après toutes ces réflexions, que les réverbères adaptés par M. Rabiqueau au feu des cheminées auraient quelques avantages entre les mains d'un curieux qui mettrait son plaisir à les entretenir toujours très-propres, qui s'occuperait lui-même, avec une attention particulière, de l'arrangement du bois, qui s'assujettirait à garantir ses yeux de la vivacité de la lumière par le moyen d'un gardevue, etc. mais nous ne croyons pas que leur usage soit généralement adopté par le public, et nous ne pensons pas, en conséquence, que l'Académie puisse leur donner son approbation.