OEuvres, publiées
De r Allemagne, de rAngleterre, de la France et de l'Italie pendant les règnes de Rodolphe de Habsbourg , de Philippe le Hardi et de Charles d'Anjou.
Ijorsque nous nous sommes arrêtés pour considé- p,,,,; p^ ,„ rer l'état de l'Europe, saint Louis et Henri III l"";»*!'' " ""* étaient morts, Charles d'Anjou était roi de Naples et de Sicile , et Rodolphe de Habsbourg avait été élu empereur.
Philippe III, dit le Hardi, fils de saint Louis, après avoir remporté quelques avantages sur les Maures, fit un traité de pai^ avec le roi de Tunis, et revint en France. .,7..
Edouard l^*", qui avait accompagné saint Louis, Edouard 1 « était encore en Sicile, lorsqu'il apprit la mort de Henri, son père. Les seigneurs, sans attendre son retour, s'assemblèrent , le reconnurent et lui prêtèrent serment de fidélité. On est étonné de cette .soumission , quand on songe à leurs révoltes sous le dernier règne; mais elle fut l'effet de la répii-
H«nn III.
tation qu'Edouard avait acquise. Les princes, Monseigneur, ont de l'autorité sur leurs sujets à proportion qu'ils en sont considérés. L'histoire de France et d'Angleterre en fournit bien des preuves. Edouard revint en 1274 dans ses états, et il fut reçu avec les plus grandes marques d'amour et de respect.
Rodolphe de Afiu d'ctrc plus indépendans, les seigneurs d'Al-
Habsbourg élu
empereur. lemaguc avalcut choisi pour empereur un prmce
dont les états étaient peu considérables. Rodolphe
avait été grand maître d'hôtel d'Ottocare, roi de
Bohême; mais il avait du courage, et il jeta les
fondemens d'unemaison qui deviendra florissante.
Objet de ce Jc vais , daus ce chapitre et dans ks suivans, chapitre. ^^^^^ ^^.^^ .^^^^ ^^^ ^^^^^ ^|,^-j ^^^ ^^^ priucipaux
événemensque fournissent l'Allemagne, laFrance, l'Angleterre et l'Italie. J'aurai aussi occasion de parler de l'Espagne, dont les intérêts commencent à se mêler avec ceux des autres puissances. Mon objet est de vous montrer l'ensemble d'une histoire générale, que je n'ai pas dessein de faire; et je n'entrerai dans les détails sur chaque royaume qu'autant que je le croirai nécessaire pour vous faire saisir le fil des événemens, et pour vous préparer à l'étude de l'histoire moderne. Rodolphe r^- Le premier soin de Rodolphe fut de réprimer les désordres, qui étaient une suite des troubles précédens. Il eut besoin d'autant d'adresse que de courage, parce que ses propres états le ren-
tnblit la sûreté.
daieiit peu puissapt, et que Vampire, dont les revenus avaient été pillés, ue lui fournissait guèc0 que des soldats. Il réussit pourtant à rétablir la paix et la sûreté.
Ottocare refusaqt de le reconnaître , Rodolphe , n{»itd*ci»rer
^ * rrli«lleOtlocar«,
qui sut ménager les autres princes de l'empire, \e ^oUtbohiwe. fit déclarer rebelle dans une diète tenue à Augsbourg : on le condamna même à être dépouillé du duché d'Autriche, de la Stirie de la Carniole et de la Carinthie, qu'il avait envahis.
Le roi de Bohême persista dans le ref iis de rendre hommage à Rodolphe , disant qu'il ne lui devait rien, puisqu'il lui avait payé ses gages. Cette réponse insultante ne fut pas soutenue par des succès : Ottocare perdit la vie dans une bataille.
L'empereur gagna si bien l'affection des Aulri- rief dom a chiens et des Stiriens, qu'ils demandèrent un duc de sa maison. Il avait tout préparé pour les amener là, et poqr ne point trouver d'opposition de la part des princes de l'empire. Ainsi, du consentement des états assemblés à Augsbourg, il investit Albert, son fils aîné, de l'Autriche, de la Stirie, de la Carinthie et de la Carniple; et il investit encore du comté de Souabe, Rodolphe , un autre de ses fils.
Occupé du gouvernement de l'empire et de n rend .«< ragrandissement de sa maison , il ne chercha point ^i'^r» •» J"
*-' ' r iiniDuniIrs.
à faire valoir ses droits sur l'Itahe. Au lieu d'armer contre les villes qui refusaient de le recon-
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naître, il leur vendit les privilèges et les immunités dont elles étaient jalouses. Lucques acheta sa liberté douze mille écus : Florence, Gènes et Bologne ne l'achetèrent chacune que six mille. Cette conduite fit passer Rodolphe pour un prince qui faisait argent de tout, et flétrit sa réputation. Cependant pouvait-on se rappeler les guerres précédentes, et ne pas trouver ces sortes de marchés avantageux tout à la fois à l'Allemagne et à l'Italie? Le pape Nicolas III profita des dispositions où était l'empereur, et fit avec ce prince un traité qui fut tout à l'avantage du saint-siége. Rodolphe "99- mourut dans- la dix-huitième année de son règne. L'agrandissement de sa maison, et l'ordre rétabli dans l'Allemagne, font voir que, s'il n'avait pas , de grands états quand il parvint à l'empire, il avait au moins des talens.
Sagesse d'E- Pcudant cet inlervalle que nous venons de par-
douard J. , ^ ^
courir en Allemagne , Edouard travaillait avec son parlement au bonheur de ses peuples, et il réunissait à sa couronne le pays de Galles. Il en avait fait la conquête sur Léolyn, qui avait fait des courses sur ses états, et qui ne cessait d'exciter les mécontens d'Angleterre. Les Gallois étaient un reste des anciens Bretons : ils n'avaient point encore subi le joug des Anglais, et ils se maintenaient dans l'indépendance depuis plus de huit cents ans. PhHré'iii ^' -^^^ France , Philippe III , dit le Hardi , jouissait de tous les droits qui, sous ses prédécesseurs, étaient
MODEBTÏK. ^
tlevcmis des prérogatives de la coiiroiine, et il se les confirmait tous les jours par l'usage. Il exerçait le droit de ressort sur les justices des plus grands vassaux : il avait seul celui d'établir de nouveaux marchés dans les bourgs , et des communes dans les villes; il réglait, de son autorité , ce qui concernait les ponts, les chaussées, et tout ce qui intéressait le public; en un mot, il avait la police générale du royaume. Après quelques guerres peu importantes, une révolution arrivée en Sicile, en laSa, lui fit prendre les armes contre Pierre III, roi d'Aragon.
Charles, maître de la Sicile, de la Fouille, de, Pui.saDce de
Charles, roi de
la Calabre, des comtés de Provence, du Maine, n*p'"» d'Anjou , de l'île de Corfou et de celle de Malte , avait encore à sa disposition toutes les villes Guelfes d'Italie; et Marie, fille du prince d'Antioche, lui avait cédé tous ses droits sur la principauté d'Antioche et sur le royaume de Jérusalem. Il avait erabelliNaples, où il faisait sarésidence, à l'exemple de Frédéric II : il tenait sur pied un nombre considérable de troupps; et ses ports étaient remplis de vaisseaux. Charles paraissait donc puissant; mais il ne Tétait pas, si la puissance d'un prince se mesure sur ses vertus et sur ses talens. Celui-ci , pour vouloir acquérir encore, va bientôt perdre unç partie de ce qu'il a.
Il se préparait non-seulement à la conquête. ^Jj*jP^i;;»/^* du royaume de Jérusalem, il fermait encore le ^"^'^^
projet de faire la guerre à Michel Paléologue , et (le remettre sur le trône de Constantinople, Baudoin, qui lui abandonnait la Morée, plusieurs îles et la troisième partie de tout ce qui serait conquis sur Fémpereur grec. Mais Jean de Procida, citoyen de Salerne, dont les biens avaient été confisqués lorsque Charles monta sur le trône, et qui s'était retiré en Aragon , forma lui-même un autre projet; ce fut de mettre sur la tête de Pierre III , roi d'Aragon , la couronne de Naples et de Sicile. Pierre au reste avait des 'prétentions qui pouvaient paraître des droits ; car il avait épousé Constance, qui, étant fille de Mainfroi et cousine de Conradin, se regardait comme héritière de la maison de Souabe. Jean de Procida, allant continuellement de Sicile en Aragon et à Constantinople, prépara les esprits à là révolte, et ménagea une ligue entre Michel Paléologue et Pierre III : le premier fournit l'argent nécessaire , et le second arma sous prétexte de porter la guerre en Afrique.
LepApeî^îco. Lc roi dc Naples était un vassal trop puissant
lasUl entre dans . -, .
de Procida^*""' pour Ics papcs, qui prétendaient à tout, et à qui on contestait quelquefois juscju'au moindre village du patrimoine de saint Pierre. Un pareil suzerain n'était pas fait pour être toujours respecté. Nicolas III entra donc dans les vues de Jean de Procida, et donna un nouveau titre à Pierre d'Aragon , en lui offrant l'investiture du rovaume de
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Naples et de Sicile, Telle étant ia situation des papes : trop faibles pour tenir ïem vassal dans la dépendance, ils transportaient cette coiiromne d'un Allemand à un Français, et <l'un Français à un Espagnol; comme s'ils eussent voulu chercher dans toutes les nations un prince qui fût tout à la fois soumis et puissant. Mais ils ne faisaient qu'exposer ce malheureux pays à de nouvelles calamités.
Charles, qui avait indisposé contre lui Nicolas, ^J^^j;"* •'"' se tendit encore odieux à ses sujets, qu'il ne cessait de vex^r. Voilà quelles sont les causes connues de la révolution qui arriva le jour de Pâques de l'année 1282, et qu'on nomme les Vêpres siciliennes, parce que lé massacre des Français commença lorsque le peuple allait à vêpres. Si l'on en croit la plupart des historiens , les Français auront été égorgés en même temps dans toute la Sicile; et cette conspiration, qui se tramait depuis plus de deux ans, n'axira éclaté qu'au moment précis , quoique le peuple de cette île et beaucoup d'étrangers fussent dans le secret.
Quoi qu'il en soit, Pierre, qui avait tout pré- ch.ricsaiMB
*■ ... . donne!* Sicile?
paré pour son entreprise, saisit cette conjoncture P""« «^'A" pour l'exécuter. Tout lui iut favorable. Les Siciliens le reçin'ent avec de grandes acclamations ; et Charles, qui était en Sicile, fijt obligé d'abandonner trette île, et de se retirer en Calabre. De la sorte, la Sicile et la Pouille formèrent deux
royaumes séparés, dont l'un resta à la maison d'Aragon et l'autre à la maison d'Anjou.
Cependant Nicolas était mort quelque temps auparavant, et le nouveau pape Martin IV, ayant m'e^deValencc embrassé les intérêts de Charles, excommunia
cl d'Aragon.
Pierre, fit prêcher une croisade contre lui, et donna les royaumes de Valence et d'Aragon à Charles de Valois, second fils de Philippe le Hardi.
Charles d'Anjou n'eut que des revers jusqu'à
sa mort, qui arriva au commencement de l'an-
1285. née 1285. Il laissa le royaume de Naples à son
fils Charles II , prince de Salerne , qui était alors
prisonnier de guerre.
Pierre, se voyant assuré de la Sicile par la mort de Charles d'Anjou et par la détention du prince de Salerne, po^ta toutes ses forces en Aragon, où le roi de France était entré ; mais il fut défait , et mourut des suites de ses blessures. La même année i285, ses fils, Alphonse et Jacques, lui suc-' cédèrent; le premier sur le trône d'Aragon, et le second sur celui de Sicile.
Cependant les succès des Français ne se soutinrent pas; ils furent au contraire suivis de grandes pertes , et Philippe le Hardi , contraint de repasser les Pyrénées, tomba malade à Perpignan, où il mourut.
Tant de morts arrivées la même année mirent les nouveaux souverains dans la nécessité de né-
goder. Le traité ne rétablit pas la paix; mais le prince de Saleme recouvra la liberté ; et Naples eut en lui un souverain qui se fit aimer. Il est connu sous le nom de Charles II, dit le Boiteux.