EXTRAIT D'UNE LETTRE DE BLAISE PASCAL
En gros leur avis' fui que vous ne pouvez en
aucune manière, sans blesser la chanté et vosire conscience mortellement et vous rendre coupable
I . Le P^re Gurrrier, qai t tnnscrit cette lettre, tjouie en note : ■ J'ai copié cet eitrail sur roriginal (K:rit de la main de M. Pascal ; il oe ratte que la 4' et la 5* page de cette lettre ; lea autre* sont perdoee ». On admet généralement que Pascal l'écrivait à Madame Perier. Il récrirait peut-être à Madame Chabre. — Margnorile Perier, dans la suite du Mémoire sur sa famille (^Bibliothique MationaU. ms. f. fr. 13913, 3* recueil Guerrier, p. 280) raconte les circonstances du mariage projeté pour Jacqueline : « Ma soeur Jacqueline Porier mourut 9. ans apraa ma mère. C'eatoil une fille d'un tre»-grand esprit. Nous avtooa esté elevéea k P. R. elle et moj. Elle j prit la resolution d'ealra Religieuse, mais elle ne put pas l'exécuter, par ce que nous famca obligée* d'en sortir par le* ordres du Roy. Elle avoit alors plus de 17. ans, et plus de deux ans au-dessus de moj. Nous avions une tanlo qui eatoit veuve do M. Chabre de Kiom, qui n 'avoit point d'onfans et qui en mourant donna tout son bien & sa femme. Elle prit U-dessus une reaotatioo de marier ma sœur, sa nièce, âgée alors de i5. ans, avec le oevea de If. Chabre, et de luj donner tout son bien et celuy que If. Chabre luj avoit donné. Elle en écrivit k Paris à mon oncle et à ma tante qui estoit Religieuse à P. R. Ils en parlèrent à ma sœur qui demanda du tems pour j penser et peu après se détermina à l'état reli- HiMU, oe qu'elle ne put exécuter alors, par ce qu'on ne recevoit les filles pour postulantes qu'à 18. ans ; mais elle écrivit la-dessus une lettre à ma mare qui esloit très-belle et tres-judicieuse, et elle attendoit l'âge pour entrer au noviciat ; elle a tousjours vécu dans un très grand eloignement du monde et continuellement accablée de maladies, bile estoit d'une humeur fort sérieuse et mesme assez particulière. Elle oe voioit personne. Toute son occupation estoit de lire et prier. Elle mourut i Qermont, le 9. avril 1696. et fut enterrée à Notre-Damedn-Port, dans le tombeau de nostre famille »
1. « De MM. de Singlin,de Sacyet de Rebours, que M. Pascal consulta k Port-Rojal . et qui furent tous trois du mesme avis.CefutM.de
d'un des plus grands crimes, engager un enfant de son âge et de son innocence et mesme de sa pieté' à la plus périlleuse et la plus basse des conditions du Christianisme. Qu'à la vérité suivant le monde l'affaire n'avoit nulle difficulté et qu'elle estoit à conclure sans hésiter ; mais que selon Dieu, elle en avoil moins de difficulté et qu'elle estoit à rejeter sans hésiter, parce que la condition d'un mariage avantageux est aussi souhaitable suivant le monde qu'elle est vile et préjudiciable selon Dieu. Que ne sçachant à quoy elle devoil estre appelée, ny si son tempérament ne sera pas si tranquillisé qu'elle puisse supporter avec pieté la virginité, c'estoit bien peu en connoistre le prix que de l'engager à perdre ce bien si souhaitable pour chaque personne à soy-mesme et si souhaitable aux pères et aux mères pour leurs enfans, parce qu'ils ne le peuvent plus désirer pour eux, que c'est en eux qu'ils doivent essayer de rendre à Dieu ce qu'ils ont perdu d'ordinaire pour d'autres causes que pour Dieu.
Déplus que les maris quoyque riches et sages suivant le monde sont en vérité de francs païens devant Dieu ; de sorte que les dernières paroles de ces messieurs sont, que d'engager un enfanta un homme du commun c'est une espèce d'homicide et comme un deïcide en leurs personnes
Singlin qui voulut que cette aflaire fust communiquée à ces deux autres Messieurs, comme il le dit dans le commencement de cette lettre » (Note de Guerrier, sans doute transcrite d'une annotation de l'original). I. « Mademoiselle Jacqueline Ferler, pour lors âgée de quinze ans » {Note de Guerrier)