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FAIT A LA REQLESTE DE BLAISE PASCAL

L'an mil six cent cinquante et neu(, le 3 1 . jour de febvrter, après midy, à la requeste de noble homme Biaise Pascual [sic], ecuyer, demeurant proche et hors la porte Saint-Michel, paroisse Saint-Gosme, exécuteur testamentaire de deiïunte damoiselle Louise Delfaut, fille majeure usante et jouissante de ses biens, en présence de Charles Pinel, bourgeois de Paris, et de Françoise Delfaut, sa femme, de luy authorizée, de Marie Delfaut, veuve de Jean Bluteau, marchand de vins, et de Jeanne Delfaut, concierge de madame la présidente de Barillon, duquel elle dit avoir charge à TelTet qui ensuit, demeurants audit faubourg près la porte Saint-Michel, chez le sieur Pascal, fors la veuve Bluteau, qui demeure rue de la Harpe, lesdites Françoise, Marie et Jeanne Delfaut, habiles à se porter héritières de ladite Louise Delfaut leur sœur, et aussi en la présence de M. Balthazard Bastard, conseiller du Roy, substitut de M. le Procureur de Sa Majesté au Chatelet de Paris, a été fait par les notaires garde notes au Chatelet de Paris, l'inventaire des meubles et papiers

I. LouÎM Delfaut armit été domeftique chez Éticnno PascaL Par uo codicille do 5 décembre i658, elle avait institué Paiical son exé cuteur teatameotairo en lui léguant a la caftsette de senteur, r««connoiwnt que M. Pascal luy a fait une pension du 4oo 1. jusqu'à la Noël prochaine » (Cf. tupra T. U, p. 570). Elle léguait aussi à Madame Perier « une petite cassette d'argent, qui est dans ta cassette de MBtoar ». Pascal signa toutes les pièces relatives à celte succession.

trouvez après le decés de ladite Louise Del faut, en la chambre où ladite demoiselle etoit demeurante, en une maison sise à Tentrée de la rue Beaubourg, où demeure Jean Neau, maître charcutier, principal locataire de ladite maison, lesdits biens prisez par Etienne Maintrat, huissier sergent à verge au Chatelet de Paris, etc.

Signé : Pascal.

(Suivent les inventaires.)

LETTRE DE MERE A PASCAL

dalo présumée: i658 ou 1659

Publiée dans les OEavres du Chevalier de Merê, Amstordam, 1O9Î T. Il, p. Co.

a* férié. VI i4

Itl

Noi.s publions la lettre du chevalier do Meré à Pascal telle ;ue nous la trouvons dans sa Correspondance. Nous la repartons à la période comprise entre Tété i658 et le printemps lùÔQ, où Pascal est revenu aux travaux mathématiques, en même temps qu'il jette les bases de V Apologie de la Religion chrétienne. En l'absence de toute date dans la corre9|)ondance de Iferé, nous faisons fond sur une allusion au traité de Huygens De raiiociniis in lado aleœ qui fut publié en 1667 (^vide sapra T. V, p. 4 17).

Mais on peut se demander si la lettre est authentique, si Meré n'a pas imaginé de toutes pièces une réponse aux théories de Pascal, tout au moins si dans les dernières années de sa vie il n'a pas remanié ce qu'il avait écrit pour y introduire quelque détail de nature à flatter sa vanité, comme c'était assurément le cas pour cette mention de Huyf:;ens, devenu son disciple au même titre que Fermât ou Pascal lui-même*. Certains critiques, M. Revillout, dans son étude intitulée Antoine Gombaud^ chevalier de Mère, safamille^ son frère et ses amis i7/(u/rM, publiée en 1887 dans les A/émojr« de r Académie des Sciences et Lettres de Montpellier^ et particulièrement M. Ch. H. Boudhors, — qui dans ses articles de la Revue d^His-

t . Dans la Préface des CEavres Posthumes de feu M. le Chevalier de Meré. Paris, 1700, l'abbé Nadal écrit: « Quoi que M. le Chevalier de Meré eût été capable de traiter avec beaucoup de force les matières lea plus épineoaea et les plus abstraites, et que co qu'il a écrit dans ses iHtraaà M. Pascal sur les Mathématiques, nous donne une idée bieo haute de la pénétration et de la solidité de son esprit... » Il y aurait donc ea plosieurs lettres écrites par Meré sur le sujet, qui auraient été peni-étre refondues en une seule ; d'autre part, le di'but de la lettre publiée fait allusion à une lettre antérieure de Pascal.

il2 OEUVRES

ioire littéraire de la France (janvier-mars et avril-juin igiS), Pascal et Méré à propos d^un manuscrit inédit, a fixé avec tant de patience et de subtilité l'image de Meré, en môme temps qu'il a détini ses rapports avec Pascal, — ont bien discerné dans Tesprit et dans la carrière de Meré, une sorte d'incertitude, de perpétuelle inégalité, qui empêchent qu'on ne se sente avec lui sur un terrain solide et sûr. Peut-être y a-t-il là une part de hasard ; c'est un fait que presque tout ce qui touche à Meré demeure obscur et suspect*.

Aussi, pour prouver que la lettre doive être retenue comme correspondant exactement à l'attitude que Meré a eue effectivement à l'égard de Pascal, nous nous fions moins à Meré qu'à Pascal lui-même. La Lettre de Dettonville à Carcavy montre à quel point Pascal se préoccupe des malentendus auxquels a donné lieu la géométrie des indivisibles, avec quel soin il se propose de multiplier dans ses différents traités les Avertissements en caractères spéciaux à l'usage des profanes (vide supra T. VIII, p. 38o). Les Réflexions sur V Esprit géométrique, qu'il nous paraît naturel de rapporter à la même époque, fournissent, dans une longue digression, la contre-partie exacte de la thèse présentée par Meré (infra p. 258 et suiv.) ; et l'on sait que Pascal reprend la discussion dans le fragment sur les Deux Infinis qui est un des plus travaillés parmi ceux qui nous sont restés de lui (Pensées, fr. 72, T. I, p. 70). Rap-

I. M. Boudhors a montré (op. cit. p. 3o, n. 1 du tirage à partj que les renseignements donnés sur l'orientation politique de Meré supra, T. I, p. 38, note, s'appliquaient non à l'ami de Pascal, mais à Georges Brossin, chevalier de Meré. Quanta la date du voyage fait de compagnie avec Pascal et le duc do Rouannez (cf. T. III, p. 106 sqq.), M. Boudhors a fait voir que le problème était plus complexe encore qu'on ne le croyait. En suivant à la trace les déplacements de Rouannez, il est arrivé à cette conclusion que le voyage était, sinon tout à fait impossible, du moins très difficile à situer dans les années i652 et i653; le voyage n'aurait pu avoir eu lieu qu'en avril 16^9, ce qui lui paraît à juste raison très douteux, ou en i65i ; la date de septembre i65i est celle qui aurait ses préférences, c'est-à-dire, en l'état de la question qui demeure fort obscure, celle qui soulèverait le moins d'objections.

1 KTTUt DE MEUt A PASCAL 11

inesse (tbid., fr. i , p. 9), le début de 1' « Argument du Pari » Pfnsèet^ fr. a33^ T. II, p. 1^1), quelques notes destinées à la

conférencede Port-Royal » {ibid. , fr. A3o, p. 33ii)où reviennent les mAmes allusions aux paradoxes de l'infini niathômatiquo. Dans tous ces écrits, qui étaient connexes en l'esprit de Pascal, un même homme, une même forme de |)ensée est > Iséc : exactement l'homme qu'était Meré, exactement la forme lie pensée qui est décrite avec complaisance dans la lettre •dressée à PascaJ. Meré se croit en état de trancher les probU^mt^ de la science par une vueimm«'diate, au nom du scnti- Mient naturel ; il sait plaisanter avec agrément, mais il est dupe le sa propre finesse ; il lui manque l'attention sudisantc à

\er devant soi l'objet de la géométrie, l'a imagination » capable d'en « comprendre les hypothèses ».

Qu'on ne s'étonne pas d'ailleurs que Pascal se soit fait une i'iée si haute d'un homme en (|ui, aujourd'hui, nous serions disposés à trouver plus de suOisance et de vaine prétention que de profondeur véritable ' . Il n'est pas impossible que Meré, dans la conversation, ait été supérieur à l'image qu'il nous donne de lui dans ses écrits, dont aussi bien plusieurs furent rédigés sur le tard (Meré était né en 1607, Boudhors, op. rit., p. 12, note 2). Et surtout il appartenait au génie de Pascal d'ajouter de sa propre profondeur à l'objet qu'il contemplait. Par derrière le Chevalier qui s'appliquait si laborieusement à l'art de la vivacité naturelle et de Vhonnételé, il aperçoit comme une application vivante du système qu'il avait trouvé dans les Essai* de Montaigne. De même par delà les railU'i ■ '- ré sur l'infini, vieilles déjà de plusieurs années', Pa>c.ii lit les violentes attaques de Guldin' contre Ca-

I. Sur rinflueooe de Meré, voir supra T. III, p. iio et note 3; T. IV, p. 939 et saiv.

a. Vide uipra T. IIl, p. 388 et note i.

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