L'imprimé porte : Fermac
3. Peut-être s'agit-il des Mémoires de Marguerite de Valois, reine de France et de Navarre, qui avaient été publiés en 1628 par Auger de Mauléon, seigneur de Grenier.
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pas diviiiibics; et croyei-Yous que ce soit connoistre une choee que de sçavoir seulement ce qu^elle n'est pas. Cette ignorance fait perdre du temps k chercher tant de fausses démonstrations, qui renversent le bon sens comme de prouver par des conséquences qui paroissent vray semblables que deux corps se peuvent toujours approcher sans jamais se joindre et tant d'autres de cette espèce. Mais il se faut souvenir que le bon sens ne se trompe guère, et qu'à la reserve des choses surnaturelles tout ce qui le choque est faux.
Je ne conçois pas, ditea-vous, que rien de matériel soit indivisible ; peut-estre ne le conçois-je pas non plus que vous, et je voy pourtant bien que la conséquence que vous en tirez, qu'il s'y trouve une infinité de parties, n'est pas juste. Et que sçavez vous si ce n'est point le défaut de Yostre imagination? ou même celui de ce petit corps, qui pour sa petitesse ne peut venir à la connoissance des sens? Ne conclurons nous pas de la même sorte que tout ce que nous ne pouvons comprendre n'est qu'un songe ? El comprenez-vous bien une chose que vous estes contraint d'avouer par vos principes qu'un grain d'or sufliroit k dorer tout l'argent, tout le cuivre, tout le plomb, tout le fer, tout le bois, et toutes les matières qui se peuvent dorer? Guy, me direz-vous, pourveu que ce grain fust bien ménagé. Mais comment ménager quand il faut faire une dépense infinie ? Et puis à quoi bon ménager ce qui ne se peut épuiser? 11 me semble qu'un grand esprit comme vous devroit estre au-dessus des Arts et des Sdeoces, bien loin de s'y laisser empietter, et d'en estre escltYe.
Je vous demande encore si vous comprenez distinctement qu'en la cent-millième partie d'un grain de pavot, il y pût avoir un Monde, non seulement comme celui-ci,
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mais encore tous ceux qu'Epicure a songez. Pouvez-vous comprendre dans un si petit espace la différence des grandeurs, celle des mouvemens et des distances? de combien le Soleil est plus grand que ce petit animal qui luit quelquefois dans la nuit, et de combien la vive clarté de ce grand Astre surmonte cette foible lueur? Pouvez-vous concevoir en ce petit espace de combien le Soleil va plus vite que Saturne, ou si le Soleil est immobile comme quelques-uns en sont persuadez. Pourriez vous supputer ni vous ni Archimede en un lieu si serré, de combien le mouvement du boulet qui sort du canon surpasse l'alleure d'une tortue? ïrouverez-vous dans un coin si étroit les justes proportions des éloignemens, de combien les Estoiles sont au-dessus de la terre au prix de la Lune ? Mais sans aller si loin, vous pouvez-vous figurer dans ce petit monde de vostre façon la surface de la terre et de la mer, tant de profonds ab^smes dans l'une et dans l'autre, tant de montagnes, tant de vallons, tant de fontaines, de ruisseaux et de fleuves, tant de Campagnes cultivées, tant de moissons qui se recueillent, tant de forests dont les unes sont debout, et les autres coupées, tant de villes, tant d'Ouvriers dont les uns bastissent, les autres démolissent : et quelques-uns font des lunetes d'aproche qui ne laissent pas de servir parmi ces petits hommes, parce que leurs yeux, et tous leurs sens sont proportionnez à ce petit Monde? Quoi donc tous ces voyages de long cours, ces grands et ces petits vaisseaux qui font le tour du Monde, et dont les uns sont si bons voiliers qu'ils ne craignent point les Corsaires ; ce grand nombre de combats sur la terre et sur la mer ; la bataille d'Arbelles, où le Roy de Perse fut vaincu au milieu de deux cent mille chevaux et de huit cent mille hommes de pied, sans compter tant de chariots armez. Considérez
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aussi la bataille de Pharsale, où César mit Pompée en fuite et celle qu'Auguste donna sur la mer, où tant de vaisseaux furent brûlez et toutes les forces du levant dissipées. La bataille de Lepente me semble encore plus considérable en ce petit Monde, à cause du grand bruit de rArtillcrie : et cet ëpouventable combat des souris et des grenonilles qu'Homère a cbant<^ d'un si haut ton. En vérité, Monsieur, je ne croy pas qu'en vostre petit monde on pût ranger dans une juste proportion tout ce qui se passe en celui-ci, et dans un ordre si réglé et sans embaras; sur tout en des villes si serrées Ton devroit bien craindre, pour le danger dos embrasemens, de faire des feux de joye, et de fondre des canons et des cloches. Pensez aussi qu'en cet Univers de si peu d'estenduO il se trouveroit des Géomètres de vostre sentiment qui feroienl un Monde aussi petit au prix du leur, cpie l'est celui que vous formez en comparaison du nostre, et que ces diminuations n'auroient point de fin. Je vous en laisse tirer la conséquence. Nous ignorons plusieurs choses dont nous ne pouvons parler que douleusement, comme nous en connoissons beaucoup d'autres que nous pouvons décider : et parmi les personnes qu'on pratique, je ne trouve pas moins incommode de ne pas dire ce qu'on sçait que d'affirmer ce qu'on ne sçait point. Douions si la Lune cause le flux et le reflux de TOcean ; si c'est la terre ou le ciel qui tourne, et si les plantes qu'on nomme sensitives ont du sentiment ; Mais asseurons que la neige nous éblouit, que le Soleil nous éclaire et nous échaufle, et que l'esprit et Thonnéteté sont au-dessus de tout.
Pour ce qui regarde le sujet de nostre dispute, je vous diray franchement ce que j'en pense; il me semble donc que toutes les parties matérielles, dont le Monde est composé, sont comptées. Leur Créateur en sçait le nombre ;
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elles ne croissent ni ne diminuent, puis que rien ne se peut créer ni ne se réduire au néant, du moins selon l'ordre de la nature. Chaque petite partie que Dieu voit en elle-même a son estre à part : et ce petit corps pour subsister n'a que faire d'un autre corps, car rien ne subsisteroit nécessairement; et tous les corps se pourroient anéantir, puis qu'il n'y en a point qui ne se puisse séparer. Le Monde corporel est composé de ces petits corps qui sont de différente nature ; et quoi qu'ils soient si petits qu'ils ne sont presque rien, cependant à les bien considérer ce sont les seuls dont l'Etre est réel et nécessaire. Car les composez comme un arbre, une fleur, ou un fruit, ne subsistent que par hasard et pour un temps, parce que ces petites parties qui les composent, se séparent comme elles s'assemblent; de sorte que, selon leur diverse nature plus ou moins noble, et leur proportion plus ou moins juste, nous trouvons ce qui s'en compose plus ou moins parfait ; et de là vient, pour ces sortes de choses, tout ce qu'on aime et qu'on admire. Du reste, vous espérez connoistre tout, à force d'étudier le Monde, je veux dire le Monde naturel, dans la simplicité qu'il a plu à Dieu de le créer. Car, pour le Monde artificiel qui dépend des institutions des hommes, vous le négligez à comparaison de l'autre, et je vous en sçay bon gré. Aussi je prends garde que les gens de ce Monde artificiel ne se mettent pas en peine de l'autre, et lorsqu'on leur en parle, c'est un langage qui les surprend. Mais je vous avertis qu'outre ce Monde naturel qui tombe sous la connoissance des sens, il y en a un autre invisible, et que c'est dans celuy-là que vous pouvez atteindre à la plus haute science. Ceux qui ne s'informent que du Monde corporel jugent pour l'ordinaire fort mal, et toujours grossièrement, comme Descartes que vous estimez tant, qui ne
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connoi>soit l'espace des lieux que par les corps qui les occupoient, ni l'espace du temps que par la durée de chaque chose. Car il soutient que si Ton ostoit tous les corps qui sont entre Paris et Madrid ces deux villes se toucheroient, et, chose étrange, qu'elles se toucheroient sans s'estre approchées ; car elles se toucheroient, dit-il, puis qu'il n'y auroit rien qui les séparât, et se toucheroient sans s'estre approchées, puis qu'elles seroient encore dans le même endroit'. Mais sans m'arrester à le convaincre de cette erreur, sçachez que c'est dans ce Monde invisible et d'une étendue infinie, qu'on peut découvrir les raisons et les principes des choses, les veritez les plus cachées, les convenances, les justesses, les proportions, les vrais originaux et les parfaites idées de tout ce qu'on cherche.
I. Cf. l^s Principes Ae la Philosophie (Irad. Picot), part. II, {5 18 : « C'est pourquoj, si on noiis demande ce qui arriveroit, en cas que Dieu ostast tout le corps qui est dans un vase sans qu'il permist qu'il en rentrast d'autre, nous répondrons que les costoz de ce vase se trou- Yeraieut si proches qu'ils se toucheraient immédiatement. Car il faut qoe daux ooqM t'ontre-louchent lorsqu'il n'y a rien entr'eux deux... »