CHAPITRE m
L'Epigramme de Xerxes est ou de quelque parent de Virgile ou de quelqu'vn de ses amis, ou à tout le moins de quelqu'vn de sa connoissance. Et sans doute nous devons cette précieuse Antique à vn meilleur siècle qu'à celuy de Martial.
La Latinité en est nette et chaste, les pensées justes et mesurées; Et celte exclamation à la fin : « Qui est ce nouveau <( Dieu, qui change la Terre, l'Air et la Mer? Certes il y avoil '( vn Monde sous lupiter : » peut hien venir de l'Esprit d'vn de nos Amis de la Republique, et avoir esté conceuë avaui le déclin de l'Eloquence, c'est-à-dire avant l'Empire de Tibère ou mesme celuy d'Auguste. Car le bon homme Victorius monte encore plus haut pour trouver la pureté, la chasteté, l'intégrité du Latin. Choisissez lequel des trois vous plaira le plus, et regoustez. je vous prie, avec moy ces deux derniers vers :
(Juisnovushichomintini Tfrramque. Dieinquo Fretinuque Permutât? Certe siih love Mimdiis oral.
308 ŒCVRKS DE BALZAC.
Encore deux mots sur le premier distique de TEpigrammo. I! dit que voilà le grand Xerxes, que tout le Genre humain Aient avec luy, que toute la Terre est à sa suite. Vn Po<"tp peut parler ainsi, parce que cherchant la grandeur et la magnificence, il n'est pas ohligé de s'arrester à la vérité si exacte et si régulière. Vn Historien doit estre plus moden'-. et il faut qu'il se contente de dire que le grand Xerxes desc<*ndant on Grèce traisne toute l'Asie après luy. C'est assez (lue cela, et ce n'est pas trop. Mais au jugement de Demetrius Phalereus, dans son Livre de l'Eloculion, ce seroit trop peu de dire a que le grand Xerxes arrive en Grèce avec tous los u siens, comme si on parloit du train d'vn Père de famille « qui mené tous ses domestiques avec luy quand il fait quela que voyage. » Les paroles de Demetrius sont remarquable^ et il allègue cet exemple de Xerxes sur le subjet du Charactere sec ou de 4'aridité de la diction, quoy qu'il ne nomni. point l'Historien ou l'Orateur (jui parloit si foiblement d( forces du plus grand Roy de la Terre.
CHAPITKK IV.
Le Fragment (jui est après l'Epigramme a esté tiré d'vn parchemin pourry en plusieurs endroits et à demy mangé de vieillesse. 11 faut que le Poète, autheur du Fragment, ait escrit sous le Règne de Néron, quoy que son charactere soit plus ancien et qu'il ait cherché vne autre manière et vne plus noble expression que celle des Escrits de ce Temps-là. Mais de plus, Monsieur, nos Amis du Pays Latin trouvent que son génie est hardy et qu'il n'y a rien de bas en ses sentini«Mi>
S'il les en faut croire, les choses qu'il dit sont grandes de leur propre grandeur; Elles n'empruntent point leur dignité de celle de la langue Romaine; elles seroient belles, disentils, en Basque et en bas Breton.
Dés le commencement de la Pièce, j'ay pris plaisir à ces Parensde Troye et à cette Grand'Mere Venus, qui met dans le ridicule le VenerisGenitricis des médailles de Iules CîPsar, et ce vers d'vn ancien Pcf^te :
lioinnli matrom crearpt. et iiepolem Caesarem.
Kn suite la description du mauvais Règne n'est pas, à mon gré, vne fougue d'vn Poëte vulgaire. Et que vous semble de cet enragé, de cet homme que les Chrestiens de son temps croyoient estre lAntechrist, de Néron, en vn mot, qui veut poursuivre à son tour les Furies qui le tourmentent, qui leur veut opposer d'autres Furies, et à leurs Serpens d'autres Serpens? Voyez cet Empereur parricide, qui est prest detuer sa Mère encore vne fois, et d'vne plus mauvaise mort que la première. Voyez-le qui espouse publiquement vn garçon et fait vne feste de ses abominables nopces : Il fait mourir le Peuple de faim et le Sénat de poison : 11 suce les vns jusquesà la moelle et engraisse les autres pour les manger : Enfin il se mocque du Genre humain et de la patience publique. Il veut faire le plaisant dans les larmes et dans la désolation vniverselle, parlant de l'embrasement de Rome comme de la resjouïssance d'vn feu d'artifice et de la «onsolalion des ténèbres de la nuit. Qiiod miré etiam ad historiam facit : siquidem, Tranqidllo teste, incendium hoc f tiuri M œcenatis prospect ans, Ixtiisqiie flammx, vt aiebat. pulchritiidine. Vous scavez le reste.
Krgo rameiu iiiiseram, aul epulis infusa venena, Et populiiiii cxan^ueni, piiiguesque in t'unus amicos.
"Kl Œl'VBES DE BALZAC.
Et molle imperii senium siib noniine Pacis. Et quodcumque il lis niinc aurea dicitur œtas. Marnioreseque caiient làcryniosa incendia Ronla^ Vt formosum aliquid nigrae et solatia Noctis? Ergo re benè ijesla, et leto Matris ovanlem. Maternisque cancnt cupiduni concurrere Diris, Et Diras alias opponere, et anijuibus angues, Atque novos gla<lios pejusque oslendere letiim? Saeva cancnt, obscœna canent fœdosque hymenteos Vxoris pueri. Voneris moniinienta nefiindae.
Il y a d'autres endroits qui mont extrêmement plu. M.iisurtout, Monsieur, les pauvres Muses qui se prostituent i\t'<. Valets, et encore à si bon marché, sont des Dames (jiii mont bien fait rire et qui sont bien traitées selon leur mérite. Elles m\mt fait souvenir de ces autres Dames du mesnittenijis, que vous avez veuës en vn mauvais lieu, et qui doivent craindre le Commissaire du quartier; je veux dire dans le Satirique de Pétrone: Qna' vestigia flcujrorum oscnlubantur, qiiœ umplc.ru.s suos. si ma mémoire ne me trompe, mittebantin (yurcw. et in rxtrcma plehe (finr rehaut Hirnu quod amarent.
Pour les Geans à qui les Muses bastissent des Templeet (ju'elles veulent mettre en la place des Dieux et des De mi-dieux, vous vous doutez bien de qui il entemj parler Ft à mon advis, en cet endroit TitiiL^ Terrai omnipairntts alumnm. est le Nom de guerre de Tigellin, ministre de toutes lescruautez, et Conlident de toutes les ordures de Neroii Apparemment vn Poëte affamé de ce temps-là l'avoit mi> au-dessus de lupiter, et avoit appelé Oracle et Destin les eommandemens et les ordres de cet honneste bomme.
Nil Musas cecinisse pudel, nec noniinis oliiii Virginei, famseque juvat meminisse prioris. Ah! pudor extinclus. doctaeque infamia turba-. Sub titnlo prostant ; et queis genus ab love suninio.
EiST RETIENS. 7,ii
lies lioininuui supra evectas et nullius egentes. Asse nièrent vili, ac sancto se corpore Iredant Scilicet aut Mense fiiciles parère superbo, Aiit nutu Polvcleti, et parca laude beataj, N'squc adeo maculas ardent in fronte récentes, ll»'sternique Getse vincla et vestigia tlagri.
Quin etiani patrem oblitœ et oognata Deormn .Nnmina, et antiquum castœ pietatis bonoreni, Proh '. Fnrias et Monstra colunt, impnraque turpis Fata vocani Titii mandata, el quicquid Olympi est Transcripsere Krebo. lamque inipia ponere Tompla, Sacrilegasque audent xVras, Cœloque repulsos Ouondam Terrigenas, superis imponere rognis, Oii:i licol, et stolido verl>is illuditnr Orbi.