CHAPITRE V
Oiio\ que |)uisse dire le Docteur Capitan, la Silve de Céladon ne doit rien à l'Apologie d'Aminte. le connois l'humeur de l'Homme. le sçais qu'il est perpétuellement sur le TTSî'. >T<o'j;, qu'il veut casser toutes nos flustes, toutes nos ;,Miitarres. et tous nos luts; qu'il ne veut dans sa Musique •lue des tymbales, des tambours, et des trompettes. Il a toMsjours la bouche pleine, on de
Hclia per .-Ematbio.s plus quam civilia campos, Ill•^^Jlle (latuni sceleri ranimiis. •
Interni raplori.s equos, alflataque curru Sydera Tenario, caliganfesqiio probmda; lunonis tbalamos.
r.1'2 ŒUVRES DE HAI.ZAC.
Il faut le contenter en l'vne ot en liiulre f.iron. Nous donnons du genre sublime à sa fougue: l\i du stile lenipen'' .•I son sens rnssis : L\\[)ologie est plus forte (.'l plus eievtM' ijue la Silve : Klle pi(jue davantage la partie irascible, et le Lion caché dans Tame de riiomme : Mais la SilVe touche ilavanlage le vray Homme, et les passions douces et humaines, le vous ay desja faitscavoir qu'elle a esté faite pour vn de nos Amis de Saintonge, désespéré d'avoir perdu sa Maistresse, (lu'vne lempeste de dévotion j(^tta dernièrement dans vn Monastère de Carmélites. Cette tempeMe de dévotion nesi j>as de moy ; elle est d'vn grand Sainct de nostre Siècle. r|U(> je vous nommeray en temps et lieu.
Si rOrateur de Poitou que vousconnoissez, connoissoit h* l'oéie Lucrèce, il s'escrieroit en celte occasion :
T:iiUiiiu liolli</io poliiit siiadere maloriiin!
Il soustiendroil que c'est sacrilier rinuocenic Ipinijeuir
Aulide quo paclo Trivi.ii Virpfinis aiaiii Iphianaswi. clc.
S'il enlendoit le Latin, il ailresscroil a la nouvelle (iaruielite ces paroles de Pétrone : Quid proderil hoc tibi, si te vivam sepelieris ; si antequam Fata poscunt indemnatum spiritmn cffuderis ?
CIIAPITHK M.
l'ay trouvé enlin TEpigramme que je vous ay cherchée si long-temps, et la voicy. île peur qu'elle n'eschappe encore
KNTRKTIENS. 313
vne fois à ma mémoire. Elle a pour tiltre : Cùm Sanctimo niali capilli secarentur,
OusB sccuit libi flaventes Amaranta tapillos
Doxlcra SyllsRa sœvior illa luit.
Viiii luanus Niso vilam ahstulil, altéra Amori ;
Mapriia homin<-s: major Iredoro ciilpa Dfios.
Mais j'ay bien plus trouvé que cette Kpigramme des cheveux coupez. Deux mois après que la Silve eut veû le jour, je (lescouvris fortuitement, et à l'ouverture Hu Livre, certains vers d'vn Poi'te Italien, composez sur vne semblable matière. Ce n'est pas vn Italien du rang du commun : c'est vn des illustres de la Galerie de Paul îove Et ce Maistre faiseur d'Eloges, après l'avoir traité (]<' pra'aîtmn ingenium. dil de luy entre autres choses, Exiant Odx ejiis plurrs, et paucie Elqiiœ Homanu simplicitate decantatse. Sed lamhico versu. à paucis hactemis pvoHpeir tanlato. visiis est ad antiqux laudis metam propiiis accessisse.
Neantmoins à vous parler franchement, ce prœaltum inijenium, cé-t Illustre des Eloges de Paul love, ne m'a point donné de jalousie, et pour ne rien dire de plus avantageux
voslre tres-humble serviteur, je ne pense pas que les vers du Romain vous desgoustent de ceux du Barbare. Mette/,-|ps ;i rcspmive les vus <'t b^s autres.
El censé, ù judox Tarpa, aiil lu dodo Tieliati.
Mais il faut, Monsieur, que la chose se fasse en habit de- «-nt. le suis d'advis que vous preniez pour cela vostre robe longue et vostre bonnet carré, sans oublier vos vénérables lunettes, par les(|uelles vous pourriez mesme faire des Sermons, et allirmercju'il est ainsi, ou qu'il ne l'est pas; comme font les Docteurs de Conimbre et de Salamanque.
le ne mets icv. nv les vers de l'italien, nv les miens.
r.li ŒIVRKS DE BALZAC.
Vous trouverez les premiers, dans le Livre de loannes Af(velins Augurellus ad Camillam miper initiatam, o\ les seconds, (Inns l'édition des vers Joan. Lud. (iuezdi BalxacU, (jiie l'illustre Ménage n'a pas desdaign»'^ de dédier à la lieine de Suéde. Il sont sous le tiltre de Céladon desperatus. Qnoy (]ue ces quatre petits Poëmes ne vous soient pas nouveaux, j'ay voulu vous en donner toutes les ensei^çnes, afin (pie vous ayez moins de peine à les eliereher.
C'est un ancien mot, Monsieur, que ce qui dépend du juj^ement des hommes est incertain, et je ne puis pas seavoir ce que vous prononcerez, quand vous aurez veû et examiné toutes nos pièces. Mais si vous prenez la voix de vosire voisin le Chevalier de Meré. je sçay hien qu'il opinera à mon avantage, et qu'à son ordinaire il dira des vers du IVx'te italien, Non è mi tjran cosa : il conclura que les meilleurs de ces vers ne sont pas fort bons, et que les autres sont pitoyables. Il adjoustera que prœaHum ingenium est tombé de son haut, dans ce petit Po("me ; et (jue TAItesse estoit à bon marché en ce siecle-là .
La luslice ne punit pas tousjours; elle recompense quel- (juejois : Il faut estre juste à tout le monde, et à l'Estranger, comme au Domestique. Sur ce fondement vous faites bien ih' rendre justice à l'Eloquence de nostre excellent Hérétique, et de la séparer de son Hérésie. Pour moy je ne seaurois m'empescher de dire que le Docteur Huguenot est vn grand Docteur, et plust à Dieu que ce qu'il a escrit de la Résurrection de lesus-Christ eiist est<^ presché à Paris, et non pas à Charanton .
Mais le dessein de Dieu s'accomplira en son (euips. iM il faudra cueillir le fruit quand il sera meur. Espérons constamment vne si vtile conversion. Attendons vn exemple que nous ne sçaurions trop désirer, qui tireroit après soy de si belles suites; qui acheveroit peut-estre les Conquestes de l'Eglise, qui mettroit fin à toutes nos Guerres, l'en parle
KNTBKTIENS. SiÔ
comini' vous voyez, avec quelque espace de transport, et je voudrois bien que ce transport fust inspiration. Le cœur me le dit : Il passera de nostre costé ce grand, cet excellent Adversaire.
rilAPITRE Vil.
le viens à la Harangue Italienne, qui lut laite ou qui se devoit faire de la part du Pape, dans le Sénat de Venise. C'estoilatin d'obliger la Seigneurie à entrer dans vne Ligue avec le Pape, et i\ joindre ses armes à celles des autres Prin ces intéressez, pour s'opposer conjointement à leur commun Ennemy. Ne pensez pas que cet Ennemy commun fust le grand Turc. C/estoit TEmpereur. aussi Catholique pour le moins (|ue Constantin, que Theodose et que Charlemagne. 0 honte; 0 infamie du nom Chrestien î Mais ce n'est pas ic\ le lieu de faire des exclamations.
Mon dessein seroit de donner cette Harangue au Public, avec vne Préface de deux ou trois Fei'iilles. Mais pour cela j'aurois besoin de vostre Critique, et de la main de no.«;tre Monsieur ***, à qui j'en demande vne copie bien correcte, f.r recensione ('ruditissiîni ****, etc.
Prenez la peine, pour l'amour de moy, de la distinguer |.iii" sections, qui soient les vues plus longues ^t les autres moins, selon que vous le jugerez à propos, et (jue \ostre oreille vous le conseillera; Outre que semblables intervalles donnent jour aux choses et les font mieux voir et mieux remanpier. l'esprit du Lecteur n'est pas fasché de trouver de temps en temps de ces reposoirs pour se délasser.
.'10 ŒUVRRS l)K n.\i//Ar..
Intervalla vise lessis pi-sestare videtur, Qui notât inscriptus millia crebra lapis.
Mais après celte première obligation, vous seriez bien vu plus galant homme, si vous vouliez f|iie je vous en «nissc vne seconde, et si vous faisant lire la Harangue, vous dicli«v., (^ vous jouant, vn petit Commentaire sur les plus remarquables endroits, et les plus dignes de vos réflexions Politiques. le dis, en vous joiianl. parce que je n'exige de vous aucune contention d'esprit. Au contraire, je vous défends ces sortes d'excez, aussi impérieusement que si j'estois vostre Médecin, et que vous fussiez plus soumis à l;i Médecine que le Hoy Louis onziesme. le ne demande point vostre stile des bonnes lestes : le me contente de celuy de tous les jours. .N'apportez pas plus de façon aux retlexions Politiques qu'aux billets dont vous ne retenez point de copie : Que ce soient des crayons commencez plustost que des pièces achevées : Si vous voulez mesme que ce ne soit rien du tout, je trouveray également bon ce que vous ferez, cl ce que vous ne ferez pas,
Vous vous souvenez bien neanlmoins qu'en l;i derniort' conversation que nous avons eue ensemble, vous me dislcs que vous aviez dessein de composer vne Rhétorique Françoise, qui ne seroit pas moins ample que l'Italienne de Bartholomeo Cavalcanti. Vous me distes de plus que danscett** Rhétorique vous vouliez tirer tous vos Exen^ples de in»- Escrits, et que vous en feriez comparaison avec ceux de> (irecs et des Romains. Vous me distes bien davantage, mais ma modestie ne me permet pas de le redire.
Vous estes quitte aujourd'huy de tout cela, et on ne voii> demande point l'exécution de vostre parole. Quand ceseroii vn vœu solemnel que vous auriez conceû au pied des Autels, et non pas vne simple fantaisie qui peut vous estre venue en l'esprit, ou vn mot qui vous est eschappi' de la hou-
KMUKTIK.NS. 517
tlif, dans la clialeiir du discours : Monsieur **** vous dispensera de vostre vœu: Et moy qui ay plus de soin de vustre re[»os que de ma gloire, je ne prétends pas que vous songiez jamais à la grande Rhétorique. Mais véritablement j)our le petit Commentaire, et pour vne Comparaison de la Harangue Italienne ijui corne la guerre, avec le Discours François qui presche la Paix, il vous sera permis, quand il vous plaira, de vous esgayer sur cette matière, et de donner gaigné, par vn jugement delinitif, à Monsieur de la Casa, si vous le jugez à propos.
C'est ainsi que s'appelle TAutheur de la Harangue Italienne, en Italie Monsignor de la Casa. Il estoit Gentilhomme Florentin, de très-bonne et Ires-ancienne Maison. Il a voit esté nourry petit garçon à la (]our de Rome, où d'abord il eut l'approbation de tout ce qu'il y avoit d'honnestes gens. Sous le Pontificat de Paul quatriesme, il fut fait Secrétaire desRrefs et Ârcbevesque de Benevent au Royaume de Naples : Mais il ne fut pas fait Cardinal; et on luy donna l'exclusion en plein Consistoire à cause de je ne sçay quoy <|ue je vous diray à Toreille.
Il a escrit en prose et en vers, en l'vne et en l'autre Langue, avec tel succez dans la vulgaire, qu'aujourd'huy il est proposé pour exemple à ceux qui cherchent la pompe et la dignité du stile, et qui veulent adjouster la force et Tesclat ;i la douceur et à la clarté. Il fut admiré des' Orateurs et des Poètes de son temps, au-dessus des(piels il s'estoit eslevé, aussi bien que le Cardinal Bembe ; et l'vn et l'autre passent pour la règle de leur Langue, de hujuelle il ont esté les Reformatours, dans le déclin et la corruption où ils la ffouverent.
Torquato Tasso l'a tant estimé, qu'il a voulu estre son Grammairien Et j'ay leû, sur vn des Sonnets de ce Monsignor. vne Leçon (jue ce Poëte a faite, et qu'il recita, s'il m'en souvient bien, dans l'Académie de Ferrare. Le bon homme Victorius en faisoit vne estime si particulière, qu'a-
.,l,s (KlVRtS DK BAI.ZAC.
pies sa nioil il [»rit soin de l'Edition de ses (Kuvres Laliiics. cl les honora d'vne Préface de sa t'aron. Vous le verrez (lan^ PKpistre que je vous ay marquée, escrite à Ilannibal lUicellaï, Fils d'vne Sœur de Monsieur de la Casa, et Perc de Monsieur l'Abbé de Rueellaï. (jue nous avons veû à la (](nii <ie Krance.
Geluy-cy (puis ([ue \ous eu ^oule/> s-ravoir des nouvelles) lut vu tres-habile. mais vn tres-malbeureux Courtisan. Il joiia en France plusieurs differens personnages, et mourut de la maladie de l'Armée au Siège de Montpellier. le Tavois connu à Angoulesme, auprès de la Reine Mère du Ro\ . où il disputa de la faveur dix ou douze jours, avec Monsieur l'Evesque de Lucon. depuis Cardinal de Richelieu. El saiidoute FAbbé alloit gaigner, sur FEvesque. la place qu ils contestoient tous deux, et eust emporté vn Esprit qui penchoitde son costé ; si feu Monsieur le Dued'Espernon, toulpuissant en cette petite Cour, et par conse(fuenl; Maistre de l'affaire, ne Feust entreprise liautement contre FAbbé, et neust combattu de toute sa force l'inclination de la Reine. Ainsi par cette déclaration, il jetta les premiers fondemens d'vne Grandeur, qui avec le temps devoit estre ***
>'escia mens liominum f;iti sorlisquc riilui:o. elc
(le Monsieur tle Rucellaï nous alleguoit souvent Monsieur de la Casa son Grand-Oncle, et ne tiroit pas peu d'avantage d'estre son Petit-Neveu. Faurois à vous dire de l'vn et de l'autre beaucoup de choses que la Tradition m'a apprises, et que je tiens de ma propre expérience: Mais nous les remettrons à nostre première conversation.
loseph Scaliger a publié à son de trompe ce que je vouloi> vous dire à Foreille. C'est dans vn Livre qui a pour Filtre. Confutatio Fabulœ Burdonianx, où vous trouverez ces paroles injurieuses : loannes Casa, Archiepiscopus Beneventa-
nus. Etnisco timnine, etc. Etcum hoc nomine maie imdiret. id Imnbo satis frigido et illepidn ad Gennanos excitsarc co- )intm est. le ne suis pas pourtant de Tadvis de ce Prince desdaigneux. Et Son Altesse do Vérone me pardonnera si j'estime moins les Vers que nous avons d'elle, et du prince Iules <(tn Père, que ceux qu'elle estime si peu.
^i vous relisez ces ïambes je demeureray d'accord avec \i»us qu'ils ne sont pas dans le genre sublime. Ils n'ont rien de tempestatif et de foudroyant, comme parle le Docteur Capitan. Mais il me semble que la Mer irritée, et le Ciel en feu, ne sont pas les plus agréables objets que l'on puisse voir. » faut-il pas estimer la pureté des Fontaines, et la sérénité des beaux lours. parce que le Docteur Capitan n'estime que le trouble, l'orage et l'obscurité? Pour moy, quand je serois aussi Huguenot, et aussi ennemy de Rome que Scaliger Fa esté, j'aimerois mieux avoir fait ces ïambes, si faciles, si Latins, et si modestes, que les Scazons qu'il a composez contre Rome, si raboteux, si sauvages, et si insolens. le vous les fis voir l'année passée, et vous vous souvenez de
Negoliosa Mater Otiosoruni.
Pour nouvelles du Désert, puis qu(ju vous eu demande, fliles-vous, de tous costez. les dernières et les plus fraiscbes «iont celles-cy. Le Père Alenmy a fait vne Traduction Latine de mon Discours de la Paix. Les Lacunes du Darbon sont n'uiplies. le revois Aristippe; j'achève Socrate, et ce que je médite le matin, jele communique l'apres-disnée à Monsieur le manpiis de Montausier. Car vous scavez bien ^ue depuis quelque temps, mon Désert s'est approchi' de sa Citadelle.
Mais à vous dire le vray. c'est ce Monsieur le Marquis qui devroil enrichir le monde de ses Ouvrages, et donUerau lieu de recevoir. Vous estes je m'asseurede mon advis. Que \eutil faire de l'abondance de son esprit, et de la perfection de
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iiostre Art; de tynl de lumières naturelles, et de Innt dr connoissances ac(juises? l'ay descouvert mille belles choses dans son Cabinet. (Juels tbresors, (jueilesraretez nous cachcl'il î 0 pudeur injuste, ô modestie préjudiciable à toute la Terre 1 Car je n'ay ^^arde de m'imaginer le vice contraire, et de croire que cette retenue soit vu oigueil desguisé. Il sçail bien que le Comte Baltazar en Italie, le Milord Sidney en Angleterre, Monsieur de Givry et Monsieur d'Vrié en France, n'ont point dérogé à Noblesse, pour avoir esté eloquens: pour avoir esté sçavans; pour avoir sçeû escrire en prose et en vers. S'il veut donc tousjours faire le criiel. et tenir pri- .sonnieres de si belles choses, je luy feray reproche de sa cruauté, en l'vne et en l'autre Langue : j'en demanderay raison à ses amis de Paris, (jui sont plus forts en persuasion que ceux d'Angoulesme : je m'en jdaindray à nostre Siècle et à la postérité.