‹ Œuvres. Publiées sur les anciennes éditionsChapitre 32 sur 58 · II · texte numérisé non relu

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."58 Œl'VKKb DK liALZAC

l.a [ircsenct! el l'absence de vostre Voisin plaisoient é^^aiemeiil ail Cardinal, parce que leurs entretiens de vive \(ji\ (onlinuoient par escrit; Kt cec\ suflira pour vous faire juf;ei du reste : Les lettres ((uil recevoit de lu\ luy esloient >i agréables, (ju'il en avoit mis en Proverbe le mérite. Il disoil ordinairement, (juand il vouloit loiier quelque cbo,se : ( !•' » ne fais pas plus d'eslat des Lettres d'vn Tel; les Lettres d vu « Tel ne me sont pas plus cberes que telle, ou (|ue telhi chose. )'

Feu Monsieur le Duc d'Espernon, avec lequel il lit \c voyage d'Amadis. je veux dire le vo\age de Blois. qui tient plus du homan que de IHistoire. le proposa à la Hewic Mère du Roy, pour estre Secrétaire de ses Comniandemens : et il est certain que s'il eust voulu s'ayder, il pouvoit dn bord remplir cette Place : Vous scavez qu'elle estoitvuid [)ar l'absence de Monsieur de Villesavin, et qu'en ce tem[»^là Monsieur d'Espernon pouvoit tout auprès de cette Princesse ; Monsieur de Lucon n estant pas encore revenu du lieu où Monsieur de Luïnes Tavoil relégué.

Ce Monsieur de Lucon avoit veû je ne scay quoy de vosti*' Voisin, « (|ui luy avoit. disoit-il . chatouillé Tesprit, et qui l'obligea de rechercher son amitié. Ayant apport d'Avignon vn désir passionné de le connoistre, il luy lit vninfinité de caresses à son arrivée à Angoulesme. Il le Irait.i d'Illustre; d'Homme rare; de Personne extraordinaire. Et l'ayant vn jour prié à disner, il dit à force gens de qualité qui estoient à table avec luy : « Voilà vn homme (cet '( homme n'avoit alors que vingt el deux ans) à ([ui il fau- (( dra faire du bien, quand nous le pourrons, et il faudra '■( commencer par vne Abba'ie de dix mille livres de rente, »

N est- il pas vray qu'on ne srauroit gueres voir de plus beaux commencemens? A Rome on luy eust là dessus preste de l'argent; On eust fait des gageures sur ces avances de la Fortune. Toutefois les choses en sont demeurées là. Mon-

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sicnr le Cardinal de Kichelieu ne s" est point souvenu de ce qu'a\oit dit Monsieur FEvesque de Luron ; et vostre Voisin non plus ne s'est pas mis beaucoup en peine de Ten faiie souvenir. Véritablement il luy a escrit trois ou quatre Lettres, en cinq ou six ans, et s'est présenté autant de fois devant luy : Mais je vous responds qu'il ne l'a jamais fait, sans se faire violence. l'ay veû le fonds de son ame ; Il a tousjours fuy Temploy, avec plus de soin que les autres ne le cherchent. Il n'a adoré la Faveur que pour ne désobéir pas à la puissance paternelle, et par conséquent, s'il a esté ambitieux, ce n'a pas esté de sa propre ambition, mais de celle de son Père. Aujourd'huy son Père et luy sont du mesme advis : Le bonhomme s'est guery de la Cour, sur ses vieux jours, et son Fils fait bien voir qu'il n'en fut jamais malade.

En Testât où il a mis son esprit, il n'a pas plus de prétention à Paris qu'à Constantinople. Il n'est point des Confidens du Favory, mais il est encore moins de ses Importuns. 11 ne demande au Roy que la permission de se promener au Soleil quand il fait froid, et à l'ombre quand il fait chaud. Il dit qu'il connoistson peu de mérite, et la justice que lus fait In Cour de ne luy faire point de grâce. En cela il est d'accord avec elle. Mais déplus il proteste, et il me l'a juré, par tout ce qu'il y a de sainct et de sacré dans le Monde, que s'il prenoit phantaisie à la Fortune de lui faire du bien présentement, elle trouveroit vn homme qui ne voudroit point de ses faveurs.

Ce n'est ni humilité Chrestienne, ni orgueil Philosophique ; il confesse ingenijemenlque c'est vue maîivaise honte, vne paresse d'Escholier, vne infirmité de Malade. 11 est si accoustumé à la chambre, qu'il n'\ a point de Mitre pour laquelle il voulust changer son bonnet de Nuict, qui est aussi le plus souvent son bonnet de Jour. H s'accommode bien mi«'u\ avec sa tranquille Pauvreté qu'il ne feroit avec des

-A'A\ ŒUVRES DK BALZAC.

Richesses inquiètes ; Ainsi parle-t'il de sa Uelraile, et df \u médiocrité de son Bien.

Vn de ses Alliez estant dernièrement à Paris, se servit de son nom, sans qu'il en sçeust rien, pour demander quelque chose au Roy. Cestoit vne place à hastir, au Faubourg Sainct-Honoré. le don de laquelle luy fut accordé, et Monsieur le Chancelier l'obligea extrêmement en cette occasion, l/nflaire estoit de prés de dix milb^ escus. à partager entn' luy et son Alli»'. mais Tadvis se trouva faux, et le Don scellé ne servit de rien. Yoicy ce qu'il m'en escrivit, dans vne [.('lire ijuc je receus de luy, le jour que je partis de Fonlrtincble.'iu. pour venir en ce pays.

Mitnsicurde Tholoze tira la Lettro de sa pocbeiic, cl iiuiis en leCit les lignes qui suivent.

F.Xri;MT It VNF LITTIU- KSr.niTF. A MONSUVr. 1. M'.CIIF.VFSQVI

m. rnoi.ozi .

i. Au reste, vous scavez bien qu'on a eu dessein de me faire gaigner cinq mille escus. Celuy qui vous rendra cette Lettre s'est servy de mon nom dans vneRequeste, et m'a fait parler comme il a voulu. Au bout du compte, je n'ay rien receu du Roy, mais je dois beaucoup neantmoins ù Monsieur le Chancelier. Il ne faut donc pas que ma gratitude se perde, quoy que mon affaire soit ruinée. Vous verrez par les Vers que je vous envoyé, que non-seulement j'ay remercié, mais que jay remercié en musique. Il ne tiendra pas aux Vers que le Monde ne croyeque le Poêle est devenu riche, et que j'ay fait bastirvn Palais, dans la place qui m'avoit esté donnée par le Roy. Mes Muses seroient pourtant sur le pavé, si elles n'avoienl point d'autre logement que celuy-bî. Mais quand lePnlais

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« leur auroit esté donné avec la Place, je delibererois si je

u les devrois faire partir d'icy: Leur déménagement m'inoommoderoil plus que je ne tirerois de commodité de ce nouveau droict de Bourgeoisie : il vaut mieux qu'elles et moy soyons éternellement champestres : Leur destin le

(( veut, et mon inclination le veut encore plus que leur

« destin. »

Le bon est qu'en cela il ne joué point le personnage d'vn autre. lamais homme ne fut moins Comédien que luy. Il est riche à sa façon des richesses publiques, des richesses innocentes. Le Matin, le Soir, les belles heures du jour sont à luy. Comme le Soleil luy donne libéralement la seule chose qu'il en désire, il ne la reçoit pas en ingrat, et il croit luy estre bien plus obligé de sa lumière qu'il ne luy seroit de son or, parce que « la lumière (ce sont encore ses termes) a entre dans son ame, avec la joye; et rorTembarrasseroit, '( sans le resjoûir. » Il mesprise tous les autres fardeaux de la vie; toutes les autres matières mortes. Il n'estime pas mesme les Diamans, quand il les compare à cette Lumière, qui vaut tant, et qui ne couste rien, de laquelle les Diamans, (juclque esclatans et brillans qu'ils soient, ne sont que d'obscures et d'imparfaites images. le sçay bien qu'vne pareille Philosophie ne sera pas au goust de ceux qui font payer les Aisez, et qui lèvent les Subsistances. Mais les gens d'affaires ont leurs opinions, et il a les siennes.

Son jardin s'estend jusqu'où s'estendent ses yeux, qui luy descouvrent, des fenestres de sa Chambre, vn<' Province en abbregé; qui le mettent en Possession d'vne glande Plaine, .lussi agréable que fertile, admirée par les Poètes faiseurs de Descriptions, et par les Peintres faiseurs de Paysages. De cette sorte il s'approprie le bien d'autruy, sans faire tort à personne. Il puise à la Source, et la Ville n'a que ses restes. I! joiiit de la pureté des choses visibles, delà véritable Na-

ô(i'2 ŒUVIIKS DE BALZAC.

ture, et telle qu'elle est, av.'int que l'Art et que le Lu\e rayent falsifiée.

Ne vous souvenez-vous poinl de ce bon-homme des (leorgiques de Virgile, qui dans vu petit morceau dp Terre bien mesnapté, llegnm xquabat opes animis; qui .cueilloit les premières roses du Printemps et les premières pommes de r Automne'.'

PiiiDii'^ Vt'n» rosatii alqix! Aiilmnno carpere ponia.

ll'est limage de la vie de voslre Voisin, et il me semble de le voir semer ses melons, et planter ses choux,

(Kbaliai sub turrilms al lis,

K)\\î\ pipor liumoctat flaventia ciilta (lalesiis.

Ce qui se pourroit ainsi clianger. pour parler historiquement, et passer de l'Image à la Personne ;

Enj^olea sub niœnil)us altiw,

Qiià pator huineclat t'œciiiKla Garoiilonns arva

Le Philosophe que Seneque allègue si souvent « ne vou- (£ loit ({ue du pain et du fromage, pour disputer de la feli- « cité avec lupiter. )> Celuy-cv a quelque droict de plus. Et quand nous Talions voir, il ne nous fait pas mauvaise chère : Mais quand je considère les bons intervalles de ses maux, son loisir et sa liberté, ses méditations et ses exercices : je vous advouëque quoy que je Faime extrêmement, je suis tenté du péché d'envie ; et quoy que je me porte mieux que luy, je l'estime plus heureux que moy. Peu s'en faut que je ne lu> demande à troquer Tholoze contre son Désert.

Monsieur de Tholoze dit ces derniers mots eu souriant, et conclut de cette sorte.

ENTI'.FTIE.XS. -(if.

Ce n'est (lune pas assez d'estre Poëte, eonime vostre Voisin : Soyez Philosophe eommeluy. et vous ygaignerez heaiicoup. Pour le moins, vous vous espargnerez les frais du voyage de Paris, etTachapt du earosse. dont vous nous avez parlé. Obtenez d'abord et sans peine, de la modération de vostre esprit, ce que vous ne sçauriez recevoir qu'après vn long-temps et vn long travail, de la libéralité de la Fortune. Faites davantage, mon bon Monsieur, piquez-vous d'honneur et tesmoignez du ressentiment. Le mespris se vang«par le mespris. La Cour n'a point voulu de vous; Monstrezluyque vous n'avez que faire d'elle :

et omilte mirari beatse

Fumiim et opes slrepitumque lîoni!»-.

Ou comme l'a imité vn de nos Poètes de Languedoc qui se vante d'avoir estudié sous feu Monsieur de Malherbe.

N'admirez plus la (iour, fuyez les Favoris, Le mauvais air, la bout^ et le bruit de Pnris.

■'••i ŒUVRES DE BALZAC.

QV'IL N'EST PAS POSSIIJI.F.

FESCRIRE BEAVCOVP ET DE RÏE^ ESCRIRE.

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