‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 14 sur 15 · L£XX · texte numérisé non relu

L£XX

quoi la calomnie peut-elle vous accuser? Que vous

enaeigiiez des choses noiiveUes, comme si ce u'^ toit pas un usage commun dans la philosophie* que ceux qui ont quelque esprit inventent de nouvelles opinions^ et cherchent par là à se faire un nom ; mais enfin ils ne se portent point naturel* lement envie, parcequ'ils ne les croient pas véritables, comme on n'envieroit point les TÔtres, 9^ on les croyoit fausses. Mais quoi, est-il de la justice que f tandis qu'on souiïre les opmions des autres , qui sont nouvelles et fiiusses, on rejette les vôtres, parcequ'elles sont nouvelles et véritables? On vous £ait encore un grand crime d'avoir écrit contre Yoétius; mais pour peu de bon sens qu'on ait, on verra en lisant l'écrit de Tun et de l'autre, et sachant ce qui s'est passé auparavant de sa part, que c'est Voétius qui a écrit contre vous d\ine manière, très aigre et très piquante, et qu'il a tâché de vous perdre par ses calomnies , et que toute la faute qui se trouve en votis, c'est de lui avoir répondu avec trop d'honnêteté et trop de modération; de ^rte qu^on pounroit vous comparer à un homme qui seroit poursuivi par un ennemi l'épée nue, et qui ne £eroit que détourner avec la main le coup mortel , sans £dre autre chose que 4fe tâclier par des paroles très douces de ralentir sa colère, tandis que lui , plein de tanm et de aagv, vous, aocuseroit de ne vouloir pas souffirlr qu'il

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VOUS tuât. Mais peut-être, dira*t-on, ce n'est psis Voetius qui forme contre vous ces accusations, mais d'autres de vos collègues ; comme si l'on ne savoit pas bien qu'ils ne le font qu'en se conformant à ses desseins , et qu'ils sont tourmentés de la même jalousie, et comme si on avoit raison de vous &ire un crime d'avoir repoussé celui qui vous attaquoil , enfin si on ne devoit pas le punir c(/ninne un véritable agresseur et un vrai calomniateur. Je lui donne le nom de calomniateur, parcequ^il vous a accusé méciianiraent d'avoir enseigné certaines propositions contraires à votre tbéologie, quoique vos opinions s'accordent mieux avec là théologie que les vulgaires; et il seroit facile de prouver par des conséquences certaines et évidentes tirées seulement de ses thèses que j'ai vues sur l'athéisme, qu'il est plutôt lui-même ce qu il voudroit faire croire faussement de vous. Bien plus, s'il étoit nécessaire de le représenter tel qu'il est et de découvrir tous ses artifices, il paroitroit peut-être tel, que ce seroit un déshonneur pour votre ville de le conserver plus long- temps dans le poste de prédicateur et de professeur ; car enfin la force de la vérité est grande. La dernière et la plus forte objection que Ion tait, est le dommage que votre académie recevroit^ dit-on, des inimitiés qui se forment entre les professeui^ : mais je ne vois pas en quoi ces inimitiés peuvent nuire à votre uuiversité; au

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^i>iilraire, il arriveroit de là que chacun en particu*lier craignant les reproches des autres, ils s'attacheroient avec d'autant plus de soin à leur devoir. D'ailleurs quand ces brouilleries nuiraient au corps, il jEaudroit déposer ceux qui sont les auteurs de ces inimitiés, et non pas ceux qui les fuient; du moins il ne diroit pas, je penso, que vos dogmes sont de nature à détourner les jeunes gens des études de votre académie, car je sais que vous avez grand nombre d'auditeurs et des plps illustres. Jus- i qu'ici nos opinions ont eu non seulement chez vous,* mais dans tous les autres lieux, le bonheur d'être goûtées et estimées des plus grands génies, et si quelqu'un ne les a pas estimées, ce n'a été que les pédants qui savent n'être parvenus à quelque réputation d'érudition que par de faux artifices, et qui craignent de la perdre quand la vérité sera connue; et si j'en dois croire mon pressentiment, je me flatte qu'un jour vous attirerez plus de monde que tous vos autres adversaires , à quoi peut-être ne nuira pas l édition de la Philosophie que je prépare : en sorte que si les magistrats sont attentifs à Futilité et k l'ornement de leur académie, ils ôterout plutôt vos ennemis de leurs postes que vous, car ils en trouveront plutôt mille autres qui enseignent les mêmes choses , que vous : d'ailleurs je ne crains pas que quelques uns de vus consuls , peu instruits des études académiques ,

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comtne très peu nécessaires pour le gouveruement, croient pUitèk vos adversairefi «jue tchu, car je ne les crois pas assez peu fins pour ne pas s'apercevoir de leur jalousie. Outre cela le seul M. V. B., qui sait i*état de la dispute^ qui connoit la bonté de vo* tre cause, et qui est très versé dans toutes ces matières, aura assez d autorité auprès de ses collègues pour vous mettre à couvert de tout ressentiment. Je sais qu'il est doué d'une intégrité et d'une prudence si rares, que je n'appréhende nullement qu'il favorise vos adversaires aux dépens de la vérité : enfin ce qui doit surtout vous faire plaisir, c'est que votre cause est de telle nature, qu*aprfes qu^elle aura été jugée par vos magistrats , elle sera encore jugée par les habitants de toute la terre; et comme c*est ici une ai&ire d'honneur, si les

premiers juges vous oteiit quelque cliuse de votre bon droit, les autres vous le rendront avec usure. Adieu.

A MOiNSlEUR

(Lettre io6 du tome III.)

Monsieur,

Les nouvelles que j'apprends de divers lieux touchant ce qui se passe à Utrecht me donnent beaucoup de sujet d'admiration , quoiqu'elles ne m'étonneut ni ne me fâchent en aucune façon, sinon en tant qu'elles touchent M. Leroy : car on ne dit rien moins à Leyde, sinon qa il est déjà démis de sa profession ; ce que je ne puis toutefois croire, ni même m'imaginer que cela puisto jamais arriver, et je ne vois pas quel prétexte ses ennemis auroient pu forger pour lui nuire. Mais, quoi qu*il arrive, je vous prie de Tassurer de ma part que je m'emploierai pour lui en tout ce que je pourrai plus que je ne ferois pour moi-même, et qu'il ne se doit nullement fâcher, pourceque cette cause est si célèbre et si connue de tout le monde,

* « C«tt0 lattM «SI adressée à qadqne ami qa!U uwait k Vtnébu BUs pas datée, asaiscoïkme Descartes parolt pas savoir choom positivediciitle jugement éa sénat académiqne ^Utrecht ^ icndn le 17 mai» 164^1, on ne peut mal dater eette lettre en la dataittdn 8 avril 164a.»

G;i4 LETTRKS.

qu'il fip s'y peut coiumettre aucune injustice qui

ne loLu ne eiitièremeiil au désavantage de ceux qui la commettroient, et à la gloire, et meine peutêtre avec le temps au profit de ceux qui la souffriroieiit. Pour moi, jusqu'ici, eu ue jugeant que des choses que je sais assurément , je ne puis tant biaiuer MM. d'Ltrcthl. n;iiaiA' y vois que tout le monde les blâme, et il semble que ce qu'ils ont fiut peut aisément tourner a bien , et Êiire quMIs soicijî loues de tout le monde, en cas qu'ils se veuillent défaire de leur pédagogue prétendu, lequel , à ce qu'on me dit encore à présent ^ se niéle de prêcher contre eux , à cause qu'ils n ont pas défendu mon livre ; car pour ces derniers bruits qui sont que M. Leroy est démis , je ne Its crois point; mais on m'a assuré qu'ils ont fait une loi eu leur académie \ par laquelle ils défendent expressément qu'on n'y enseigne aucune autre pLiiosopiiie que celle d'Aristote : je serai bien aise d'en avoir copie, s'il est possible, ce que je ne demanderois pas si Je pensois qu'ils le trouvassent mauvais ; niais ptiisqu'ils l'ont publiée, je crois qu'ils veulent bien qu'on la sache , et qu'ils sont trop sages pour suivre les impertinentes régies d'un homme qui nie nomme fit aiiem republiea eariosuês et qui se plaint de tous ceux qui osent écrire les fautes qu'il ose faire en public. Toutefois je ne voudrois pas que mes ami^ m'écrivissent aucune chose qui ne pût être vue de

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tous , comme je n'écris rien que je ne veuille bien que tout le monde voie ; et surtout je vous prie de ne vous faire aucuns ennemis à mon occasion, je vous suis déjà trop obligé sans cela^ et cela ne me serviroit point. Je suis , etc.

A M. REGIUS-

(Lettre du tome I. VernOD.)

Monsieur,

l'aî ri de bon cœur en lisant les lettres de Voëtius. i'enfant, je veux dire Yoëtius le fils, et en voyant le jugemoat de votre académie, à qui le . nom d*enfant sied peut-être aussi bien. Je loue MM. ^milius et Gyprien de n'avoir pas voulu prendre part k tant de puérilités; mais je suis en même temps un peu en colère contre vous de ce que vous prenez trop à cœur tout cela. Vous de* vriez plutôt être fort joyeux de voir que vos adversaires se percent par leurs propres armes : pour peu de bon sens qu'on ait, on s*aperoevra en lisant les écrits de vos adversaires qu'ils manquent de raisons pour réfuter les vôtres, et de prudence

■ m Réponse i la kttra 4e Leroy , da 3i man. Ceet pourquoi je U date du 8 d'avnl 164a. »

pour couvrir leur ignorance. J'ai appris aujourd'hui pour la seconde fois que Lemoine prépare la réponse de votie Yoëtius ; la nouvelle est certaine, et elle vient du libraire qui rimprime ; elle sera environ de dix feuilles : Fappendix de Yoetius y sera une seconde fois imprimé avec notes : j'aime de tels écrivains, et vous devez aussi vous en ré* jouir. Rien de plus doux à mon sens et de plus sage que le décret de vos magistrats pour se délivrer des importunités de vos collègues. Si vous m*en croyez, vous acquiescerez à leurs ordres avec la dernière exactitude » et avec une espèce de satisfaction intérieure , et vous vous contenterez d'expliquer vos leçons de médecine selon les principes dliippocrate et de Galien, et rien phis; si quelques bons esprits vous en demandent davantage , vous vous en excuserez bien honnêtement , en leur di* sant qu^'on vous Ta défendu , et vous éviterez surtout d'expliquer la moindre chose particulière, et vous direz, comme c'est la vérité, que ces choses sont tellement liées les^imes avec les autres, que l'une se peut bien comprendre sans l'autre. Tant vous vous comporterez de la sorte, si les choses que vous avez enseignées jusqu'ici ^nt dignes d être apprises , et que vous trouviez des disciples dignes de les apprendre , je suis sûr qu'en peu de temps vous aurez toute permission de les enseigner pubUquement à Utrecht ou ailleurs avec plus

d'honneur que vous n avez eu encore; cependant je cFoîâ qu'il ne vous est arrivé aoGan.màUaiicoiH traire beaucoup de bien ; car tout le monde vous loue <jt vous estime davantage quon n'auroit lait si vos eikoemis se fassent tenus en. repos : ajoutés à cela le loisir que vous £:a^nez , puisque vous êtes délivré d'une partie de votre travail, sans que tous perdiez rieo de vos appointements s il ne vous jnan* que qu'une chose, de prendre cela avec modération. Tranquillisez- vous donc^ je vous prie, eima de tout ceci : n'appréhendez pas que vos adversawesne soient assez tôt punis de leur foke: enfin vous reraportere* une pleine victoire si vous s»* vez vous taire , au lieu que, si vous recommencez le combat , vous vous exposez dereclief aux traits de la lortuue. Adieu, . . - ; ' ,

A M. REGIUS

(Lettre 9$ âm tome h .Vejwop,).

MOMSlEUa,

Je suis ravi que notre histoire de Voëtius n*aît pas déplu à vos amis. Je ii'aPèifebi^î vai pei^soteMé*;

• « Répons* à la leUre de Jxiroy , datée d^ i" juin. Je la date da i ioin i(>42.» ' -f O.'î f , [:,/)/

6â8 LETTRES.

pas même parmi les théologiens , qui n*ait été bien

aise de lui voir donner sur les oreilles. On ne peut pas m'accaser d'avoir été trop piquant dans ma narration. Je n'ai fait que raconter la chose comme elle s'est passée. J'ai écrit encore avec pius de vivacité contre iin père jésuite. J'ai hi en courant ce que vous m'avez envoyé, je n'y ai rien trouvé qui ne fût fort bon et qui n'allât droit à la chose ,^ excepté ceci qui est peu de chose : i* Le style n'est pas assez châtié en bien des endroits; outre cela, page 4^» où vous dites que la matière n'est pas un corps naturel, j'ajouterois : selon le sentiment de ceux, qui définissent le corps naturel de cette manière, etc. , car selon nous» qui croyons qu'elle est une substance véritable et complète , je ne vois pas pourquoi nous dirions que la matière n'est pas un corps naturel. £t, page 66, il paroit que vous établissez une plus i^raude différence entre les choses vivantes et celles qui ne le sont point, qu entre une horloge ou fout autre automate , et une clef, une épée, et tout autre instrument qui ne se remue pas de lui-méne, ce que je n^approtive point; mais comme $0 mouvoir de iai*même est genre à l'égard des machines qui se remuent d'elles-mêmes , à l'exclusion des autres maçhines qui ne se remuent pas ainsi, dé même la vie ne peut être prise pour le genre qui endurasse les formes de tous les êtres vivants, £t page 96, où vous dites, certemutto ma'

efficadam ^ que 9on effet e$t beaucoup plue grand , etc. t j'aimerois mieux , certe non minoretn efficaeiam, ete,, queean effet n'eêt pas moindre; car il n est pas plus grand dans l'un que dans l'autre. £nfin, page 106, vous dites que dans cet endroit de r£cclésiaste, Salomon fait parler les impies; et moi, page 3o3, tome II, des Méditations, j'ai expliqué le même endroit prononcé par le même Ecclésiaste, en tant que pécheur lui-même; mais je ne vois pas de quelle utilité pourra être votre réponse , parceque le Gappadocien ne la mérite pas, à moins qu*il ne fasse quelque nouvelle équi|>ée , et en ce cas-là elle pourroit paroître avec votre " réponse à ce qu'il pourroit dire de nouveau sous le nom de quelqu'un de vos disciples. Présentement je crois qu'il faut se tenir en repos; vous ne devez pas même mêler dans vos leçons mes sentiments avec ceux de Galien et d'ArisLote, à moins que vous ne sachiez que cela ne déplaît pas au magistrat qui vous protège. J'aimerois mieux que vous n'eussiez point d auditeurs, et cela ne vous toùmeroit pas à déshonneur. Qaant à la solution que vous demandez sur l'idée de IMeu, il ùmt remarquer qu'il ne s'agit point de l'essence de l'idée selon laquelle elle est seulement tui mode existant dans Fàme ( ce mode n'étant pas plus parfeit que l'homme ) , mais qu'il s'agit de la perfection objective, que les principes de métaphysique enseignent

par les plus hiLl^ rst. le nepcerâ fiottd, €p<fr, de ce frae too» ar^mx qaeU

cane élcwitte, et quao cDctnîre i

sée» âi iïui pav c|iie tous aiouiez anss «thrimcr c^' p<eitte est distîiiscéedece& étmàiiej car naToiis poiot ifautn? mÉjr^ixiE

poor oooooitie qn'ooe «ih^frorr ài&n ét à cfoe de ce que nous eomprenoas Fi dansnieiit <ie 1 aatre; €:( « eo e&(, i>iea peta tout et que docb pouroos comprendre et si! V a d'autres ch erses qu'on dit que Dîeti peut f.^ite, c'est qu'eiks impliquent mnlrniiiit dam leur» idées, cest-a4îze quelle» ae sont

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intelligibles. Or nous pouvons comprendre clairement une substance qui pense et qui ne soit pas

étendue, et une substance étendue qui ne pense pas, comme vous l'avouez : cela étant, que Dieu lie et unisse ces substances autant qu'il le peut, il ne pourra pas pour cela se priver de sa toutepuîssance, ni s'oter le pouvoir de les séparer, par conséquent elles demeureront distinctes.

Je n'ai pu remarquer dans votre écrit si par Gappadocien vous entendez Lemoine ou Yoêtius. J'ai trouvé cela bien. Se l'appliquera qui voudra , mais j'apprends qu'on ne sait pas le pays de Voétius ; ainsi vous lui procureriez un bien de lui assigner la Cappadoce pour patrie. Vous avez beaucoup d obligation au Moine de ce qu'il grossit votre auditoire. Au reste , j'ai appris de M. P. que vous aviez dessein de nous venir voir ; je vous y invite de tout mon cœur, non seulement vous, mais madame voire épouse et mademoiselle votre fille : je me ferai un plaisir très sensible de vous recevoir. Les arbre» sont déjà revêtus d'un nouveau feuillage, vx bientôt nos cerises et nos poires seront mûres. Adieu, et aimez-moi toujours un peu.

63à LETTRES.

A MONSIEUR "* ■

(Lettre lao du tome III.} Monsieur,

J'employai ia journée d'hier à lire les dialogues de Mundû , que vous m'avez fait la &vettr de m'envoyer , uiais je n'y ai i eniarqiié aucun lieu où l'auteur ait voulu me coutredire : car pour celui où il dit qu'on ne sauroit iaire des lunettes d'approche plus parfaites que celles que Ton a déjà, il y parle si avantageusement de moi, que je serois de mauvaise humeur si je le prenois en mauvaise part. Il est vrai qu'en plusieurs autres endroits il a des opinions fort différentes des miennes, mais il ne té^ moigne pas là qu'il pense à moi , non plus qu'en ceux où il eu a de conformes à celles que j'ai ; et j'accorde volontiers aux autres la liberté que je leur demande pour moi , qui est de |)onvoir écrire ce que Ton croit être le plus vrai ,'sans se soucier s'il est conforme ou différent de quelques autres.

Je trouve plusieurs choses fort bonnes dans ses

I «Cetif l( tire <.sf adressée à M. de ZuytUcheiiif du 8 octobre z643> Toyei-en la rai»on d»a» 1« nouveau cahier, i*

trois dialogues; mais pour le second, où il a voulu imiter Galilée , je k trouve trop subtil. Jevoudrois bien pourtani qu'on publiât quahtité d'ouvrages de cette sorte; car je et ois qu ils poun oient préparer les esprits à recevoir d'autres opinions que ceUes de Técole , et je ne crois pas qu'ils puissent nuive aux miennes. • '

Au reste^monsiettr, je vous sois doubleinent obligé de ce que ni votre affliction , ni la multitude des occupations qui , comme je crois , i'accompa* gnent, ne vous ont point empéobé de peqseràmoî, et de prendre la peine de m'envoyer ce livre. Je sais que vous avez beaucoup d'ai^ection pour vos proches f et que. leur perte ne peut manquer de -vous être extrêmement sensible ; je sais bien aussi que vous . aves l'esprit très fort , ^ que vou^ n'ignorez aucun des remèdes qui peuvent servirrÀ adouoir votre douleur; mais je ne saurois m'abstenir de vous en dire un que j'ai trouvé très puissant, non seulement pour me &ire supporter la mort de ceux que j'ai le plus aimés , mais aussi pour mempécber de craindre la mienne, nonobstant quej'estime assez la vie ; il consiste dans la considération de la nature de nos âmes , que je pense connoitre si clairement devoir durer après cette vie , et être nées pour des plaisirs et des félicités beaucoup plus grandes que celles dont nous jouissons en ce

monde, pourvu que par nos dérèglements nous ne K. 4t

nous en rendions point indignes , et qiiL nous aous exposions poiot aux châtiments qui sont pré"* parés auxmédiantB, que je ne puis concevoir autre chose de la plupart de ceux qui meurent , sinon qu'ils passent dans une vie plus douce et fim tranquille que la nôtres et que nous les irons trouver quelque jour, même avec la souvenance du passé; car je .trouve en nous une ménoire intellectuelle, qui estossuréinent indépendante du corps: et quoique la religion nous enseigne i>eaucoup de choses sur ce sujet, j*avoue néanmoins en moi ime infirmité, qui m'est, ce me semble, commune avec la plupart des hozmnes, à savou*, que, nonobstant que nous votiHons croire et même que nous pen^ siqns croire très fermement tout ce qui nous est enseigné par la religion , nous n'ayons pas néan* moinS' cooftome d'être si tôudiés des'dboses que la seule toi nous enseigne , et où notre raison ne peut atteindre^ que de Celles qui nous sont avec cela persuadées par dés rrisons naturelles fort évidentes.

œUVRES DE DESCARTES.

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