‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 13 sur 15 · X.KTTRES · texte numérisé non relu

X.KTTRES

uMftire ceux qui m'accusoieat de mettre tout m doute : il a très parfiutMiient pns mon intention ; et si j'avois plusieurs protecteurs tek que vous lui, je. ne douterois point que mon parti ne ae rendît bientôt le plus fort; mais quoique je n'en aÂ^ que fort peu i je ue lais^ pas d'avoir beaucoup de ^afisfii^on, de ce que. œ sont les pins grande hommes et les meilleurs esprits qui goûtent et fe* vorisent le plus mes opinions. Je me laisse aisément persuader que si le R. P. G. ' eut vécu, il en auroit

été des prjDcipaux, cl bien qu'il n y ait pas longtemps que M. Arnauld soit docteur , je ne laisse pas dWimer plus son jugement que celui d'une moitié des anciens. Mon espéiance u a point été d'obtenir leur approbation en corps; j'ai trop bien su el: prédit, il y a long^^mps, que mes pensées ne se* roient pas au goût de la multitude , et qu où la pluralité des voix auroit lieu , dies seroient aisément condamnées. Je n'ai pas aussi désiré celle des particuliers, à cause qu« je serois marri qu ils lissent nesx à mon sujet qui pût être désagréable à leurs

confrères , et aussi qu elle s'obtieut si facilement pour les, autres livres « que j'ai cru que la cause pour laquelle on pouiroit juger que je ne Fai pas ne me seroit point désavantageuse ; mais cela ne m'a pas empêché d'offirir mes Méditations à votre

' « Oondrand ; le P. Gibiraf mort à Sâmt-BiagloEirf que k 6 |iim

iacuitt:, ailii de les faire d autant mieiàx ezanuoer, et qoe si ceux d'nn corps si célèbre se trooToîeDt

point (le justes rajMiiis, |)uui les reprendre, cela me put assurer des vérités qu elles ccMQitieniieDt

Pdor ce qui est du piiodpe par lequel il me semble coiiiioitie que Tîdée que j ai d'une chose, non reddiiur » me inadaqumUi fer abslrmétùmem mteikctoi , je ne le tire que <le ma propre pensée; car étant assuré que je ne puis avoir aucune conuoissauce de ce qui est hors de moi que par l'entre^ TOÎse des idées que j'en ai en moi , je nie i;ardebieii de rapporter mes jugements immédiatement aux choses, et de leur rien attribuer de positif que je ne raperçoive auparavant en leurs idées : mais je crois aussi que tout ce qui se trouve en ces idées est nécessairement dans les choses; aitfisi pour sa* voir si mon idée n'est point rendue non complète, ou inadmquata^ par quelque abstraction de mon esprit, j'examine seulement si je ne l'ai point tirée, non de quelque sujet plus complet , mais de quelque autre idée plus complète et plus padaite que j'aie en moi, et si je ne l'en ai point tirée per ahtraciionem inielieclm, c'est-à-dire en détournant ma pensée d'tme partie de ce qui est compris en cette idée complète , pour l'appliquer d'autant mieux, et me rendre d'autant plus attentif à l'autre partie, conune lorsque je considère ime figure sans penser à la substance ni à la quantité dont elle

lettres; 571

est figute^ je jfais uiie abstràctioii d esprit que je puis aisément rcconnoître par après , en examinant si je n'ai point tiré cette idée que j ai de ia âgurç de quelque autre que j'ai eue auparavant, et à qui elle est iclicment jointe, que, bien qu 011 puisse penser à l'iuie sans avoir aucune attention à i'au*tre, on ne puisse toutefois la nier de cette autre lorsqu'on pense à toutes les deux ; car je vois ciairement que l'idée de la figure est ainsi jointe à l'idée de Textension et de la substance, vu qu'il est impossible que je conçoive une ligure en niant qu'elle ait aucune extension, et en niant qu'elle soit l'extension d'une substance; mais l'idée d'une sulv stance étendue et bgurée est complète , à cause que je la puis concevoir toute seule, et nier d'elle tontes les autres choses dont j'ai des idées. Or il est, ce me semble , fort clair que l'idée que j ai d une substance qni pense est complète en cette ^çon^ et que je n'ai aucune autre idée en mon esprit qui la précède et qui lui soit tellement jointe, que je ne les puisse him concevoir en les niant Tune de i'an» tre; car il ne peut y en avoir de telle en .moi que je ne la connoisse. £t enfin ee ne sont qùèles modes seuls, dont les idées sont rendues non complètes par ral>straction de notre e^^prit, lorsque nous les considérons sans la chose dont ils sont modes; car pour les subslauces elles ne peuvent n'être pas complètes , et même il est impossible de conce<voir

aucune rie ces qualités qu'on nomme réelles, que

par cela seul qu'on les nomme réelles, on ne les conçoive comme complètes , ce qui fait aussi qu'on avoue qu'elles peuvent être séparées de la substance, sinon naturellement , au moins surnaturel lement» ce qui suffît On dira peutrétre que la difficulté demeure encore, à cause que bien que je conçoive l'âme le cor|» comme deux substances qtd peuvent être Tune sans Fautre, je ne suis pas toutefoisàssuréqu'elles soient telles que je ks crois. Mais il eu £iiut revenir à ia règle ci-devaot posée, à savoir, que nous ne pouvons avoir aucune coaQnoissauce des choses que par les idées' que noits en concevons, et que par conséquent nous n'eu devons juger que suivant ces idées, et même pen* S(.r que tout ce qui répugne à ces idées est absolument impossible et implique contradiction^ Ainsi ttoi^s n-'afrons aucune autre raison pour assurer qu'il n'y a point de montagne sans vallée, sinou que nous voyons que leurs idées ne .peuvent être complètes quand nous les considérons Fune sans l'autre, bien que nous puissions par abstraction avoir Tidée d'u^ mcmtagne ou à^ua lieu par le** qudl on montcf^ bas en haut, sans considérer qu on peut aussi desceudce par le même de i^aut en bas. Ainsi nofus pouvons dire qu'il implique contradiction qu'il y ait des atomes ou des parties de matière qui ai^ de l'iej^teuaion , et touteibis qui

soient indivisibles, à cause quoo ne peut avoir l'idée d'aucune extension, sans avoir aussi celle de sa moitié ou de son tiers, ni par conséquent sanÀ la concevoir comme divisible en deux ou ea trois ; car de. cela seul que je considère les deux moitiés d'une partie de matière, tant petite qu'elle puisse être, .comme deux substances complètes, et ffCMriifn idem non redduntur a me inadœqtuUB per abstraetionem intellectus, je conclus certaîn^ent qu'elles sont réellement divisibles; et si Ton me dismt que, nonobstant que je les puisse concevoir Tun^ àaus Tautre , je ue sais pas pour cela si Dieu ne les a point unies ou jointes Tune à Fautre d'un lien si étroit qu'elles soient entièrement inséparables, et ainsi que je n'ai pas raison de l'assurer, |e répondrois que, de quelque lieu qu'il puisse les avoir jointes, je suis assuré t^u il les peut séparer, et ainsi, absolument parlant, qu'elles peuvent être séparées , puisqu'il m'a donné la faculté de leb concevoir comme séparées : et je dis tout de même de râme et du corps, et généralement de toutes les choses dont nous avons des idées diverses' et complètes; mais je ne nie pas pour cela qu'il ue puisse y avoir dans l'âme ou dans le corps plusieurs choses dont je n'ai aucunes idées, je nie seulement qu'il y ait rien qui répugne aux idées que j'eu ai , car autrement Dieu seroit trompemr, et nous n'aurions aucune règle pour nous assurer de la vérité.

574 L1CTTRB9.

Laraiscui pour laquelle je crois que laïue pense toujours est . la même qui me £Eiit croivë que la fumière luit toujours, bien qu'il u*y a point d'yeux qui la regardent; que la chaleur est toujomrs chaude, bieu qu*on ne s'y chauffe point; que le corps ou la substance étendue a toujours de l'extension y et généralement que ce qui constitue la nature d'une chose y est toujours pendant qu'elle existe; en sorte quil me seroit bien plus aisé de croire que Tâme cesseroit d'être quand on dit qu'elle cesse de penser, que non pas de concevoir qu'elle soit sans pensée. Et je ne vois ici aucune difficulté, qu'à cause qu'on juge superflu de croire qu'elle pense lorsqu'il ne nous en reste aucun souvenir par après; mais si on considère que nous avons toutes les nuits mille pensées, et même qu'en veillant nous en avons eu mille depuis une heure, dont il ne nous reste aucune trace, et dont nous ne voyons pas mieux Tutilîté que de celles que nous pouvons avoir eues avant que de naître, on aura bien moins de peine k se le persuader, qu'à juger qu'une substance dont la nature est de penser, puisse exister et toutefois ne point penser, le ne vois aussi aucune difficulté à entendre que les facultés d'imaginer et de sentir appartiennent à l'âme , à cause que ce sont des espèces de pensées; et néanmoins elles n'appartîen* neut a i àme qu'en tant qu'elle est jointe au corps,

LExxaKs. 5^5

à cause que ce sont des espèces de pensées sans lesquelles oïk peut coucevoir l'âme toute pure. Pour ce qui est des animaux, nous coiinoîssons bien en eux des uiouveiuents semblables à ceux qui suivent de nos imaginations ou sentiments, mais non pas pour cela des imaginations ou sentiments; et au contraire y ces mêmes mouvements se pouvant faire sans imagination, nous avons raispn de croire que c'est ainsi qu'ib se font en eux, ainsi que j'espère faire voir clairement en décrivant par le menu toute Tarchitecture de leur corps, etlè^caoses de leurs mouveaieiits. Mais je crains que je ne vous aie déjà ennuyé par la longueur de cette lettre.; je me tiendrai très heureux si vous me continuez l honneur de votre bienveillance et la faveur de votre protection, comme à celui qui est, etc. .

LITTBKS.

A M. RËGIUS'.

(Lettre 90 du toiue I. Version.)

Monsieur,

Vous ne pouviez rien mettre de plus dur, et qui At plus c»ipable de réveiller les mauvaises inteotioiis de vos ennemis, et leur fouriiii des sujets de plainte, que ce que tous avez mis daos vos thé- •es , que Tbomme est un être par accident. Je ne VOIS pas de plus sûr moyeu pour corriger cela que de dire que dans votre neuvième thèse vous avez considéré tout Thomme par rapport aux parties qui le composent , et que dans la dixième vous avez considéré les parties par rapport au tout; que daub la neuvième, tlis-je, vous avez dit que rhomme est composé d une âme , et d'un corps par accident, pour marquer qu*on pourroit dire en quelque façon qu ii etoil accidentaire au corps d'être uni à Fàme, et à Tâme d être unie au corps , puis*

* ■ Li diè*e dont parie iei M. Deaoarles lot mutcnne pu on d«s écoliers de H. Leroy, ce qui «yeiit excité an grand brait dans FUiûvenitét M. Leroy en donna avis à M. Deseariet par une lettre que nous n*avona

pas , et M. Descartes loi récrÎTit celle-ci vers le 1 5 décembre 164 1 . >•

que le corps peut exâter sans l'àme, et Fàme sans le corps : car nous appelons accident tout ce qiii est présent ou absent sans la corruption du sujet, quoique considéré en soi-même ce soit peut-étrr une substance, comme l'habit est accidentel à rhorome; mais que vous n'avez pas prétendu dire quelliomiiie soit un être par accident, et que yous aviez assez fait voir dans votre dixième thèse que vous entendiez qui! est un être par soi-même; car vous y avez dit que Tàme et le corps par rapport k lui étoient des substances incompiètes, et dès là qu'elles sont incomplètes, il s'ensuit que le tout cfu'ils composent est un être par soi-même ; et pour faire voir que ce qui est un être par soi-même peut devenir un être par accident , les rats , qui sont engendrés ou faits par accident des ordures , sont cependant des êtres par eiuc-mémes. On peut seulement vous objecter qu'il n'est point accidentel au corps humain d'être uni à i'àme, mais que c est 3a propre nature; parpeque le corps ayant toutes les dispositions requises pour recevoir l'âme, sans lesquelles il n'est pas proprement un corps humaiu. Il ne se peut faire sans mii*acle que Tâme ne lui soit unie. On nous objectera aussi qu'il n'est pas accidentel à Fâme d être jointe au corps, mais seulement qu'il lui est accidentel après la mort d'être séparée du corps, ce qu'il ne faut pas absolument nier, de peur de choquer derechef les théologiens;

mais cependant il iaut répondre qu'on pent appeler ces cl< nx substances accidentelles , en ce qtie ne considérant que le corps $eui,nous ny yojom xicn qui demande d'être uni k Tâme, et rien dam râine qui demande d'être uni au corp&; c'est pourquoi j*aî dit un peu auparatrant que l'homme est m tfueique façon ^ et non ahêoêmnênt parlant, on être acudentel. L'altération simple est ceUe qui ne change point la forme du aujet, comme quand le bois s'échaufFe, et la génération est celle qui change ' la iorine, comme qiiand le ixns est consumé par le feu; et en effet, quoique l'un ne se fasse pas d'une autre manière que l'autre, il v a cependant une grande différence, soit dans la manière de concevoir, soit dans la vérité de la chose; car les fermes, du moms les plus parlai tes, sont un amas de plusieurs qualités qui ont la force de se conserver nwtueUement a»enible; mais dans le bois c'est seslement une chaleur modérée à laquelle il retourne ' de soi-même , après qu'il s'est échau££è dans klea; j c'est une chaleur véhémente qu'il conserve toa- 1 joui» tant qu i^ est feu. Vous ne devez pas être fiché contre le ccriiègoe qui vous conseiUoit i*^ jouter un coiuilane pour expliquer voLi e thèse, il me parodt qu'il vous donnmt un con^ d'ami* Vous avoK oublié un mot dans vos thèses wtma sentes. Dans la dixkme thèse , vous mettez ces mots i toui09 les aaîres > et vous ne dites point ce que c'est.

LBTTaSS. 5^9

Vous youles dire toutes les atUres /juaiités. Je n'ai rien à dite sur tout le re&t^ car ifint qu'elle^ iik contierineot presque autre chose que ce que vous ave^s déjà. mis antre part; vousi avez raison, car oè séroit un grand travail de vouloir iiiVétltéf' tbil^ juui2> quelque cJiose de nouveau. Si vous venez me voir , vous me ferez tptijoiïrft Un lirts gi^d plaisir. Adieu... ■■ ' - •>j'^-^'"^]

A M. REGIDS '.

(Lettre 89 du tome I. Version.)

Monsieur, / v . ''»^''- -'^^

J'ai eu l'honneur de posséder toute cette après-', dînée nilustr^^M. AL * ; il m'^ ^nlireteiittt&cf^ ïm^ temps des affaires d*Utrecht, avec une bonlé et une sagesse qui m'ont : chjaLX^é ; je suis tou t-à-£ût de son ayis que vous devez, .vqu» ab^lQiikidiiratt

• • - ' . ' t.: ■> l - 1 ' . ' I 1 î ' t'-il '1 •

« m B^aW^ ncacàrtes reçai la lettre àt Lepoy da ai Um&etf exainhia réferît qa^lM«ilibt<nt; lai'eU^ abii icaiîi^Vr'iiA'itï'l^^ unr

autre réponse à ces ^èkes de Voëtins; pendant qo*il travailloit à cela, M. Leroy , qui s'iœpalientoit , récrivit à M. Descartes ane seconde lettre, ; datée du a février. Cela hâta M. Descartes, et dès le 6 février il loi envoya son écrit et sa lettre , qui font la 89* de ce i*' vo|oiiie. m * « Alpbonsiu. I» . ' '

58p liETTRBS.

un certaia temps de&. disputes publiques, et vous donner bien de garde d^aigrir personne contre tous

par des paroles trop dures. Je souhaiterois bien aussi que vous n'avançassiez aucunes opinions noavelles; mais que vous vous tinssiez seulement de nom aux anciennes , vous contentant de donner des raisons nouvelles, ce que personne ne pourroit reprendre , et cenx qui prendroient bien vos rai-» sons en concluroient d'eux-mêmes ce que vous souhaitez qu'oii entende. Par exemple, sur lesfor^ mes substantielles et sur les qualités réelles, quelle nécessité de les rejeter ouvertement? Vous pouvez vous souvenir que dans mes Mété<H!es, page 173 de l'édition irunçoise , j'ai dit en termes exprès que je ne les rejetois ni ne les niois aucunement, mais seulement que je ne les croyois pas nécessaires pour expliquer mes sentiments. Si vous eussiez tenu cette conduite , aucun de vos auditeurs ne les au roi t admises , quand il se seroit aperçu qu'elles ne sont d'aucun usage, et vous ne vous seriez pas chargé de l'envié de vos collègues : mais ce qui est lait est fait; le seul remède que j'y trouve présentement est de défendre les propositions vraies que vous avez avancées, le plus modestement qu'il vous sera possible; et s il nous en est écbappé quelques unes de fausses, ou qui ne soient pas assez exactes, vous les corrigerez sans entêtement. Vous devez être persuadé qu'il ny a rien de plus louable à un

LETTEBS. 58l

philosophe que d'avouer sincèrement ses erreurs. Par exemple, lorsque vous dites que rhoinnie est un être par accident, je sais que tous n'entendes que tout ce que les autres philosophes entendent, savoir qu'il est un composé de deux choses réellement distinctes : mais comme les écoles n*enten« dent pas ce mot, être par accident, daus le même sens f^ïi est beaucoup mieux, supposé que tous ne puissiez pas tous servir de l'explication que je vous avois insinuée dans mes précédentes ( car je vois que vous vous détournez un peu du sens que j'y donne, et que votis n'évitez pas tout-à-fait cet écueil dans votre dernier écrit), il est, dis-je, beaucoup mieux d'avouer bonnement que vous n'aviez pas tout-à-lait hien compris ce terme de Fécole, que de déguiser la chose mal à propos, et qu'étant d'accord avec les autres pour le fond , vous n'avez été différent que pour les termes ; ainsi , toutes les fois que l'occasion s'en présentera, vous devez avouer , soit en particulier, soit en public , que vous croyez que l'homme est un véritable être par soi et non par accident; et que l'âme est réellement et substantielle-» ment unie au corps, non par sa situation et sa disposition ( comme vous dites dans votre dernier écrit , ce qui est encore faux et sujet à être repris .selon moi ), mais qu'elle est, dis-je, unie au corps par une véritable union, telle que tous les philosophes l'admetteqt , quoiqu'on n'explique point

58a LEXTAES.

quelle est cette union, ce que vous n'êtes pas tenu

non plus de faire. Cependant vous pouvez l'expliquer, comme je Fai fait dans ma Métaphysique, en disant que nous percevons que les sentiments de douleur, et tous autres de pareille nature, ne sont pas de pures pensées de Tâme distincte du corps, mais des perceptions confuses de cette âme qui est réeliemeut unie au corps ; car si un ange étoii. uni au corps humain , il p'^uroit pas les sentiments tels que nous, niais il percevroit seulement les mouvements causés par les objets extérieurs , et par \k il seroit difflhrent d*un véritable homme.

A Tégard de votre écrit, quoique jç qe voie pas bien ce que vous prétendez par là , il me semble cependant, pour vous avouer ingéi^uiiieQt ma pensée, qu'il ne tend pas à votre but, et qu^il ne s'accorde nullement au temps présent , car vous y di* tes beaucoup de choses assez dures, et vous nj expliquez pas assez clairement les raisons qui peuvent servir à la défense de la boiiiie cause ; en sorte qu'on diroit qu'en l'écrivant votr^ esprit est tombe dans une espèce de langueur que le chagrin ou Hadignation vous ont causée. J'espereque vous excuserez la liberté que je prends; et comme il me serpit plus difficile de vous dire ce que je pense sur chaque article de votre écrit, que de yo\is tracti un modèle semblable, je prendrai ce denier partie

LEXTKES. 5S.>

et bien que je sois accablé crime multitude d'autres ^ afEaires, je donnerai uu ou deux jours à ce travail. Je pense donc qu'il importe au bien de vos affaires (^ue vous répondiez par un écrit public à 1 appendix de Yoëtius, parceque si vous gardiez un profond silence là*dessus, vos ennemis pourroient peut-être vous insulter comme à un homme vaincu ; mais que votre réponse soit si douce et si mo* deste que vous n'irritiez personne, et en même temps qu'elle soit si solide « que Voetius s'aperçoive qu'il est vaincu par vos raisons, et qu'il n*ait plus à l'avenir la démangeaison de vous con* tredire, pour n'être pas toujours vaincu , et qu'enfin il souffre que vous adoucissiez son humeur sauvage.

Je vais vous donner en gros le sujet de la réponse que vous devez lui faire, et telle que je la ferois moi-même si j'étois à votre place : je la mettrai partie en fnançois, partie en latin, selon que les termes se présenteront plus facilement k mon esprit, de peur que si j ecrivois seulement en latin vous ne voulussiez point changer liies paroles , et que mon style négligé ne fit méconnoître le vôtre.

5S4 I«£'J:XJI£6.

Jl£PO^S£ X)'B£5ia hECWS, etc. A L'APP£>iiiX,

un VOTKS 5L B L'AFFEjrmX, ET SUE LKS COBOr.I.AIBES DE THTOJLOCtB KT PBILUSOPIUE DE M. CISBEET YOETIC5, etC.

Je Toodrois après commencer par une bonnèle lettre à M. Voetius, en laquelle je dirois, qu ayant YU les très doctes, très excellentes et très subtiles thèses qn*îl a publiées touchant les formes sub-.

stantielles et autres matières appartenantes à la physique 9 et qu'il a particulièrement adressées aux professeurs en médecint^ et en philosophie de cette université , au nombre desquels je suis compris , f ai été extrêmement aise de ce quW si grand homme a voulu traiter de ces matières , comme ne doutant pas qu'il n'auroit usé de toutes les meilleures raisons qui peuvent se trouver pour prouver les opinions qu'il défend , ei\ sorte qu'après les siennes il n'en £iudroit plus attendre d'autres , et même que je me suis réjoui de ce que la plupart des opinions qu'il a voulu défendre en ces thèses étant entièrement contraires à celles que j'ai enseignées, il semble que c'a étc particulièrement à moi qu'il a adressé sa préface, et qu'il a voulu par là me convier à lui répondre , et ainsi m'inviter, par une honnête émulation, à rechercher d'autant plus curieusement la vérité ; que

je m estime bien glorieux de ce qu'il m'a voulu &ire cet hooneur; que je ne puis manquer de tirer de Tayantage de cette attaque , à cause que ce me sera même cie la glojre si je suis vaincu par un si fort adversaire; que je lui en rends grâces très affectueusement , et mets cela au nombre deé grâces que je lui ai, et que je reconuois être très grandes. Hic fine eammemoraremy qwmoda me ju» verity in profe$sione aequirendo , quoinodo milii pa^ tronuê, mihifau0r, nUhiadJutor semper fuerit, etc. j€ m'étendrais iH sur tobligaiion que Je lui ai de ma chaire de professeur y avec quelle bonté il m'a toujours servi de patron et d'aide, etc.; enfin, que je n'aurois pas manqué de répondre i ses thèses , et de faire comme lui des disputes publiques sur ces matières , si je pouvois espérer une audience aussi favorable aussi tranquille; mais qu'il a en cela beaucoup davantage par-dessUs moi, à cause que le respect et la vénération qu'on a pour lui , non seulement à cause de ses qualités de recteur et de ministre, mais beaucoup plus à cause de sa grande piété, de son incomparable doctrine , et de toutes ses autres excellentes qualités , est capable de retenir les plus insolents , et d'empêcher qu'ils ne fiissent aucun désordre aux lieux où il préside , au lieu que n'ayant pas le même respect pour moi, deux ou trois fripons que quelque ennemi aura envoyés à mes disputes

586 LETTB1I8.

beroiit suiâ»aiUs pour les troubler; et , ayant éproiiYé cette fortune en mes dernières , je croîs m abaisser trop , et ne pas assez conserver la dignité du lieu que notre très sage magistrat m'a lait l'honneur de vouloir que j'occupasse en cette acadéujîey si je m\ opposois dorénavant : non pas que je sois fâché pour cela, ni que je pense devoir aucuneuient être honteux de ce qui s'est passé ; car, au contraire, ces faiseurs de bruit ayant toujours interrompu mes réponses avant que de les avoir pu entendre, il a été très aisé à remarquer que nous n'avons point donné occasion à leur insolence par nos fautes, mais qu'ils étoient venus à nos disputes tout à dessein de les trou* bler, et d'empêcher que nous ne puissions avoir le temps de faire bien entendre nos raisons ; et l'on ne peut juger de là autre chose, sinon que mes ennemis, se servant dVn moyen si séditieux et si injuste, ont témoigné qu'ils ne cherchent point la vérité, et qu'ils n'espèrent pas que leiurs raisons soient si fortes que les miennes, puis* qu'ils ne veulent pas qu'on les entende. Et quand on ne sauroit pas que ces troubles m'auroient été procurés par l'artifice d^aucuns ennemis, $$d a sola juvenum aliquot lascwia , mais encore par la pétulance de quelquei Jêuneêgem^ on sait bien que les meilleures choses étant exposées au public sont aussi souvent sujettes à cette fortune que

les plus mauvaises et les plus impertînentes. Aussi

on étoit autrefois fort attentif aux badineries d'un danseur de corde » là où ceux qui représentoient une très belle et très élégante comédie de Té* rence étoient chassés du théâtre par de tels battements de mains; ainsi ^ etc. Ces raisons donc me donnent raison de publier plutôt cette réponse que de faire des thèses, joint aussi qu'on peut mieux trouver la vérité en examinant à loisir et de sang-froid deux écrits opposés sur un même sujet, que non pas eu la chaleur de la dispute, où l'on n'a pas assez de temps pour peser les raisons de part et d'autre, et où la honte de paroître vaincu, si les nôtres étoient les plusfoibles, nous en ôte souvent la volonté: C'est pourquoi je le supplie de la recevoir eu bonne part, coraine ne rayant fait que pour lui plaire , et lui témoigner que je ne suis pas si négligent que de manquer de satisfaire à l'honnête semonce qu'il m'a faite par ses thèses, de faire voir au public les raisons

que j'ai pour soutenir les raisons qu'il a iinpuguées , et c'est pour le bien général tQtiu$ rei lit' tmrariœ, de ia république dee leUreê, et particalièrement pour le bien et la gloire de cette université; et que je l'amioncerai et estimerai, ut p^tranum , fautorem tjtmemimwn , etc. , e&mme un patron et un protecteur treê zéié, etc. Fale^

44ieu>

f Après une lettre de cet argument, je ferois im*

primer :

JJomini Gùberii prœfatiuncula ad doctissimum , egppertissimtan medieum^ etc. , usque àd thesim pri^ tnam.

Petite préface de M. GUbert Foëtius, à M

très doet€j trie expérimenté médecin^ etc., jusqu'à la première thèse*

AiPOHSE ▲ LA FEÉFACE.

Que je loue si grandement sa civilité et sa courtoisie , de ce que, nonobstant le pouvoir que sa théologie , qui est la principale science, lui donoe sur toutes les autres', et celui que sa qualité de recteur lui donne particulièrement en cette académie , il n'a pas voulu traiter de matière de physique sans user de quelques excuses envers * les professeurs en philosophie et en médecine; que je suis fort d'accord avec lui de ce qu'il blâme les adolescentes qui vtx elcm cutis pkilosop/iiœ imbuti abeque evidenti et valida demonstrationum evietione omnium echolarum philosophiam exeibOant anU" quant terminos ejus intellexerint , eor unique notione destituti, auetaree tuperiorum facultatum Une fruetu legant, leetioneeqm et disputatianee tanquam mutœ personœ aut statum Dedaleœ audire cogantur. Que je blâme eee jeunes gens qui^ à peine inetruite

des premiers éléments de la philosophie , et destitués de €eiU 'Mimctim que dôme à l'esprit l'éeidenee et la forée des démoneiraiions , sifflent tout ce qui est de ia philosophie de l'école avant d'en avoir compris les termes > et qui, privés de la eonnoissance de ces choses , se voient dans la nécessité de lire sans fruit les auteurs qui traitent des sciences supérieures, et ee voient réduits à éeouter les hpons et les disputes qu'on y fait comme des personnes muettes et comme da smue$ de Dédale. Sed quia vatde diUgmUr ip- SOS hoc in exordio admùnet, ne tam faciliter id agant. Mais le soin qu'il prend de les avertir dans son exorde de se précautionner contre ces erreurs ^ et comme $îc*ét)oit une fiiute fort ordinaire, laquelle toutefois a été inconnue jusqu'à présent, non iin^ mqritostupieor ko^ de solie auditoribue meis intelligi ; j entre dans des soupçons légitimes que vous ne parlez ici que de ceux qui prennent mes leçons ; car j'ai déjà su que quelques uns étant jaloux de voir les grands progrès que mes auditeurs faisoient en peu de temps, ' om tâché de décrier ma façon .d'en* seigner, en disant que je négiîf^eois de leur ex-» pliquer les termes de la Philosophie, et ainsi que je les kassoîs incapables d'entendre les livk-es et les autres professeurs; et que je ne leur apprenois que certaines subtilités dont laxonnoissance leur donnoit après cela tant de présomption, quils osoie^t se moquer des opinions communes;

I,£TTA£S.

et pour ce sujet me persuadent que M. Yoëtius (ou rectarmagnifieui, oureeieur magnifique, ûte*f donnez-lui les UUcs les plus obligeants et les plus ayaiUageusL que vou» pourrez) ^ ayant éfeé averti de cette calonude^ en a voulu toucher un. mot' ici en passant y afin de me donner occasion de m en purgei*; ce que je ferai £»ciiefiDeAt , e» faisant voér que je ne manque pas d^expUquer ton» les termes de ma proiession 9 lorsque^ ieâ occasions s'en pré* sentent , bien que j'aie encore plus de soin d'expliquer les choses ; et je veux bien confesser que d'autant que je me sers de raisûn» qui sont très évidentes et très intelligibles à oenot qui Ont seu* lement le sens commun, je n'ai pas besoin de beaucoup de termes étrangers pour les faire en* tendre ; et ainsi , qu'on peut bien plus tôt avoir ap» pris les vérités que j'enseigne, et trouver son esprit satisfait touchant les principaled difficultés de la philosophie, qu'on ne peut avoir appris tous les termes dont les autres se servent pour expliquer leurs opinions ttmctuuit les mêmes difficultés de la Philosophie, et avec tous lesquels ils ne satisfont jamais ainsi les esprits qui se servent de leur raisonnemètit natordi, lUâis les remplissent seulement de doutes et de nuages; et enfin que je ne laisse pas d'enseiîgDer aussi les termes qui me sobt inutiles, et que, les faisant entendre en leur vrai sens, ceUrius a me quutn vulgo

ch aliis discuntur, on les apprend en moins de temps de moi éfua du commun des pàiiosophes : ce que je piiU prouver par rexpéneoce que plusieurs de mes auditeurs out faite, et dont ils ont rendu preuve en disputant pubtiquement, après n'avoir étudié que tant de mois , eto. Or je m'assure qu^il n'y a personne de bon sens qui ose dire qu'il n y a lien à bl&mer en tout ceci,- nt même q«d ne soit grandement à priser : efst emm sœpe hinè eontin* gai, ul,qui inea audiveruni, ea quœ ah alUs in con*. ttanwn doeenUtr tu mnue miioni eoneemianem, con^

temnant , rcl etiamsi place t exsih lient : et s'il arrive iQuvent de là que ceux qui ont prie mes leçons mé^ prUent ou 9 eivouâ voulez, ei/fleni ce que he pro-^ fesseurs enseignent de contraire à mes sentiments , comme moint conforme à U raieon, on n'en doit pas rejeter la faute sur m» manière d'enseigner , mais plutôt sur celle des autres, et les conduire à suivre la mienne autant qu'il leur sera possible, plutôt que de la calomnier, et velle ipsam calum' nia sua abruerCs et vouloir tensevêlir sous des rmtm si ûéiemet*

RKPOHSK A I.A PaKAUË&E TIii:â£, etC.

• (Veniofii.}

Je so^$crji^ , îfii , vQlQutiers au . sentimeo^ de M.; le recteui'y qui dît qu'ils neiaut pas chaaseii sansiSii-^

SgSt IiBTTllEft.

jet de leur aocieu domaine de pauvres ianoceiits, c^est-ànlire ces être» qu'on appelle formes substantielles et qualités réelles ; pour nous jusqu'ici nous ne les avons pas encore absolument rejetés. Nous déclarons seulement que nous n'avons pas besoin d eux pour rendre raison des choses naturelles , et nous croyons que nos sentiments sont particulier rement recommandables, en ce qii*ils sont indépendants de ces êtres supposés incertains « et dont on ignore la nature : mais comme en cette occasion c est presque la nit nie chose do dire qu'on ne veut pas. se servir de ces êtres , et de dire quon les .rejette, parceque la seule raison qui les iait admettre aux autres est qu'ils les croient nécessaires pour expliquer la cause des effets naturels, nous ne férons pas diCBculté. d'aTonér que nous les rejetons entièrement , et M. le recteur ne nous fera pas un crime de cela « connue je Tespère; car il y a déjà long-temps que nous sommes instruits, sinon parfaitement, du moins médiocrement, de la philo^phie des collèges , et nommément, de la logique, de la métaphysique ; et nous avons recuiuiu que ces misérables êtres ne sont d'aucun autre usage que d'aveugler l'esprit de la jeunesse , et de mettre à la place de cette docte ignorance, que M. le recteur rend si fort recommandable, une autre espèce d'ignorance pleine de vanité et de présomptiQnL:.ma<ts pour n'être pas en reste de libéralité

avec M. le recteur, je le loue aussi de vouloir ramener à rétude de la philosophie les jeunes gens qui ajoutoient à leloignement et au mépris brutal qu'ils avoient pour elle uoe igaoraoce grossière , rustique et orgueilleuse; et il ne sauroit m'entrer dans l'esprit quil. ait eu ici en vue les plaintes qu'il forme contre mes écoliers, comme je l'ai déjà dit, de ce qu'après avoir goûté ma philosophie ils n'ont que du mépris pour celle de l'école ; car je croirois faire4njure à sa piété, à Téloignement infini qu'il a pour la médisance, et k Tamitié qu^l m'a toujours témoignée, de croire quilait voulu se servir de termes si impropres pour mépriser la philosophie que j'enseigne, qui est si véritable et si claire, que dès qu'on Fa apprise on méprise les autres, pour la- traiter d'idiote et de rustique et d ignorance orgueilleuse; et pour appeler féroce èt fuite de l'étude de la philosophie le mépris que l'on £ût des opinions qui sont regardées comme très dusses et qui ne vient que de la connoissance d'une philosophie plus v^itable, comme si par étude de la philosophie il ne iaUoit entendre que 1 étude de ces controverses où ne se trouve jamais une vérité certaine, et non l'étude même de la vérité. t

RSPOSSB a hX SECONDE TSAftE, etC.

On prouve ici douze points auxquels M. le rec- S« S8

094 LBTTRX8.

leur a donné à juste titre, un peu auparavant, le nom de préjugés et de doutes, parcequ'ils ne donnent occasion de rien assurer, mais seulement de douter, à ceux qui sont plutôt entraînés par les pré* jugés que par les raisons, quoique ces dontes n*eiDbarrassent pas beaucoup ceux qui examinent la £3rce des rabons.

Dans la première, tl demande n m fêut eonei' lier avec t Ecriture sainte le sentiment dç ceux gui nieiÊt iet former $ubêtMntieUêê* On n'en saurolt douter, pourvu qu'on sache que les prophètes, les apôtres, et les autres écrivains sacrés, qui ont écrit par llnspiration du Saint-Esprit, n'ont jamais pensé à ces êtres philosophiques et mcounus hors des écoies ; et pour ôter toute équivoque dans les mots, il fatlt obseriver que, par les formes substantielles que nous nions, on entend une certaine sub- ' stance jointe à la matière, et qui compose avec elle un certain tout purement corporel, et qui n'est jkis moins une substance ou un être qui subsiste par limnéme, que la matière; et Ton peut dire que c'est encore à plus juste titre, puisque Ton dit qu'elle est un acte^ et que la matière n'est appelée que puis^ êanee. Or nous croyons que l'Écriture sainte ne fait nulle part mention de cette substance ou de cette forme substantielle, différente de la matière dans les choses purement corporelles; et pour faire connoitre aux autres combien ces passages de i'Ecri-

letxbes* 595

tore qne M. le rectear nous oppose sont peu pressants, je crois qu il sutfira pour cela de les rap* porter tous. Il est dit ati premier chapitre de la Genèse, vers. 1 1 : Dieu dit encore que (a terre pousse de l'herbe qui porte de la graine , et des arbres frui' tim qui pûHent de$ fruits chacun selon son espèce. Et vers. 21 : Dieu créa donc les graiids ftoiasons et tous ks animaux qui ont la vie et le mouvement, que leè eaux produisent^ chacun selon son espèce, et il créa aussi tous les oiseaux selon leur espèce , etc* « Je vous « de mettre, tous les autres passages ; car je les » ai tous cherchés , et je ne vois rîen qui serve aucu* » nement à ce sujet. » Car on ne peut pas dire que les mots de genre ou d'espèce désignent des différences substaritîelles , piiisqu'il y a aussi des genres et des espèces d accidents et de modes, comme la figure est genre à Fégard des cercles et des car* rés, sans que personne s'avise j'amais de ci oire que cas choses aient des formes substantielles, etc.

2. Il appréhende que si nous nions les choses sub^ stantielles dans les choses purement matérielles, nous ne puissions aussi àouter s' il y en a une dans l'homme^ et que nouM ne puissions pas si heureusement et si sin*cèrement combattre l'erreur de ceu3t! qui imaginent une âme universelle du mande « ou quelque chose de semblable, que les partisans des formes gubstantiel" les. On peut ajouter au second poini, qu'au contraire le sentiment qui établit les formes substantielles

596 L£TTBES«

peut treâ iaciiemeiit nous faire tomber dans^l'opinion de ceux qui disent que l'âme humaine est corporelle et mortelle , laquelle étant seule reconnue forme substantielle, et les autres ne consistant que dans la configuration et le mouvemeiit

des parties, cette seule préroij;ative qu'elle a sur les autres montre ciairemeut qu'elle difËère des autres en nature , et cette différence de nature nous fournit un moyen très facile pour prouver son immatérialité et son immortalité, connne on peut voir dans les Méditations sur la métaphysique qu'on vient d'imprimer depuis peu; en sorte quon ne sauroit inventer là-des&us une opinion qui convienne mieux aux principes de la théologie.

jàu cinquième. Ceux qui admettent les formes substantielles tombent dans ime grande absurdité en disant quelles sont le principe immédiat de leurs actions : ce que Ton ne peut pas imputer à ceux qui ne distinguent point ces formes des qua* lités actives. Pour uous, nous ne nions pas les qualités actives , nous disons seulement qu'il ne faut pas leur attribuer aucune entité plus grande qu'une entité de mode; car on ne peut le faire sans les concevoir comme véritables substances. Nous ne nions pas aussi les habitudes ; mais nous les comprenons sous un double genre, les unes purement matérielles , qui dépendent de la seule configuration , ou autre disposition des parties; et les autres im-

matérielles ou spirituelles, comme les habitudes de la foi , de la f^ce, etc. , dont parlent les théologiens, qui ne dépendent point d'elle, mais qui sonJ; seulement des modes spirituels existants dans l'âme , comme le mouvement ou la figure est un mode corporel existant dans le corps.

jâiî huitième. Je voudrois expliquer comment les automates sont aussi des ouvrages de la nature, et que les hommes en les fabriquant ne font qu'appliquer les choses actives aux passives , comme, par exemple, en semant du grain, ou en procurant la génération d'un mulet; ce qui n'apporte aucune différence essentielle, mais seulement naturelle. Cette différence pourtant du plus ou du moins est grande, comme vous dites, parceque le peu de roues qui composent tme horloge ne peuvent entrer en aucune comparaison avec le nombre infini d*os et de nerfs , de veines, d'artères 9 etc. , qui se trouvent dans le plus vil de tous les plus petits animaux. Ce seroil encore ici le lieu d'apporter tons les passages qu'il cite de TÉcriture sainte , afin que la calomnie parut , car ils ne forment pas la moindre prfsiive du monde.

Au dixième. Donc il feudroit rejeter la géométrie et toute la mécanique. On sent le ridicule de cela, et rien n'est plus déraisonnable. Je ne pourrois jamais passer cet article sans rire un peu à ses dépens ^ mais je ne vous le conseille pas.

LXTTRBS.

A Conzième. ^ous ue disons pas que la terre se meuve par rapport à sa situation, à sa po&îtioii et à sa figure, mais seulement qu elle est disposée par là au mouv«;uieut. Ce n*est point non plus faire un cercle dans le raisonnement, dédire qu'une chose est mue par une cause, et qu'elle est disposée au mouvement par une autre; ce n'est point auââà uu cercle vicieux qu'un corps en remue un autre , ce second un troisième, et ce troisième derechef le premier, si le premier cesse derechef d'être mû; comme ce n'est pas un cercle qu'un homme donne de Targtnt à un autre, lequel le donne à un troisième, et ce troisième le redonne au premier.

jiu douzième. Ceux qui se j^Iaignent que nous n'expliquons rien par ces principes , ii'ont qu'à lire nos Météores , et les confronter avec ceux d'Ariatote; ils peuvent lire aussi ma Dioptrique, avec les écrits de ceux qui ont travaille sur la même ma* tière, et ils reconnoîtront sans peine que tout le déshonneur et toute la hoiilu ne ictoniberout que sur des opinions qui sont si éloignées de la simple nature.

KiPOnSE A I.A TROISIEME TBtSE^ etC.

Toutes les raisons qui servent de preuves aux formes substantielles se peuvent appliquer ù la forme de l'horloge, que personne pe dira jamais être substantielle.

AKPUNS£ A LA. OU »T Al h Ut. ÏUi^S£, elC.

Les raisons ou les démonstrations physiques contre les formes substantielles, que nous cro^'ons capables de convaincre tout esprit qui aime la vérité, 8ont principalement les suivantes, tirées de la métaphysique ou théologie naturelle , et qu'où peut appeler a priori ( ou preuve d'un effet par ses causes ) : il est contre le bon sens que quelque substance que ce soit existe de nouveau, si Dieu ne ra créée de nouveau ; cependant nous voyons tous les jours que plusieurs de ces formes qu on nomme substantielles commeaceat d*étre de nouveau , quoique ceux qui les admettent pour substances ne croient pas que Dieu les crée. Ils se trompent donc, ce qui est confirmé par Texemple de Fâme , qui est la véritable forme substantielle de l'homme; car la véritable raison pour laquelle on croit que Dieu Fa créée immédiatement dans chaque corps, c'est qu'elle est une substance ; et par conséquent comme ou ne croit pas que les autres soient créées de la même manière , mais seulement qu'elles sont tirées de la puissance de la matière, il ne faut pas croire aussi qu'elles soient substances. On voit par là clairement que ce n'est pas ceux qui ment les formes substantielles, mais plutôt ceux qui les admettent, qui méritent à plus juste titre, par une suite nécessaire de raisonnement , le nom de bétes et d'athées. Je no voudrois donc pas que vous re^

jetassiez la preuve tirée de Torigiue des formes substaotiellest et que vous l'appelassiez une preuve (le Thersite , parceqii'elle y a du rapport , en ce qu'elle est doimée par des aveugles; je mettrois seolemeot que ce que les autres ont dit sur cela ue vous regarde point, parceque nous ne suivons point leur opinion. L'autre démonstration se tire de la fin ou de Tusage des formes substantielleft; car les philosophes ne ies ont jutroduites que pour rendre raison des actions propres des choses naturelles dont cette forme seroit le principe et la source, comme on voit dans la thèse précédente; mais ces fortnes substantielles ne sauroient nous fournir nue raison solide d'aucune action liaturcile, puisque leurs partisans avouent qu'elles sont occultes, et qu'ik ne les comprennent pas ; car s'ils disent que quelque action procède d'une forrae sub:5laiitîelle, c'est la même chose que s'ils disoient qu'elle procède d'une chose qu'ils ne comprennent pas, ce qui u explique rien. Ainsi il ne faut se servir en aucune manière de ces fermes pour rendre raison des actions naturelles ; au contraire, les formes essentielieb telles que nous les admettons, nous fournissent des raisons certaines et mathématiques pour rendre raison des actions naturelles , comme on le peut voir dans mes Météores touchant la forme du sel commun. Vous pouvez joindre ici ce que vous dites du mouvement du cœur.

Ces mois , de docte ignorance , qrfil répète si souvent avec tant de plaisir , méritent une petite explication. Comme la science humaine est fort limitée, et que tout ce ({ue Ton sait, comparé à ce que Ton ignore, n'est presquerieu , c'est une marque de science d'avouer sincèrement qu'on ignore ce que Tou ignore véritablement, et cest en cela que consiste principalement cette docte ignorance, par* cequ'elle est particuli^eaux véritables savants ; car les autres, qui font profession de science sans être véritablement savants, n*ayant pas assez d'esprit pour faire le discernement nécessaire de ce que tout vrai savant sait, de ce dont le même savant avoue son ignorance sans craindre qu'il y aille deson honncLir; ces faux savants, dis-je, se vantent de tout savoir également, et, pour rendre facilement raison de toutes choses ( si toutefois on peut dire qu% rendent raison des choses lorsqu'ils expliquent une chose obscure par une autre qui l'est encore plus), ils ont inventé les formes substantielles et les quaiites réelles , en quoi leur ignorance n est point accompagnée de science , et ne mérite que le nom d'orgueilleuse et de pédantesque : car 1 orgueil consiste visiblement en ce qu'ignorant ia nature de quelque qualité, ils concluent que c'est une qualité occulte, c'est-à-dire impénétrable à l'esprit

6oa LETTRES.

humain y comme si leur counoissaace devoit être Ja règle de toutes les connoissances humaines.

aÉPONSB A LA StXliMB THÈSS, etC.

Je ne vois pas quel est le raisonnement de cet homme, sur ce qu'il a mis à mon sujet. Il dit que, dans ma Dissertation sur la méthode , je n'ai pas donné une démonstration assez évidente de Texistence de Dieu : c'est ce que j'ai dit dans le même elidroit. Que peut-il donc inférer à cet <'gard par ces paroles pense, donc je suis. Il cite, et il m'oppose là, bien mal à propos, le traité du père Mersenne et le sien, puisque le sien est encore en herbe, et que le père Mersenue n'a jamais rien £ut imprimer dé métaphysique que mes Médi^* tatioiis.

HÉPOIfSE A LA SEPTIEME TU£S£, etC.

Je dirois , en changeant un peu l.i phrase, nous n'avons cependant rien soutenu là-dessus qui soit €x>nforme aux opinions de Taurellus ou de Gorieus , et tout ce que nous y avons avancé s'accorde parfaitement avec le sentiment le plus commun et le plus orthodoxe des philosophes ; car nous assurons que rhomme est un composé de corps et d'àme , non par la seule présence ou la proximité de Tun à l'autre, mais par une véritable union substantielle, pour laquelle, à la vérité, il faut na**

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LETTABS. 6o3

turellement une certaine situa^on et conformaUou dans les paities du corps; maïs cette union est bien différente de celles qui n'ont pour principes que la situation , la figure , et d'autres modes pu* reœent corporels, parcequ'éile appartient non seulement au corps , mais encore à Tâme, qui est incorporelle. Quant à l'expression , bien qu'elle soit peut-être moins usitée, nous croyons pourtant qu'elle est propre puur siguiiier ce que lioas voulons dire; car nous ne disons pas que Thon^me est un être par accident, si ce n'est à raison des paiLics qui le composent, je veux dire iàme et le corps , voulant marquer par là qu'il est en quelque façon accidentel à ces deux parties d'être unies ensemble , parceque chacune d'elles peut subsister séparément: ce qui s'appelle un accident qui peut se trouver présent ou absent sans la corruption du sujet. Mais eu tant que nous considérons l'homme totalement en lui-même, nous disons qu'il est un être existant par soi-même, et non par accident , parceque l'union qui joint le corps humain et l'âme ensemble n'est point accidentelle, mais essentielle, puisque sans elle l'homme n'est point homme. Mais parcequ'il y a plus de gens qui se trompent en ce qu'ils ne croient pas que l'âme soit réellement distinguée du corps qu en ce qu'après «voir admis cette distinction ils nient l'union substantielle, et que c'est un plus fort ar-

6o4 LETTRES.

gument pour réfuter ceux qui croieut i'àme mor** telle 9 d'établir cette distinction des parties dans

rhoiiiiiie, que d'établir cette union j j'espérois que les théologiens me sauroientineîllear gré en disant que rhomme est un être par accident pour marquer cette distinction ; que si , n'ayant considéré que Tunion des parties, j'avois dit que l'homme est un être par soi : ainsi ce n'est pas à mol de répondre a ce que Ton objecte au long contre les opinions de Taurellus et de Gorleus, mais de me plaindre de ce qu'on me prête sî injustement et avec tant de sévérité les erreurs d*autrui. Au reste , je me suis étendu plus que je ne voulois sur ces choses , et comme je ne sais point si vous ferez usage de cet écrit , je ne veux pas en écrire davantage ; mais si vous trouvez à propos de vous en servir, je vous prie de me le faire savoir au plus tôt , et j'achèverai sur-le-champ le rest^ jusqu'à la fin* Mandez-moi aussi en quelle langue vous aimez mieux que je vous écrive. Quand j'ai mis un etc. , ma pensée est qu'il manque quelque chose que vous devez suppléer. Vous communiquerez toutes ces choses, et, si vous le trouvez bon, à notre Achille et notre Nestor , M. V. L. • , et vous n'entreprendrez rien sans son conseil ; et s il y a quelque chose qu'il feigne de ne pas savoir, vous vous ser^ virez du cojjseil de M. Émiiius, dont la prudence

* « Van Leeavr. <■

LSTTBB5. 6o5

e$t égale à Tainitié duiit il nous honore, et vous ajouterez plus de foi à leurs paroles qu'aux miennes « parcequ'ils ont plus d'esprit que nioi, et qu'étant sur les lieux, ils sont plus en état de porter un ju-* gement exact, que moi de deviner d'ici ce qu'il y aura à faire. Je ne crois pas que vous puissiez employer des termes trop honnêtes pour parler de Ycêtius. Je tous prie ;au8si de prendre garde de ne pas donner lieu de soupçonner que vous avez employé l'ironie, qu'autant qu'elle naîtra de la bonté de votre cause, afin que dans la suite, s'il nous contraiguoit de changer de style, nous fus^ siens d'autant plus en état de le faire et le rendre plus ridicule. Il est aussi important que votre réponse voie au plus tôt le jour , et avant la lia même des vacances, s'il est possible*

J'ai été étrangement surpris de ce que vous m'écrivez que vous craignez pour votre chaire de pro* fesseur si vous faites une réponse à Voétius ; car je^ne savuis pas qu'il eût une autorité souveraine dans votre ville. Je croyois qu'elle jouissoit d'une plus grande liberté, et j*ai compassion d'elle, voyant qu elle veut être sous l'esclavage d'un si vil pédagogue et d'un si misérable tyran : puisque vous êtes obligé d'y vivre , je vous exhorte à la patience, et de ne faire que ce que MM. vos magistrats trouveront bon; c'est pourquoi mon sentiment est qu'il faut non seulement ne pas répondre à Voëtius par

6o4> JL.BTTBES.

vou^méme, mais encore par quelque autre que ce ioit, paToequ^il ne s'en sentiroit pa» moins offensé.

Je vous envoie pourtant ces petites notes que j ai écrites sur-le-chawp , et qui se sont présentées à mon esprit comme je confiîrois votre éerit avec toutes ses thèses. Vous en ferez usage si vous le trouver bon ; mais c'est faire outrage à notre phn losophie de ia produire k des gens qui n'en veillent point; bien plus , de la cunimuniquer à d'autres qu'à ceux qui la demanderont avec empresse* ment. Je me souviens que vous m'avez antrefcna remercié d'avoir eu par son njoyen votre chaire de professeor, ce qui me Ëdsoit croire qu'elle ne déplaisoit pas à vos magistrats. Si la chose est autrement y et s'ils, aiment mieux que vous enseigniee ce qui plaît à Voétius que ce que vous croyez phis conforme à la vérité, je vous conseille d'obéir, et d'enseigner plutôt les Fables d'Ésope que de leur déplaire en cela.

Je ne compxencis jias ce que vous dites à la liu de votre lettre sur les globules étbérés, parceque je ne crois pas qu'ils soient mus par là matière subtile^ mais par eux-mêmes^ puisqu'ils ont un mouvement qui leur a été communiqué dès le commencement du monde ; je ne crois pas non plus que les plus , grands aient un mouvement plus grand que celui des plus petits. Je pense absolument le contraire. J'ai dit à la vérité, dans les Météores, que les pins

L£ÏXA£S. (107

grands étant plus agités, produisent une plus grande chaleur, mai» ils ne sont pas mus pour cela avec plus de &cilité. Adieu.

A M. RKGIUS'.

(Lettre 9a du tome I. Version.) . \

Monsieur,

J 'apprends par mesamis que personne ne lit votre réponse, à Voêtiua qu'il n'en soit très content, et qu'une infinité de gens l'ont lue. Ils aj ou lent qu'il h*j a personne qui ne se moque de Voétius, et ne dise qu'il désespère de la bonté de sa cause, puisqu'il a eu recours à vos magistrats pour la défendre. Tout le monde siffle les formes substantielles f et Ton dît tout haut que si le reste de notre philosophie étoit expliqué comme cet article , chacun Tembrasseroit. Vous ne devez pas être fâché de ce qu'on vous a interdit l'explication des problèmes de la physique. Je voudrois même qu'on vous défencBt de les enseigner en particulier. Tout cela tourneroit à votre houueur et à la honte de vos ad-

I « Cest nne réponse à la leUie de M. Leroy da féviier 1642» c'est ^uiquoi je ia date da i'*^ mars 16 ^a. »

versaires. Pour moi, si j'étois à la place de vos consuU, et que je voulusse ruiner Voétius» je ne me comporterois pa& autrement à son égard qu'ils font ; et qui sait ce qu'ils oui ddub 1 àme , au luoiiis je ne , doute point que M. Y. H.' ne soit pour vous : yous devez suivre exactement ses conseils et ses ordres. Je suis ravi qu'il n'ait pas voulu que vous montrassiez à qui que ce soit les lettres que je vous écrivis dernièrement; car bien qu'avant de vous les envoyer j'eusse obtenu de moi-même d'effectuer, s'il étoit besoin, ce que je promettols par elles à Voëtîus, j'aime cependant mieux que cela ne soit pas nécessaire. Bien des choses me détournent tous les jours de ma Pbilosopbie, que j'ai pourtant résolu d'achever cette année ; au reste obéissez exactement et avec plaisir à tout ce que MM. vos magistrats vous ordonneront, et soyez assuré qu'il ne sauroit vous en arriver aucun déshonneur. Méprisez les disputes que l'on fera, contre vous; et dites seulement que s'ils ont quelque chose de bon à dire, ib n'ont qu'à vous le donner par écrit, et que vous ne pouvez y répondre autrement. Adieu.

> • Vm éu Hooltk. »

L£XTA£S.

AU R. P. MEKSËNNE •.

(Lettre (io du tome II.)

Mon révérend père.

Je sui& extrêmement obligé à M. de Sainte^Croix de la bonne volonté que vous me mandez qu'il me témoigne; j'estime beaucoup les conseils qu'il me fait la faveur de me donner, et je ne manquerai de les suivre, autant qu'il sera en mon pouvoir; et même je ne plaïudrois pas d'aller faire un voyage en France tout exprès pour les pouvoir apprendre de sa bouche 9 mais la mer et les Dunkcrquois ren-

• Celle lettr.. riVst pas dalée, iDais je la crois cerlaiuemeBt «crite le lo mars 1642 ; car ni eUe avoit été écrite plus tard, M. Descarles n'aaroit pas mauqué d'avertir le P. Mcraeime 4a fymm jageawat rendu contre loi i« 1 7 man. Or, depuis le 10 jiiMiii*aii 1 7 il n> «voii point de ioor de poêle; donc cette lettre cet écrite le to mare. BlaU ce qai me détermine k croire qne cette lettre est écrite le 10 ma», c'est qae M. Descaries 7 dit an P.Mersenneqn'il lant qu'il loi renvoie la réponse qa'il a ralieâ Voetîos, «t qnll Fenvoie par M. de Zaytlidiem. Or, M. de Zuytlîchem, da^^nne lettre anP. Menenne, datée du 7 avril 1642, dit ces paroles ; Par met denùèreê vmu aurez reçu la défense de M. Descartes. nVm je condns qne pour envoyer ces réponses de M. Descartes à M. de Znydîcbem , et ponr les envoy<-. au P. McrsrnnP . on bien remtoler ji»«qn'an lo mars , vu qp'on ne peut avancer celte lettnf darantage. »

(îlO LKTTAES.

dent maintenant le passa^^e Uup difficile et tiop périlleux.

Pour ce qui est de témoigner publiquement que

je suis catholique romain , c'est ce qu'il me semble avoir déjà fait très expressément par plusieurs fois, comme en dédiant mes Méditations à MM. de la Sorbonne, en expliquant comment les espèces demeurent sans la substance du pain en l'eucbaristie, et ailleurs; et j'espère que dorénavant ma demeure en ce pays ne donnera sujet à personne d'avoir mauvaise opinion de ma religion , vu qu'il est le refuge des catholiques, téruoin la R., qui j est arrivée depuis peu , et la R. qu'on dit y devoir bientôt retourner.

Je vous envoie les trois premières feuilles des objections du père 6. : c'est la négligence du libraire qui est cause que je ne vous puis encore envoyer le tout. Je vous prie de garder la copie écrite k la main que vous en avez, afin qu'il ne puisse dire que j'ai fait changer quelque chose en sa copie, laquelle j'ai été soigneux de taire imprimer le plus correctement qu'il m'a été possible, et sans y changer une seule lettre. Vous vous étonnerez peut-être de ce que je l'accuse tant de faïusseté, mais vous verrez bien encore pis au reste, et toutefois je l'ai traité le plus courtoisement qu'il m'a été possible, mais je n'ai jamais vu d^écrit si rempli de fautes ; j'espère toutefois séparer tellement sa cause de celle

XiSTTRBS. 611

de cpnfirères, qulls ne m'en pourront vouloir mal , si ce n'est qu'ils veuillent ouvertement se déclarer enneaiis de la vérité , et fauteurs de la calomnie.

Taà cherché dans saint Augustin les passages que vous m'aviez mandés sur le psaume quatorzième , mais je ne les ai su trouva , ni rien de lui sur ce psaume. J'y ai aussi cherché les erreurs de Pelagius f pour savoir sur quoi se peuvent fonder ceux qui disent que je suis de son opinion , laquelle j'a* vois ignorée jusqu'à présent; mais j'admire que ceux qui ont envie de médire s'avisent d'en chercher des prétextes si peu véritables et si tirés par les cheveux. Peiagius a dit qu'on pouvoit faire de bonnes œuvres et mériter la vie éterpelle sans la grâce , ce qui a été condamné de l'église; et moi je dis qu'on peut connoître par la raison naturelle que Dieu existe , mais je ne dis pas pour cela que cette connoissance naturelle mérite de soi, et sans la grâce, la gloire surnaturelle que nous attendons dans le ciel : car au contraire il est évident que

cette gloire étant surnaturelle, il faut des forces plus que naturelles pour la mériter, lit je n'ai rien dit touchant la connoissance de Dieu, que tous les théologiens ne disent aussi ; mais il laut remarquer que ce qui se connoît par raison naturelle, comme qu'il est tout bon^ tout-puissant, tout véritable, etc„ peut bien servir à préparer les iniidèies à recevoir

6î2 LETTRES.

la fui , mais non pas suffire pour leur faire gagner le ciel ; car pour cela il fant croire en Jésus-<^îst, et aux autres choses révélées , ce qui dépend de la grâce.

Je vois qu'on se méprend fort aisément touchant

les choses que j'ai écrites , car la vérité étant indivisible , la moindre chose qu'on en ote ou qu on y ajoute la falsifie, comme par exemple vous me luaudez comme un axiome qui viciuie de moi, tout ce que nous eoncevonê clairement e$t ou existe; ce. qui n'est nullement de moi : mais seulement que tout ce que nous apercevons clairement est vrai , et ainsi qu'il existe, si nous apercevons qu'il ne puisse ne pas exister, on bien qu'il peut exister, si nous apercevons que son existence soit possible; car bien que l'être objectif de l'idée doive avoir une cause réelle, il n'est |)as toujours besoin que cette cause la contienne fomialiier, mais seulement eminenîer.

Je vous remercie de ce que vous me mandez du concile de Constance sur la condamnation de Wiclef, mais je ne vois point que cela fasse rien du tout contre moi; car il aiiroit du être condamné en même façon, si tous ceux du concile eussentsuivi mon opinion , et en niant que la substance du pain et du vin denieme pour être le sujet des accidents , ils n'ont point pour cela déterminé que ces accidents fussent réels , qui est tout ce que j'ai

écrit n'avoir point lu dans les conciles : cependant je vous suis extrêmement obligé de tant de soin

que vous prenez pour tout ce qui me regarde.

Je suis bien aise que M. de Z. ' vous ait fait voir rimprudencc de Voëtins qui vous cite contre moi; j'avois eu envie de vous le mander, mais j'en avois fait si peu de cas , que je l'avois toujours oublié. Sa grande aiiimosité contre moi vient de ce qu'il y a un professeur * à Utrecht qui enseigne ma philosophie : et ses disciples ayant goûté tiia façon de raisonner, méprisent si fort la vulgaire , qu'ils s'en moquent ouvertement , ce qui a excité une extrême jalousie contre lui de tous les autres professeurs dont V. est le chef, et iis importunent tous les jours le magistrat, pour lui faire défendre cette £siçon d'enseigner. Il faut que vous voyiez la réponse que j'ai faite à Voëtius à quelques unes de ses thèses où il a compris tout ce qu'il a pu de ma Philosophie. Je les enverrai à M. de Z. pour vous les adresser , car autrement le port en coùteroit trop. Au reste j'ai lu lefiivorable jugement que M. Chaliut a fait de moi, m'estimant capable de répondre aux objections du père B. Je tâcherai de faire voir qu'il est en cela aussi véritable que l'autre ne l'est pas , et je serai bien aise qu'il sache que je suis, etc. '"

• •« Ztiytlichein. »

• «• L«roy. »

LKTTRB».

A M. REGIUS ■

( Lettre c^^ du toiim 1. Veisioi).)

Monsieur,

Je vous félicite de la persécution que vous souffrez pour la vérité; je vous en félicite, dis-je, de tout mon cœur, car je ne vois pas qu'il puisse vous arriver le moindre mal de tous ces troubles; au contraire je prévois pour vous une augmentation de gloire. Vous devez vous réjouir de ce que Dieu a oté à vos ennemis la prudence et le bon esprit. Vous voyez ce quils ont gagné en &isant défendre votre livre; on n est que plus empressé à l'acheter, on l'examine plus attentivement, la bonté de votre cause et la malignité de votre ennemi en sont connues d un plus grand nombre de personnes. Plus de personnes s'apercevront désormais que ce n'est que par jalousie et sans sujet qu'il vous a attaqué le premier avec aigreur d. malignité, tandis que vous de votre côté , ayant tous les sujets du monde d'entrer dans une juste défense, lui avez répondu

» « Ct'ttr h'iivv sert de réponse à cette de M. Leroy, datée du 5 mat» 164a. C'est pourquoi je la fixe aa 12 dw!« 164a. »

LETTRES. 6ii

avec madestie» avec douceur, et meiue (tri^e si* Cuatiop pour un honaéle hpiane) avec un re&pecfi

t^u'ii ne mérite pas. Plus de personnes , dii>- je, con^ ooitront la foibleëse des raisons avec lesqudles ii attaque vos opiaions, et en même temps. la force de vos réponses. De là plus de personnes concjuront qu'il n'a plus rien de )K>n à ¥ous répoodire» ist seront joatement indignées contre lui de ce qu'il a assez de pouvoir dans votre ville , contre toute jufitioe, pour vous traiter irapunémeAt, dans un écrit public , d'athée et de bête, vous donner d autre$ noms odieux, et employer mille çuuuvaises raisons pour voqs chargier de crimes supposés et débiter ses caloninies , tandis qu il ne vous est pas permis d.avpir recours à la vérité, et de vous jus-> Cifier en vous servant des termes les plus modestes. Je trouve en vérité admirable qu'il propose qu'il lui soit permis 4e disputer avec vous devant des commissaires qui puissent juger du fond de Fafibire : app^emmeat que $es raisons sont de la oature de ces potions iqu'il £Mit avaler toutes chaudes, et qui ne sont plus bonnes quand elles sont froides: véritable singe ^en cela» coinme en plusieurs autres dbpses, de notre SV £u bonne foi , je ne vois pas que vous ayez rien à craindre d'un tel adversaire. Que.peu4>âl faire mntre vous davantage? vous faire p^eut-étre défendre par le magistrat d'enseigner ce

' * « Stampion. »

6l6 LBTTAES.

que vous avez coutume d'enseigner, ou de faire condainner votre doctrine comme fausse et hérétique; ou enfin, ce qui seroitdepis , vous obliger de vous démettre de votre chaire : mais je ne crois pas que vos consuls poussant leur complai^nëe pènr lui jiiscju au point de statuer toutcequipourroit iui piaire. Bien plus, je ne crois pas qu'il y ait nn seul d'eux tous qui ne sente les motifs qui poussent Yoëtius, et la plupart de vos autres col* lègues, à attaquer avec tant d*aigreur votre philosophie : je veux dire qu'elle est plus vraie qu'ils ne souhaiteroient, et que vos raisons sontsi claires « qu'elles sapent jusques au fondement leurs opi< nions erronées, et les rendent même ridicules sans les attaquer; car enfin ils ne sauroient lui £siire un crime de ce qu-elle est nouvelle, puisqu'ils mettent toute leur gloire à eniauter tous les jours de nouvelles opinions , sans que jamais aucun s'y soit op* posé; et la raison pourquoi ils ne se portent aucune envie là-dessus, c'est qu'ils ne les croient pas véritables, et ils n'auroîent aucune jalousie contre les vôtres, s'ils les croyoient fausses; mais du moins les magistrats qui ne les ont pas empêchés jusques ici d'enseigner ces opinions nouvelles et fausses, ne vous empêcheront pas, je pense, d'enseigner les vôtres qui sont nouvelles, mais véritables; et quoique peirt-étre C|utlcjin s uns d'entre tuix qui n'ont jamais appris toutes ces chicanes de l'école, comme

LËTXAËS. 617

très peu utiles au gouvernement de la république , ue voient pas la bonté de votre cause, cependant je me repose tellement sar leur équité et leur prudence que je ne saurois croire qu'ils s'en rapportent plutôt au témoignage de vos adveisaires qu'au vàtre, et je suis persuadé que le seul M. D. Y*. , qui sans doute entend très bien le fond de la question , aura assez dautorité sur l'esprit de ses collègues pour empêcher qu'il ne vous soit fait aucun tort. Mais quand la chose arriveroit autrement, et que par un événement aussi extraordinaire qu'absurde , et sans exemple , vous vous verriez privé de votre chaire de pi oli sseur, je ne crois pas que vous dussiez vous inquiéter le moins du monde. Je n'y vois aucun déshonneur pour vous , mais une honte éternelle pour les autres, et alors votre ville aiiroit le déplaisir de voir exposées aux yeux de l'univers, ou 1 ignorance crasse, on la haine de la vérité, ou un usage ridicule du pouvoir de. ses magistrats. . Bien plus, si j'étois à votre place, je voudrob savoir des consuls combien j'aurois de maîtres, et renoncer plutôt à mon emploi que de ramper devant Yoètius. Je suis sûr qu'en peu de temps , si vous le vouliez , vous auriez facilement ailleurs une chaire de professeur plus honorable et plus utile, et oii en trouveroit plutôt mille qui enseigneroient les mêmes choses que vos adversaires, qu'un seul qui en-

» u Van <lcr Uuolck. >•

<il<> LKTTKES.

seîgoât ce que vous miseignez; et cependant ce

seul homme seroit peut-être plus recherché par les aaiateurs de la science que tous les autres ensem* Ue. PcHir ce qui me re^rde, j'ai cru jusques ici avoir une véritable obligation à vos njagisti als,qm, sachant bien que vous n'éties pas éloigné de wm principes de philosophie, n'ont pas été moins dis» posés k vous donner une chaire de proiesseui^ou peut-être même y ont été principalement portés par ce motif, comme vous avez voulu lae le persuader.

C'est ce qui m'a attaché d*une manière particaitère à eux, et cest ce qui fait que je souhaite passionnément que la postérité puisse dire que votre vHle a été la première de toutes où notm pbilostH

phie ait été publiquement reçue, ce qui ne leur fera, comme je l'espère, aucun déshonneur; au lieu qu'il seroit honteux pour eux s'il étoit jamais dit qu'ils n'ont pas su vous mettre à couvert des mauvaâs traitements de vos ennemis. Car ceux qui vous ont nommé à la chaire du professeur ont du savoir que les opinions , que vous ens^gneK ne pouvoient avoir quelque chose d'excellent, sans exciter infaiilibiemeut l'envie de plusieurs de vos ooUègues qui n'avoient pas assez d'esprit pour embrasser les mêmes sentiments ; ils ont donc 4u être

prêts à vous protéger contre eux.

Ce qui ne leur sera pas difiicile; car enfin de

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