AUN R. P. DOCTEUR DE SORBONNE
(Lettre 46 du tome II.) MoirSIEUR ET REVEREND PERE,
L'honneûr que vous m'avez fait, il y a plusieurs années , de me témoigner que mes sentiments tour chant la philosophie ne vous sembloient pas incroyables, et lâ connoissance que j'ai de votre singulière doctrine, méfait extrêmement désirer qu'il vous plaise prendre la peine de voir l'écrit de métaphysique que j'ai prié le révérend père Mersenne de vous communiquer. Mon opinion est que le chemin que j'y prends pour faire corinoître la nature de l'âme humaine, et pour démontrer l'existence de Dieu, est l'unique par lequel on en puisse bien venir à bout; je juge bien qu'il auroit pu être beaucoup mieux suivi par un autre, et que j'aurai omis plusieurs choses qui avoient besoin d'être expliquées,
I « Cette lettre est adressée à an P. de l'Oratoire. Elle est écrite , comme la stiivante, aa P. Mersenne, le xi novembre 1640, et comme la 48* envoyée le 19 novembre 1640. >»
mais je me Êiis fort de pouvoir remédier à tout ce qui manque , en cas que j'en sofê averti, et de rendre les preuves dont je me sers si évidentes et si certaines, qu'elles pourront être prises pour des démonstrations. Il y manque ^toutefois encore un point, qui est que je ne puis faire que toutes sortes d'e^rîts soient capables de lés entendre^ ni même qu'ils prennent la peine de les lire avec attention , si ellès ne leur sont recommandées par d'autres que par moi ; et d'autant que je ne sache personne au monde qui puisse plus en cela que messieurs de Sorbohne , ni de qui j'espère des jugements plus sincères , je me suis proposé de chercher particulièrement leur protection ; et pourceque vous étçs l'un des principaux de leur corps, et que vous m'avez toujours fait l'honneur de me témoigner de l'affection, et surtout à cause que c'est la cause de Dieu que j 'ai entrepris de défendre , j'espère beaucoup d'assisti^nce de vous en ceci , tant par votre conseil, en avertissant le père Mersenne de la façon qu'il doit ménager cette affaire, que par votre faveur, en me procurant, des juges favorables, et en vous mettant de leur nombre. îEn quoi vous m'obligerez à être passionnément toute ma vie, etc.
AU R. P. MEBSENNE,
(Lettre 47 du tome H.)
Mon révérend père ,
Je vous envoie enfin mon écrit de inétftf>hysi^ue, ^quel je n'ai point mis de titre , afin de vo^us en -foire le parrain et vous laisser la ptiissance de Iç iwiptiser. Je csrois q^u'on le pourra nominer , ain^ <jue je vous ai 'écrit par ma précédente ^ M editadonés de prèma phibsophia; car je n'y traite pas seule- -ment de Dieu et de l'âme, mais en génial de toùtes 4es premières choses qu'on peut connoître en phi- 'Josophant ^par oondre.; et mon nom est connu de Pliant de gens , que si je ne le voulois pas mettre ici, on croîToit que j'y cntendrois quelque finesse, et «qtte je le ferois plutôt par vanité que par modestie.
Pour lailetH'e à messieurs de Sorbonne, si j'^i nmanqué au>titre, ou qu'il y faille quelque souscrip- •tion ou autre «cérémonie, je. vous fw?ie d'y vouloir isuppiéer , fît je crois qu'elle sera aussi bonne étant écrite de la main d'un autre que de la mienne. Je vous l'envoie séparée du traité , à cause que si toutes choses vont comme elles doivent, il me sem-
LETl'BES.
bîe que le meilleur seroit, après que tout aura été vu par le père G.% et, s'il vous plaît, par un ou deux autres de vos amis ^ qu'on imprimât le traité sans la lettre, à cause que sa copie en est trop mal écrite pôur être lue de plusieurs, et qu'on le présentât ainsi imprimé au corps de la Sorbonne avec la lettre écrite à la main. En suite de quoi il mè semble que le droit du jeu sera, qu'ils commettent quelques uns d'entre eux pour l'examiner , et il leur faudra donner autant d'exemplaires pour cela qu'ils en auront besoin , ou plutôt autant qti'ils sont de docteurs , et s'ils trouvent quelque chose à objec*ter, qu'ils me l'envoient afin que j'y réponde, ce (qu'on pourra faire imprimer à la fin du livre. Et après cela il me semble qu'ils ne pourront refuser de donner leur jugement^ lequel pourra être imprimé au commencement du livre avec la lettré que je leur écris. Mais les choses iront peut-être tout autrement que je ne pense, c'est pourquoi je m'en remets entièremetit à vous , et au père G. , que je prie par ma lettre de voiis vouloir aidar^à ménager (tette affaire : car la vélitation que vous savez m'a fait connoître que, quelque bon droit qu'on puisse avoir , on ne laisse pas d'avoir tou^ jours besoin d'amis pour le défendre. L'importance est en ceci que , puisque je soutiens la cause de Dieu , on ne sauroit rejeter mes raisons, si ce n'est
» « Gibieuf. »
qu'on y montre du paralogisme , ce que je crois être impossible , ni les mépriser , si ce n'est qu'on n'en donne de meilleures, à quoi je pense qu'on aura assez de peine. Je suis , etc.
AU R. P. MERSENNE'
(Lettre 48 du tome H.)
Mon RiévÉREND père,
Il y ahuit jours que j'avois écrit les encloses pour Vous être adressées par Zuytlichem avec ma Métaphysique, mais il passa par ici il y a deux jours pour aller à Groningue avec M. le Pr. * et me les rapporta, comme ne pouvs^nt écrire en France de quel* ques semaines. J'ai fait prix avec le messager^ qui ne doit avoir que trois livres de port. Je vous en ài déjà laissé payer beaucoup d'autres pour mes lettres , et je voudrois bien avoir occasion de vou3 les pouvoir rendre^ ce sera quand il vous plaira me la donner. Je suis bien obligé à M. des Argues,
« « Cette lettre eit dytée le 19 novembre 1640. Il n'y a qu'à voir la date de la précédente avec les trois premières lignes de cette lettre pour en être convaincu. >»
• m Prince d'Orange. -
5c)S LETTRES.
de ce qu'il ktî a plu d^ndre ma causiç contre le père B.% et je suis très aise de ce que vous l'avez £wt témoin de notre procédé. Je ne puis croire <}u'il désapprouve que vous fassiez voir ma dernière letlr^ latipe à ceux de sa compagnie : car encore que le père fi ne vous ait point prié de m'envpyer sa lettre françoise, toutefois ne vous ayant point aussi prié de ne me la pas envoyer ^ comme il n^a eu aucune occasion le faire , vu qu'il vous l'a envoyée pour vous faire voir ce qu'il avoit eu intention de m'écrire , et vous en ayant donné ime autre pour moi , je ne vois pas qu'il puisse en aucune façon trouver mauvais que vous me l'ayez envoyée çomme pour me témoigner la même chose qu'il avoit voulu vous témoigner par cette lettre ,.à savoir qu'il avoit pris la peine ^ il y a long-temps^ de aie répondre ;^ et ainsi vous pourrez dire que c'a été pour le gratifier que vous me Favez envoyée. Au reste , tout bien considéré ^ je crois que je n'ai rien mis de trop en ma réponse; car, quelque amitié et douceur qu'ils fassent paroitre, je suis assuré qu'ils m'observeront soigneusement, et qu'ils auront d'autant moins occasion de me niiire , qu'ils verront que je leur réponds plus vertenaent, et que si j'use ailleurs de douceur, c'est par modération, et non par crainte ni par foiblesse , outre que ce qu'a écrit le père B. ne mérite rien moins que ce que je lui
* Bomrdin.
LETTRBS.
mamle. J'ai reçu l'imprimé de M. des ÂFgues, mais je n'en at pu lire' que l'exorde et k conclusion , à caiiâe que je n'en ai pa^ encore les figures, et je crains de ne les avoir de long-tèmps, puisqu'elles Tiemient par M. Zuytlich^m qui est en voyage.
Je vous remercie des passages de saint Thomas pour les vœux y bien que je n'en ai jamais été en peine , car la chose est trop claire , et ceux qui objectent de telles^faoses, comme aussi le fiai lux, dont vous m'écrivez y montrent qu'ils oat de la mauvaise volonté sans science. Et je crois que vous avez plus de raison de vous moquër d'eux de ce qu'ils veulent réfuter des choses qu'ils n'entendent pas par d'autres qu'ils entendent encore moins , qu'ils n'en peuvent avoir de vous brocarder. La réponse que vous Itur avez donnée , à savoir que lorsque Dieu a dit fiât lux ^ il a fait mouvoir les parties de la matière, et leur a donné inclination à continuer ce mouvement en lignes droites, est bonne, car cela même est la lumière; mais je crois que vous ferez mieux de laisser telles gens sans autre réponse , sinon que , s'ils ont quelque chose à m'objecter , ils me le doivent envoyer, quand ce ne seroit qu'un seul mot , et que je le recevrai en bonne part , mais, que je me moque de tous ceux qui parlent de ce que j'ai écrit sans m'en avertir ; et que je publie partout que je les tiens pour médisants.
Il est certain que le poids C ' ne pèse sur le plan AD que la différence qui est entre la force qu'il faut à le sout^ir sur ce plan et celle qu'il faut pour le soutenir en l'air, coœme s'il pèse cent livres et qu'il n'en faille que quarante pour te soutepir sur AD, ce plan AD en porte soixante seulement; et même la force d'un coup de canon ou de mousquet se peut mesurer ainsi , comme vous pouvez voir en ma Dioptrique vpage 1 9 , où l'eau se trouve assez forte pour résister à un coup de canon tiré obliquement; mais néanmoinS)il y a diverses choses à considérer en ceci auxquelles je ne puis penser à présent, car je n'ai le temps que de vous dire que je vous suis, etc.
■ Figote 38. *
AU R; p. MERSENNE'.
(Lettre 49 du tome II.) Moif Rl^Vl^RElND PÂRE^
Je ne puis manquer de vous renvoyer la lettré françoise du P. B., puisque vous la demandez ; mais je ne sais comment vous la lui pourrez rendre, à cause que vous avez écrit dessus, çt qu'il y a aussi à la marge une apostille de ma main, que j'y ai mise ci-devant , en l'envoyant à un de mes amis pour la lui faire voir i car je ne vous puis celer que je l'ai montrée à plusieurs. Et comme les jésuites ont partout des intelligences, et même qu'il y en a un én cette ville fort familier à un de mes amis (duquel pourtant il n'a rien appris que l'autre ait cru être à mon préjudice, car c'est un ami qui m'est très fidèle), peut-être qu'ils savent déjà que vous m'avez envoyé cette lettre; c'est pourquoi^ sauf meilleur avis, il seroit, ce me semble, aussi bon
* m Cette lettre est de dix-sept oa[dix-hiiit jours plas târd qoe la 48*» fixement datée da 19 novembre; car ne renvoyant pas la lettre da P. Boardin la première fois que le P. Mersenne Ini en avoit parlé , il loi hUoii bien dix -hait jours poor avoir la seconde réponse i ainsi cette lettre est, sdon ma conjecture, da 6 décembre 1^40.»
4oa LETTRES.
de lui dire franchement que vous me laviez envoyée pensant lui faire plaisir en cela : car, en eflFet, il ne peut y avoir aucune raison , au moins qui lui 5oit honnête k confesser, pour laquelle il puisse dire vous l'avoir envoyée, que pour la même il n'ait dû aussi trouver bon que je la visse; et il ne le peut trouver mauvais , qu'il ne témoigne par là que le sujet qui lui a fait écrire a été pour vous faire croire qu'il vouloit maintenir des choses contre moi, qu'il n'ose pourtant ni ne peut maintenir devant moi. Et cependant il en a composé de gros traités pour les débiter à ses disciples ; car un Danois m'a dit ici en avoir vu im entre les mains d'un des soutenants , nommé Potier, duquel il s'étoit promis d'avoir copie, mais il n'a pu; peut-être que le P. B. l'a empêché. Mais je vous envoie derechef la réponse que j'avois faite à leur lettre latine , afin que vous leur puissiez faire voir toute seule, s'il vous plaît ; car il me semble nécessaire qu'ils sachent en quel sens j'ai pris leurs paroles. Et si vous trouvez bon d'avouer au P. B. que vous m'aviez envoyé sa lettre , vous pourrez aussi lui faire voir en confidence la réponse que j'y avois faite , et lui dire que vous n'avez pas voulu lui montrer auparavant, à cause que vous la jugiez trop rude et craigniez que cela n'empêchât que nous ne pussions devenir amis; et enfin en confessant toute la pure vérité, je crois que vous ferez plaisir à l'un
et à Taulre : car j'espère que, voyant que j'ai bec et ongle pour me défendre, il sera d'autant plus retenu quand il voudra parler de moi à l'avenir. Et bien qu'il me seroit peut-être plus avantageux d'être en guerre ouverte contre eux, et que j'y sois entièrement résolu s'ils m'en donnent juste sujet, ' j'aime toutefois beaucoup mieux la paix, pourvu qu'ils s'abstiennent de parler.
Au reste, je suis extrêmement obligé à M. des Argues de ce qu'il veut prendre la peine de catéchiser le père B. : c'est la meilleure invention qu'il est possible pour faire qu'il chante la palinodie de bonne grâce , au moins s'il se veut laisser convertir; s'il le fait, je serai très aise de dissimuler le passé, et même d'être particulièrement son serviteur, et j'en aurai beaucoup meilleure opinion de lui et des siens.
Pour la musique de M. Bau. ' , je crois qu'elle diffère de l'air de Bosset comme la criée d'un écolier qui a voulu pratiquer toutes les règles de sa rhétorique diffère d'une oraison de'Cicéron, où il est malaisé de les reconnoître. Jç lui en ai dit la même chose , et je crois qu'il l'avoue à présent ; mais cela n'empêche pas qu'il ne soit très bon musicien , et d'ailleurs fort honnête homme et mon bon ami , ni aussi que les règles ne soient bonnes, aussi bien en musique qu'en rhétorique.
• <* Bannius f je crois... »
4o4 LETTRES^
Je VOUS remercie de la lettre qu'il vous a plu faire transcrire pour moi ; mais je n'y trouve rien qui me serve, ni qui ne me semble aussi peu probable que la philosophie de Técole. Pour votre difficulté, à savoir pourquoi les parties très subtiles s'aplatissent plus tôt pour remplir les angles des corps ^ que ne font celles qui sont plus grosses, nonobstant que la màtière des unes et des autres ne diffère rien du tout, elle est aisée à résoudre par cette seule considération, que plus tin corps est petit, plus il « de superficie à raison de la quantité intérieure de sa matière : comme , par exemple , un cube qui n'aura que la huitième partie d'autant de matière qu'un autre n'aura pas seulement un huitième de sa superficie, mais deux huitièmes ou un. quart ^ et ainsi des autres figures : car c'est de la quantité intérieure que dépend la dureté ou résistance à la division , et c'est au contraire la grandeur de la superficie qui la facilite, et avec cela l'extrême vitesse de cette matière très subtile.
Je ne connois pas assez la nature de l'or pour déterminer comment se meuvent ses parties dans l'eau-fôrte autrement que par l'exemple de celles du sel, que j'ai décrites en mes Météores. Mais il y a un million d'expériences qui peuvent prouver le mouvement des parties de l'eau qu'on ne voit point à l'œil, comme quand on a dissous dedans du salpêtre, comment est-ce que toutes les pattiës de ce
sel se vont attacher en forme de bâtons au fond et aux eôtés du vaisseau, si elles ne se remuent en y allant ; enfin , jetez une goutte de vin rouge dans de l'eau, et vous verrez à l'œil comme il coule partout pour se mêler avec elle. Je crois bien que les parties de l'or et des autres corps durs ont quelque mouvement , à cause de la matière subtile qui passe par leurs pores, mais non pas qui les sépare, comme les feuilles et branches des arbres sont ébranlées par le vent sans en être détachées.
Pour la pression de la lune, elle ne peut être sensible sur les lacs , à cause qu'ils n'ont aucune pro- {Portion avec toute la masse de la terre à laquelle cette pression se rapporte.
Le sieur Saumaise a grand tort s'il me prend pour ami de H. auquel je n'ai encore jamais parlé, et que j'ai su avoir aversion de moi il y a long-temps, à cause que j'étoîs ami de Balzac etqu'il est pédant. Mais M. Saum. est ingénieux à se forger des adversaires. H. a fait imprimer un vers à la fin de son livre sur le Nouveau Testament , composé en sa Êiveur par M* de Z *. Il a déclamé contre ce vers en }a préface de son second tome De mûris y que ceux qui flattent ainsi les auteurs des livres qu'ils n'ont point vus, uirem inflare pergunt, etc. M. de Z. s'en plaignit à M. Rivet, auquel M. Sau. écrivît une lettre,
■ « HeinsiiM. »
* « Zaytliebem. »
4o6 LETTRES.
non tant pour s'en excuser que pour se défendre : et M. de Z. a fait quelques remarques sur cette lettre , lesquelles il m'envoya pour me les faire yoir , et je lui en mandai mon sentiment; en telle sorte que je suis assuré , bien que je ne me souvienne plus de ce qui étoit en ma lettre , qui étoit si peu étudiée que je n'en avois pas fait de brouillon , de n'y avoir rien mis au désavantage de M. de Saumaise , sinon peut-être qu'il étoit un peu trop aisé à offenser : ce qu'il vérifie en. s'offensant de moi pour cette lettre; car c'est celle qu'il dit avoir vue, et je n'ai d'ailleurs jamais eu grande familiarité avec lui. .
Je ne suis pas marri que les ministres fulminent contre le mouvement de la terre, cela conviera peut-être nos prédicateurs à l'approuver : et à propos de ceci, si vous écrivez à ce M. ' du C. de B. , je serpis bien aise que vous l'avertissiez que rien ne m'a empêché jusqu'ici de publier ma Philosophie , que la défense du mouvement de la terre , lequel je n'en saurois séparer, à cause que toute ma physique en dépend, mais que je serai peut-être bientôt contraiqt de la publier, à cause des calomnies de plusieurs qui , faute d'entendre mes principes , veulent persuader au monde que j'ai des sentiments fort éloignés de la vérité ; et que vous le priiez de sonder son cardinal sur ce sujet ,
* x r^aadé , attaché an cardiqal de Baigné, »
à cause qu'étant extrêmement son serviteur, je serois très marri de lui déplaire, et qu'étant très zélé à la religion catholique, j'en lévère généralement ' tous les chefs. Je n'ajoute point que je ne me veux pas mettre au hasard de leur censure; car, croyant très fermement l'infaillibilité de l'église, et ne dou* tant point aussi de mes raisons, je ne puis craindre qu'une vérité soit contraire à l'autre.
Vous avez raison de dire que nous sommes aussi assurés de notre libre arbitre que d'aucune autre notion première , car c'en est véritablement une. Quand une chandelle s'allume à une autre, ce n^est qu un même feu qui s'étend d'une mèche à l'autre , pourceque les parties de la flamme, agitées par la matière très subtile, ont la force d'agiter et de réparer celles de cette autre mèôhe, et ainsi ce feu s'augmente, puis il est divisé en deux feux quand on sépare ces deux mèches. Mais je ne puis bien expliquer le feu qu'en donnant toute ma philosophie, et je vous dirai entre nous que je corhmence à en faire un abrégé où je mettrai tout le cours par ordre, pour le faire imprimer avec un abrégé de la j>hilosophie de l'école , tel que celui du P. Enst. ' , sur lequel j'ajouterai mes notes à la fin de chaque question , qui contiendront les diverses opinions des auteurs , ce qu'on eu doit croire de toutes , et leur utilité ; ce que je crois pouvoir faire en telle sorte,
' « Eastache. >•
4q8 LCTTllES.
qu'on verra facilemait la comparaison de l'une, avec l'autre, et que ceux qui n'ont point encore appris la philosophie de l'école l'apprendront beau* coup plus aisément de ce livre que de leurs maîtres, à cause qu'ils apprendront par inéme moyen à la mépriser : et tous les moindres maîtres seront capables d'enseigner la mienne par ce seul livre. Si le père E. à S. P.' vit encore, je ne me servirai pas de son livre sans sa permission ; mais il n'est pas encore temps de la demander ni même d'en parler, à cause qu'il faut voir auparavant comment me^ Méditations de métaphysique seront reçues.
Tout ce que vous m'écrivez touchant la réflexion et la réfraction est entièrenSent selon mes pensées, et je suis bien aise que ce qu'a écrit le père B. vous ait convié à les mièu^ exaniiner j et ce que vous dites des deux diverses déterminations , l'une d'A^ vers D qui demeure toujours la même, et l'autre d'A vers B, qui , changeant tant qu'on voudra , n'emr pèche pas que le mobile n'arrive toujours en temp^ éga) à quelque point de la ligne ÛC, est une chose claire, et une si belle façon pour expliquer madér monstration , que le père B. , ne l'ayant pas voulu entendre, a montré par là qu'il aime mieux que ce soit M. des Argues que vous qui ait l'honneur de sa conversipn. Je crois que ce que je vous écris
> « Eustachtus à Sancto Paulo, *»
> Figure Sg,
LETTRÉS. /jOg
poiir eux en latin est suffisant pour l'obliger à ni'envoyer ses objections s'il en a envie, sans qu'il soit besoin que je en écrive plus particulièrement : car je mande que ptiisqu'il n'y a rien eu qui l'ait empêché de me les envoyer, sinon qu'il n'avoit pas lu la page -jS de ma préface ou de ma Méthode, je me promets qu'il n'y manquera pas dorénavant, puisqu'il sait ce quelle contient.
Je verrai S. Anselme à la première occasion; vous m'aviez ci-devant averti d'un passage de saint Augustin touchant mon ^Je pense , donc je suisy que vous m'avez , ce me semble , redemandé depuis; il est au livre onzième De civitate Deiy chapitre 26: Je suis , etc.
AU R. P. MERSENNE
(Lçttre 14 du tom^ III.)
Da 3 décembre 1640.
Moif RÉVIÉREND PÈRE ,
Ce que vous me mandez de saint Augustin et de saint Ambroise , que notre cœur et nos pensées ne sont pas en notre pouvoir, et que mentent confunduni alioque irahunty etc., ne s'entend que de la
4lO LETTRES.
partie sensitive dé lame , qui reçoit ies impressions des objets, soit extérieurs, soit intérieurs, comme les tentations, etc. Et en ceci^ suis bien d'accord avec eux, et je n'ai jamais dit que toutes nos pensées fussent en tiotre pouvoir; mais seulement que s'il y a quelque chose absolument en notre pouvoir, ce sont nos pensées , à savoir celles qui viennent de la volonté et du libre arbitre, en quoi ils ne me contredisent aucunement; et ce qui m'a fait écrire cela , n'a été que pour faire entendre que la juridiction de notre libre arbitre n'étoit point absolue sur aucune chose corporelle, ce qui est vrai sans contredit.
J'admire qu'on vous ait fait lire le Pentalogas, et si c'est le même qui vous recommande le livre allemand où il y a de si hautes pensées, je n'en puis avoir bonne opinion : en effet, je vois que si ceux des Petites-Maisons faisoient des livres, ils n'auroient pas moins de lecteurs que les autres ; car je ne tiens pas l'auteur du Penialogos en autre rang. C'est un chimiste bohémien demeurant à La Haye , qui mé semble m^avoir fait beaucoup d'honneur, en ce qu'ayant témoigné vouloir dire de moi tout le pis qu'il pouvoit , il n'en a rien su dire qui me touchât.
Je suis extrêmement obligé à M. des Argues, et je veux bien croire que le père Bourdin n'avoit pas compris ma démonstration; car il -n'y a guère de
gens au monde si effrontés que de œntredire à une démonstration qu'ils entendent, quand ce ne seroit que de crainte d'être repris par les autres qui l'entendent aussi; et je voi^ que même vos grands géomètres MM. Fer. et Rob. n'ont pas vu clair en celle-ci : mais cela n'empêche pas que la vélitation du père Bourdin ne contienne des cavillations , qui n'ont pas été inventées seulement par ignorance, mais par quelque subtilité que je n'entends point. Et pour son enclouure, que vous dites consister en ce qu'il ne pouvoit concevoir comment Teau ne retarde point la balle de gauche à droite aussi bien que de haut en bas, il me semble que je l'avois assez prévenue, en ce que, page 1 8 , j'avois fait considérer la réfraction dans une toile, pour montrer qu'elle ne se fait point dans la profondeur de l'eau, mais seulement en sa superficie; et en ce que j'avertis expressément, à la fin de la page 1 8 , qu'il faut seulement considérer vers quel côté se détermine la balle en entrant dans l'eau, à cause que par après, quelque résistance que l'eau lui fasse , cela ne peut changer sa détermination ; comme, par exemple , si la balle qui est poussée d'A ' vers B , étant au point B, est déterminée par la superficie CBE à aller vers I , soit qu'il y ait de l'air au-dessous de cette superficie , soit qu'il y ait de l'eau , cela ne changera point sa dé-
» Figure 40.
4lll LETTRES.
termination, mais seulement sa vitesse, qui dimir nuera beaucoup plus dans l'eau que dans Fair. Mais je crois que ce qui l'aura aussi embarrassé sera le mot de détermination ^ qu'il aura voulu considérer sans aucun mouvement, ce qui est chînié-r rique et impossible; au lieu qu'en parlant de la détermination vers la droite, j'entends toute la partie du mouvement qui est déterminée vers la droite. Toutefois je n'ai pas cru devoir faire mention du mouvement en cela, pour n'embarrasser point le lecteur de ce calcul surprenant de la vé^ litation où il dit que 3 et 4 foi^t 5, et ne perdre point de paroles à l'expliquer; car on peut assez voir en ce que j'ai écrit que j'ai tâché d'éviter les paroles superflues.
J'ai vu la philosophie ile M. de Raconis, mais elle est bien moins propre à mon dessein que celle du père Eustache; et pour les conimbres, ils sont trop longs : mais je souhaiterois bien de bon cœur qu'ils eussent écrit aussi brièvement que l'autre, et j'aimerois bien mieux avoir affaire à la grande société qu'à un particulier. J'espère , avec l'aide de Dieu , que mes raisons seront aussi bien à Tépreuve de leurs arguments que de ceux des autres. Au reste, là dernière lettre que vous m'avez envoyée m'apprend la mort de mon père dont je suis fort triste, et j'ai bien du regret de n'avoir pu aller cet été en France, afin de le voir avant qu'il mour
rut} mais puisque Dieu ne Ta pas permis, je ne crois point partir d'ici que ma Philosophie ne soit faite. Je suis, etc.
A MONSIEUR
(Lettre 117 du tome IL Versioni) Monsieur,
Vous me comblez toujours de tant de civilité et de bons offices, que vous me réduisez au point de ne vous pouvoir jamais satisfaire : mais , à dire le vrai , ce m'est une chose bien agréable et bien avantageuse d'être vaincu de la sorte. Je suivrai le plus exactement qu'il me sera possible vos ordres et vos avis , principalement dans les choses qui regardent la théologie et la religion, où je ne pense pas qu'il y ait rien avec quoi ma philosophie ne s'accorde beaucoup mieux que la vulgaire. Et pour ce qui est de ces controverses qui s'agitent aujourd'hui dans la théologie, à cause des faux prin* cipes de philosophie sur lesquels elles sont fondées, je ne m'ingérerai point dé les vouloir éclaircir, de peur de passer les bornes de ma profession ; mais s'il arrive jamais que mes opinions soient reçues,
4l4 LETTRES.
j ose croire que toutes ces controverses cesseront, et qu'elles tomberont d'elles-mêmes. Il ne me reste plus à présent qu'un seul scrupule, qui est touchant le mouvement de la terre : et pour cela j'ai mis ordre à ce qu'on consultât pour moi un cardinal qui me fait Thonneur de m'avouer pour un de ses amis il y a plusieurs années, et qui est l'un de cette congrégation' qui a condamné Galilée; j'apprendrai volontiers de lui comment je me dois comporter en cela; et pourvu que j'aie de mon côté Rome et la Sorbpnne, ou du moins que je ne les aie pas contre moi, j'espère de pouvoir tout seul soutenir sans beaucoup de peine tous les efforts de mes envieux. Quant aux philosophes, je ne leur déclare la guerre que pour les obliger à une paix- : car , m'apercevant déjà que secrètement ils me veulent du mal , et qu'ils me dressent des embûches , j'aime bien mieux leur faire une guerre ôuverte, afin qu'ils soient, ou victorieux, oi^ vaincus, que d'attendre à les recevoir à mon désavantage. Je ne pense pas aussi que ma philosophie me doive faire de nouveaux ennemis ; bien au contraire, j'espère qu'elle me procurera de nouveaux amis et de nouveaux défenseurs; que si néanmoins le contraire arrîvoit, mon esprit n'en sera point abattu pour cela, et je ne laisserai pas durant la guerre de jouir en mon intérieur d'une paix et d^une tran-
« " Barberin , car Bagne n'en éioit pas. >>
LETTRES. /|i:>
quillité aussi profonde que j'ai fait jusqu'à présent au milieu de mon repos.
Je commence maintenant à m'apercevoir que je ne suis pas tout-à-fait malheureux ; et je vous confesse que j'aurois tort de me repentir d'avoir mis mes écrits en lumière, sachant qu'une personne de votre mérite se donne la peine de les lire avec attention, s'étudie à les bien comprendre, et me sait gré de les avoir publiés. Mais comme il y en a fort peu qui vous ressemblent en cela, j'ai sujet de vous rendre grâces, et vous suis infiniment obligé de Tinsigne faveur que je reçois de vous, d'avoir bien voulu vous mettre de ce petit nombre, et même d'y paroître comme un des plus considérables; ce que je dis, non seulement eu égard aux assurances que vous me donnez de votre amitié , mais aussi pour les belles et savantes remarques dont vous avez accompagné votre lettre. Et véritablement mes pensées sont si conformes à celles qui sont couchées dans cet écrit, que je ne me souviens point d'avoir rien vu jusqu'ici où tout ce qu'il y a de moelle et de substance ( pour ainsi dire ) dans ma Métaphysique soit mieux compris et renfermé que là-dedans. Et afin que vous ne croyiez pas que je ne dis ceci que par manière de compliment et que je ne parle autrement que je ne pense, je marquerai ici deux ou trois endroits qui sont les seuls où j'ai remarqué que vous vousétiez éloi-
4l6 LETTRES.
gtié , non pas de mon sens , mais de la façon ordinaire dont je m'exprime. Il y en a deux en la qiïatrième colonne ; lé premier contient ces mots : ni Dieu n'a pas non plus la faculté de se priver de son existence ; car par ce mot de faculté nous entendons ordinairement quelque perfection ; or ce sepoit une imperfection en Dieu de se pouvoir priver de sa propre existence : c'est pourquoi, pour obvier aux calomnies des médisants, je serois d'avis que vous vous servissiez de ces mots , et il répugné que Dieu se puisse priver de sa propre existence > ou qu'il la puisse perdre d'ailleurs , etc.
Le second est où vous dites que Dieu est la cause de soi-même : mais pourceque ci-devant quelques uns ont mal interprété ces paroles, il me semble qu'il est à propos de les éclaircir en leur donnant l'explication suivante : être la cause de soi-même, c'est-à-dire être par soi et n avoir point d'autre cause de soi-même que sa propre essence , que l'on peut dire en être la cause formelle.
Le troisième endroit que j'ai remarqué est vers la fin de vos annotations, où vous dites que la matière est la machine du monde; au lieu de quoi j'aurois mieux aimé dire que le monde , comme une machine y est composé de matière, oU bien que les cho- , ses naturelles n'ont point d'autre cause de leur mou* vement que les artificielles , ou quelque chose de semblable.
LET*rRES. 4*7
Mais ces fautes sont si légères fit 4^ si petite conséquence, que j'en trouve beaucoup plus à corriger toutes les fois que je repasse les yeux sur nïes propres écrits; et nous ne pouvons jamais être si exacts en ce que nous Caisohs, que nous ne laissions aux chicaneurs aucune matière pour exercer leur style. Au reste, je ne pense pas qu'il y ait rien qui porte plus les hommes à une mutuellé amitié que la conformité de leurs pensées : c'est pourquoi , comme je me persuade aisément que vous tiendrez la promesse que vous me faites d'une par^ faite amitié, de même aussi je vous prie d^ ne point douter du zèle et de l'affection que j'ai pour vous* Je suis, etc.
A MONSIEUR
(Lettre ii8 du tome II.)
Monsieur,
Je suis bien aise que la liberté que j'ai prise de vous écrire mon sentiment ne vous ait pas été désagréable , et je vous suis obligé de ce que vdua témoignez le vouloir suivre , nonobstant que vous ayez des raisons au contraire que je confesse être
4l8 LETTRES.
très fortes : car je ne doute point que votre esprit ne vous puisse fournir de meilleurs divertissements que ne fait le tracas .du monde; et bien que la coutume et l'exemple fassent estimer le métier de la guerre comme le plus noble de tous, pour n)oi, qui le considère en philosophe , je ne l'estime qu'autant qu'il vaut , et même j'ai bien de la peine à lui donner place entre les profession^ honorables, voyant que l'oisiveté et le libertinage sont les deux principaux motifs qui y portent aujourd'hui la plupart des hommes , ce qui jEait que j'aurois un regret inconsolable s'il vous y mésarrivoit. Enfin j'avoue qu'un homme incommodé de maladie se doit estimer plus vieux qu'un autre, et qu'il vaut mieux se retirer sur son gain que sur sa perte. Toutefois , pourcequ'au jeu dont il est ici question je ne crois point qu'il y ait aucun hasard de perte, mais seulement de gagner ou ne gagner pas , il m^e semble qu'il est assez à temps de s'en retirer lorsqu^on n'y gagne plus. Etpourceque j'ai vu souvent des vieillards qui m'ont dit avoir été plus malsains en leur jeunesse que beaucoup d'autres qui sont morts plus tôt qu'eux, il me semble que, quelque foiblesse ou disposition du corps que nous ayôns , nous devons u$er de la vie et en disposer les fonctions en même façon que si nous étions assurés de parvenir jusqu'à une extrême viéillesse: bien qu'au contraire, quelque force ou quelque santé que nous ayons ,
nous devions aussi être préparés à recevoir la niort saris regret quand elle viendra, parcequ'elle peut venir à tous moments , et que nous ne saurions faire aucui;ie action qui ne soit capable de la causer : si nous mangeons un morceau de pain, il sera peut-être empoisonné ; si nous passons par une rue, quelque tuile peut-être tombera d'un toit qui nous écrasera , et ainsi des autres. C'est pourquoi , puisque nous vivons parmi tant de hasards inévitables, îl me semble que la sagesse ne nous défend pas de nous exposer aussi à celui de la guerre , quand, une belle et juste occasion nous y oblige , pourvu que ce soit sans témérité, et que nous ne refusions pas de porter des armes à l'épreuve autant qu'il se peut. Enfin, je crois que, quelque agréables que soient les divertissements que nous choisissons de nous-mêmes, ils ne nous empêchent point tant de peiiser à nos incommodités que font ceux auxquels i\pus sommes obligés par quelque devoir^ et que notre corps s'accoHtume si fort au train de vie que nous me*nons, qu'il arrive bien plus souvent quon s'incommode en sa santé lorsqu'on le change, que non pas qu on la rende meilleure, principalement quand le changement est trop subit : c'est pourquoi il me semble que le meilleur est de ne passer d'une extrémité à l'autre que par degrés. Pour moi , avant que je vinsse en ce pays pour y chercher la solitude, je passai un hiver en France à la campagne,
OÙ je fis mon apprentissage ; et si j'étois engagé en quelque train de vie dans leqdel mon indisposition ne me permit pas de persister long-temps , je ne voudrois point dissimuler cette indisposition y mais plutôt la faire paroître plus grande qu'elle ne seroit, afin de me pouvoir dispenser honnêtement de toutes les actions qui lui pourroi^nt nuire, et ainsi , prenant mes aises peu à peu , de parvenir par degrés à une entière liberté.
Je sais bien que vous n'avez point affaire de ces gros livres; mais afiti que vous ne me blâmiez pas d'employer trop de temps à les lire , je ne les ai pas voulu garder davantage : il est vrai que je ne les ai pas tous lus, mais je crois néanmoins avoir vu tôiit ce qu'ils contiennent. Ledit N. a quantité de forfanteries , et est plus charlatan que savant : il parle entre autres choses d'une matière qu'il dit avoir eue d'un marchand arabe , qui tourne nuit et jour vers le soleil. Si cela étoit vrai la chose seroit curieuse; mais il n'explique point quelle est cette matière. Le père Mersennc'm'a autrefois mandé que c'étoit de la graine d'héliotropium , ce que je ne crois pas véritable , si ce n'est que cette graine ait plus de force en Arabie qu'en ce pays ; car j'eus assez de loisir pour en faire l'expérience , mais elle ne réussit point.
Pour la variation de l'aimant, j'ai toujours cru
qu^eUe neprocédoit que des inégalités de 1^ terre^ ep sorte que l'aiguille se tourne vers le côté où il y a le pluç de la matière qui est propre à l'attirer, et pourceque cette matière peut changer de lieu dans le fond deia mer ou dans les concavités de la terre, sans que les bQmmes le puissent savoir, il m'a semblé que ce changement de variation, qui a été observé à Londres , et aussi en quelques autres endroits , ainsi que rapporte votre Kirkerus , étoit seul^ent une question de fait , et que la philo-r Sophie n'y avoit pas grand droit.
Vous m'avez obligé de m'avertîr du passage de saint Augustin auquel mon je pensât donc Je suis^ a quelque rapport ; je Fai été lire aujourd'hui en la bibliothèque de cette ville, et je trouve véritablement qu'il s^en sert pour prouver la certitudede notre être , et ensuite pour Éaire voir qu'il y a en nous quelque image de la Trinité, en ce que nous sommés , nous savons que nous sommes, et nous aimons cet être et cette science qui est en nous ; au lieu que je m'en -sers pour faire connoître que ce moi qui pense est une subsiànce immatérielles et qui n'a rien de corporel, qui sont deux choses fort différentes; ef c'est une chose qui de soi est si simple et si naturelle à inférer, qu'on est, de ce qu'on doute , qu'elle aurbit pu tomber sous la plume de qui que ce soit : mais je, ne laisse pas d'être bien
aise d'avoir rencontré avec saint Augustin , quand ce ne seroît que pour fermer la bouche aux petits esprits qui ont tâché de regabeler sur ce principe. Ije peu que j'ai écrit de métaphysique est déjà en chemin pour aller à Paris, où je crois qu'on le fera imprimer; et il ne m'en est resté ici qu'un brouil- Ion si plein de ratures , que j'aurois moi-même de la peine à le lire , ce qui est cause que je ne puis vous l'offrir ; mais sitôt qu'il sera imprimé , j'aurai soin de vous en envoy^er des premiers , puisqu'il vous plaît me faire la faveur de le youloîr lire 5 et je serai fort aise 'en apprendra votre ju-^ gfement.
Encore' que la principale raison qui m'a, fait vou& importuner pour l'adresse de mes rêveries de mé^ taphysique soit que j'ai recherché cette occasion pour les pouvoir soumettre à votre censure, et vous prier de m'en apprendre votre jugement, si est-ce que, pensant aux affaires infinies qui, si elles ne sont suffisantes pour vous occuper, ne peuvent au moins manquer de vous interrompre , j'appréhende bien fort que vous n'y puissiez prendre dé .goût ni
' ce Ce dernier alinéa paroît être an fragment d'nne lettre adressée â M. de Zay tHchem , d*aatant que ce fàt par son moyen et par son adresse qae Peiscarte^ ronlat envoyer d'abord à Paris son Traité de Métapl^ysiquf* Voyez la lettre 48 de ce Tolnme , datée da ï i novembre. H paroh , par le commencement de ce fragment et de cette lettre 48 , qne ce fragment est d'ane lettre adressée à M. de Znytlichem, et datée da i x novembre 1640,»
de plaisir , à cause que je ne me persuade pas qu'il soit possible d'y en prendre aucun , je dirois, à méditer sur les iriêmes matières que j'ai traitées, si je ne craignois par là de vous en dégoûter de telle sorte que vous ne daignassiez les regarder; mais je dirai , si ce n'est qu'on prenne au moins la peine de lire tout d'une haleine les cinq premières méditations, avec ma réponse de ce qui està la fin des sixièmes objections , et qu'on n'écrive brièvement sur un papier les principales conclusions, afin qu'on en puisse mieux remarquer la suite. Je serois malavisé de vous avertir dé cela, si je le faisois comme pour vous donner quelque instruction que vous pouvez prendre meilleure de vous-même; mais pourceque cette instruction vôus coûteroit nécessairement le temps et la peine de parcourir une partie de cet écrit, et que je ne le fais que pour vous épargner l'un et l'autre, je m'assure que vous trouverez bon que je ^vous prie de ne point commencer à lire ces rêveries que lorsqu'il vous plaira y perdre deux heures de suite , sans être diverti par personne , et je serai toute ma vie , etc.
A MONSIEUR ***
(Lettre 3j du tome II.) , Monsieur,
Si vous n'aviez jamais dit aucun bien de moi , je n'aurois peut-être jamais eu de familiarité avec aucun prêtre de ces quartiers, car je n'en ai qu'avec deux, dont l'un est M. Bannius, de qui j'ai acquis la connoissance par l'estime qu'il avoit ouï que vous faisiez du petit Traité de musique qui est autrefois échappé de me& mains; et l'autre est son intiihe ami , .M. Bloemert, que j'ai aussi connu par même occasion. Ce que je n^écris pas à dessein de vous en faire des reproches : car au contraire je le§ ai trouvés si brèves gens > si vertueux et si exempts des qtsalités pour lesquelles j'ai coutume en payç d'éviter la fréquentation de <:eux de leur robç, que je compté leur connoissance entre les obligations que je vous ai; mais je suis bien aisé d'avoir ce prétexte pour excuser un peu l'importiinité de la prière que j'ai ici à vous faire en leur faveur. Ils désirent une grâce de son Altesse , et pensent la
' « Zay tiichem , 1640»»
pouvoir obtepir de sa clémence par votre intercession. Je ne sais point le particalier de leur affaire; naais si vous permettez à M. Bloemert de vçus en entretenir, je m^asiiure qu'il vous l'exposera en t^le sorte, que vous ne trouverez rien d'incivil en sa requête, nï moins de prudence et de raison en ses discours qu'il y a d'art et de beauté dans les airs que compose son ami; et je dirai. seu-^ lement ici que jç crois les avoir assez fréquentés pour çonnoître qu'ils ne sont pas de ces simples qui se persuadent qu'on ne peut être bon cathdlique qu'en favorisant le parti du coi qu'on nomme catholique, ni de cfô séditieux qui Te persuadent aux simples, «t qu'ils sont trop dans le bon sens et dans les maximes de la bonne morale. A qupi j'ajoiite qu'ils soQt ici trop accommodés et trop à leur aise dans la médiocrité de leur condition ecclésiastique, et qu'ils chérissent trop leur liberté , pouï* n'être pas bien affectionnés à l'état dans lequel ils vivent. Que si on leur impute à crime d'être papistes, je veux dire de recevoir leur mission du pape, et de le reconnaître en même façon que font les cathc^iques de France et de tous les autres pays où il y en a, sans que cela donne de jalousie aux souverains qui. y commandent, c'est un crime si commun et si essentiel à ceux Se leur profession , que je ne mè saurois persuader qu'on le veuille punir à la rigueur en tous ceux qui en sont
coupables; et si ^juelques uns en peuvent être exceptés, je m'assure qu'il n'y ei^ a point qui le méritent mieux que ceux-ci , ni pour qui vous puissiez plus utilement vous employer envers son Altesse ; et j'ose dire que ce seroit un grand bien pour le pays que tous ceux de leur profession leur ressemblassent. Voqs trouverez peut-être étrange que je vous écrive de la sorte de cette affaire, principalement si vous savez que je le fais de mon mouvement, sans qu'ils m'en aient requis et nonobstant que je juge qu'ils ont plusieurs autres amis, dont ils peuven» penser que les prières auroîent plus de force envers voùs que les miennes, et même que je sais que l'un d'eux vous est très connu ; mais je vous, dirai qu'outre l'estime particulière que je fais d'eux , et le désir que;j'ai de les servir , je considère aussi en ceci mon propre intérêt : car il y en a en France entre mes faiseurs d'ôbjections qui me reprochent la demeure de ce pays, à cause que l'exercice de ma religion n'y est pas libre; même ils disent que je ne suis pas en cela si excusable que ceux qui portent les armes pour la défense de cet état, pourceque les intérêts en sont joints à ceux de la France, et que je pourrois faire partout ailleurs le même que je fais ici; à quoi je n'ai rien de meilleur à répondre , sinon qu'ayant ici la libre fréquentation et l'amitié de quelques ecclésiastiques , je ne sens point <![ue ma conscience
y soit contrainte. Mais si ces ecclésiastiques étoient estimés coupables, je n'espère pas en trouver d'autres plus innocents en ce pays, ni dont la fréquentation soit plus permise à un homme qui aime si passionnément le repos qu'il veut éviter même les ombres de tout ce qui pourroit le troubler, mais qui n'est pas pour cela moins passionné pour le service de tous ceux qui lui témoignent de l'affection , et vous m'en avez déjà témoigné en taqt d'occasions, qu'encore que je ne pourrois rien obtenir de vous en celle-ci, je ne laisserois pas d'être toute ma vie, etc.
AU R. p. MERSENNE'.
(Lettre 5o du tome II.)
Mon révérekd père.
Je ne viens que de recevoir vos lettres Une heure ou deux avant que le messager doive retourner, ce qui sera cause que je ne pourrai pour cette fois répondre à tout ponctuellement; mais pourceque la difficulté que vous proposez po(ir le conarium
* « On voit bien qne cette lettre est écrite an mois de décembre 1640, Je la fixe au 3x décembre. »
semble être ce qui presse le plus , et que l'honneur que me Élit celui qui veut défendre publiquement ce que j'en ai touché en ma Dioptrique m'oblige à tâcher de lui satisÊiire , je ne veux pas attendre à Tautrc voyage à vous dire que ^/a?H/fi/a pituiiaria a bien quelque rapport cum giandaia pineati^ én ce qu'elle est située cqmme elle entre les carotides et en la ligne droite par où les esprits viennent du cœur vers le cerveau, mais qn'on ne sauroit soupçonner pour cela qu'elle ait même usagé , à cause qu'elle n'est pas comme l'autref dans le cerveau j mais au-dessous et entièrem^t séparée de sa masse dans une concavité de l'os sphénoïde qui est foite exprès pour la recevoir, eiiam infra durant meningem^ si j'ai bonne mémoire, outre qu'elle est entiètement immobile, et nous éprouvons en imaginant que le siège du sens commun, c'est-à-dire la partie du cerveau en laquelle l'âme exerce toutes ses principales opérations , doit être mobile. Or ce n'est pas merveille que cette glandulayituiiaria se rencontre où elle est, entre le cœur et le conarium^ à cause qu'il s'y rencontre aussi quantité de petites artères qui composeiçit le pkxut mirapilis^ et qui ne vont point du tout jusqu'au cerveau; car c'est quasi une règle générale partout le corps, qu'il y a des glandes où plusieurs branches de veines ou d'artères se rencontrent; et ce n'est pas merveille aussi que les carotides en-
voient en ce lieu-là plusieurs branches, car il y eh faut pour nourrir les os et les autres parties , et aussi pour séparer les plus grossiàres parties du sang 9 des plus subtiles qui montent seules par les branches les plus droites de ces carotides, jusqu'au dedans du cerveau où est le conarium. Et il ne faut point concevoir que cette séparation se fasse autrement que meckanice^ de tneme que s'il flotte des joncs et de l'écume sut* un torrent , lequel se divise quelque part en deux branches, on verra que tous ces joncs et cette écume iront se rendre en celle où l'eau coulera le moins en ligne droite. Or c*est avec grande raison que le conarium ést semblable à une glande, à cause que le principal office de toutes les glandes èst de recevoir les plus subtiles parties du sang qui exhalent des vaisseaux qui les environnent, et le sien de r^ecevoir en même façon les esprits animaux. Et d'autant qu'il n'y a que lui de partie solide en tout le cerveau qui soit unique, il faut de nécessité qu'il soit le siège du sens commun , c'est-à-dire de la pensée, et par conséquent de l'âme. Car l'un ne peut être séparé de l'autre; ou bien il faut avouer que l'âme n'est point immédiatement unie à aucune partiesolide du corps, mais seulement aux esprits animaux qui sont dans ses concavités, et qui rentrent et sortent continuellement ainsi que l'eau d'une rivière , ce qui seroit estimé trop absurdé ; outre que la situation du co-
narium est, telle, qu'on peut fort bien' entendre comment les inîages qui viennent des deux yeux, ou les sons qui entrent par les deux oreilles , etc. , se doivent unir âu lieu où il est, cç qu'elles ne sauroient faire dans les concavités , si ce n'étoit en celle du milieu ou dans le conduit au-dessus duquel est le conarium, ce qui ne pourroit sufi^re , à cause que ces. concavités ne; sont point distinctes des autres où les images sont nécessairement doubles. Si je puis quelque autre chose pour celui qui vous* avoit proposé ceci , je vous prie de l'assurer que je ferai très volontiers tout mon possible pour le satisfaire. ^
Pour ma Métaphysique, vous m'obligez extrêmemjBnt des soinà que vous en prenez, et je me remets entièrement à vous pour y corriger ou changer tout ce que vous jugerez à propos; mais je m'étonne que vous me promettiez les objections de divers théologiens dans huit jours , à cause que je me suis persuadé qu'il falloit plus de temps pour y remarquer tout ce qui y est ; et celui qui a fait les objections qui sont à la fin l'a jugé de même. C'est un prêtre d'Alcmaer ', qui ne veut point être nommé; c'est pourquoi si son nom se trouve en quelque lieu, je vous prie del'effacero II faudra aussi, s'il vous plaît, avertir l'imprimeur de changer les chifftes de ses objections où les pages des Méditations sont ci-
' « Sans doute M. Caterus. Voyez li lettfe suivante. »
LETTRES. L^:}î
tée$, pour les faire accorder avec les pages imprimées.
Pour ce que vous dites que je n'ai pas mis un mot de l'immortalité de l'âme, vous ne vous en devez pas étonner ; cçr je ne saurois pas démontrer que Dieu ne la puisse annihiler, mais seulement qu'elle est d'une nature entièrement distincte de celle du corps, et par conséquent qu'elle n'est point naturellement sujette à mourir avec lui , qui est tout ce qui est tequis pour établir la religion ; et c'est aussi tout ce que je me suis proposé de prouver. Vous ne devez pas aussi trouver étrange que je ne prouve point en ma seconde méditation que l'âme soit réellement distincte du corps, et que je me contente de la faire concevoir sans le corps, à cause que je n'ai pas encore en ce lieu -là les prémisses dont on peut tirer cette conclusion; mais on la trouve après en la sixième méditation : et il est à remarquer en tout ce que j'écris, que je ùe suis pas l'ordre des matières , mais seulement celui des raisons , c'est-à-dire que je n'entreprends point de dire en un même lieu tout ce qui appartient à une matière , à cause qu'il me seroit impossible de le bien prouver , y ayant des raisons qui doivent être tirées de bien plus loin les unes que les autres ; mais en raisonnant par ordre , à facilioribus ad difjiciliora j j'en déduis ce que je puis, tantôt pour une matière, tantôt pour une autre, ce qui est à mon
452 LETiniES.
avis le vrai chemin pour bien trouver et expliquer la vérité; et pour l'ordre des jnatières, il n'est bon que pour ceux dont toutes les raisons sont détachées , et qui peuvent dire autant d'une difficulté que d'une autre. Ainsi je ne juge pas qu'il soi^ ancuneraent à propos, ni même possible , d'insérer dans mes Méditations la réponse aux objections qu'on y peut faire; car cela en interromproit toute la suite, et même èteroit la force de mes raisons , qui dépend principalement de ce qu'on se doit détourner la pensée des choses sensibles , desquelles la plupart des objections seroient tirées : mais j'ai mis celles de Caterus à la fin , pour montrer le lieu où pourront aussi être les autres s'il çn vient; mais je serai l^ien aise qu'on prenne du temps pour les faire , car il importe peu que -ce Traité soit encore deux ou trois ans sans être divulgué: et pourceque la copie en est fort mal écrite, et qu'elle ne pourroit être vue que par un à la fois, il me semble qu'il ne seroit pas mauvais qu'on en fit imprimer par avance , vingt ou trente exemplaires; et je serai fort aise de payer ce que cela coûtera, car je l'aurois fait faire dès ici, sinon que je ne me suis pas fié à aucun libraire, et que je ne voulois pas que les ministres de ce pays le vissent avant nos théologiens. Pour le style, je serois fort aise qu'il fut meilleur qu'il n'est ; mais réservé les fautes de grammaire , e'il y en a, ou ce qui peut sentir la phrase fi^nçoise,
tomme in dubium ponere pour tetocare ^ je crains qu'il ne s'y puisse rien changea sans préjudice du sens, comme en ces mots, nempequicquid haàtenus ut maxime verum admisi, vel a sensibus vel per 9en$us accepi, qui ajouteroit falsum esse, comme vous me mandez, changeroit entièrement le senSj qui est que j'ai reçu des sens ou pai* les sens, fout ce que j'ai cru jusqu'ici être le plus vrai. De mettre erutis fundamentis, au lieu de sujfçssis p il n'y a pas si grand mal , à cause que l'un et l'autre est latin et signifie quasi le même ; mais il më semble encore que le dernier n'ayant que la seule signification en laquelle je le prends , est bien aussi pi^opre que l'autre, qui en a plusieurs. Je vous enverrai peut-être dans huit jours un abrégé des principaux points qui touchent Dieu et l'âme , le^ quel pourra être imprimé avant les Méditations ^ afin qu*on voie où ils se trouvent ; cai* autrement je vois bien que plusieurs seront dégoûtés de ne ]pas trouver en un même lieu tout ce qu'ils cherchent. Je serai bien aise que M dès Argues soit aussi un de mes juges , s'il lui plaît d'en prehdre la peine, et je me fie plus en lui seiil qu*en trois théologiens. On ne me feta point aussi de déplaisir de me faire plusieurs objections, car je me promets qu'elles serviront à faire mieux connoître la vérité, et grâces à Dieu je n'ai pas peur de n'y pouvoir satisfaire : l'heure me contraint de finir. Je suis , etc.
ANNÉE l64l.
AU R. P. MERSENNE'
(Lettre 5 1 du tome IL) MOK ItiviÊREND PÈRK,
Je n'ai point reçu de vos lettreîs à ce voyage, mais poin?ceque je n'eus pas le temps il y a huit jours de vous répondre à tout , j'ajouterai ici ce que j'avois omis. Et premièrement je vous envoie un argument de ma Métaphysique , qui pourra , si vous l'approuvez, être mis au-devant des six Méditations; ensuite de ces ipots qui les précèdent, easdem quas ego ex iis conclusiones deducturos , on ajoutera sed quia insex sequentibus Med.^etc. On pourra voir là en abrégé tout ce que j'ai protivé de l'immortalité de l'âme , et tout ce que j'y puis ajouter en donnant ma Physique ; et je ne saurpis sans pervertir l'ordre prouver seulement que l'âme est dis-
> « Cette lettre ii*est pas datée, mais par les premières lignes on Tott qiTelIê est fle hfit jomrk pins tard que la précédente , qui étant fixée ao 3 1 décembre, fixe cePis-ci an 8 janvier. •»
tincte du corps avant l'existence de Dieu. Ce que vous dites , qu'on ne sait pas si l'idée d'un être très parfait n'est point la même que celle du monde corporelj est aisé à résoudre, par cela même qui provoque que Tâme est distincte du corps ^ à savoir, parcequ'on conçoit toute autre chose en l'un qu'en l'autre ; mais il est besoin pour cela de former des idées distinctes des choses dont on veut juger, ce itjue l'ordinaire des hommes ne fait pas, et c'est principalement ce que je tâche d'enseigner par més Méditations ; mais je ne m'arrête pas davantage sur ces objections , à cause que vous me promettez de m'envoyer dans peu de temps toutes celles qui se pourront faire, sur quoi j'ai seulement à Vous priei^ qu'on ne se hâte point : car ceux qui ne prendront pas garde à tout , et se seront contentés de lire la seconde méditj^tion pour savoir ce que j'écris de l'âme, ou la troisième pour savoir ce que j'écris de Piieu , m'objecteront aisément des choses que j'ai déjà expliquées; Je vous prie, en l'endroit où j'ai mis Juxta leges logicœmem, de mettre au lieu juxia hges verœ logicœ : c'est environ le milieu de mes réponses ad Caterum ^ où il m'objecte que j'ài emprunté moki argument de saint Thomas; et ce qui me fait ajouter meœ ou verœ au mot logicœ , est que j'ai lu des théologiens qui , suivant la logique ordi*naire, quœrunt prius de Deo quid sit, quam quœsiverint an sit. Vous avez raison qu'où j'ai mis quod^
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faculia$ ideam Ùei in se habendi esse non posset in nostro intellectu, si ille, etc. , au lieu de ille il vaut Inieux dire hic; c'est environ la quatrième ou cinquième page de ma réponse aux objections , et il est bon aussi de mettre sui causant au lieu de eausam en la ligne suivante, comme vous remarquez. Pour ce que je mets ensuite que nihil pqtest esse in me, hoc est in mente y cujus non sim conscius, je l'ai prouvé dans les Méditations , et il suit de ce que l'âme est distincte du corps , et que son essence est de penser. Pour la période où vous trouvez de l'obscurité , que ce qui a la puissance de créer ou conserver quelque chose séparé de soi-même ^ a aussi à plus forte raison la puissance de se conserver^ etc., je ne vois guère de moyen de la rendre plus claire, sans y ajouter beaucoup de paroles qui n'auroient pas si bonne grâce en une chose dont je n'ai touché qu'un mot en passant. 11 est bon où je parle de infinitQ de mettre, comme vous dites , infinilum^ quatends infinitum est, nullo modo a nobis comprehendi; le monde fortasse limiiibus caret ratione extensionis, sed non ratione potentiœ, intelligentic^ ^ etc. Et sic non omni ex parte linûtibus caret. Un peu après on peut mettre, comme vous dites , qtia derenullum dubium esse potest, après le mot aliquid reate , en 3'enfermant entre deux parenthèses; mais il ne me semble pas obscur de la façon qu'il est , et on trouvera mille endroits dans Cicéron qui le sont plus.
Il me semble bien clair qu'existentia possiiHUs continetur in omni eo quod clare intelligimus , quia ex hoc ipso quod clare intelligtmus, sequilur illud a Deo po$8e creari. Pour le mystère de la Trinité, je juge avec saint Thomas qu'il est purement de la foi, et ne se peut connoître par la lumière naturelle ; mais je ne nie point qu'il n'y ait des choses en Dieu que nous n'entendons pas, ainsi qu'il y a même en un triangle plusieurs propriétés que jamais aucun mathématicien ne connoîtra, bien quêtons ne laissent pas poilr cela de savoir ce que c'est qu'un triangle. Il est certain qu'il n'y a rien dans l'effet quod non contineatur formaliter vel eminenter in causa EfFiciENTE et TOTALi, qui sont deux mots que j'ai ajoutés es;pressément : or le soleil ni la pluie ne sont point la cause totale des animaux qu'ils engendrent: J'achevois ceci lorsque j'ai reçu votre dernière lettre, qui me fait souvenir de vous prier de m'écrire si vous avez su la cause pourquoi vous ne reçûtes pas ma Métaphysique au voyage que je vous l'an vois envoyée, 'ui même sitôt que les lettres que je vous avois écrites huit jours après, et si le paquet n'avoit point été ouvert, car je l'avois donné au ipême messagèr. Je vous remercie du majorem que vous avez changé en majus, conâme il faltoit. Je ne m'étonne pas qu'il se trouve de telles fautes en mes écrits; car j'y en ai souvent rencontré moi-même de telles , qui arrivent lorsque j'écris en pensumt
aHleurà; mais je lu'étcmhë que trois ou qiiati^ de ipçs amis qui ont lu cela ne m'avoiest pas averti du ^oléci^e. Je ne serai pas marri de voir ce qoe M. Morin a écrit de Dieu , à cause que vous dites qu'il procède en mathématicien , bien qu^inter nos je n'en puisse beaucoup espérer, à cause que je' n'ai point ci-devant ouï parler qu'il ^e mêlât d'é^ qrire de la sorte, non plus que l'autre imprimé à i^a Rochelle. M. de Z. est de retour , et si vous lui eavoyez cela avec le discours de l'A^nglois je les pourrai recevoir par lui ^ poui'vu toutefois qu'il aoit prié de me les envoyer promptement , car il a tant d'autres affaires qu'il les pourroit oublier. Au r^te, réservé ce qui touche ma Métaphysique , à quoi je ne manquerai pas de répondre sitôt que vous me l'aurez envoj^é^ je serai bien aise de n'avoir que le moins de divertissements qu'il se pourra, ^u moins pour cette année, que j'ai résolu d'employer à écrire ma Philosophie en tel ordre qu'elle puisse aiséinent être enseignée; et la première partie que je fais maintenant contient quasi les mêmes çhoses que les Méditations que vous avez , sinofl qu'elle est entièrement d!autre style, et que ce qui est ns^is en l'un tout au long, est plus abrégé en l'autre , et vice versa.
Je crois n'avoir plus rien à répondre au pèré B. *,
* Thomas Hobbes.
sinon que pour ce qu'il met que d'autres des leurs pourroient encore me réfuter devant leurs disciples» sans m'apprendre leurs réfutations , faute d'avoir lu le lieu de la Méthode où je les en prie , je tiens cela pour une défaite, et je vous assure que si je puis apprendre qu'aucun d'eux me fasse injustice , je le saurai faire éclater en boii lieu, et il faudra que je tâche d'avoir ce qu'il dicte maintenant touchant la réfle^cipu à ses disciples. Pour Je billet du père Gib. ', je n'y réponds aussi encore rien ; car puisqu'il veut in 'écrire et faire voir mes Méditations à leur géné-^ ral, je dois attendre cela , et je serai bien aise qu'ils ne. se hâtent point. Je vous souhaite une heureuse nouvelle année.
Je ne manquerai d envoyer un transport à M. Soly, pour le privilège, sitôt qu'il en sera besoin, et aussi la cppie du privilège si vous ne l'avez. Je crois que dans l'impression U faudra nommer Car testas, ^ cause que le nom Frsçuçois est trop rude en latin. Je pi:iepieu pour les âmes de MM. Dounot et de Bea^grand ; mais pour M. de Beaune je prie Dieu qu^il Iç conserve , cap*, puis^que vous n'avez point dç 119U villes de sa mort, je ne la veux pas croire ni m'en attrister avant le temps, et je le regretterois eictrém^ent, car je le tiens pour un des meilleurs esprits qui soient au mondé. Je siiis , etc.
• Gibieaf.