‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 11 sur 15 · X.BTTRSS · texte numérisé non relu

X.BTTRSS

AU R. P. MKRSENNE'.

(Lettre. Sa du tome II.) MOW RÉVÉREND PÈRE ^

Les glaces sont maintenant cause que notre mes-* sager arrive si tard, que je ne reçus il y a huit jours votre dernière, du troisième jour de Tan, qu'à rheure même que l'ordinaire devoit retourner. J'ai été bien aise d'avoir* les objections que vous m'avez envoyées, et je suis obligé à ceux qui ont pris là peine de les faire. La lettre qu'on vous avoit adressée pour moi vient de Rennes, de cehii auquel j'avois ci-devant écrit, qui vous en adressera encore ci-après plusieurs autres si cela ne vous importune, car c'est un mien intime ami*, auquel j'ai résolu de laisser tout le soin des affaires que la mort de mon père me peut avoir laissées en ce pays-là, afin de n'être point obligé de partir d'ici que ma Philosophie ne soit achevée et imprimée.

> « Cette lettre est da a i janvier ; car il y avoit huit jouis que Deiicfrte» avoit reça la lettre du P. Mersexme , 4° 3 de Fan , quand il écrivoit celleci ; or il falloit bien encore sept on hnrt jbnrs pour le chemin de la lettre. Donc celle-ci est du ai janvier 164t. »

« « M. de la Villeneuve dn Bouëxic. »

Je serai bien aise dè recevoir encore d'autres objections des docteurs , des philosophes et des géomètres , comme vous me faites espérer ; mais U ^ra bon que les derniers voient celles des premiers, et aussi celles qui m'ont déjà été envoyées, afin qu'ils ne répètent point les rtiémes choses; et c'est , ce me semble, la meilleure invention qu'il est possible pour faire que tout ce en quoi le leçteur pourroit trouver de difficulté se trouve éclairci par mes réponses; car j'espère qu'il n'y aura rien en quoi je ne satisfasse entièrement avec l'aidé de Dieu; et j'ai plus de peur que les objections que l'on me fera soient trop foibles , que non pas qu'elles soient trop fortes. Mais, comme vous me man-* dez de saint Augustin, je ne puis pas ouvrir les yeux dès lecteurs, ni les forcer d'avoir de Tatten^ tion aux choses qu'il faut considérer pour <ionnoitre clairement la vérité , tout ce que je puis est de la leur montt^er comme du doigt. M. de Zuyt. m'envoya hier le livre de M. Morin avec les trois feuilles de l'Anglois : je n'ai pas encore lu le premier; mais pour les dernières, vous verrez ce que j'y réponds. Je l'ai mis en un feuillet à part, afin que vous lui puissiez faire voir si vous le tfouve^ à propos ; .et aussi afin que je ne soiâ point obligé de répondre au reste de la lettre que je n'ai pas encore: car, entre nous , je vois bien qu'il n'en vaudra pas la peine; et puisque c'est un homme qui témoigne

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feive qu«lqiieélat de moi, je serois marri de te désobliger. Je n'ai pas pëur que^a^flosidpfafe s^in- Ue la mienne ^ encorie qwHl ^ne veuttle considérer comme moi que les figures et les mou vèi»ents >> û# sont bien liss vrais principes, mais s\ on commet des £saites en les suivant, elles paroissent si ckif émeut à ceux qui ont un peu d'entendement, iqu^il ne faut pas aller si vite qu'il fait p<!)iur y bien réussir. J0 prie Dieu qu'il Vous conserve en santé r housuvons aussi eu- ici plusieurs malades, et je ij'ai'été oiecupé tous ceis jours qu'à en visiter et à écrire des tcttres de consolation.

Je reviens à votre lettre du vingt-troisième décembre, à laquelle je n'ai pas encore feit réponse. Le passage de saint Augustin touehamt ceci, à savc»r, que Dieu est ineffable^ ne dépend que d'uiie petite? distinction qtir est bien aisée à eiiitendre : Non p&$^ êoffnuê o,rmia quce in Deo sunt verbiè cotnpUcti, née eïiéim mente çompfehendere, ideoque Deus est ineffàkilis et tneùmprehen^ibili^ ; sed multà tamen sunt f'ê^ vera^ inDeo î sive ad Deum pertinent j quœ possunms mepte attingere^ ac veriis exprimere ; mo e^m pkêmquanv in uUa aUare ^ idevque hoc senêu Dem eê^ fMivime CùgfiôÉcibilis et éfjhbiltê^. Ihut ce qiïe \ou^ proposez ici de la réfraétion eàt ërès vrai , à savoir; qtie si la balle qui vient d'A' vers B perdoit piï <jtïèlque pôint de la Hghe AB tout te wiottvemettt

• Figure 41*

LETTTIES.

cj[vii la porte» de gauche à droite ^ sans rién perdré de celui qui la porte de haut en bas, elle commieii* «QiçrcHt ^ m point-là à descendre à plonab; et <pie si elle ipéi^oit tout le raouvement qui la porte , do baut en ba^ saitô perdre l'autre 4 elle iroit bott^izontalement 'de gauche à droite : car perdant ce mou^^ yement, oii perd au$$i la détermination quii lui est jointe, mais la détermination se peut bien perdre sans mouvement.

Assurez-vous qu'il n'y a rien en ma Métaphysique que ne croi^ être vel tumine naturali nôtimmum > velctccurate detnon&tratum ^ et que je mç fais fort de le £à\re entendre à ceux qui voudront et pourront y ipéditer : mais je ne puis pas donner de l'esprit aux hommes, ni faire voir ce qui est au fond tfun ca-^ binet à das'gens qui ne veulent pas entper deckms pour le regarder,

: Je crois bien qu'mlf r carpôrA pkysica il n'y en ^ guère ^c]B nonatterantur una ab aliis ^ quia, constani parUculis variêixum figurartm, et fteri p&teêt ui aerh vel cujmlibet àlterim i£niU$simi corporis pur-ticula sii talià figura , et incurrat tali modo in partie mlàm aeri$ y vel cujmlibst aliet'im corporûden^uimi mit durisêimi , ut in illam • ppm t kgère ; mais c^ B^est pas à ditié pour cela .que minima' vis pcmit aU^ ftianiulum movere id qtèod maxime resittit; et aussr nuilutn corpus motfet^nisi moveatur; et votreii^tàride de l!iûmajrit ne ; presse pas ; o^^ on peut dire qufe ce

pas lui iitimédiatetnent qui tire le fer, tnais qu il le fait par reotremise de quelque matière subtile qui se m^ut pour lui : ^ed et si hoc verum sit de corporib^uSj guis dixit ilU authori idem esse de omni alicL^ubslantia ? nempe nullam aliam agnoscit, sed in eo errat. De dire que les pensées ne sont que des mouvements du corps , c'est chose aussi apparente que de dire que le feu est glace ou que le blanc est noir, etc. , car nous n'avons point deux idées plus diverses du blanc et du noir que nous en avons du mouve^etit et de la pensée ; et nous n'avons point d'autre voie pour connoître si deux choses sont diverses ou une même que de considérer si nous én avons deux diverses idées ou une seule. Je ne serois pas marri de savoir qui vous a dit que j'avois ici des ouvriers : car bien que ce soit une chose si éloignée de la vérité qu*il n'y a personne qui me connoisse tant soit peu qui ne sache assez le contraire , je serois toutefois bien aise de savoir qui sojat ceux qui se plaisent à mentir ainsi à mes dépens. Je suis marri de la mort du pèrè Eustache , car encore que cela me donne plus de liberté* de faire mes notes sur sa Philosophie , j'eusse toutefois mieux aimé le faire par sa permission, et lui vivant» Je vous prie d'assurer, M. de Beaune que je suis extrêmement son serviteur, mais que jd n'ai aucune espérance en ses verres concaves et convexes. Si je fusse allé en France Tété passé, cotnroè

je pensois' , il eût été l'un des premiers que j'eusse été voir, car j'eusse pris mon chemin par Biois tout exprès, et peut-être que nous eussions pu aviser ensemble à quelque moyen pour les hyperboliques, plutôt en les rendant convexes des deux côtés; mais de faire un concave et un con'vexe,^ c'est une chose qui me semble trop difficile. Je n'ai pas le loisir d'achever ma réponse aux objections contre ma Métaphysique, ce qui me contraint d'attendre au prochain voyage à vous les envoyer. Je suis, etc.

A MONSIEUR

(Lettre 107 du tome 1.)

MoNSIECR,

Je viens d'apprendre la triste nouvelle de votre af&iction, et bien que je ne me proxpette pas de rien mettre en cette lettre qui ait grande force pour adoucir votre douleur, je ne puis toutefois

> « Cette lettre est de M. Deséartes k ran gentilhomme qui avoit perda son frère. Comme Descartes y dit qu'il avoit senti depnis pen la perte de deox personnes qai lai étoient très chères , on voit bien qn'il entend la mort de son père et de sa fille, arrivée sur la fin de 1640. C'est ponrqnoi je place cette lettre le 10 janvier 164 1. » ' 1 ^

m'absteair d'y tâcher, pour vous témoigner ati moins que j'y participe. Je né suis pas de ceux qui es^tiiuent que les larmes et la tristesse n'appartiens nent qu'aux femnîes, et que pour parokrelionime de cœur oa se doive contiraindre à montre^ toujours w visage tranquille ; j'ai senti depuis p€ai 4a perte de deux personnes qui m'étoient très proches, j'ai éprouvé que oeux qui me vouloient défendre la tristesse Tirritoient, àu lieu que j'étois soulagé par la complaisance de ceux que je voyois touchés de moji déplaisir. Ainsi je m'assure que vous me souffrirez mieux si je ne m'oppose point à vos larmes , que si j'entreprenois de vous détourner d'un ressentiment que je crois juste; thais il doit néanmoins y avoir quelque mesure, et comme ce seroit être barbare de ne se point affliger du tout lorsqu'on en a du sujet, aussi seroit-ce être trop lâche de s'abandonner entièrement au déplaisir , et ce seroit faire fort mal son compte que de ne tâcher pas de tout son pouvoir à se délivrer d*urie passion si incommode. La profession des arUQès en laquelle vous êtes nourri accoutume, les homnies à voir iQourir inopinément leurs meilleurs amis, et il n'y a rien au monde de si fâcheux que l'accoutumance ne le rende supportable. Il y a, ce me semble, beaucoup de rapport entre la perte d'une m^in et d'un frère : vous avez ci-devant souffert la première sans que j'aie jamais remarqué que vous en

fussie^i £»ffligé, pourquoi Iç serièz-vôus davantage de la sepondeP Si c'est pour votre prppre iutérêt^ il est cerjtain que vous la pouvez mieux réparer que rauti*e, en ce que l'acquisition d'un fidèle ami peut autant valoir que l'amitié d'un ban frère; et si c'est pour l'intérêt de celui que vous regrettez j comme sans doute votre générosité ne vous permet pas d'être touché d'autre chose, vous savez qu'il n y a aucune raison Jni religion qui fasse craindre du mal après cette vie à ceux; qui ont vécu en gens d'honneur, mais qu'au ^contraire l'une et l'autre leur promet des joies et des récompenses. Enfin, monsieur, toutes nos afflictidns, quelles qu'elles soient, ne dépendent que fort peu 4e raisons auxquelles nous les attribuons, mais seulement de l'émotion et du trouble intérieur que la nature excite en nous-mêmes; car lorsque cette émotion est apaisée , encore que toutes les raisons que nous avions auparavant demeurent les mêmes, flous ne nous sentons plus affligés* Or je ne veux point vous conseiller d'employer toutes les forces de votre résolution et constance pour arrêter tout d'un coup l'agitation intérieure que vous sentez, ce seroit peut-être un remède plus fâcheux que la maladie ; mais je ne vous conseille pas aussi d'attendre que le temps seul vous guérisse , et beaucoup moins d'entretenir et prolonger votre mal par vos pensées; je vous prie seulement de tâcher peu

à peu de Tadoucir, en ne regardant ce qui vous est arrivé que du biais qui vous le peut faire paroître le plus supportable , et en vous divertissant le plus que vous pourrez par d'autres occupations. Je sais bien qiie je nè vous apprends ici rientle nouveau , mais on ne doit pas mépriser les bons remèdes pour être vulgaires, et m'étant servi de celui-ci avec fruit, j'ai cru être obligé de vous récrire : car je suis, etc.

AU R. P. MER SENNE

(Lettre 3o du tome Hl. Veréion.)

Mon RÉVIEREND PÈRE ,

J'ai lu une partie de la lettre qui vous a été envoyée d'Angleterre , que M. dé Zuytlichem m'a fait la faveur de me prêter ^ et je me suis fort étonné de ce que celui qui l'a écrite, pa^oissant par son

* « Cette lettre est une réponse qne Descartes fait anx objections qui Venoient originairement de Thomas Hobbes, Anglois, et qni étant alors à Paris, les avoit formées à la soUicitatibn du P. Mersenne. Cette lettre B^est paa datée , mais comme^ dans la lettre 5 a da tome II, datée do 21 janvier 1641 , et adressée an P. Mersenne , Descartes loi marque qo*iI Ini envoie cette réponse , c'est nne prèove évidente qne cette réponse est do ai janvier x^t. *

slyte homme d'esprit et savant, s'éloigne néanmoins de la vérité en tout ce qu'il propose de lui-même. Je ne répondrai point au commencement de sa lettre , où il parle de Dieu et de l'âme comme de choses corporelles ^ ni à ce qu'il dit de son esprit interne, et de beaucoup d'autres choses qui ne me touchent point : car bien qu'il dise que ma matière subtile soit la même chose que son esprit interne, je ne le puis néanmoins reconnoître; premièrement, parcequ'il veut que son esprit interne soit la cause de la dureté , quoique ma matière subtile au con^ traire soit plutôt la cause de la mollesse; et aussi parceque je ne vois pas par quel moyen cet esprit, qui de sa nature est très mobile, peut être si bien renfermé dans les corps durs qu'il, n'en puisse jamais sortir, ni comment il se glisse et entre danv les corps mous, lorsqu'ils deviennent durs. Mais je viens aux raisons par lesquelles il tâche de réfuter ma Dioptrique. Premièrement, il dit que j'aurois parlé plus clairement, si , au lieu de dire Ia,déter- Inination , j'avqis dit le mouvement déterminé , eiî quoi je ne suis pas de so;i avis : car encore bien que l'on puisse dire que la vitesse de la balle qui va d'A ' vers B soit composée de deux autres vitesses, â savoir de celle d'A vers H , et de celle d'A vers Q j'ai cru néanmoins que jedevois m'abstenir de cette façon de parler, de peur que par là l'on en vînt à en-

* Figore 4 a»

4Sû LETTHKS.

tendre que y dans le mouvement ainsi composé , la quantité de ees vitesses , et la proportion de Tune à l'autre demeure, ce qui n'est nullement vrai : car si cela étoit, si nous supposions, par exemple, qu'une balle fut mue d'A vers la droite avec un d^é de vitesse, ^t de haut en bas pareillement £^vec un degré , elle parviendra au point B avec deux degrés dé vitesse, dans le même temps qu'une autre balle qui seroit aussi mue d'A vers la droite avec un degré de vitesse, et de haut en bas avec deux degrés, parviendra au point G avec trois degrés de vitesse , d'où il s'ensuivroit que la proportion de la ligne AB à la ligne AG seroit comme 2 à 3 , laquelle tour tefois est comme â à r. 1 o , etc.

Ce qu'il dit ensuite , à savoir, que la tejre ôte ou fait p^frdre la vitesse qui portoit la balle en bas, est contre mon hypottèse; car j'ai supposé tout au contraire ,que la balle ne perdoit rien du tout de sa vitesse ; et même contre l'expérience; car autrement une balle tombant perpendiculairem^t sur la terre jamais ne rejailliroi t ; je ne vois donc point que ma démonstration pèche en quoi que ce Isôit ^ mais il s^est lui-même grandement trompé pour n'avoir pas distingué le mouvement d'avec la détermination ; car il est certain qiie le mouvement ne se doit en aucune façon diminuer , pour faire que la réflexion se fasse à angles égaux.

De plus, t;e qu'il avance comme un principe, à

savoir que ce qui né cède point à la moindre fqrce ne peut être emporté par quelque force que ce soit, n'a aucune appàrence de vérité : car qui croira, par exemple , que le bassin d'une balance chargé de cent livres cède tant soit peu au poids d'une livre qui est mis de l'autre côté , à cause qu'il cède et peut être enlevé par le poids de deux cents livres. Je demeure pourtant bien d'accord que la partie de la terre sur laquelle tombe une balle cède ou prête tant soit peu , comme aussi que la partie de la balle qui touche la terre se recourbe aujsi quelque peu en dedans , et même de ce que la terre et la balle reprennent aussitôt après leur première situation , que ceta est en partie caus^ du bond de )4 balle ; mais je soutiens que le bond qu'elle fait est toujours plus empêché de ce que la balle et la terre cèdent l'une et l'autre , qu'il nr'est aidé par leur ressort ; et que de là Ton peut démontrer que la réflexion d'une b^Ue , et des autres semblables corp^ qui ne sont pas entièrement durs, ne se fait jamais précisément à angles égaux; mais cela ^ voit sans aucune démonstration par la seule expé** rience qui nous montre que les balles les plus molles ne rebondissent pas si haut ni par des angles si grands , que celles qui sont plus dures : d'où l'on voit combien vainement et inutilement il apporte pour raison de . cette égalité des angles en la réflexion cette mollesse de la terre , vil principaki^

ment que de là il s'ensuivrait, que si la terre ét la balle étoient si dures qu'elles ne passent en aucune façon prêter ou se courber en dedans, il ne se feroit aucune réflexion , ce qui est incroyable et contre le sens commun ; et cela fait voir aussi avec Combien de raison j'ai supposé que la terre et la balle étoient parfaitement dures, afin de réduire la chose à un examien mathématique.

Il n'est pas plus heureux en ce qu'il dit touchant la réfraction lorsqu'il distingue. celle qui se fait quand le corps' qui est mû parcourt les deux milieux , d'avec celle qui se fait quand il ne les parcourt pas ; car Tune et l'autre se fait d'un même coté par un corps de même nature : et il n'a pas assez bien conçu ce que j'ai écrit touchant cela; car je ne dis pas que la lumière se répande plus facilement dans un milieu dense que dans un rare, mais qu'elle se transmet plus aisément dans un corps dur que dans un mou , soit que celui-ci soit plus rare ou plus dense que l'autre , à cause que dans un corps dur la matière subtile ne communique pas de son mouvement aux parois des pores dans lesquels elle se trouve ; et j'ai de ceci l'expérience et la raison pour moi, tant en ce qui est de la lumière, qu'en ce qui est des autres corps sensibles et palpables; et l'exception qif'il apporte, tirée de l'âpreté d'un tapis, n'est aucunement considérable ; car la même

^ K Dans Toriginal de Lahire : rejlexionem, »

chose arrivera dans un tapis de soie ou de cuir, qui n'aura aucune âpreté. Pour ce qu'il dit avoir été démontré ps^r un sien ami, je ne l'ai point vu, et partant je n'en puis rien juger; mais j'admire grandement qu'après cela il ajoute que ma démonstration n'est pas légitime, quoique néanmoins il n'apporte autre chose pour la combattre, sinon qu'il dit qu'elle contient des choses qui ne s'accordent pas avec l'expérience, lesquelles néanmoins y sont très conformes et sônt très véritables.

Mais il semble n'avoir pas bien remarqué la différ^ence qui est entre la réfraction d'une balle ou des autres corps qui tombent dans l'eau, et celle de la lumière, quoique néanmoins il y en ait deux fort considérables. La première est, que celle de la lumière se fait en approchant de la perpendiculaire, et l'autre tout au contraire en s'en éloignant; et bien que les rayons de la lumière passent plus facilement au travers de l'eau que de l'air, de la troisième partie ou environ de l'effort ou de l'impétuosité de leur monument, on ne doit pas pour cela s'imaginer qu'une balle doive se ralentir ou être retardée par l'eau de la troisième partie de sa vitesse, n'y ayant aucun rapport ou convepance entre ces deux choses. I^a seconde est, qu'une lumière foible et dé{)ile souflfre une pareille réfraction dans l'eau qu'une lumière plus forte; mais il n'en est pas de même d'une balle, laquelle étant jetée dans

l'eau avec grande force n'est pas retardée par elle d'uné si grande partie de sa vitèsse, que si elle étoit jetée avec liùe moindre force ; et partant ce n'est pas merveille s'il dit avoir expérimenté qu'un boulet de canon tiré à cinq degrés d'élévation étoit entré dans l'eau, et s'y étoit enfoncé au lieu de rejaillir, parcequ'alors peut-être ne s'étoit-il pàs affoibli de la millième partie de sa vitesse. Il veut après cela faire accroire que j'aie supposé que toute la perte de la vitesse de la balle doit être imputée àu mouvement de haut en bas , où au contraire j'ai toujours dit que cette perte dévoit être imputjée k tout le mouvement pris et considéré simplement. Et quant au moyen dont il se sert pour expliquer la cause de la réfraction, il ést aisé de voir qu'il n'est pas fort exact, puisqu'il répugne manifestement à ce qu'il à dit auparavant avoir été démontré par son ami ; c'est à savoir qu'en la réfraction, comme le sinus de l'angle d'une itielinàison est au sinus de l'angle de l'autre inclinaison, ainsi le siiius de l'angle rompu en une incflnaison est aii sinus de l'angle rompu en l'autre inclinaison; car de son parallélogramme même il résulte tout une autre proportion entre les sinus que celle-là, et même une proportion fort irrationâelle. Je n'ai pas encore vu le reste de sa lettre, c'est pourquoi jé ne puis ici y répondre. Je suis^ etc.

LETTfiES.

AU R. p. MERSENNE.

AiPOFSK DE M. HOBBES A LA LETTRE PHicÉOElf T|( >.

( Lettre Sa du tome III. Vei^ioo. )

Mon révérend père,

J'ai bien du r^ret de ce que les diffîoiUés que par votre ordre je vous avois proposées dans ma dernière n'ont pu plaire à M* Descartes , tant parceqoe je fais beaucoup d'estime de son esprit, que parceque je ne vois encore aucune raison pourquoi je doive changer ce qu'il reprend en ce que je vous ai écrit; et sans. mentir je me corrigerois fort volontiers de mes fautes , si je pouvois reconnoitre en quoi je me suis trompé; car jusques ici je n'ai encore rien donné au public, qui me puisse obliger à ks défendre av^ c^niâitreté, pour soutenir parlà en quelque façon mon honneur. Toutefois , afin que l'estime quelle qu^elle soit que vous pouvez faire de moi ne soit point opprimée par l'autorité dHiQ si grand homme, j'ai cru que jedevois ré* pondre ici, avec toute la clarté et la brièveté

' • Cette lettre est datée àe Paris le 7 février 1^41 . »>

qu'il m'est possible, aux objection^ qu'il vous a faites, selon l'ordre que vous me les avez envoyées.

Vous dites premièrement que M. Descartes ne reconnoît point que cet esprit interne que je suppose soit la même chose que sa matière subtile.

A quoi je réponds , que par cet esprit j'ai dit que j'entendois un corps subtil et fluide;or jene vois pas quelle différence il y a entre un corps subtil et une matière subtile.

En second lieu , vous apportez les raisons qu'il a de ne le pas reconnoître, qui sont deux; la pre-" mière, que je dis que cet esprit interne est la cause de la dureté, là où il veut que sa matière subtile soit la cause de la moUessç; la seconde, parcequ'il ne voit pas comment cet esprit, qui de sa nature est très mobile, peut être si bien renfermé dans les corps durs qu'il n'en sorte jamais, ni comment il y entre pour les rendre durs.

Mais je vous demande, mon révérend père (car c'est vous seul que je tâchemaintenant dé satisfaire), vous est-il impossible de concevoir que cet esprit Buide et subtil puisse avoir un tel mouvement et si prompt, que ses parties feront plus de résistance, ou céderont moii^s à notre attouchement et impulsion , que si ces mêmes parties étoicytit miies d une autre façon et moins vite? Or qu'est-ce qu'un corps

dur, sinon celui dont les parties,, quand le tout subsiste, cèdent moins à l'effort du corps qui est poussé contre lui; et un corps mou, sinon celui dont les parties cèdent davantage? Que si cela est véritable, comme ij le peut être (car j'ai seulement supposé cette diversité de mouvement dans les esprits comme une chose possible), il s'ensuivra que le même corps subtil, ou la même matière subtile, séra la cause de la dureté et de la mollesse, selon qu'elle se mouvra plus ou moins vite, et d'une certaine ou différente façon. Par conséquent la première raison qu'il allègue pour nier que cet esprit interne soit la même chose que sa matière subtile ,^ fait plutôt voir la volonté que la raison qu'il a de contredire. Quant à la seconde, c'est à savoir, qu'il ne voit pas comment cet esprit, qui dé sa nature est très mobile, peut être si bien renfermé dans les corps durs qu'il n'en sorte jamais , ni comment il y entre pour les rendre durs, je dis qu'elle n'est pas non plus suffisante pour le porter à contredire, mais bien pour faire qu'il examine la chose de plus près jet avec plus de soin ; car je n'ai pas dit que les corps devenoient durs par l'entrée de ces esprits , ni qu'ils devenoient mous jiar leur sortie, mais que ces esprits subtils et liquides pouvoient, par la véhémence de leur mouvement, con* siituer des corps durs comme des diamants, et par leur lenteur pouvoient eq constituer de pious,

45S L£TTR£9.

comme de Teau ou de Tair. Orcette hypothèse , qui, pour rendre raison de la dureté, suppose dans le» corps durs plus de véhémence dans le mouvement des esprits que non pas dans \ei autres, ne me semble pas inférieure à celle de M. Descartes, qui la fait consister dans de certains entrelacements et entortillements de ses atomes , par le moyen desf quels les parties des corps durs demeurent jointes et attachées les unes aux autres. Car si quelqu'un lûi demandoit par quels liens et par quels noeuds les parcelles de ces plus grosses parties qu'il suppose être dans les corps durs se joigtient ensemble, je m'assure qu'il auroit de la peine à répondre, et qu'il ne pourroit trouver un meilleur moyen pour se démêler d'une semblable question , qu'en supposant un certain mouvement de la matière subtile dans ces atomes mêmes qu'il dit être les plus petits.

En troisième lieu , vous dites qu'il ne demeure pas d'accord qu'il eût parlé plus clairement, si, au lieu de dire la détermination , il avoit dit le mouvement déterminé, et voici sa raison. Car, dit-il, encore bien que l'on puisse dire que la vitesse de la balle qui va d'A vers B soit composée de deux autres vitesses, à savoir, de celle d'A vers H , et de celle d'A vers C, j'ai cru néanmoins que je devois m'abstenir de cette façon de parler, .de peter que l'on ne vînt à entendre par là, que la quantité de

ces vitesses et la proportion de l'tine à l'autre , demeurent dans le mouveinent ainsi tiomposé , ce qui n'est nullement vrai. Car si cela étoit, si nous supposions par exemple qu'une balle fut mue d'A vers^ la droite avec un degré de vitesse et de haut eu bas pareillertiçnt avec im degré ^ elle parviendra au point B avec deux degrés de vitesse , dans 1© mênie temps qu^me autre balle qui seroit aussi mue d'A vers la droite avec im degré de vitesse, et de haut en bas avec deux degrés, parviendra au point G avec trois degrés de vitesse. D'où il s'en suivroit que la proportion de la ligne AB à la ligne AG seroit cômme 2 à 3, laquelle toutefois est * comme 2 àr. 10.

Je réponds à cela , que puisque M. Descartes confesse qu'on peut dire que la vitesse de la balle qui va d'A vers B est composée de deux^autres, à savoir de celle d'A vers H , et de celle d'A vers C, il devoit aussi confesser que cela est vrai, puisqu'il dit lui-même qu'un philosophe ne peut rien dire en bx>nfte philosophie qui ne le soit^ Maïs il s'est abstenu de cette façon de parler, parceque de là il semble , dit -il , qu'oiil en peut conclure une chose fausse; c'est à savoir, que k raison de la ligne A fi à la ligne AG n'est pas comme 2 à r. io, mais comme 2 à 5. Toutefois je ne vois pas qu'en ceJa 41 ait eu t*aison : cat* si c'est à tort qu'on en infère cette fausseté, il ne devoit pas se mettre en peine

des paralogismes dans lesquels les autres pou voient tomber. Aussi je ne puis croire que ce soit cela qui Tait empêché de s'en servir; c'est plutôt qu'il a cru lui-même qu'on en pouvoit véritablement tirer cette conséquence ; car on voit en effet qu'il la tire , mais par un faux raisonnement , ainsi que je vais vous faire voir. Car bien que nous supposions qu'une balle soit mue d'A vers la droite avec un degré de vitesse , et de haut en bas avec aussi un degré, ce n'est pas à dire qu'elle parvienne en B avec deux degrés de vitesse; de même si elle est mue vers la droite avec un degré de vitesse, et de haut en bas avec deux degrés , elle ne parviendra pas en G avec trois degrés de vitesse , comme il le prétend ou le suppose. Et pour le prouver, supposons les deux lignes droites AB , AC, inclinées Fune vers l'autre en sorte qu'elles fassent un angle droit, et que la vitesse d'A vers B soit à la vitesse d'A ver3 C comme AB est à AC, ces deux vitesses composent la vitesse qui est de B' vers C. Je dis que la vitesse de B vers C, est à la vitesse d'A vers C, ou bien à celle d'Avers B, comme la droite BC est à la droite AC, ou AB. MaiQtenaAt du point A soit menée la ligne AD perpendiculaire à BC , et par le même point soit menée la ligne FAK, parallèle à la même ligne BC; puis des points B et G soient. abaissées 3ur FE les perpendiculaires BF, CE; puis donç

» Figure 43.

LKTTRES. /^6l

que le mouvement d'A vers B est composé des deux mouvements d'F vers A et d'F vers B , le mouvement composé AB ne contribuera pas plus de vitesse au mouvement de B vers C, que lui en peuvent contribuer les deux dont il est composé, à savoir FA et FB. Mais celui de FB ne contribue tien au mouvement de B vers C , car il est déterminé vers le bas, et ne tend point du tout de B vers C. Il n'y a donc que ce^ui de FA qui sert au mouvement de B vers C. De même on prouvera que le mouvement AG ne contribue au mouvement de D vers C que par celui de AE. Mais la vitesse que le mouvement AB tire de celui de FA, et par laquelle le mouvement AB contribue à celui de B vers C , est à la vitesse totale d'AB, comme FA ou BD est à AB. De même la vitesse que AC tire d'AE est à la vitesse totale d'AC comme AE ou DC est à AC. Par conséquent les deux vitesses qui contribuent au mouvement de B vers C, jointes ensemble, sont à la seule vitesse qui est AG, ou à celle qui est en AB, comme la toute BC est à la ligne AG ou AB. Et partant , en la figure précédente , les Vitesses d'AB, AG seront entre elles comme les lignes mêmes AB, AG; c'est-à-dire cpmme r 2 à r 5, ou bien comme r 4 à r 1 o, ou enfin comme 2 à r 1 o, et non pas comme 2 à 3 ; ce qui montre que cette absurdité ne suit nullement de cette façon de parler, ainsi que le croyoit M. Descartes. Et, par là.

VOUS voyez, mon révérend père, combien il est facile aux plus savants mêmes de tomber quelquefois en paralogisme par la trop grapde confiance qu'ils ont en leur capacité.

En quatrième lieu, vous me mandes qu'il dit que je ne devois pas dire que la terre faisoit perdre la vitesse de la balle, parcequ il avoit supposé le contraire, et 'que cela est contre l'expérience; autrement une balle tombant perpendiculairement sur la terre jamais ne rejailliroit

Je réponds que dans ma lettre je n'ai point du tout changé ou détruit son hypothèse, mais jai dit que lui-même l'avoit renversée, et partant quil^n'avoit pas dû s'en servir (car, quant à mon opinion, j'estime que le mouvement ne se peut perdre ou ôter ni pourtant diminuer). Mais afin que vous puissiez juger vous-même s'il a détruit ou non son hypothèse , servons-nous de sa figure. Il suppose qu'A ' se meut vers B , et qu'il va toujours d'égale vitesse , mais néanmoins qu'il ne suit pas toujours la même détermination, c'est-à-dire que le mobile va toujours aussi vite, mais qu'il ne va pas toujours par le même chemin ou par la même ligne de direction; je lui accorde. De plus, il dit que la détermination qui fait que le mobile va d'A vers B, est composée de deux autres, dont l'une le porte en bas, à savoir d'A vers C, ^t lau-

« Figure 44.

tre vers la droite ou d'A vers H ; jei lui accorde aussi. De là, il croit prouver que le mouvement qui a fait aller la balle d'A jusqu a B, la doit après cela faire aller de B vers F par l'angle FBE égal à l'angle ABC sans changér ou détruire son hypothèse; et c'est ce que j'ai nié. Car quand la balle qui se meut d'A vers B sera parvenue au point B , elle doit perdre la détermination qu'elle avoit d'aller eti bas, c'est-à-dire d*AH vers CB ; il lui reste donc la détermination quelle avoit d'aller vers la. droite, ou d'AC vers HB; or , selon lui , elle retient toujours le même degré de vitesse qu'elle avoit au commencement, elle ira donc dans le même temps au point G de la circonférence du cercle AFG. Il a donc dti montrer que la balle retenant toute la vitesse qu'elle avoit quand elle s'est mue d'A veris B, il étoit impossible qu'elle allât plus loin dans la détermination vers la droite que jusques çn E, ce qu'il n'a pu faire sans prendre cette détermination d'A vers H ou vers la droite pour un mouvement. Aussi y,a-t-il de l'apparence qu'il l'a prise pour uh mouvement , puisque , dans la démonstration qu'il apporte, il lui attribue la quantité; car la détermination ou le chemin que suit la balle n'a point de quantité, sinon en tant que selon ce chemin elle décrit une ligne d'une telle ou telle longueur. Or fnaintenant , si ces deux terminations , l'une perpendiculaire et l'autre latérale, sont des mouve-

464 LÈTTRË^.

ments , il est manifeste que quand la balle est parvenue au point B , elle perd cette partie de àon mouvement qui la portoit d'A vers C, et partant après avoir rencontré la terre au point B elle va moins vite qu'elle n'alloit auparavant; ce qui renverse entièrement son hypothèse. Quant à ce qu'il ajoute, qu'il est contre l'expérience que la terre fasse perdre la vitesse qui portoit la balle en bas, puisque nous voyons que les corps qui tombent perpendiculairement sur la terre rejaillissent aussi perpendiculairement, je m'étonne comme il prétend que l'expérience nous puisse apprendre, savoir, si la réflexion qui se fait vers la perpendiculaire vient de ce que le mouvement ne sç perd point, ou bien de ce qu'il se restitue par la force du ressort; car ce même effet se petit faire de ces deux manières. Et je demeure d'accord que l'expérience nous apprend que la réflexion se fait à angles égaux, mais elle ne nous apprend pas par quelle cause.

En cinquième lieu , vous dites que M. Descartes demeure volontiers d^accord que la partie de la terre sur laquelle tombe la balle cède tant soit peu , et que l'endroit de. la balle qui touche la terre se courbe aussi un peu en dedans, et que l'une ét Vautre , savoir la balle et la terre, se restituent en leur pr.efnier état , et que néanmoins il lui semble que cet axiome, à savoir, ce qui ne cède point à la

lettres; 465

moindre force ne peut être emporté par quelque force que ce soit, n'a aucune apparence de vérité.

Réponse. J'avois pourtant montré que si çettje moindre force ne fait tant soit peu céder le cor|^ contre lequel elle heurte ou qu'elle rencontre,, le double de cette même force ne sera pas suffisant, à cause que deux fois rien ce n'est rien ; et ainsi multipliez cette force tarit qu'il tous plaira, ce ne «era.loujours riçn : ce qui sans doute est une démonstration dont il ne nous a point fait voir le vice. Mais il sfe contente de dire que cela répugne à l'expérience, parceque , si vous mettez dans une balance cent livres, ces cent livres seront mues et emportées par deux cents livres que vous mettrez de l'autrfe^ coté, et ne le seront point par une livre; comme si j'avois dit que la moindre force suffit pour tnouvoir de sa place non seulement la partie qu'elle heurte et qu'elle touche , mais aussi tout le corpç qui est attaché à cette partie. Quand il demeure d'accord que la partie de la terre que rencontre la* balle cède quelque peu à son effort , entend-il que toute. la terre change de place? Je ne le crois pas. Pourquoi donc ne sera-ce pas assez, pour la preuve de ma proposition ^ de dire que de même que la terre est pressée et enfoncée en partie par l'effort d'une balle qu'on a jetée contre, de même aussi le fléau d'une balance est un peu tiré et déprimé ou abaissé en partie par le poids d'une balle qui y est sus-

pfodue. Et da^ même que la force dont ime balle est poussée contre la terre, étant multipliée , çafS^ pour mouvoir toute la terre; de même aussi la igTipe du poids d'une livre ou d'une balle ^ ou si son^ Youlez même d'une plume, étant multipliée suffit pour enlever le poids de cent livres.

En sixième lieu , quant à ce que vous dites qu'il soutient que le bond ou le rejaillissement d'uxie balle est toujours plus empêché de ce que la balle jçt la terre cèdent l'une à Tautre, qu'il n'est aidé parieur ressort; et que de là , l'on peut démontra que la réflexion d'une balle, et des autres sem* blables corps qui ne sont pas toot-à-fait dur&, ne se f^t jamais précisétpent à angles égaux : je réponds qué cela est vrai à l'égard d'une balle et des autres semblables corps; parceque, non seu» Içment leur vitesse est continuellement diminuée par la pesanteur, mai^ aussi parceque les corps lesquels ils tombent ne récompensent jamajs parfaitement la perte de cette vitesse; c'est pourqqoî quand je me suis servi de Texemple d une balle pour le rapporter à la réflexion que fait la lumière, je ^upposois que son mouvement ne se diminuoit point en allant , et que celui qu'elle perdoit à la re^qpntre du corps qui liii faisoit résistance lui étpît entièrement restitué. Mais quant à la lumière doux le mouvement n'est poiiit empêché ou diverti ui par la pesanteur ni par la légèreté, et dont la

niatièrë très mobile, et partant dont tout le mouyement peut très aisément être restitué par le corps qui lui fait résistance, il est évident qu^ l'égalité des angles d'incidence et de réfleitiott peut aisément être expliquée par ce ressort des corps. ^ En septième lieu , il dit que c'est vainement et inutilement que j'apporte pour raison de l'égalité de* angles de réflexion cette mollesse de la têrre, vu principalement que de là il s'ensuivroit que, $i la terre et la balle étoient si dures qu'elles ne pud^ sent en aucune façon se plier ou courber en dedans, il ne se feroit aucune réfleition; ce qui est, dit-il , incroyable et contre le bon sens. Je ré-' ponds premièrement, que je n'attribue pôint la réflexion à la mollesse de la tôrre, non plus qu'à ^celle 4u verre ou de l'acier ; mais que l'expérience m'a appris que plus les corps qui se rencontrent sont durs, et plus forte est la réflexion, pourvu que leur dureté ne soit pas 'actuellement infinie \ee qui est impossible) ; car si leur dureté n'est pas actuellement infinie, elle cédera à quelque force, et partant aussi à la moindre comme j'ai montré ci-devant ; or les choses durcis, plus dures elles sont, et plus fortement eUe& se restituent et font ressort, c'est pourquoi la réflexion en est d'autant plus grande pu, plus forte. Que si quelqu'un Vouloit supposer que la dureté fut actuellement infinie (ce que je tiens impossible), tant de la part du

corps qui çh rencontre un autre que de la part de celui qui est rencontré; jamais personne ne pourra cônnoître par expérience s'il se feroit réflexion ou non. Car, par exemple, que le corps qui descend par la ligne AB ' soit infiniment dur , et que celui sur lequel il descend, et qu'il rencontre au point ,B le soit aussi , quelle raison peut-il y avoir pourquoi il ne s'arrête pas en B , ou pourquoi (posé qu'il se puisse rompre) une partie ne se moiuvra pas par la ligne BC, eX l'autre par la ligne BD? Que s'il tombe obliquement sur CD par la ligne EB, qui empêche (posé qu'il se rompe) qu'une partie , et peut-être la plus grande , ne s*en aille par BC, et que là moindre aille par BD? car, de ce que nous voyons que cela se fait autrement, cela peut venir de ce qu'il n'y a point de corps qui soient infiniment durs.

En huitième lieu, quant à ce que vous dites qu'il n'approuve pas la distinction que j'ai apportée entre la réfi:*action des corps qui parcourent les deux milieux, comme quand une balle va et passe de l'air dans l'eau, et celle de ceux qui ne les parcourent point, à cause dit-il , qu'aux uns et aux autres la réfraction se fait vers le même endroit quand les corps sont de même genre; je réponds que je ne conçois pas bien quels sont les corps qu'il range sous uii même ou sousun dif-

» Figure 45.

férent genre. Pour moi , je conçois deux différentes sortes de propagation du mouvement, quoique dans un même genre de corps. Car, par exemple , une balle peut rompre le corps dur qu'elle parcourt, et se faire passage au travers, et alors je dis que le chemin de la balle se rompt dans le corps dur en s'éloignant de la perpendiculaire; ou bien la même balle peut êti'e repoussée par la dureté du corps où ^Ue passe, en sorle néanmoins que le mouvement se répand et se continue successivement dans toute l'épaisseur dé ce corps (ainsi que le mouvement se répand dans toute la cloche quand elle est frappée par un marteau, ou bien comme la lumière se répand quand elle^ passe dans un corpâ plus dur que cehii d'où elle venoit); et alors j'ai dit que la réfraction se fait vers la perpendiculaire. Ot* M. Descartes n'a point réftité cette ilistinction, et partant je ne dois point la changer s'il ne ra'ap^ porte quelque raison ou expérience au contraire: car pour les suppositions qu'il avance touchant les parois des pores par où la lumière passe :, et touchant le plus ou moins de vitesse dans un corps dur que dans un mou, ou dans un dense que dans un rare (car je, ne sais pas bien encore lequel des deux je dois dire, jusqu'à cé qu'il nous ait donné ses définitions du corps dur et ducor môu, coipme; ausâi celles du dtençe et du rare, ce qu'il n'a point encore fait danfi \^ écrits qi^'il ïw>us a donnés), elte^

^79 l,«XTK«îi.

ne sont rien moim à mon avi» qu0 de^ dàaiomti»tÎQus, puisqu'elles n'en suivent pas fe$Tègle3 et la métluode.

. En neuvième lieu^ vot)$ dites que M. Descartes «l'estime pas que j'aie rien dit contre sà démonstration touchant la réfraçticm , laquelle poiiitai^ j Pavois condamnée, et qu'il lui semble que je n'ai pas pris garde à la différence qui ^t entre la réfraclion d'une balle et des autres corps qui tombent ou entrent dans l'eau , et celle de la'lumièrel Je réponds que j'ai fort bien rîmiarqué cette distinction; je l'ai même rapportée et soutenue en l'article précédent contre M. Descartes qui Tavoit condamnée. Maintenant de, savoir si je n'ai rien dît contre son explication de la réfraction, c'est à vous, mon révérend père, à en jnger, vous qui avef ma lettre entre les matjQS. Il confesse pourtant que je lui ai objecté quelque répugnance de son h.3^0thèse avec l'expérience , et cela n'est ,pas peu de dbose; cependant il n'y répond point. J'ai à la^érité f^servé dans les fleuves que l'eau alloit plus vite entre les bateaux qu'aux autres lieux où elle est libre et où eUe n'^st point empécbée ; mais oet exemple ne se peut appliquer à notre question , parceque dans les, fleuves k mouvement plus ra^ pide de l'eau qui copule entre des bateaux vient de son élévation; et comme eUe est e ces Uecix4à plus chargée qu'ailleurs; sa pesanteur lui donne do

LETtâ£Â.

f mtfWimnïmt et de la vitesse; ce qui ne petit atrlver i à la tnaiière subtile qui coule dans les pores dés corps durs ; car il ne se fait là auctiue élévatioiï / l et cette malièce subtile n'a point de pesanteur. De i même quand un corps pesant se meut plus lente- » meàt sur un tapis de soie que sur une tablé de ï marbre , cefe vient de ce que les palrties de de*» f vant du tapis, qui sont élevées, s'opposent an cotps - pesant qui les touche et qui les presse, et empê-' I chent le mouvement du tout , à cause de Tuiiion et ' 5 dé la consistance de ses parties; mais cela ne peut , attive** à la matière subtile qui est fort fluide et qui j n'a point de pesanteur : ajôuteaJ à cela qu'un côfpi j plat ^ ment plus facilement sur un tapis de soie, I dti siens què ses' petits pôils sont couchés, que dé l'atit^e , pourvu que Textrémîté du corps qui ést rtyijt soit tant soit peu élevée au-dessus de FettJ?étriitê du tapis , et qUé ses petits poîls lié faSsérit poiuft d'effort pour se restituer en leur situatroriitous lesquels empêchements ne se réncôntrent point dans le mouvement de la matière sùbtilc? lorsqu'elle coule dans^ïes pores des ôorps durs.

Èn dixième liéu, M. Wescartes se plaint, di^esvôus , qtre je lui veux* faiï^e accroire qu'il a imputé ^ tôifte la perte de la vitesse au Inouvement d'én bas , là oà au dimtraire il a toujours très constamment dif cjtfé cette perte ^ dort îtnputeMÎ tout le mfouv^ent considéré sirAplément.

Réponse. J'avoue qu'il a dit en termes expré» qu'il &Uoit imputer cette perte à tout le mouvement; mais ayant dit dans le premier exei^iple qu'il a. apporté que la seule déterminatipn perpendicu-laire, et non la latérale ou vers la droite, étoit diminuée par la rencontre de la toile , il a dit par conséquent que tout le mouvement perpendiculaire étoit diminué : car la détermination le peut être , si par elle l'on n'entend le mouvement. Par conséquent , il n'a pas toujours copstanlment . dit que la perte du mouvement se devoit imputer à tout le mouvement simplement pris. Si donc il se trouve avoir dit l'une et l'autre de ces deux choses contradictoires , il ne doit pas trouver mauvais si je lui en attribue Tune, et ce n'est point lui rien imposer ou attribuer à faux : de plus s'il impute toute la perte de la vitesse à tout le mouvement, et s'il n'en impute aucune au mouvement latéral ou vers la droite , il faut par nécessité qu'il impute toute cette perte au seul mouvement perpendiculaire.

Vous voyez, si je ne me trompe, mon révérend père, par toutes ces réponses, qu'il ne m'a pas été difficile de répondre clairement et brièvement néanmoins à toutes ses objections ; d'où H est manifeste que cet homme savant et qui a beaucoup d'esprit, soit par négligence ou par prévention , n'a pasdqpné asses; d'attention aux choses que j avois écrites : je

veux bien pourtant que vous lui fassiez voir le reste du conteôu en cette même lettre, qui concerne la réfraction ; car il verra par là que le parallélogramme dont je me suis servi pour expliquer la réfraction de la balle n'appartient point du tout à la réfraction de la lumière, comme il s'imagihe. Vont ce qui est dç cette démonstration de mon ami , si elle ne s'est pérdue par l'accident que vous savez, j'es* père l'avoir la semaine prochaine : si je l'ai, je vous la ferai voir, et je n'empêçherai point aussi que Descartes ne la voie. J'admire la force de son, esprit, mais je sôùhaiterois qu'il apportât aux cho^ ses un peu plus de diligence et si par votre moyen j'étois si heureux qu'il la voulût employer à lire mes ouvrages , il n'y a personne à la censure de qui je voulusse* plus volontiers les soumettre. Jé ^s, etc.

AU H. P. MERSENNE'

(Lcltrè 34 du tome III. Version.)

Mon RÉviREif d père ,

Quoique f espérasse que ce que j'a vois dernièi^emênt répondu au commencement cTun certain écrft t{ni tous avoit été envoyé par un savant ang!ois me dût délivrer de la peine de répondre au ^este, toutefois, parceque j'en Vien^ de recevoir tout itiàintéiiiant âe la part de Votte révérence les huit dernières feùilles , et que j'apprends en mêmt temps qu'il y en a quelques uns de ceux que Fon met au rang des doctes qui tiennent pour de vraies et légitimes démonstrations ce qui est contenu dans cet écrit, et qui est contraire à ce que j'ai publié depuis quelque temps touchant les réfractions , je pense qu'il est de mon devoir de faire voir ici en peu de mots par quelles marques on peut recon-

» « Descartes reçut à Lcyde les trois premiers feuillets qui contenoient ïes premières objections de M. Hobbes , le ao janvier^ il y répondit le ai* n y a apparence qtfe, veré le 7 on 8 février^ il reçut le reste , auquel il fit la réponse qui fait la 33' et la 34*"; c'est pourquoi je fixe cette lettre en réponse an 8 février 1641. »

noître , ce qtû dôit être pris en celte matièt^e pour dtt verre ou pour des diamants.

A la fin de la trobième feuille, il se sert d'une raison très frivole pour iréfuter ce que j'ai écrit dâns la page 1 9 de la Dioptrique : ear^ dit41 , il l'^n- Buivroit quune balle aurait la connoismnee laif de la géométrie ; conune si de ce qu'une chose se fait dans la natiire selon Içs lois de la géométriè, il s^ensuivôît pour cela qu'il y eût de rentendcmént ôti de la connotssance dans les corps où ces lois s'exécutent. Pour moi^ j'ai toujours cru quexî'étbil a$S^ pour montrer ce qui se feroit, que de Éaiiré Véir que les lois de la géométrie nous enseignoient qu'une telle chose se devoit faire ; et il ne dit rien du tout ici (te tiouvean, mais seulanent il espli^ que un peu plus àn long la memé chose quej'ai dite,èn disant que lorsque Findination est grande, la résistance de l'eau est plus forte que l'impulsion vers le bas, ce qué j'a vois négligé d'expliquer comme une chose que tout le monde peut facilement Gon<*cevoir : mais cependant l'expliçation qu'il en â fait^ le jette par ses principes mêmes dans une grande difficulté : savoir est, comment, selon ses principes, Ik balle rejaillit à la rencontre de l'eau ; car dira4ril que cela se fait à cause que la superficie de l'eau se courbe comme fait un arc, et qu'en reprenant sa première situation elle repousse la haUe?

Dansiout le reste, it ne traite que de la réfracttoh ^

et dans la première hypothèse il suppose une chose faussera savoii*, que toute action est un mouYement local: car, par exemple, lorsqu'étant appuyé sur un bâton je presse la terre , Tactibn de ma main est communiquée à tout le bâton et passe jusqu'à la terre , encore que nous supposions que ce bâtoa ne se meuve point du tout, non pas même insensiblement , comme il suppose un peu plus bas.

Pour sa cinquième hypothèse, à savoir, que Tair résiste moins au mouvement de la lumière que ne fait Teau ou le verre, il ne la prouve point; et je demande ici à qui de nous deux on doit ajouter plus de créance , ou à lui qui n'apporte auçune raison de ce qu'il avance , ou à moi qui ai démontré le contraire dans ma Dioptrique. Et Ton ne doit pas s'imaginer qu'il y ait en cela quelque vi^isemblance de ce que l'air résiste moins au mouvement de nos mains que ne fait l'eau ou le verre ; car l'action de la lumière n'est pâs dans le corps de l'air et de Teau, mais dans une matière , très subtile qui eèt contenue dans leurs pores.

Je veux ici vous avertir par occasion que quand, dans ma lettre précédente, j'ai dit que la lumière se transmet ou se répand plus facilement dans les corps durs que dans les mous^ cela se doit entendre de telle sorte, que cette dureté ne se rapporte pas à l'attouchement de nos mains , mais Sfeulemeiit au mouvement de lamatià'e &ubtile, de peur que peut-

être quelqu'un ne se persuade qu'il s'ensuit de là que la réfraction doit être bien plus grande dans le verre que dans l'eau; car, bien que le verre soit beaucoup plus dur que l'eau au respect de nos mains, toutefois il ne résiste guère davantage àu mouvement de la matière subtile.

La première proposition est tout-à-fait imaginaire , et sa preuve se détruit , de ce qu'il se, sert pour la prouver de sa première hypothèse, qui a déjà été réfutée.

( Si dans sa seconde proposition, au lieu de dire que la balle est rejetée , on dit qu'elle est repousse, en sorte que cela s^entende seulement de l'impulsion, et non pas du mouvement, cette proposition est vraie, et ii*est point différente de la mienne.

Ce qu'il dit dans la troisièmè, touchant la systole, se détruit entièrement par ce qui a déjà été dit, comme aussi ce qu'il avance dans son corollaire touchant l'inclination à se mouvoir, qu'il veut être un mouvement, et cela par une fort belle raison, à cause , dit-il , que lé principe du mouverbent est un mouvement, car qui a jamais dit que l'inclination à se mouvoir fàt le principe ou la prèmière partie du mouvement?

Dans la quatrième proposition U parle mal, quand il dit qUe le rayon est un espace solide; il auroit peut-être mieux parlé s'il eût dit que c'est une vertu ou une force répandue dans un espace so-

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