‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 4 sur 15 · li · texte numérisé non relu

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UIO LETTRES.

par là connoitre de quelle vitesse le poids commence à se. mouvoir en descendant; mais je crois cette expérience moralOTfient impossible.

La gageure dont vous avoit écrit M. Rio' n'est pas encore finie, mais vaut autant que finie, car • le délai qu'on lui a donné pour faire imprimer ses défenses n'est qu'afin de faire mieux voir sop ignorance, qui est si extr^nïe, que B. et sont des Archimèdes à comparaison. Je voudrois que vous entendissiez le flamand , afin de vous en envoyer l'histôire, qui sera imprimée dans quelques mois.

Toutes les parties du mouton ou marteau , etc. ^ agissent en même temps, et non comme des soldats qui tirent l'un après l'autre : mais le temps qu'il faut pour aplatir une balle est afin qjie les parties de cette balle changent de situation, ce qu'elles ne peuvent faire en un instant, et selon que les parties des corps frappés requièrent plus ou moins de temps pour changer de situation et obéir au coup. Ils peuvent être frappés avec plus d'effet sur un coussin ou sur une enclume et avec un marteau de bois ou de fer, etc.; en sorte que ces proportions changent en infinies façons.

' <c Riveh , plat6t qae Rio. » ^ « Car les arbitres n'ont différé à donner leur açis que sur ce que et badin a promis de faire imprimer ses défenses , ce qu'on seroit bien aisequ'il fit, afin que tout le monde pût mieux voir sa sottise; mais je ne crois pas qu'il le fasse, et passé huit ou quinze jours on ne lui donnera plus de délais. Toutes les parties...

LETTRES. âlt

Le moirveinent des missiles s'anéantit', c^mme vous écrivez, à cause qu'il se communique aux parties de Pair qu'ils rencontrent, et aussi à, celles dé la matière subtile qui les repousse erf^as; et le même est d^un boulet de canon : mais je nè vois pas qu'on puisse bavoir de là combien l'air est moins dense que ce boulet ; car on ne peut expérimenter combien^ il transfère de son mouvement aux parties de cet air.

L'histoire de la fille de la Basse-Bretagne est digne d'avoir été racontée par le sieur N. " , car c'est assu-^ rément une fable. Pour l'Italien', il faudroit voir la chose |> pour en bien juger; mais comme vous l'écrivez, je dirois qu'il doit avoir un trou sous le menton, qui lui est resté de quelque blessure, et que c'est par là qu'il fait passer ces liqueiu's. Pour les convulsions de la sœur d'un de vos religieux, ce n'est rien sans doute de surnàturél > et les médecins la doivent guérir^. Je ne puis croire que ce que vous mé mandez des parties de la pierre d'aimant de Chorez soit général , à savoir que les parties séparées lèvent beaucoup plus de fer à proportion que le tout , mais bien que quelque partie de cette

» « S'i^oiblit, »♦ • « Petiti

^ ^ Le bûveur italien, x

< « Guérir. Pour moi, encore que je ne sois pas docteur. Je ne désespe* rerois pas pour cela d*y trouver remède , mais il faudroit être sur les lieux , et voii le sujet. Je pe puis... »

Digitizèd by V:iOOÇlC

2ia LETTRES.

pierr^ se sera trouvée beaucoup meilleure que le reste. En frappant d'un marteau sur le bassin d'une balance, il est certain qu'on doit commencer à soulever ^ai^t pesant en Tautre bassin que le coup a de force ; mais ce commencer à soulever est insensible ou presque insensible , et incontinent après qu'il est commencé à soulever, le coup perd sa force.

Je n'ai point ouï parler de l'Anglois qu'on vous a dit promettre plus que l'ordinaire pour vider les marais de ce pays; mais il se trouve partout assez de gens qui promettent sans effectuer'.

Pour celui de Grenoble, qui promet les longitudes , et donne de nouvelles distances du soleil , il faudroit voir ses raisons pour en juger. Vous envoyerez ce qu'il vous plaira de moi à M. Cavendisch, seigneur anglois dont vous m'écrivez; mais je vous prie que ce soit donc avec la glose que je ne vous écris jamais que fort à la hâte, ni à dessein qu'autre que vous le voie*. Je suis, etc.

« « Effectoer. // n'a fait ici 'grand froid qn'^cnviron en méine temps qu'à fans , tt il a dégelé depuis douzç ou quinze jours , nonobstant que le <vent soit quasi toujours menu ^orient, ce qui est rare en ce pays; et aujourd'hui il a fort neigé et fait encore assez froid. Pour...

• « Vole. Et il faut, s'il vous plaît, être exaict à bien transcrire ces choses de mathématiques, ou plutSt ne le point faire, car souvent une lettre choyée gâte tout; et des choses qui ne sont déjà guère bonnes parwtroient encore plus mauvaises étant mal écrites. Je suis marri de l'accident qui est arrivé à M, de Beauhe, meiis je ne m'étonne point de ce qu'il n'est pas encore àbowdc son entreprise, car je sais qu'elle est très difficile. Voilà la réponse à tous les points que ftû trouves en vos quatre dernières lettres, dont j'ai reçu les deux dernières en même jour. Je suis de tout mon cœur, etc. ii mars 1640.»

AU l\. P. MERSENNE

( Lettre 58 du tome II. ) Mon RÉviREITD PÈRE ,

Quoique j'aie reçu trois de vos lettres depuis ma dernière , je n'y trouve pas toutefois assez de matière pour remplir cette feuille : caria première, du quatrième mars, ne contient que l'observation des déclinaisons de l'aimant, qui varient en Angleterre, avec i|n raisonnement qu'un piathématicien que vous ne nommez point a fait sur ce sujet, lequel raisonnement est fort bon pour en découvrir )a cause à l'avenir ; ms^is si vous attendez que je vqus dise par provision ma conjecture, comme je ne crois pas que les décUnaisons de l'aimant viennent d'ailleurs que des égalités de la terre, aussi ne croisje point que la variation de ces dédinaisôns ait une autre cause que les altérations qui se font en la inasse de la terre, soit que la mer gagne d'un côté et perde de l'autre, ainsi qu'on voit à l'œil qu'elle

* «c Cette lettre est de x64o> et écrite depuis le ao mars , puisque Descartes y répond à une lettre écrite de ce jour : je la crois donc écrite k avriL »

ill4 LETTRES.

fait en ce pays , soit qu'il s engendre d'un côté des mines de fer ou qu'on en épuise de l'autre , ou soit seulement qu'on ait transporté quelque quantité de fer, ou de brique, ou d'argile, d'un côté de la ville de Londres vers l'autre : car je me souviens que voulant voir l'heure à un cadran où il y avoit une aiguille frottée d'aimant, étant aux champs proche d'un logis qui avoit de grandes grilles de fer aux fenêtres, j'ai trouvé beaucoup de variation en l'aiguille, en m'éloignant même à plus de cent pas de ce logis , et passant de sa partie orientale vers Foccidentale , pour en mieux remarquer la diffé^ rence. Pour le ciel , il n'est pas croyable qu'il y soit arrivé assez de changement en si peu d'années pour causer cette variation, car les astronomes Tauroient aisément remarquée. Je vous remercie pour la seconde fois de la graine de l'herbe sensitive que j'ai trôiivée en cette lettre, après en avoir reçu huit jour^ devant dans une aiitre. J'ai reçu au^si l'essai touchant les coniques du "fils de M. Pascal , et avant que d'en avoir lu la moitié, j'ai jugé^a'i/ avoit ap^ pris de M. des Argues^; ce qui m'a été confirmé incontinent après par la confession qu'il en fit luimême.

Vôtre seconde lettre, du dixième mars, en con-»

1 D«s personnes qni croient le bien savoir disent qpe cela est hauL : eèlapent être faxa; mais je ne donte point qne M. Descartes -ne dise yni , car il n'étoit point homme à contronver des mensonges. (Note de ClerseHerS)

L£XTU£S. 21 S

tenoit une autre de M. M. % auquel je feroisréponse je pensois que celle-ci vops dût encore trouver à Paris; mais $i elle vous doit être envoyée plus loin, il n y a pas d'apparence de la charger tant, et je puis mettre ici en peu de paroles tout ce que j'ai à lui faire savoir, ce qui sera, s'il vous plaît, pour lorsque vous lui écrirez ; qui est ( après mçs remercîments ppur la li^enveillance qu'il me témoigne ) que pour les espèces qui servent à la mémoire, je ne nie pas absolument qu'elles ne puissent être en partie dans la glande nommée conarium, principalement dans les bêtes brutes, et en ceux qui ont l'esprit grossier : car pour les autres, ils n'aurpient pas, cerne semble, autant de £sidlité qu'ils ont à imaginer une infinité de choses qu'ils n'ont jamais vues, si Içur âme n'étoit jointe à quelque partie, du cerveau qui fut fort propre à recevoir tou^ sortes de nouvelles impressions , et par conséquent fort malpropre à les conserver. Oi\ est-il qu'il n'y a que cette glande seule à laquelle l'âme puisse être ainsi jointe; car il n'y a qu'elle seule en tonte la tête qui ne soit point double. Mais je crois que c'est tout le reste du cerveau qui sert le plus à la mémoire , principalement ses parties intérieures , et même aussi . que tous les nerfs et les muscles y peuvent servir; en sorte que, par exemple, un joueur de luth a une partie de sa mémoire

• Mebttonnier.

ai6 LETTRES.

en ses mains; car la facilité de plier et de disposer ses doigts en diverses façons f qu'il a acquise par habitude, aide à soutenir des passages pour l'exécution desquels il les doit ainsi disposer. que vous croirez aisément , s'il vous^lait de considérer que tout ce qu'on nomme mémoire locale est hors de nous; en sorte que, lorsque nous avons la quelque livre , toutes les espèces qui peuvent servir à nous faire souvenir de ce (jui est dedans ne sont pas en notre cerveau, mais il y en a aussi plusieurs dans le papier de l'exemplaire que nous avons lu;- et îl n'importe pas que ces espèces n'aient point de ressemblance avec les chpses dont elles nous, font souvenir , car souvent celles qui sont dans le cerveau n'en ont pas davantage, comme j'ai dit au quatrième discours de ma Dioptrique. Mais outre cette mémoire, qui dépend du corps, j'en reconnois encore une autre , du tout intellectuelle^qui ne dépend que de l'âme seul^. Je ne trouveroîs pas étrange que la glande conarium se trouvât corrompue en la dissection des léthargiques, car die se corrompt aussi fort promptement en tous lès autres; et la voulant voir à Leyde, il y a trois ans , en une femme qu'on anatomisoit , quoique je la cherchasse fort curieusement, et susse fort bien où elle devoit être, comme ayant accoutumé de la trouver, dans les animaux tout fraîchement tués, sans ai^cune difficulté, il me fut toutefois im-

possible de la reconnoître : et un vieux professeur qui faisoit cette anatoroie , nommé Valcher , mecon-t fessa qu'il ne l'avoit jamais pu voir eu aucun corps humain ; ce que je crois venir de ce qu ils emploient ordinairement quelques jours à voir les intestins et autres parties avant que d'ouvrir la tête. Pour la mobilité de cette glande, je n'en veux point d'autre preuve que sa situation : car n'étant soutenue que par de petites artères qui l'environnent , il est certain qu'il faut très peu de chose pour la mouvoir ; mais je ne crois pas pour cela qu'elle se puisse beaucoup écarter ni çà ni là.

Pour les marques d'envie , ce qui vous fait croire qu'elles ressemblent fort pai^aitement aux objets ne vient que de ce que vous trouvez étrange qu'elles puissent tant ressencibler qu'elles font; mais si vous ies comparez avec les portraits des plus mauvais peintres, vous les trouverez encore beaucoup plus défectueuses. Mais pour l'urine des enragés, c'est une question de fait en laquelle je ne vois rien d'impossible, non plus qu'en ce que vous m'écrivez de la fécondité d^m grain de blé, après avoir été trempé dans du sang ou du suc de fumier. Et povu* ce que le ^ieur N." vous a dit de l'aimant, il stifiBt que vous m'ayez nommé votre auteur pour m'empecher d'y ajouter foi.

Je viens à votre dernière, du vingtième mars, où

• « Je crois qiie c'est Petit. »>

aiS LSTTRBS.

VOUS mandez me renvoyer le petit catalogue des plantes que je vous avois envoyé, que je ne trouve pas toutefois avec votre lettre, maïs aussi n'en ai-je nullement affaire, non plus que de celui des plantes du jardin royal , que vous avez pris la peine de m'envoyer, sans que jel'aie encore reçu ; mais j'apprends qu^ils l'ont à Leyde. Je n'ai point du tout ouï parler de ce que vous me mandez qu'on vous a écrit d'Angleterre qu'on étoit sur le point de m'y faire aller. Mais je vous dirai entre nous que c'est un pays dont je préférerois la demeure à beaucoup d'autres; et pour la religion, on dit que lè roi même est catholique de volonté : c'est pourquoi je vous prie de ne point détourner leurs bonnes intentions. Je ne me saurois maintenant remettre aux mathématiques pour chercher le solide de la roulette , mais je ne le crois point impossible. Je* vous ai mandé en ma précédente l'unique raison que je sache qui puisse empêcher qu'un mousquet ne fasse tant fort proche qu'un peu loin , et il n'y a aucune apparence de vérité en celle que vous me mandez de M. Mydorge. Je suis, etc.

LETTRES. !àig

A M. REGIUS ■

(Lettre 81 du lomc I. Version.)

Monsieur,

Vous m'avez sensiblement obligé, vous et M. Émilius, d'^vpir examiné et corrigé l'écrit que ]e vous avois envoyé*; car je vois que vous avez porté l'exactitude jusqu'à mettre les points et les virgules, et corriger les fautes d'orthographe. Vous m'auriez fait encore un plus grand plaisir, si vous eussiez voulu changer quelque chose dans les poots et dans les pensées. Quelque petits qu'eussent été ces changements, j'aurois pu me flatter que ce que vous auriez laissé auroit été moins fautif; au lieu que je crains que vous n'ayez pas voulu tenter cette entreprise, parcequ'il y auroit eu trop à corriger, ou peut-être parcequ'il auroit fallu tout efifacer.

' « Cette lettre répond â la 1 des manascrits de Regias, datée dn i5 mai 1640 ; et la i a* des maniisciÂts de Regins , da 3o mai 1640, répond à ce]le*ci ^ si bien qne celle-ci a été écrite depuis le i5 jnsqu'au 3o mai. C'est pourquoi je la fi^e au 22 mai 1^40. »

• " n s'agit d'une copie manuscrite des Méditations , qu'il avoitenvoyée

^egius et À'Emilins. «

A l'égard des objections , vous dites dans h première, que de ce qu'il en nous quelque sagesse, quelque pouvoir, quelque bonté, quelque quantité , etc., nous nous formons l'idée d'une sagesse , d'une puissance, d'une bonté infinie, ou du moins indéfinie, et des autr^ pei€ections que nous attribuons à Dieu comme l'idée d'une quantité infinie. Je vous accorde volontiers tout cela, et je suis pleinement convaincu que nous n'avops point d'autre idée de Dieu, que celle qui se forme en nous de cette manière; mais toute la force de ma preuve consiste en ce que je prétends que ma nar ture ne pourroit être telle que je pusse augmenter à l'infini par un effort de ma pensée ces perfections qui sont très petites en moi, si nous ne tirions origine de cet être en qui ces i)erfections se trouvent actuellement infinies^ De même que par la seule considération d'une quantité fort petite, ou du corps fini , je ne pourrois jamais concevoir une quantité indéfinie, si la grandeur du monde n'étoit ou ne pouvoit être indéfinie.

Vous dites dans la seconde , que la vérité des axiomes qui se font recevoir clairement et distinctement à notre esprit est claire et manifeste par elle-même. Je l'accorde aussi pour tout le temps qu'ils sont clairement et distinctement compris, parceque notre âme est de telle nature , qu'elle ne peut refuser de se rendre à ce qu'elle comprend

LBTTRËS. 29A

Xlîstinctement; mais parceque nous noûs souvenons souvent des conclusions que nous avons tirées de telles prétnisses, sans faire attention aux prémis* ses mêmes j je di.^^ors que sans la connoissance de Dieu nous pourrions feindre qu'elles sont incertaines, bien que nous nous souvenions que nous lès avons tirées de principes clairs et distincts^ parceque telle est peut-être notre nature, que nous nouâ sommes trompés dans les choses les plus évidentes, et par conséquent que nous n'avions pas une véritable science, mais une simple persuasion, lorsque nous les avon? tirées de ces principes ; ce que je fais pour mettre une distinction entre la persuasion et la science. La première se trouve en nous, lorsqu'il reste encore quelque raison qui peut nous porter au doute; et la Se^ conde, lorsque la raison de croire est si forte qu'il ne s'en présente jamais de plus puissante, et qui est telle enfin , que ceux qui ignorent qu'il y a un Dieu ne sauroient en avoir de pareille : mais quand on a tiné fois bien compris tes raisons qui persuadent clairement l'e^stence de Dieu, et qu'il' n'est point trompeur , quand même on ne féroit plus attention à ces principes évidents, pourvu qu'on se ressouvienne de cette conclusion, Dieu n'est pas trompeur , on aura non ^eulementla persuasion, mais encore la véritable science de cette conclusion, et de toutes les autres dont on se

souviendi^ avoir eu autrefois des raisons * fort* claires.

Vous dites aussi dans votre dernière lettre, que je reçus hier , et qui m'a fait sdl#eiiir de répondre à vos précédentes y que la précipitation de nos jugements dépend du tempérament du corps, soit qu'il nous soit naturel, soit que nous l'ayons. formé par habitude ; ce que je n'admets point du tout, parceque ce seroit ôter la liberté et l'étendue de notre volonté , qui peut corriger une telle précipitation; ou que ne la corrigeant pas , l'erreur qui en naît est une privation par rapport à nous, et une pure négation par rapport à Dieu.

je viens présentement aux thèses que vous m'avez envoyées ' : comme je sais que vous voulez que je vous écrive librement mà pensée, je vais vous obéir. Au lieu de ces mots, l'air voisin dont les pe^ tites parties j etc., j'aime mieux l*air voisin qui, etc., peut; car -ce n'est pas chacune de ces parties qui se condensent, mais toute la masse de l'air, en ce que ses petites parties s'approchent plus les unes des autres que dans son état ordinaire. Je ne vois pas aussi pourquoi vous prétendez que l'idée des universaux apps^rtienne plutôt à l'imagination qu'à l'intellect. Pour moi je l'attribue au seul intellect qui rapporte à plusieurs sujets une idée singulière.

> « Ces thèses dévoient être soatennes, le lo juin 1640 , par les écoliers de Regias. »

];.£TTRSS. 220

J'aurois aussi voulu que vous n'eussiez pas dit qu'il n'y a que deux afFec^ons ou passions, la Joie et la iri$te$$e; car nous sommes bien autrement afifectés par la colère que par la crainte , quoique la tristesse se trouve dans l'une et dans l'autre, et ainsi du reste. Quant aux oreillettes du cœur, j'aurois ajouté, ce qui est vrai en effet , que je n'en ai pas traité à fond, parceque je les considère seulement comme les extrémités de la veine cave et de l'artère veineuse, etc. J'avois passé votre doute de la fermentation du cœur : il me paroît que vous en avez donné une solution suffisante; car, comme les parties du cœur s'affaissent d'elles-mêmes, les vais^* seaux par lesquels le sang sort étant encore ouverts, le sang ne cesse d'en sortir, et ces vases ne se ferment que quand le cœur est affaissé.

Je ne mettrois point dans le titre^ de la triple coction , mais seulement de la coction. Je vous prie aussi d'effacer toute la neuvième ligne* Il ne sert de rien de citer ici l'exemple d'Hervaeus , qui est plus éloigné de cet avis que moi , et qui n'est pas si uni à Vallée que je le suis à vous ; et quand même la chose seroit, l'exemple ne me touche pas tant que la cause. Dans la première ligne de vos thèses , j'ôterois ces paroles, de la chaleur vivifiante , etc. Et à la fin, au heu de ces paroles, Dans la droite eonformation^ etc.^ j'aimerois mieux, Dan$ la préparation des petites parties insensibles,

2^4 LETTBEÇ.

dont les aliments sont composés , afin qu'elles acquièrent une conformation propr^ à composer le corps humain. Cette préparation #t, ou commune , ou moins importante, qui se lait dans toutes les voie^ par lesquelles passent Içs petites parties, ou particulière et spécifique, qui est triple : r dans le ventricule et dans les intestins, 2"* dans le foie, 3" dans le cœur. La première se fait dans le ventricule et dans les intestins , lorsque la nourriture broyée par les dents et. avalée par la bouche , ce qui s'entend du boire et du miinger , est dissoute et convertie en chyle par la force de la chaleur que le cœur lui communique , et de l'humeur que les artères y ont poussée. La seconde se fait dans le foie lorsque le chyle y étant porté , non par une force attractrice, mais par sa seule fluidité, et par la compression des parties voisines, èt étant mêlé au reste du sang, s'y fermente, s'y digère, et se change en chyme, c'est-à-dire en suc. La troisième se fait dans le cœur, lorsque le chyme mêlé au. sang qui retourne du reste du corps au cœur, est préparé avec. lui dans le foie, se change en un sang parfait et véritable, par une fermentation qui cause le battement du pouls et cette troisième coction, etc. Vous comprenez aisément pourquoi j'ai dit que je mettrois dans le titre la coction générale qui se fait dans toutes les voies , et par conséquent dans chaque partie du corps , parceque partout, où il y

LETTRES. 2aS

a du mouvement 9 il peut s'y faire quelque altération des parties qui sont mues , et je ne vois pas que la coction puisse être autre chose qu'une telle altération. Je ne vois pas pareillement pourquoi vous voulez qu'elle se fasse plutôt dans les veines gastriques et mésaraïques que dans toutes les autres. Je ne voudrois pas me servir de ces termes, me spirituettx^ parceque je ne comprends pas clairement ce qu'ils signifient. Je ne me servirois pas non plus de ces autres, les meilleures parties du ehyU : mais je dirois simplement ie chyle , parceque toutes ses parties servent à la nourriture du corps ; et, à bien examiner les choses , les excréments mêmes , surtout ceux qui sont poussés hors des veines, doivent être censés partie du chyle, au moins tant^ qu'ils sont dans le corps, car ils y ont leurs fonctions, et il n'y en a aucune qui ne s'en aille enfin en excréments , pourvu que vous appeliez excréments ce qui sort par la transpiration insensible. Quant au chyme, je crois qu'il fermente dans le foie, et qu'il s'y digère dans le sens que les chimistes donnent à ce mot; c'est-à-dire qu'il y est altéré à cause de quelque séjour qu'il y fait.

A la page 5 , j'effacerois ces mots , ijui naît de ces esprits abondants et d*un suc huileux modéré; car cela n'explique pas bien lâ chose. Je trouve une seconde fois mon nom à la fin de la huitième page , ce que ma modesti%ffeut mieux souffrir que dans

le titre, pourvu, s'il vous plaît , que vous n'y ajoutiez pas tant d'épithètes; j'aime mieux aussi qu'on m'appelle par mon véritable nom Descaries , que par cet autre qu'on a forgé ^Cariesiuê, A l'endroit où vous dites pourquoi Pl. ' a tronqué mes réponses , on pounoit peut-être en ajouter la preuve; savoir que plusieurs les ont Vues et transcrites deux ans avant que son livre parut. Il me paroît même qu'il faudroit effacer ces paroles, vel callido vel ignorante; {jue c'est un trait ou de mauvaise finesse ou d'ignorance. Les termes les plus honnêtes prouve* tout mieux la justice de votre cause. Je changerois aussi de cette sorte la fin de la neuvième page: «En second lieu, parceque le fœtus, qui est encore dans le sein de la mère, où il est privé de l'usage de la respiration, a deux conduits qui se ferment d euxmêmes dans les adultes : l'un qui ressemble à un petit canal par lequel une partie du sang se raréfie dans la cavité droite du cœur, passe dans l'aorte, et l'autre pai'tie coulant vers les poumons ; et le second, par lequel une partie du sang qui doit se raréfier dans la cavité gauche du cœur sort de ki veine cave et se mêle à cette autre partie qui revient du poumon : car on ne peut pas nier que dans le fœtus une partie du sang ne passe par les poumons.^ Outre cela l'explication de l'usage de la respiration, qui est page lo, doit précéder ses

» Plenipiofl. * #

causes qui sont à la page 8. Je ne définis rièn sur les veines lactées, parceque je ne les ai pas encore vues; mais je connois ici deux jeunes docteurs en médecine, MM Silvius et Schagen , qui paroissent avoir de la science, et qui assurent les avoir obser* vées plusieurs fois, et que leurs valvules empêchent le retour de la liqueur vers les intéstins; tellement qu'ils sont d'un sentiment tout différent du vôtres Pour moi je penche beaucoup pour eux , en sorte que je crois que les veines lactées diffèrent seulement des mésaraïques en ce qu'elles ne sont jointes à aucune artère, ce qui fait qu'en elles le siîc des viandes est blanc , et qu'il devient sur-le-champ rougé dans les autres, parcequ'il se mêle au sang qui a circulé par les artères. Nous les cbercheirons ensemble à la première occasion dans un chien en ' vie. En attendant, si vous me croyez, vous effacerez tout ce corollaire. Quant à la difficulté commuât le cœur peut se désenfler s'il y reste une partie de sang raréfié, elle est aisée à résoudre, parcequ'il n'en reste qu'une autre très petite partie, qui ne suffit pas pour remplir les ventricules; car reiBfort avec lequel il sort suffiroità l'en faire tout sortir, si les valvules de la grande artère et de la veine artérieuse ne se fermoient avant que tout le sang fut échappé, et la plus petite quantitéqui reste dans les ventricules suffit pour la fermentation.

Enfin, après avoir bien attendu, j'ai reçu au-

aaS LETTRES.

jourd'hui la sentence pour I. A. W.' Je lui enverrai l'original dès xjue j'en aurai fsàt tirer une copie , c'est-à-dire dans deux jours au plus tard. Elle est conçue en termes si doux et si modérés^ que les juges n'auroient pu s'exprimer autrement, s'il leur avoit fallu condamner quelque homme de grande qualité; cependant ils approuvent tout ce que W. a écrit et condamnent tout ce qu'a dit son adversaire. S'il y a quelque autre chose sur quoi vous demandiez une explication plus ample , vous me trouverez toujours prêt à vous servir, ou de ma plume ou de ma langue. Bien plus , si vous trou* vez à propos que je me rende à Utrecht lorsqu'on soutiendra ces thèses, je le ferai avec plaisir, pourvu que personne ne le sache , et que je puisse me tenir caché dans les écoutes d'où mademoiselle de Schurmans a coutume d'entendre vos leçons. Adieu.

• Wassenaer.

AU R. P. MERSENNE'

( Lettre 33 du tome U.)

Mon révékeitd père,

Je confesse que j'ai tardé long-temps à vous écrire, mais mon changement de demeure fut cause que je ne fis pas réponse à votre lettre du vingt-cinquième mars , qui est celle de la plus ancienne date que j'aie reçue ; et je viens de recevoir vos deux dernières en même temps, quoique Tune soit du sixième juin et l'autre du sixième mai. Je ne sais qui peut être la cause que cette dernière a tant tardé; c'est celle où était la lettre que M. le comte d'Igby vous a écrite : mais, afin de ne rien oublier à quoi je doive réponse, je commencerai par la plus ancienne, en laquelle vous mandez m'avoir envoyé le jardin des plantes par la voie du Maire 9 par laquelle je ne l'ai point reçu; mais je l'ai reçu depuis peu par M, de Z\ lorsqu'il étoit sur le point de partir pour l'armée, et il me man-

> K Cette lettre e»tla So*' des mana«orits 4e I^ahire^ et datée da x i jain 1A40. «

* Za^Ftlichen.

doit avoir encore d'autres choses de votre part à me communiquer, desquelles il m'écriroit une autre fois, mais je n'ai pas encore eu depuis de ses nouvelles. Je vous remercie bien humblenàent de ce livre, mais il est peu à mon usage, car il ne contient rien que des noms, et je ne cherche que des cl^oses. Il m'importe peu que le sieur N. et ses semblables £sissent imprimer tout ce qu'il leur plaira , et je ne cherche point l'approbation de telles gens. Vous m'écrivez de Galilée comme s'il étoit encore vivant, et je pensois qu'il fut mort il y a long-temps ; s'il est vrai qu'il ait des tables très exactes pour les aspects et éclipses dès planètes joviales, il est certain qu'il mérite l'honneur d'avoir trouvé le plus pour les longitudes ; mais je m'étonne fort qu'il en ait pu faire d'exactes pour ces planètes , vu qu'on n'en a pu faire jusqu'à présent d'exactes pour là lune.

La raison pourquoi un os de mouton se casse mieux sur là main que sur une enclume ne me semble p^s pouvoir être qù'il supporte davantage le coup : car soit qu'AB soit une enclume ou la main d'un homme , quand on frappe sur le milieu de l'os G , il supporte tout le coup, ou bien même lorsqu'il est sur la main, elle lui aide plus à le supporter que ne fait l'enclume, à cause qu'elle obéit davant^ige. Et je ne doute point que la seule raison qui le rçnd plus aisé à casser sur la main ne soit

LETTRKS. âJI

que le marteau appuie plus long-^temps dessus ; mais la proportion qui doit être entre la force du coup et sa durée, pour rendre l'action plus grande , varie selon que les parties du corps frappé requièrent plus ou moins de temps pour se déjoindre. ^

* Je n'ai pas à présent la mémoire de ce que je vous ai ci-devant écrit de la vitesse du coulement de l'eau, mais il se rapportoit , ce me semble, à l'expérience que vous en aviez faite.

Pour entendre ce que vous demandez de la part d« M, des Argues , comment la dureté des corps peut venir du seul repos dg leurs parties, il faut remarquer que le mouvement est différent de la détermination qu'ont les corps à se mouvoir plutôt vers un côté que vers un autre , ainsi que j'ai écrit en ma Dioptrique; et qu'il ne faqt proprement de la force que pour mouvoir les corps, et non pour détermiijer le côté vers lequel ils se meuvent ; car cette détermination ne dépend pas tant de la force du moteur que de la situation tant de ce moteur que des autres corps circonvoisins. Il faut remarquer aussi qu'il n'y a point de vide en la nature , ni de raréfaction et condensation, telles que les décrivent les philosophes ; niais que quand un corps se raréfie, c'est qu'il entre quelque autre corps plus subtil dans ses pores , etc. : d'où il suit qu'aucun corps ne peiit se mouvoir qu'il ne chasse au

même instant quelque autre corps de sa place , et que cet autre, n'en chasse derechef un autre et ainsi de suite, jusqu'au dernier qui rentre en la place que laisse le premier; en sorte qu'aucun corps ne peut se mouvoir qu'il n'y ait tout un cercle «le • corps qui se meuvent ^ensemble au même temps. Et enfin il faut remarquer que tous les corps qui se meuvent en rond , ou autrement, tendent à continuer leur mouvement en ligne droite , comme on voit qu'une pierre étant agitée en rond dans une fronde coirtinue son mouvement en ligne droite lorsqu'elle en est sortie. Soit donc nvaintenant A ' une pierre autour de Jaquelle je suppose qu'il n'y a que l'air, et que les parties de cet air se meuvent continuellement, non toutes d'un même côté comme lorsqu'il fait vent, car ce n'est pas cela qui le r€;nd liquide, tnais en divers sens, ou même afin d'avoir mieux sur quoi y arrêter son imagination, on peut penser que chacune de ses parties tournoie en rond dans l'endroit où elle est, et pensons que cette pierre est poussée d'A vers M', il est évident qu'elle n'aura aucune difficulté à continuer son mouvement vers là , bien que pour le faire elle doive chasser devant soi les parties d'air qui sont vers B, et celles-ci les parties qui sont vers C et celles qui sont vers D, lesquelles doivent rentrer en la place

« Figure «i.

» Fî^are aa.

qu€ laisse cett^ pierre : car toutes ces parties d*air ae mouvoient déjà, et elle ne change rien en elles, sinon qu'au lieu que leur mouvement étoit resserré en de petits cercles, elle le leur fait continuer suivant un plus grand cercle; ce qui leur est même plus naturel, à cause que plus un cercle est grand, plus il approche de la ligne droite ; mais quand la pierre A est arrivée jusques au corps M,.que je suppose être dur, c'est-à-dire être composé de parties qui se reposent et qui sont jointes à la masse de la terre, elle y trouve de la résistance, à cause que, pour passer outre , il ne faut pas seulement qu'elle détermine vers quel côté les parties de çe corps M se doivent mouvoir pour lui faire place , mais il faut , outre cela , qu'elle leur communique de son mouvement, à quoi il est besoin de plus de force; et il peut aisément arriver qu'elle n'aura pas la force de remuer aucune des parties de ce corps, à savoir si elles sont toùtes plus fermement jointes l'une à l'autre que ne sont les siennes. Mais si on suppose que ce corps M ne soit pas joint à la masse de la terre et qu'il soit environné d'air tout autour, il faut remarquer qu'il interrompt le cours des parties de cet air, qui, au lieu de continuer leurs mouvements en lignes droites , sont contrainte^ en le rencontrant de se réfléchir; en sorte qu'il n'y a rien qid empêche que ces parties d'air ne meuvent ce corps, sinon qu'elles ne sont pas toutes détermi-»

nées à le pousser vers un même côté, à quoi la pierre A leur aide saïis beaucoup de force quand elle rencontre ce corps M : et de là on entend pourquoi un tas de sable n'est pas un corps si dur qu'un gros caillou, dont les parties ne diffèrent de ces grains de sable , sinon qu'elles se touchent i|;nmédiatement l'une l'autre : car chaque grain de ce sable étant environné d'air presque tout autour^ n'est pas si joint aux autres grains que les parties qui composent le caillou sont jointes l'une à l'autre.

Pour les muscles de notre corps, ils ne sont durs et tendus qu'à cause qu'ils sont pleins d'esprits animaux , ainsi qu'un ballon est dur quand il est plein d'air : ce qui ne fait rien contre la question précédente ; car les parties extérieures du muscle ou du ballon étant jointes et sans mouvement au respect l'une de l'autre, les intérieures ne servent qu'à remj)lir la place qui est au dedans, ce qu'elles font aussi bien avec les mouvements qu'elles ont, que si elles n'en avoient aucun. Au reste , je me suis im peu étendu sur ce sujet, à cause que vous le demandiez au nom de M. des Argues, à qui je serois bien aise de témoigner que je suis son très humble serviteur.

Les graines de l'herbe sensitive ne sont point encore levées ici en aucun lieu, quoique plusieurs en aient semé'. .

» u JËnla page lo^ de ma Dioptrique ,fai effacé depuis la ligne 10,9k

La raison qui me fetjt dire* que les corps qui descendent sont moins poussés par la matière subtile à la fin de leur mouvement qu'au commencement, n'est autre chose, sinon qu'il y a moins de disproportion entre leur mouvement et celui de cette matière subtile; ainsi que si le corps A, étant sans mouvement , est rencontré par le corps B qui tende à se mouvoir vers C de telle vitesse qu'il puisse faire, par exemple, une lieue en un quart d'heure, il sera davantage poussé par ce corps B qu'il ne seroit s'il se mou voit déjà de soi-même vers C de telle vitesse qu'il pût faire une lieue en demi -heure, ét il n'en sera point poussé du tout s'il se meut déjà vers C de telle vitesse qu'il fasse une lieue en un quart d'heure , etc.

^La façon dont s'explique la pesanteur n'a aucune affinité avec celle dont ^'explique la lumière, et je ne vois aucune raison pourquoi les corps pèseroient moins l'hiver que l'été.

Je ne mets point ici comment on peut calculer combien il faudroit de coups d'un petit marteau pour égaler la force d'un gros , à cause qu^il y a

sont ces mots, si on tire da point B, jusqu'à V antépénultième ligne , où sont ces mots , de pins si on tire ; et fai mis au lieu de cela , à canse qne tant les lignes AB et NI qne les lignes AL et CI sont parallèles , les triangles ALB et IGN sont semblables ; d'où il snit qne AL est à IG comme AB est à , on bien parceque AB et BI sont égales , comme BI est à I. Pub si on tire, etc. »

tant de choses à considérer en tels calculs ^ et ils s'accordent si difficilement avec les expériences et servent si peu, qu'il est, ce me semble, mieux de n'en point parler. Voilà pour votre lettre du vingtcinquième mars. Je viens à la suivante du sixième mai. Je vous remercie de la pierre qui se remue dans le vinaigre; j'en viens de faire l'expérience, et je l'ai mise aussi dans l'esprit de vitriol , où elle s'est remuée encore plus que dans du vinaigre, ce qui me fait croire qu'elle fait le même en toutes sortes d'eaux fortes : et je n'en puis dire autre chose, sinon qu'elle a plusieurs pores qui reçoivent faci^ lement les parties de ces liqueurs, mais qui n'ont pas la figure propre à recevoir les parties de l'eau douce ni des autres liqueurs qui n'ont point cet fet; et que lorsque les parties du vinaigre entrent dans les pores qui sont au-dessous de cette pierre, elles en ^nt sortir des parties d'air ou d'eau qui y étoient, et qui se dilatant lorsqu'elles sortent, comme prouvent les petits bouillons qu'on voit alors autour de la pierre, la soulèvent et- la remuent, ensuite de. quoi elle doit couler vers le penchant de l'assiette ainsi qu'elle fait.

Les efforts du géostaticien me toucbeqt fort peu, et je serai bien aise de ne les point vœr jusques à ce qu'ils soient imprimés , ou du moins que M. de Beaune ait pris la peine de les voir et qu'il les approuve.

LETTRES. Il37

Je n'ai point ouï parler ici de l'ingénfeur qui fiche des pieux en terre sans frapper, mais je ne doute point que cela ne se puisse faire par la force de la presse, qui peut par ce moyen être comparée avec celle de la percussion ; mais il en faudroit plusieurs diverses expériences^ autant qu'on en pût faire des règles générales. Je ne sache point qu'il y ait d'autre raison pourquoi un œuf se rompt moins lorsqu'on le presse par les deux bouts que par le coté , sinon que ses parties étant plus égales en ce sens-là, il faudroit qu'il y en eût plu$ qui commençassent à se séparer dès le premier moment qu'il commenceroit à se rompre;

J'explique comment la lumière trouve des pores droits de tous cotés dans les corps transparents par exemple d'un tas de boules rondes , qui étanj: jpintes l'une à l'autre, composent un corps dix fois plus solide que n'est aucun de ceux qui sont transparents , comme je puis prouver; et toutefois, sur quelque côté que soit tourné ce corps composé de boules , si on jette du sable dessus , ce sable passera au travers, en lignes assez droites pour transférer son action en lignes exactement droites : car j'ai dit en divers lieux que l'action de la lumière suit des lignes exactement droites, nonobstant que la matière subtile qui la transmet ne compose pas de telles lignes.

Je crois avoir mis au second discours de ma Diop-

trique la raison à priori pourquoi la réflexion se fait à angles égaux , et je m étonne que vous la demandiez encore. La méthode que j'ai donnée poiir les tangentes est bonne pour les conchoïdes et la cissoïde^ et semblables, mais non pas pour la qiiadratrice si on n'y ajoute quelque chose : car cette quadratrice est du nombre de$ lignes que j'ai dit n'être que mécaniques. Pour les retours géométriques des choses trouvées par l'algèbre, ils sont toujours si faciles, mais avec cela si longs et si ennuyeux aux plus grandes questions , qu'ils ne méritent pas qu un homme qui sait quelque chose prenne la peine de les écrire, et ne sont bons que pour le géostaticien ou ses semblables.

Il ne faut pas estimer la pesanteur des nues par celle de l'eau qui en vient, mais penser que les parties de celte eau étant séparées l'une de l'autre, ainsi qu'elles doivent être pour composer une nue, ont incomparablement plus de superficie selon l'étendue de laquelle il faut qu'elles divisent l'air pour descendre, qu'elles «'en ont lorsqu'elles les composent des gouttes d'eau.

Lorsque le bout d'une aprête de mie de pain frais est mis sur de l'eau ou sur du. vin , et qu'elle l'attire à deux ou trois pouces, cela wietït de ce que les pores de ce pain ^ étant plus grands qu'il n'est besoin pour ne recevoir que de l'air, y sont environnés tout autour de la matière subtile, qui les fait

LETTRKS^ 209

mouvoir plus vite qu'ils ne se meuvent ailleurs^ où ils s'entre -touchent : et pourceque tous les corps qui se meuvent tendent à sortir des lieux où ils sont, quand ces parties d'air sortent de ceux de ces pores qui touchent la superficie de l'eau, les parties de cette eau succèdent en leur place , et à cause qu'elles remplissent mieux les pores de ce pain> elles ne s'y meuvent pas si vite que faisoient les parties de l'air; d'où vient qu'elles n'en sortent pas ^ si ce n'est pour monter encore plus haut^ en la place de l'air qui tend à sortir des pores de ce pain; et c'est le même dans tous les corps brûlés ou calcinés par la force du feu. J'en suis à votre dernière du premier juin.

Pour la circulation du sang ^ il ne &ut.pas penser qu'elle ne se fasse qu'aux extrémités du corps ; mais il faut prendre garde qu'on ne sauroit couper les bras en aucun lieu qu'il n'y ait plusieurs petites veines et artères qui se terminent en ce lieu-là, et par lesquelles se fait aisément la circulation , nonobstant que les plus gros tuyaux qui passoient vers la main soient bouchés. •

Il n'y a point de doute que les plis de la mémoire s'empêchent les uns les autres^ et qu'on ne piçut pas avoir une infinité de tels plis dans le cerveau, mais on peut bien y en avoir plusieurs ; et la mémoire intellectuelle a ses espèces à part, qui ne dépendent nullement de ces plis, dont je ne

crois pas qtie le nombre soit guère grand. Je n'explique pas sans âme le sentiment de la douleur, etc., car" ce sentiment est en l'âme ou en l'entendement même , mais bien tous les mouvements extérieurs qui accompagnent en nous ce sentiment, lesquels seuls se trouvent aux bétes. Je pensois aller voir aujourd'hui M. de F. " pour lui demander des nouvelles de l'histoire que vous me mandez de son père et des trois prodiges qu'on lui a écrits, comme venant de ce pays, où je n'en ai point ouï parter qu'à lui seul , qui les raconta il y a quelque temps^ à savoir qu'à Wesel une dent étoit crue fort longue à un pendu, non pas en une nuit, mais en peu de temps; ce qui ne laissera pas sans doute d'être faux aussi bien que les deux autres : car nous avons ici des gazettes qui n'auroient pas oublié de telles choses. Je ne sais que dire de la déclinaison de l'aiguille , est questio facti. Je suis fort peu curieux de voir ce que M. F. a écrit de nouveau sur les tangentes ; et pour ceux qui veulent gloser sur ce que j'ai écrit de la conchoïde, ce ne peuvent être que des hommes de gk*and loisir : car je n'en ai donné que la construction , qui est courte , en avertissant que, par la façon que j'avois donnée , on s'y pou-

" « Car, selon moi, la^douleurn*est quedtuis l'entendement, mais jex»

pîique bien tons lesquels seuls et non la donleiif proprement

dite, se trouvent,,, »»

• « Saumai^e. » -

voit engager en de longs calculs; d'où ils dévoient connoître que j'avols d'autres moyens pour y parvenir, mais que je n'avois pas voulu leur dire tout, ni m'expliquer plus clairement pour les tangentes, comme ils auroient aisément reconnu de mon style s'ils avoient eu de l'esprit. Il n'y a point de fauté' au bas de la page 55 1 , car le sens est qu^on pourroit s'engager dans un long calcul si on cherchoit le point où CG coupe BH, etc.

Il y a long-temps que j'ai su les passages du Deutéronome, sanguis enim eorum anima est^ etc., et je l'ai cité en ma réponse aux objections de M. Fromond, que je lui ai envoyée il y a plus de deux ans. La matière subtile n'élargit pas indifféremment les pores de tous les corps , mais seulement ceux qui se trouvent trop larges d'un côté et trop étroits de l'autre, comme sont ceux d'un arc plié et non ceux de l'or ou du plomb, etc. La façon dont j'explique le flux et reflux de la mer n'a rien du tout de commun avec celle de Galilée. L'observation qu'il y a toujours une nue proche du soleil qui reçoit les rayons pour fiiire l'arc-en-ciel est entièrement imaginaire , car on voit l'arc-enciel en des fontaines où il n'y a point de telles nues \ Je suis , etc.

> « J'écrirai à M, Zujrtliçhen, pour lui demander le livre de M. de la Chambre , et vous en dirai mon sentiment. Je ne vous réponds rien Couchant ce qu* on vous a écrit ét Angleterre y parceque je ne crois pas qu'on 8. t6

A M. DESGARTES

(Lettre i5 du tome II. Version.)

ClTTl 'LETTRE COVTIEHT PLUSIEURS OBJECTIONS COHTRS SES MÉDITATIOMS Et LES Ré^OiKSBS QÙ'iL AVOIT 0VJA PAITES.

MONSIEtR,

Après avoir lu les réponses que vous avez faites aux difficultés qui vous ont été jusq^ues ici proposées, je n'ai pas laissé d'en rencontrer encore par-ci par-là quelques unes que j'ai toutes ramas-

l'ait écrit pour me le mander ; mais je "vous puis dire entre nous que , Bien que V offre de ce seigneur me semble très grande pour fui à un homme \qu*il n*a jamais vu, et que je lui en sois très obligé, elle est tvutefois fore petite pour moi; et que, bien qu'il jr ait plus de dix ans que j ai eu envie d^ aller en Angleterre , // me seroit néanmoins plus honnête d'y aller pour mon plaisir que être attiré par telle promesse» J'ouhliois à vous dire que la gageure dont 31. Rivet vous auort écrit est terminée , et perdue en- Hèt'emêHt pour le badin ^uil vous mandait vouloir disputer contre moi. Je suis , etc, »»

■ « Dom Porlier pense que cette lettre est de 1647 , P^°^ voir,

par le commencement de la lettre, qu'elle ne peot être antérieure , pnisqne rédition française, qui n'a paru qu'en 1647 , y est citée. »

Une seconde main :

« Cette léttre est d'un homme qui se faisoit «i^éler H>yp«raspistès. Ces oisjections sont écrites du juillet. Vo^ez la preuve de cela dass le ttoctveau «csahier. »

sées le mieux que j'ai pu, et que je ptends la liberté de vous proposer aujourd'hui, comme le reste dé ce qui peiit vous être objecté. Ne dédaignez donc pas, s'il vous plaît, de vous éprouver contre moi, après avoir si souvent mesuré vos forces avec celles de tant de braves combattants. Et si par ma défaite, à laquelle je m'attends, vous mettez une fois fin à tant d'illustres et glorieux combats, tous les mortels vous rendront des grâces immortelles, de leur avoir fait connoître l'immortalité de leur âme , à laquelle tout le monde tâche autant qu'il peut de parvenir : voici donc les .d<çrnières objections qu'il me semble qu'on vous peut faire.

1. Je m'étonne fort de ce qu'en la page 54r de votre réponse à ce subtil philosophe Pierre Gassendi , et même au$si souvent en plusieurs autres lieux de la version françoise, vous avez osé assur rer qu'il ne feut pas chercher dans les choses qui regardent la conduite de la vie une vérité aussi claire et aussi certaine que celle que vous voules^ qu'on ait lorsqu'on s'applique à la contemplation de la vérité. Quoi doncy ne faut-il pas bi^ vivre ? Et comment pourrez- vous bien vivre, c'est-à-dire sain* tement , si vous ne dirigez vos actions selon la règle de la vérité? La vérité doit-elle donc manquer aux actions morales cfe chrétiens? Certainemt^nt la. vie d'un chrétien sera jugée très bonne s'il rapporte toujours toutes ses actions et sa personne

même à la gloire de Dieu. Cela n'est-il pas aussi vrai qu'aucune autre chose que nous connoissions clairement et distinctement? Et ne se doit -il pas toujours abstenir Me quelque action que ce soit, lorsqu'il croit qu'elle déplaira à Dieu? Et est-il jamais obligé de s'abstenir de quelque chose, s'il ne connoit clairement qu'il s'en faut abstenir? Et dans les choses où il est question d'agir , ne doit-il pas toujours faire ce qu'il voit clairement que Dieu demande de lui : car qui peut dire qu'il soit obligé de faire quelque chose par une antre raison? et partant , un chrétien n'étant jamais obligé de faire ou de s'abstenir de quelque chose sans cette lumière et clarté, pourquoi voulez-vous, ou plutôt pourquoi supposez-vous moins de vérité dans les moeurs que dans les sciences, pubqu'un chrétien se doit beaucoup moins soucier de faillir dans les sciences métaphysiques et géométriques que dans les mœurs? Mais, me direz-vous, si quelqu'un veut douter dans la conduite de sa vie de l'existence des corps et des autres objets qui se présentent à lui , comme dans la métaphysique, on ne fera presque rien. Qu'importe qu'on ne fasse rien, pourvu qu'on ne pèche point? Mais si cela est, vous me direz, par exemple, je n'entendrai donc point la messe un jour de dimanche , à cause que je puis douter si les murs de l'église , que je pense voir, sont de vrais murs ou plutôt , ainsi qu'il arrive or-

dindrement dans les songes, s'ils ne sont rien. A cela je réponds que , tandis que vous douterez avec raison que ce soient de vrais murs et que ce soit une vraie église, pour lors vous n'êtes point obligé d'y entrer; non plus que vous n'êtes point obligé de manger, quelque éveillé que vous soyez, si vous ignorez que vous ayez du pain devant vous, et si vous croyez être endormi. Vous me direz, peutêtre , si vous agissez de la sorte , vous vous laisserez donc mourir de faim ; et moi je vous répondrai , que je ne suis point obligé de manger, s'il ne m'est évident que j'ai devant moi de quoi sustenter ma vie, laquelle, faute d'un aliment qui me soit clairement connu , je puis et je dois offrir en holocauste à Dieu, qui ne m'oblige point à agir, si je ne sais certainement que j'agis, et que les objets qui sont autour de moi sont réels et véritables. Vous n'avez donc point dû établir deux genres de vérité : et ne dites point que jamais on n'a ouï parler de semblables difficultés ; car il seroit ici inji^tôte de vouloir agir avec moi par des préjugés dont vous avez voulu vous-même que je me défisse entièrement, et que , malgré vous et tous ceux qui voudroient s y ' opposer , je veux même rejeter dans les choses qui regardent la conduite de la vie, si vous ne me démontrez que cela ne se peut et ne se doit point faire.

2. Lorsque vous dites, en la page 546, qu'il ne s'ensuit pas que l'âme soit plus imparfaite de ce

qu'elle agit pliis împaxi^îteiiieot dans un petit en-* faut que dans un adulte, il ne s'ensuit pas aussi qu'elle ne soit pas plus imparfaite ; tout de même aussi lorsqu'on dit que l'âme d'un en&nt ne pense point pendant qu'il est au ventre de sa mère, encore que vous disi^ contraire , il ne s'ensuit pas qu'il pense; car vous n'apportez aucune raison ni expérience pour confirmer votre dire, et vous l'assure» seulement de ce que vous croyez qqç l'esprit, quelque part qu'il soit , pense toujours, encore qu'il ne se ressouvienne pas des pensées qu'il a eues, pourcequ'il n'en laisse aucuns vestiges dans lé cerveau. L'opération <le l'ànoe ou de l'esprit, qui est incorporelle, peut-dle donc imprimer de soi aucuns vestiges corporels ? Car , puisque tout ce qui est reçu dans tin sujet y est reçu conformément à la nature de Ce sujet , le cerveau dans lequel ils sont reçus étant corporel, il s'ensuit nécessair^ent que . cés vestiges doivent être corporek. Mais il n'est pas moins impo^ible que l'esprit ait un vestige cwporel, qu'il est impossible que le corps en ait un incorporel. Dé plus, comment ces vestiges corporels du cerveau nous feront-ils avoir une pensée inciwporelle? Comment l'esprit peut-il contempler ces vestiges corporels? Est-ce par lui-même sans aucune image, comme vous croyez, ou même sans attcune espèce spirituêlle? Mais les théologiens attribuent cette manière de contempler les clioses^

«ans aucune espèçe à Dieu seul. Vous direz peuU être qu'il se s^ d'une espèce incorporelle; mais .par quelle cauae sera produite cette espèce? Ce ne s^a pas par le vcâtigedu cerveau, puisqu'il Qst corporel; ce ne sera pas aussi par l'jesprit seul, autrement pourquoi aiuroit-il eu besoin de vestige? Vous voyez donc dans quelles difficultés vous vous* jetez pour défendre votre opinion.

3. Lorsque vous dites ^ en la page 55 1 , art. 5, que c*est autre chose de dire que quelque chose vous appartient, et autre chose de dire qu'elle appartient à la connoissance que vous avez de vousmême , il semble que vous nous donniez à entendre que votre méta{dxysique n'établit rien du tout que les choses qui appartiennent à cette con^is^nçe : en sorte que nous ne savons s'il y a en efifet riep de réel dans les choses que vous pensez ou que vous feignez de contempler. Et partant, ou votre esprit ne sera point incorporel , ou du moins on ne saura pas certainement s'il est incorporel; mais il sera seulement vrai en votre pensée. Car il ne s'ensuit pas qu'une chose soit véritablement telle que vous la pensez être; mais seulement il est vrai que vous la pensez être telle, ou que votre esprit^ s'imagine quelque chose comme une chose vraie. Sur quoi je voudrois bien vous demander pourquoi vous vous servez plus souvent du mot de 4;ratr^ que de celui de' savoir, lors même qu'il semble

que vous deviez vous en servir. Car, à proprement parler, nous ne savons pas ce que nous croyons simplement, si ce n'est peut-être que vous vouliez dire qu'il ne faut jamais donner créance à une chose , si l'on ne voit clairement que la chose que l'on nous propose à croire est vraie, comme vous semblez dire dans votre réponse aux secondes objections, dans laquelle tout le monde s'étonne de ce que vous dites que la grâce éclaire quelquefois de telle sorte l'esprit de quelques uns qu'ils voient aussi clairement, voire même .plus clairement, les vérités les plus obscures de notre créance qu'aucune vérité de géométrie, ou autre semblable. Mais qui est celui qui a jamais expérimenté cela en soi? Croyez-vous , par exemple , concevoir plus clairement le mystère de la Trinité, ou que quelque autre le conçoive plus clairement qiie le contraire ne l'est par un juif ou par un arien? De plus, je vous demande, touchant ces personnes que vous dites au- commencement de la page 556 être prêtes de mourir pour la défense de leurs fausses opinions , dont elles ne voient pas clairement la vérité, pensez-vous qu'elles soient de pire condition que les autres qui souffrent la mort pour de vraies, dont toutefois ils ne voient pas plus clairement la vérité que ceux-là celle de leurs fausses opinions? Car, ayant dit auparavant que la probabilité suffit pour la conduite dè la vie, et les uns et les autres croyant

avoir cette probabilité , pourquoi la mort et les œérites ne seront-ils pas égaux? Ce qui toutefois est absurde , autrement un hérétique aura autant de mérite dans le martyre qu'un orthodoxe- Que si vous refusez de répondre à cela pourceque vous n'êtes pas théologien, je vous dis que vous êtes chrétien; et même, comme vous pensez, orthodoxe ^ à qui la sainte Écriture ordonne d'être toujours prêt de rendre raison de sa foi ; mais vous ne devez pas refus<3r de me répondre, puisque dans vos réponses mêmes vous avez donné lieu à de telles difficulCés.

4. Touchant ce que vous dites vers la fin de la page 577 , je nie que la' méthode que vous avez donnée , pour donner à connoître si nous concevons quelque chose clairement ou non , soit assez exacte; car, en effet, le plus haut point de votre certitude est lorsque nous pensons voir une chose si clairement, que nous l'estimons d'autant plus vraie que nous y pensons davantage : comme lorsque nous pensons à cet axiome, si des choses égales on ôte choses égales ^ les restes sont égaux y ou à cette proposition, qui selon vous est un axiome, à savoir que l'esprit kutnain est incorporel. Or est-il qu'il semble aussi clair à un Turc , ou à un socinîen, qu'il implique contradiction que le Verbe, ou le fils de Dieu , ait de Dieu son père tout ce qu'il a , et que néanmoins il n'en dépende point , et ne soit point obligé de lui rendre grâce de l'essence ,

zSo LETTRES.

OU de la nature qu'il a reçue de lui; corame aus^ qu'il y ait trois personnes en la Trinité, et non pas trois essences, ou trois choses , ou trois êtres. Et il semble aussi clair à un calviniste qu'il implique que le cprps de Jésus-Christ soit m dmx ou plusieurs lieiix : ce qui toutefois semble suivre du sacrement de TEucbaristie. Et au^i clair à un déiste qu'il implique que la souveraine bonté de Dieu livre un homme aux peines éternelles ; et plusi^ir^ choses de cette nature , lesquelles néanmoins vous croyez être très vraies , bien loin de penser qu'il y ait en cela de la contradiction. Voufe direz : ces personnes-là ne conçoivent pas clairement et distinctement que ces choses enferment une contradiction; cependant ils pensent le bien concevoir, et soutiennent qu'il n'y a rien de plus clair dans la géométrie, ou dans la métaphysique. Voudriezvous donc éprouva- si vôus pourrez si bi^ répondre aux démonstrations qu'ils disent avoir, que vous leur fassiez clairement connœtre qu'ils n'ont aucunes véritables démonstrations^?

• 5. En la page 567. Vous semblez nier qu'il soit îiéxressaire que vous conceviez ce que e'^t qu'une chose, pour concevoir que vous êtes une chose qui pense. Se peiit-il faire que vous conceviez une proposition , n'en concevait pas le sujet, ni le prédis cat : je puis dire pourtant que vous ne savez pas ce que c'est qu'une chose, ce que c'est qu exister, ce

Lettres. 25i

que c çst que la pensée; ou , si vous le savez, enséign^-moi si clairement ce que c'est , que je conçoive clairement la vérité de cette proposition suis une chose gui pense. A quoi je puis ajouter que vous^ ne savez pas si c'est vous-même qui pensez, ou si c'est l'âme du monde qui est en vous qui pense, comme veulent les platoniciens. Mais posérque ce soit vous qui pensiez, si je vous interroge cent fois, et que voys me répondiez cent fois, vous ne penserez jamais à rieu autre cbpse qu'à une chose corporelle, à la grandeur, ^u aux parties de laquelle l'esprit ou la pensée wpplique, s'ajuste, et se proportionne. Vous voyez donc qu'il est nécessaire qu'à la &ÇOU d'une chose corporelle l'esprit s'étende à sa manière, afin qu'une partie de la pensée convienne à une partie de l'objet , et une autre partie ,à une autre partie; comme il se fait en l'œil, de qui diaque partie répond à chaque partie de l'objet.

6. $ur la page 56o. C'est m vain que vous dites que nous nç concevons pas l'infiiji^par la négation du fini , pu de la limitation : car, puisque la limitation contient la négation de Pinfini, il s'ensuit que la négation de la limitation contient la connoissance de l'infini ; car les choses contraires ont une cause contraire.

Et en la page 564- Vous avouez vous-même qu'il suffit, pour avoir la véritable idée de tout l'infini,

fi52 LBTTRES.

qu'une chose soit conçue n'avoir aucunes limites. Et partant ce raisonnement que vous improuviez est très bon; à savoir , cette chose n'a aucune limites donc elle est infinie ; en sorte qu'il semble que vous vous contredisiez entièrement. .

Et un peu plus bas , page 567, vous dites que cette faculté de notre esprit par laquelle il agrandit les choses npus vient de Dieu. Mais vous ne le prouvez point, et ne l'avez prouvé nulle part. Ne peut-elle donc pas venir de l'esprit même, comme d'une substai^ éternelle et indépendante? car vous ne voyez pWplus clairement que votre esprit dépend d'autrui, que je vois que le mien n'en dépend point, puisqu'il ne s'ensuit pas qu'il doive avoir toutes sortes de perfections de ce qu'il est par soi , c'e§t-à^dire de ce qu'il ne dépend de persoppe , d'autant qu'il suffit que de sa nature il soit tel qu'il puisse agrandir par sa pensée quelque objet fini qu'on lui propose. Et même il se trouve des philosophes très subtils qui croient que les atomes* èt les premiers corps sont d'euxmêmes; que s'ils n'aperçoivent pas cela assez clairement aussi ne voient-ils pas clairement qu'ils dépendent d'autrui , si vous ne les obligez par une lumière plus forte à se départir de leur premier sentiment , pour suivre Je vôtre , de quoi ils vous 3eront fort obligés.

pn la page 662 , vous dites qu'un sabot en pi-

rouettant en rond agit sur lui-même, quoique pourtant il n'agisse point , mais plutôt qu'il soufire par le fouet , quoique absent, dont le coup a contraint le sabot de tourner en rond : ce qui fait que le Whoi est plutôt pâtissant que non pas agissant; comme une pierre qui est jetée en l'air, et un boulet qui sort d'un canon.

Enfin, un peu après vous faites voir que vous croyez qùe les idées des choses corporelles peuvent venir de l'entendement, ou de l'esprit humain; comme il arrive dans les songes, ainsi que vous semblez dire ailleurs. Cela poaé , il s'ensuit qu'encore que Dieu ne soit point trompeur, nou^ ne saurions savoir s'il y a quelque chose de corporel dans la nature : car si l'esprit forme une fois de lui-même l'idée de quelque chose de coi'porel, pourquoi non toujours? outre que, puisqu'une chose corporelle n'est pas plus noble que l'idée que l'esprit en a, et que l'esprit contient éminemment tous les corps , il s'ensuit que tous les corps , comme aussi tout ce monde visible , peuvent être produits par l'esprit humain ; et cela étant, voyez où vos opinions vous conduisent? Car pourquoi une cause ne pourroit-elle pas produire tout ce qu'elle contient éminemment? vu même que c'est la raison pourquoi nous croyons que Dieu peut créer le monde.

7. Vous niez en la page 565, article 9, qu'aucune chose puisse être conservée dans son être

sans le continuel concours de Dieu, tout de même que la lumière ne se conserve pas sans le soleil. Je dis premièrement que , dans une chatnbre fermée , la lumière du soleil peut être conservée sans la présence du soleil , par le moyen d'une pierre cÊ Boulogne, ainsi qu6 je l'ai souvent expérimenté: par conséquent on peut âussi dire que chaque chose peut être conservée sans le concours de Dieu. De plus, encore que Dieu retirât son concours, notre esprit, ou le soleil, par exemple, s'évanouiroient-ils, ou plutôt ne subsisteroient-ils pas encore? Qui détruiroit donc leur substance? Et de vrai, puisqu'il est certain que de rien rien ne se fait , il est vrai aussi qu'aucuné chose ne peut de soi-même être anéantie ; ce que tous les êtres abhorrent et fuient autant qu'ils peuvent. Que si vous dites que la créature n'est rien autre chose qu'une influence ou un écoulement de Dieu; donc la créature n'est pas une substance , mais seulement un accident, semblable au mouvement local , ce que personne ne dira jamais. Que si c'est une substance , elle peut donc subsister ; en quoi Dieu se montre très admirable , de ce qu'il a pu faire une chose si ferme et si stable, qu'elle n'a point besoin de son concours pour être conservée; et vous dérogez à cette puissance et à cette bonté de Dieu lorsque vous dites le contraire.

A cela vous objectez que Dieu teridroit au non-

être s'il détruMoit la créature d'une autre manière que par la seule cessation de son concours , où vous tombez en la fosse que vous aviez préparée : car tie tend-il pas au non-etre lorsqu'il cesse de prêter son concours, puisque pour lors il le détruit? En effet, il suffit qu'une chose puisse être détruite par Dieu pour en être dépendante, de quelque manière qu*il la puisse détruire. Quoique pourtant il ne se faille pas beaucoup mettre en peine de la manière dont il peut détruire une chose , puisqu'il ne détruit jamais ce qu'il a une fois produit; non plus qu'il ne détruit point la nature du triangle, et de semblables êtres éternels, que vous croyez être produits par . lui , comme nous dirons tout maintenant. Mais bien davantage, je soutiens même que Dieu ne peut détruire la nature d'àucùne chose éternelle et immuable-, tels que sont les êtres géométriques et métaphysiques; et néanmoins , selon vous , ces êtres dépendent de Dieu , pour être produits et pour être conservés. Or je prouve que ces êtres ne peuvent être détruits. Que Dieu fasse tout ce qu'il voudra ; et supposons par impossible que Dieu n'ait jamais pensé à la nature du triangle , et que cependant vous ne laissiez pas d'être dans le monde tel que vous êtes maintefnant , n'avouerez-vous pas qu'il est vrai que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits? Dieu peut-il faire que si de choses égales on ôte

choses égales , les restes ne soient pas égaux ? Que faut-il donc qu'il fasse, ou qu'a-t-il dû faire de toute éternité , pour faire que ces choses ne fussent pas maintenant vraies? Qu'a-t-il dû faire afin qu'il neiut pas vrai qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas en même temps ? Or , selon vous, toutes ces vérités ne dépendent pas moins de Dieu (comme vous soutenez en la page 679) que votre esprit, ou votre corps ; et partant, si ces vérités n'ont pas besbin du concours de Dieu, si elles sont immuables, si elles ne peuvent être détruites ^ quelle fermeté et constance peut- il y avoir en vos paroles» Mais dites-moi, je vous prie, s'il est vrai (comme vous dites) que ces vérités dépendent de Dieu, en quel genre de cause elles en dépendent?

8" Dans ce même article, page 667, vous niez le progrès à l'infini, dans les causes qui sont siibordonnées; mais il me semble que vous n'ave^ pas raison, puisque Dieu a pu tellement établir toutes choses , que chaque effet dépendît de causes infinies^ Car n'a-t-il pas fait que dans toute sorte d^ corps , pour petit qu'il soit, il y a des par- ' ties. infinies? Pourquoi-donc n'auroit-il pu aussi établir des cause sinfinies, afin que, nepouvaptêtre représenté tout entier-par une seule cause, leur nombre récompensât en quelque façon ce défaut. Mais aussi n'apporte-t-on aucune démonstration contre le progrès à l'infini, des causes qui ont de

LETTRES. ub'J

la liaison entre elles. Car s'il y avoit de cela quelque démonstration , ce seroît principalement pourc^que Hçn ne se feroit, à cause du nombre infini des causes qu'il faudroit parcourir. Maïs il n'est pas absurde qu'elles puissent être parcourues en un temps infini , comme chaque effet le t^oigne , et comme le temps infini qui a déjà précédé le suppose. Et cela mçme né peut être nié par Aristote, qui a cru le monde de toute éternité : car au même instant de l'éternité qu'il a été créé , ne s'est-il pas pu faire quelque génération , ou bien la flamme n'a-t-elle pas pu brûler des étoupes , ou la pous<» sière d'une mèche bien sèche? Que si vous supposez avec quelques autres anciens philosophes que le monde ait été éternellement à soi-même, n'arrivera-t-il pas le même que a'il eût été fait de toute éternité : or, .supposant qu'il a été fait de toute éter;nité, comme il est possibje, au moins au juge-^ ment de plusieurs cé^èbries théologiens^ il ne s'en* suit rien d'absurde.

9. Il semble que vous vous étonniez de ce que tout le monde n'aperçoit pas en soi l'idée de Dieu : sur quoi j'ai à vous dire (|u'il y a ici des géomè-^ très et des théologiens qui , après avoir détaché autant qu'ils ont pu leur esprit des choses corporélles, assurent n'avoir point encore aperçu en eux cette idée de I)ieu, que vous dites être née avec nous^, et qui semblent même désespérer de l'y pouvoir

jamais rencontrer^ non pas même après a.voir lu dix fois vos Méditations. D'où ils conjecturent , ou que vous avez un esprtt angélique, ou bien que vous vous trompez , de croire jouir d'une idée que vous n'avez point. Et ils sont aussi bien aises de savoir si vous êtes telleipent assuré que cette idée réside en vous, que vous soyez certain qu'à l'avenir vous IV trouverez toujours : car pourquoi ne pourrez-vous pas , peut-être après vingt anîiées, quand votre esprit sera rempli d'une plus solide doctrine, apercevoir qu'en effet vous voqs êtes trompé dans cette idée de Dieu , et de votre ân^e , comme d'une chose entièrement distincte du corps; en sorte que vous disiez pour lors que jusque là vous aviez toujours cru avoir une connoissance claire et distincte de Ces idées, mais que depuis vous avez reconnu que vous vous étiez trompé; en même feiçon que celui-là se trorapoit, qui croyoit voir dairemerit que deux lignes qui s'approchent toujours l'une de l'autre dans un même plan ne pouvoient enfin ne se point rencontrer. Car encore que vous ayez dit que nous devons tenir pour clair et itidubitablé tout ce qui nous semble d'autant plus assuré que nous le considérons plus souvent, ou même toujours • quoique pourtant ce mot de toujours puisse signifier l'éternité, et que vous n'ayez point expérimenté , et ne puissiez pas même expérimetiter éternellement si ces idées vous semble-

ront toujours vraies ; du moins ne serez-vous pas obligé d'avouer que rien ne peut étrevrài à nôtre égard , et ne peut passer pour tel , sinon pendant que nous 'croyons qu'ïl est vrai : et d'autant que nous sommes incertains de l'avenir , nous ne pou^ vons rien assurer de vrai , sinon ce qui est présent à notre pensée, et n'oserions pas avancer que ciaprès il nous semblera encore tel qu'il nous sepble aujourd'hui; en sorte que nous ne devons assurer aucune chose comme absolument vraie.

10. En la page 572, vous niez que nous puissions connoître les fins de .Dieu aussi facilement que les autres causes, quoique néanmoins il soit aussi clair que la fin de Dieu est que toutes choses se fassent pour sa gloire, qu'il est clair que Dieu a une volonté; et il n'y a point de doute que l'esprit humain n'ait été fait pour contempler et adorer Dieu, le soleil, pour nous^ illuminer , etc., encore que Dieu ait pu se prescrire d'autres -fins particulières. D'où il est évident que la ûn de Dieu , du moins la principale, esrt bien plus aisée à connoître qu'aucune autre cause que ce soit, contre ce que vous pènsiez.

1 1 . En la page 676 , vous dites beaucoup de choses touchant la déietmination de la volonté; mais je soutiens qu'elle ne pourroit se. déterminer, si elle n'étoit éclairée par l'entendement : car si eHe se détermine à quelque chose que l'entende-

aèo LETTRES.

ment ne lui ait point montré auparavant, donc elle la verra sans l'entendemerit, c'est-à-dire elle entendra sans entendement , et ainsi elle-même sera l'enteridement ; ce qui est absurde. Et j'accorderai bien plutôt ce qiie vous dite$, k savoir qu'elle se porte par hasard à ce que l'entendement lui propose, que non pas. qu'elle se détermine à quelque chose qui ne lui soit poiût du tout proposé par l'entendement. Au même endroit vous dites que le faux n'est pas appréhendé par Tentendement sous l'apparencie du vrai ; n'est-il donc pas faux de dire que nous n'ayons pas en nous l'idée de Dieu? et toutefois nos géomètres appréhendent, croient et tiennent pour vrai que nous n'avons point en nous cette idée : n'appréhendent -ils donc pas le faux sous l'apparence du vrai, contre ce que vous soutenez.

12. Je m'étonne de ce que vous dites en quelque endroit de vos écrits, que les enfants, avant même que d'avoir vu aucuns triangle^, en ont en eux les idées. Aristote s'est donc trompé lorsqu'il a dit que l'âme est comme une table rase, en laquelle n'y ayant rien d'empreint ou d'imprimé, il a toujours cru qu'il ne pouvoit y avoir rien dans l'entendement qui n'eût été auparavant dans le sens. Et avec lui sont tombés dans la même erreur la plupart des philosophes et des théologiens; car ils ont tous cru la même chose et ont pensé en donner des preuves assez convaincantes. Dites-

LETTRES. u6l

moi , je voué prie, quel est Faveu^e-né qui a jamais eu la moindre idée de la lumière ou de la couleur ? Certes il n y en a pas un ; témoin nos quinze-vingts aveugles de Paris , parmi lesquels il y èp a un philosophe, qui, ayant été interrogé, a dit ne pouvoir concevoir ce que c'est que la couleur ou la lumière , encore que je discourusse avec lui de l'essence .de la lumière et de la nature des couléurs. Et véritablement je ne vois pas pourquoi il n'auroit point le . cerveau propre et disposé à recevoir les vestiges de la pensée de la couleur , s'il fut arrive que son esprit y eût pensé, quoique pourtant je n'ose rien assurer là-dessus , pourcetque je ne connois pas^clairement si ce défaut vient du cerveau ou de l'âme même; mais vous ne le savez pas non plus, si bien qu'en eda vous u'en savez pas plus que moi. Et je vous montre même que j'en sais plus que vous : car sitôt que la vue a été rendue à un aveugle, aussitôt il voit la lumière; et Ton ne peut pas dire que son esprit ait rien reçu, puisqu'il est indivisible (et cela étant, il ne peut être ni augmenté pi diminué ) , et que vous osez même assurer qu'étant au ventre de nos mères, notre esprit a l'idée et la connoissance du triangle, de Dieu et de soi^-même,. Je vous demande néanmoins pourquoi pendant le sommeil, lorsque les sens assoupis semblent devoir rendre à l'esprit son entière liberté , l'esprit n'invente jamais

des démonstrations semblables à celles d'Archimède. '

Mais je me souviens qu'en la page 55o vous dites que ce qui fiiit que l'esprit ne se ressouvient pas, est qu'il ne reste aucunes traces on vestiges des impres^ons qui ont été faites dans le cerveau. Mais d'où vient que l'esprit par une longue veHle est mieux disposé à recevoir et à retenir les vestiges des pensées ou des sensations précédentes? Certainement si l'esprit humain est plus clair-voyant sans le corps et sans l'usage des organes des sens / qu'avec lui , je ne vois pas comment on peut s'empêcher de rejeter sur Dieu même les erreurs de l'esprit , qui lui vieiinent du corps. Or cet inconvénient n'arrive point dans l'opinion commune des philosophes, qui disent que l'âme ne peut rien savoir iû rien apprendre que par les organes corporels , c'estrà-dire qu'il ne peut y avoir rien dans l'entendement qui n'ait été premièrement dans le' sens.

1 5. Vous dites , en la page 585, qu'il n'en est pks de Fessence de Dieu comme de l'essence du triangle, en ce que l'essence de Dieu ne peut être conçue sans son existence , ainsi que le peut être celle du triangle; et cela d'autant que Dieu est luî-^meme son être. Qu'appelez- vous «f?n e(r^? Le triangle est-il donc un être étranger , et non pas son être? De plus, en la page 584 , vous piez que les sceptiques pussent douter de la vérité dés choses géométriques , s'ils

connoissoient .Dieu conime il faut.: et moi je vous dis au Gontraiire, que puisque vous avez les mêmes raisons 4e douter que celles qu*ils ont^ et puisqu'ils déipontrent aussi bien que vous, tant d'une ma^ njere analytique. que synthétique, tout ce qu'Euclide et les autres géomètres ont écrit (car quelles -preuves ou raisons pou ve^vous avoir qu*ils n'aient pas en main ^ussi bien que vous?), et que nonobstant cela ils ne laissent pas de douter, par con* sèquent vous dbutez aussi vous-même ^ encore que vous pensiez connoitre Dieu comme il faut. Car, par exemple, n'étes-vous pas en doute avec tous les plus célèbres phik>sophes, savoir si la ligne est composée de points, ou si elle est composée de parties finies ùu infinies? Que si vous la suppose?^ composée de parties infinies, voyez dans quel abîme vous vous jetez d'être contraint d'avouer qu'un pied est égal k(\xne lieue, et une goutte d'eau à tout l'Océan. Si vpus supposez qu'elle est composée de parties finies , il s'ensuivra que la concboïde deviu rencontrer en fort peu de terapsia droite, sur laqudle elle^est inclinée : si vous dites qu'elle est composée de points, prenez garde que par là vous détruisez le dixième livre d'Euclide, et tout ce qu'il dit des incommensurables. Si vous dites qu'elle n'est pas composée de points, voyez ce que deviendront toutes les applications que l'on fait d'un point mû sur un plan et le» divers attouche-

ments de ce même point, qui d'eux-mêmes engendrent la ligne. Ne douterez* vous donc point des choses géométriques, encore que vous ayez la connoisaance d'un Dieu? Que si vous répondez à cela qu€î vous voyez ^toujours clairement que la ligne qui soutient l'angle droit en un triangle rectangle, est égale en puissance à ses deux autres côtés , le sceptique en pourra dire autant que vouâ , encore qu'il ne connoisse point Dieu; et même il dira aussi hardiment que ^^vous que quelque ma-^ lin génie tâche autant qu'il pourra de me tromper; si est-ce néaunioins que je suis bien assuré qu'il ne pourra jamais me tromper eh cette proposition, qui m'est aussi évidente lorsque je la démontre, ou que je pense à elle, qu'il m'est évident que j'existe.

14. En la page 689, vous niez que l'esprit soit étendu, encore qu'il soit uni à un corps étendu : comment se peut-il faire qu'il soit uni à tout un corps, sans toutefois que chacune de ses parties soit unie à chaque partie de ce corps? Et comme cela n'est pas intelligible , ne voudriez ^vous poipt dire que l'esprit touche le corps en im point, comme un globe fait un plan? Et ne pensez-vous point la même chose de Dieu , lorsque vous le concevez coétendu à tput le monde? Je ne puis vous exprimer ici l'obligation que je vous aurai si vous expliquez si intelligiblement cette manière dont Dieu est coétendu à tout le monde, qu'elle puisse

être comprise par Fe^prit ; et si à cela vous ajoutez comment il faut entendre le passage de l'Ecclésiaste, qui, au chapitre rn, dit que l'homme n'a rien de plus, que ta jument. Qui dit ri^n, comprend l'esprit même, qui est une partie de l'homme, lequel par conséquent vous devez confesser être mortel , si l'âme de la jument est sujfette à la mort : car si vous dites que l'Ecclésiaste entend seulement parler du corps, comment le pourrez-vous prouver? Je n'ai plus qu'une chose à vous proposer touchant ce qui regarde une clairé coiinoissance, qui est de savoir si nous devons , toujours juger que deux choses ne sont pas distinctes entre elles, lorsque pous ne pouvons concevoir l'une sans l'autre; de même que vous dites qu'elles sont distinctes lorsque, l'une des deux peut être clairement coriçue sans l'autre comme une chose complète : car cette manière de concevoir ne marque-t-elle point plutôt la foihlesse dei notre esprit, qu'elle lie doit être prisé pour h. règle du jugement que nous devons fair^ touchant la vraie distinction qui est entre deux choses. Car encore que je ne puisse concevoir le fils sans le père , toutefois Iç père est distingué du fils : et lorsque je conçois l'essence de l'hpmme ou du triangle , sans leur: existence, l'essence de l'homme n'est pas pour cela distinguée de son existence, si de n'est peut-être par une raison raisonnée, comme enseignent lés plus savants philôsophes.

Voilà) monsieur, ee qui reste à être éclaîrci par votre réponse , comme les dèrniers efforts de ceux qui vous pourroient attaquer : car je ne vois pas que désormais on vous puisse rien, objecter que vous ne puissiez justement mépriser, à moins qu'un njonde nouveau ne fasse nautre eïicore de nouveaux adversaires.

RÉPONSE DE M. DESGARTES

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