‹ ŒuvresChapitre 14 sur 30 · J. UN RÉVÉREND PÈRE JÉSUITE · texte numérisé non relu

J. UN RÉVÉREND PÈRE JÉSUITE

(Lettré a6 da tome III.)

Mon révérend père,

Je vous suis très obligé de ce qu'il vous plaît prendre laj>eiDede voir le livre * que je vous avois envoyé , et je reçois en très bonne part la faveur que vous me promettez de me traiter en ami, bien que vous l'interprétiez que ce sera 'en tbute rigueur ; car ne désirant rien autre chose que de connoitre la vérité , j'aime beaucoup mieux la rigueur , c'est-à-dire le soin et la diligence à remarquer tout , au moins en ceux de votie sorte, que je sais n*étre portés que d'un bon zéle^t n'être pas capables de commettre aucune injustice, que je ne ferois leur négligence , et Je ne suis nullement pressé d'entendre votre jugement ; car j'ose me promettre qu'il me sera d'autant plus favorable qu'il viendra plus tard. Surtout je voudrois qu'il vous plût prendre la peine d'examiner maGéomé-

* « Cotte lettre «tt de M. Deecartes à on jésuite; elle n'est pes datée. >» Je la date en. aoAt 1637. Vo]re»«n les raisons dans le nonvean edûer. *•

* •> Cest4-dire sa Méthode. Voyea la suite de la lettre. »

trie : c'est une chose qui ne peut se faire que la plume à la main et suivant tous les calculs qui y sont, lesquels peuvent sembler d'abord difficiles, à cause qu'on n'y est pas accoutumé ; mais il qe faut que, peu de jours pour cela , et si vous passez du premier livre au troisième , avant que de lire le second , vous y trouverez plus de facilité que peut-être vous ne croyez. Si j'avois des ailes pour voler comme Dédale, je voudrois m'aller rendre pour huit jours auprès de vous, afin de vous en faciliter l'entrée; mais vous vous la pourrez assez ouvrir de vous-niâme, et je me promets que vous ne plaindrez puint par après le temps que vous y aurez employé. C'est un traité que je n*ai quasi composé que pendant qu'on imprimoît mes Météores, et même j'en ai inventé une partie pendant ce temps-là; mais je n'ai pas laissé de m'y satisfaire, autant ou plus que je ne me satisfais d'ordinaire de ce que j'écris. Mon neveu est heureux de vous avoir pour maître, et je suis , etc.

5lô LETTRES.

(Lettre ^7 du tome III.) ; ^ >

Monsieur,

J'ai eu beaocoupcle joie et d'admiration devoir

la belle règle que vous avez trouvée pour résou- • dre les problèmes solides avec l'hyperbole ; je ne crois pas qu'il soit possible d'en trouver aucune plus courte ni plus belle que celle-là. Mais je n'ai pas eu moins de honte des compliments trop extraordinaires et des termes trop excédants en courtoisie dont vous avez usé en mon endroit ; obligez-moi de me traiter plus humainement une autre fois, et en sorte que je puisse croire que ce soit à moi que vous écrivez , c'est-à-dire à une personne qui ne reconnott en soi aiicune qualité extraordinaire y ni qui mérite le moindre des titres que vous lui donnez , mais qui seroit bien aise de vous rendre service, -et qui pour vous montrer un exemple de naïveté vous dira ici tout simplement ce qu'il juge de ce que vous lui avez envoyé. La

« Boint datée. Je la joins a Kprécédenle» k cauae da v^et.

règle "de l'hyperbole ne saoroit être mieux qu'elle est, et je vois eu tout le reste que vous êtes saus comparaison plus avancé que je n'auroîs crq. J'approuve bien aussi que vous vous portiez à cher^ cher les choses plus ditiiciles , comme de résoudre en nombre les équations de six > dimensions , et en lignes celles de huit; mais, à cause qu'il s'y trouvera peut-être plus de diiticultés que vous n'en avez prévu ^ je crois qu'il y &ut venir par degrés, et que vous pourriez auparavant faire des règles pour résoudre les problènnes solides , avec telle section conique donnée qu'on voudra , et aussi Bxaminer le second livre de ma Géométrie, car vous y trouverez quelque chose de la nature des lignes courbes ; et il feut prendre garde aux solutions des problèmes, qu'on ne doit jamais y employer des lignes courbes d'un genre composé que lors^ qu'il est imposiilje de faire ce qui est' requis avec des lignes de plus simple gem^e. J'ai ausfii remarqué beaucoup d'esprjt eu vos considérations touchant la bataille , nonobstant que ce soit une niatière où Texpérience et la prudence naturelle avec la présence de l'esprit , que perdent ceux qui ont peur dans les occasions , servent plus que les préceptes : et enûn j'ai trouvé votre style latin si beau et si net , que je n'en aurois jamais attendu de tel d'un homme de votre profession; je vous conseille de continuer à Cultiver ces belles qualités, etsf j'y

puis contribuer en quoi que ce soit „ vous me ferez faveur de m'employer. Je suis , etc. •

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