‹ ŒuvresChapitre 13 sur 30 · ao · texte numérisé non relu

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obligé de lui suggérer quelques unes des objections aui^quelles je lui fais réponse. Pour le traité de physique, dont vous me faites la faveur de me demander la publication , je n'aurois pas été si ini- . prudent que d'en parler en la fiaiçon que j'ai £ait, si j|^n'avois envie de le mettre au jour, en cas que le monde le désire, et que j'y trouve mon compte et mes sûretés. Mais je veux bien vous dire que tout le dessein de ce que je fais imprimer à cette fois n'est que de lui préparer le chemin et sonder le gué. Je propose à cet effet une méthode générale,laquelle véritabl^pient je n'enseigne pas, mais je tâche d'en donner des preuves par les trois traitésr suivants,' que je joins au discours. où j*en parle ^ ayant pour le premier un sujet mêlé de philosophie et de mathén^atique ; pour le second , un tout pur de philosophie; et pour le troisième, un tout pur de mathématique, dans lesquels je puis dire que je ne me suis abstenu de parler d'aucune chose (au moins de celles qui peuvent être connues par la fo/(% du raisonnement), pourceque j'ai cru ne la pas savoir; en sorte qu'il me semble par là donner occasion de juger que j'use d'une méthode par laquelle je pourrois expliquer aussi bien t^ute autre matière , èn cas que j'eusse les expé^ riences qui y seroient nécessaires, et le temps potir les considérer. Outre que, pour montrer que cette méthode s'étend à tout, j'ai inséré brièvement

quelque chose de métaphysique, de physique et de médecine dans le premier discours. Que si je puis faire avoir au monde cette opinion de ma Méthode, je croirai alors n avoir plus tant de sujet de craindre que les principes de ma Physique soient mai reçus ; et si je ue rencoutrois que des juges aussi iaTorabies que vou», je ne le craindrois pas dès maintenant.

Vous ' me demandez en guo génère causœ Peu» diipoêuit œternas veritaUi : je vous réponds que c'est m eodem génère causœ qu'il a créé toutes choses f c'est-à-dire ut efficiens et totalis causa» Car il est certain qu'il est aussi bien auteur de l'essence comme de l'existence des créatures : or cette essence n'est autre chose que ces vérités éternelles , lesquelles je né conçois point émaner de Dieu , comme les rayons du soleil ; mais je sais que Dieu est auteur de toutes choses^ et que ces vérités sont quelque chose , et par conséquent qu'il en est auteur. Je dis que je le sais, et non pas je le conçois ni que je le comprends ; car on peut savoir que Dieu est infini et tout-puissant, encore que notre âme étant ûnie ne le puisse comprendre ni concevoir; de même que nous pouvons bien toucher avec les mains une montagne, mais non pas l'embrasser comme nous ferions un arbre, ou quelque

' En marge, et effacé; « iN'est-ce point une autre lettre? cela irest-il » pas de Tau i63o ?»

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autre chose que ce soit, qui n'excéciàt point la grandeur de nos bras : car comprendre, c'est embrasser de la pensée; mais pour savoir une chose, il suffît de la toucher de la pensée. Vous demandez aussi qui a nécessité Dieu à créer ces vérités ; et je dis qu'il a été aussi libre de faire qu il ne fut pas vrai que toutes les Ugnes tirées du centre à la circonférence {tissent égales , comme de ne pas créer le monde : et il est certain que ces vérités ne sont pas plus nécessairemenl: conjointes à son essence que les a^utres créatures. Vous demandez ce que Dieu a fait pour les produire ; je dis que ex hoc ipMO quod Uloi ab œtemû e$se voktérit ei inuUexerits il(a$ ereavit, ou bien(sî vous n'attribuez le mot .de creavit qu'à l'existence des choses ) ilias disposait §t fêciL Car c'est en Dieu une même chose de vouloir, d'entendre et de créer, sans (jue, l'un précède l'autre, ne quidem raiione. Secondement, pour la question an Dei bomiati $îi eonvenien» hominsê in œternum damnare, cela est de théologie : c'est pourquoi absolument vous me permettrez, s'il vous plaît , de n'en rien dire ; non pas que lès raisons des libertins en ceci aient quelque force, car ellé^ me semblent frivoles et ridicules , mais pourceque je tiens que c'est &ire tort aux vérités qui dépendait de la foi , et qui ne peuvent être prouvées par démonstration naturelle, que de les vouloir affermir * par des raisons humaines, et probables seulement.

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Troisièmement, pour ce qui touche la liberté de ' Dieu , je suis toiit-à-fait de Topinion que vous me mandez avoir été expliquét* par le P. Gibbieu. Je ' n'aTois point su qu'il eût feiit imprimer quelque chose, mais je tâcherai de faire venir son traité de Paris à la première commodité, aûu de le voir ; et je suis grandement aise que mes opinions suivent les siennes , car cela m'assure au moins qu'elles ne sont pas si extravagantes qu'il n y ait de très habiles hommes qui les soutiennent Les quatrième , cinquième, sixième, huitième, neuvième et derniers points de votre^ lettre sont tous de théologie, c'est pourquoi je m'en tairai, s'il vous plaît. Pour le septième point, touchant les marques qui s'impriment aux enfimts par l'imagination de la mére, etc. « j'avoue bien que c^est une chosé digne d'être examinée , mais je ne m'y suis pas encore satisfait. Pour le dixième point, où ayant supposé que IHeu mène tout k sa perfection , et que rien ne s'anéantit, vous demandiez ensuite quelle est donc la perfection des bétes brutes, et que deviennent leurs âmes après la mort: il n'est pas hors de mon sujet, et j'y réponds que Dieu mène tout à sa perfection , c'est-à-dire tout eoUeeiive, non pas chaque chose en particulier ; car cela même , que les choses particuhères périssent, et que d'autres renaissent en leur place, c'est une des principales perfections de l'univers. Pour leurs âmes , et les autres formes et

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qualités , ne vous mettez pas en peine de ce qu'elles deviendront, je suis après à l'expliquer en mon traité, et j'espère de le faire entendre si clairement que personne n'en pourra douter.

Pour ce que vous inférez que si la nature de rhomme n'est que de penser ^ il n'a donc point de volonté, je n'en vois pas la conséquence; car vouloir, entendre, imaginer, sentir, etc., ne sont que des diverses façons de penser qui appartiennent toutes à l'âme. Vous rejetez ce que j'ai dit, qu'il sufiit (le bien juger pour bien faire; et toutefois il me semble que la doctrine ordinaire de 1 école est que voluntas non fçrtur in malum y nisi guatenus ei sub aliqua ratione boni reprœsentaiur ab intellectu, d'où vient ce mot, amnis peccant est ignoran$; en sorte que si jamais l'entendement ne représentoit rien à la volonté comme bien, qui ne le fut, elle ne pourroit manquer en son élection. Mais il lui représente souvent diverses choses en même temps, d'où vient le mot video meliora proboque , qui n'est que pour les esprits foibles dont j'ai parlé en la page 26 ; et le Wen feîre dont je parle ne se peut entendre en terpfies de théologie, où il est parlé de la grâce ,^ mais seuleip^t de philoso{due morale et naturelle, où cette grâce n'est point considérée , en sorte qu'on ne me peut accuser pour cela de l'erreur des pélagiens , non plus que si je disois qu'il ne faut qu'avoir un bon sens pour être

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faoDnéle homme. On ne m'objectera pas qu'il but aussi avoir , le sexe qui nous distingue des femmes,

pourceque cela ne vient point alors à propos; tout de même en disant qu'il est vraisCTblabie (à savoir selon. la raison humaine) que le monde a élé créé tel qu'il devoitétre, je ne nie point pour cela qu'il ne soit certain par la foi qu'il est parfiiit. :£nân> pour ceux qui vous ont démandé de quelle religion j'étois, s'ils avoient pris garde que j'ai écrit en la page 29 que je n'eusse pas cki me devoir contenter des opinions d'autrui un seul moment, si je ne me fusse, proposé d'employer mon propre jugement à les examiner lorsqu'il seroit temps, ils verroient qu'on ne peut inférer de mon discours que les infidèles doivent demeurer en la religion de leurs parents. Je ne trouve plus rien en vos deux lettres qui ait besoin de réponse, sinon qu'il, semble que vous craignez que la pu<* bliaation de. mon premier discours ne m'engage (le parole à ne point faire voir ci-apres ma.physi- ' que, de quoi toutefois il ne faut point ayoir peur, car je n'y promets en aucun lieu de ne le point publier pendant ma vie, mais je dis que j'ai eu cidevant dessein de la publier, que depuis, pour les raisons que j'allègue , je me suis proposé de ne le point faire pendant ma vie, et que maintenant je prends résolution de publier les traités contenus en ce volume; d'où tout dJftîémeron peut inférer

Digitiz

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que si les raisons qui m empêchent de la pujblier étoîent changées, je pourrob prendre une autre résolution , sans pour cela être changeant, car subiota causa toUitur effecUu» Vous dites aus^i qu'on peut attribuer à vanterie ce que je dis de ma Physique^ puisque je ne la donne pas; ce qui peut avoir lieu pour ceux qui ne me connoissent point et qui n'auront vu que mon premier discours; mais poiir ceux qui verront tout le livre ou qui me connoissent., jê ne crains pas qu'ils m'accusent de ce vi<âe, non plus que de celui que. vous me repro-* chez, de mépriser les hommes, à cause que je ne leur donne pas étourdiment ce que je ne sais pas encore s'ils veulent avoir; car enfin je n'ai parlé comme j'ai fait de ma Physique qu'aiin de convier eéux qui^k dédreront à faire changer les causes qui m'empêchent la publier. Derechef je vous prie de nous envoyer on le privilège ou son refus le plus promptement qu'il sera possible, et plwtôC ^ eu la façon la plus simple un jour devant, qu'en la meilleure le jour d'après. Je suis , eic.

DigitizcG

(Lettre 104 du tome I.)

Monsieur ,

Ayaat eu dernièrement l'honneur d'aller en votre compagnie au logis de M. de Charnassé pour lui faire offre de mon service , j'ai pensé que vous n'auriez pas désagréable que je vous priasse de lui présenter Fun des exemplaires, que je tous envoie, et ensemble de lui en olïrir encore deux autres , l'un pour le roi , et l'autre pour M. le çardin|l de Richelieu, s'il lui plait de me tant obliger (jue de trouver bon que ce soit par son entremise que je les leur présente, afin de leur témoigner en tout le peu que je puis ma très humble dévotion à leur service. Il est vrai que, n'ayant pas voulu mettre mon nom en ces écrits, je n'avois aucunement espéré qu'ils me dussent donner occasion de le faire dire à des personnes si hautes ,et si éminentes; mais ayant reçu ces jours derniers un privilège du roi , dans lequel il a été mis , quelque soin que j'aie eu de le celer, je crois devoii: faire n^intenaqt quasi le même que si

' "Forte Huyghens de Zuitlichen. Celle lettre, de M. Descaites, eil » datée da |5 jnin 1637. Voj«i*ea les raiioiu dans le noaveàa cahier. «

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j'avoîs eu dessein de le publier, et de pouvoir plus

supposer qu'il soit inconnu; et pourcequ'on a ajouté quelques clai^ses en ce privilège que je n'ai jamais vues en d'autres livres , et qui sont beaticonp plus avantageuses pour moi que je ne mérite, bien que je ne les aie point désirées, et que je n'aie demandé qu'à être reçu au nomblre des écrivains les plus vulgaires, je leur en suis tellement obligé, que je ne sàSs quels moyens je dois chercher pour leur faire paroitre ma reconnoissance; car je ne crois pas que nous soyons seulement re^ devables^ux grands des faveurs que nous recevons îmmédiatementde leurs mains, mais aussi de toutes celles qui nous viennent de leurs ministres, tant à cAuse que <^ sont eux qui leur en donnent le pouvoir, que principalement aussi à cause qu'ayant fait choix de telles personnes plutôt que d'autres, nous devons croire que leurs inclinations à nous obliger sont les mêmes que nous remarquons en ceux auxqueb ils donnent le pouvoir -de nous bien fiàire; et ainsi, encore que je ne sois pas si vain que de m'imaginer que les pensées du roi ou de M. le cardipal se soient abaissées jusques à moi , ni qu'ils sachent rien du privilège que M. le chancelier ma obligé de celer, je ne laisse pas de leur en avoir la première et la principale obligation ; et je reconnois en cela que la France est bien autrement et bien mieux gouvernée que

n'éloit autrefois là ville. d'Éphèse, en laquelle il

étoit défendu d'exceller, vu qu'au contraire on y gratifie, non seulement ceux qui^xcellent, au rang desquels je n'ose aspirer, mais même peux qui font quelque effort pour bien faire, encore que ce soit par des voies extraordinaircis, qui est une chose de laquelle je confesse qu'on auroit eu droit de m'açcuser si j'eusse vécu parmi les Éphésiens. Au reste, je ne m'excuse point envers M. de Charnassé de la liberté que je prends de l'employer en cette occasion; car la charge d'ambassadeur qu'il a ici, le bon accueil dont il m'a obligé lorsque j'ai eu l'honneur de le voir, et la connoissance très particulière qu'il a des sciences dont j'ai traité en ces écrits, me font plutôt croire qu'il trouveroit mauvais que je m'adressasse à un autre. Et je ne doute point que ma prière ne lui soit plus agréable en lui étant adressée par une personne de votre mérite que par mes lettres ou par moi ; c'est pour-' quoi je vous donnerai , s'il vous plaît^ cptte p^ne, f t serai tQute ma vie,, etc.

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