‹ Œuvres. Réunies et analysées (volume 2)Chapitre 24 sur 54 · TicLS sciEMirjgcts · texte numérisé non relu

TicLS sciEMirjgcts

lie d'iiii volume dont la perte est bien regrettable, car il contenait d'autres pièces relatives à Desargues, qui a\ aient paru en 1642.

L'examen de Curabelle a amené des démêlés très -vifs entre lui et Desargues, qui nous sont révèles par un autre écrit intitulé : Faiblesse pitoyable du sieur Desargues employée contre l'examen fait de ses œuvres, par J. Curabelle. Nous y voyons que Desargues avait offert de soutenir la bonté de ses doctrines sur la coupe des pierres, par une gageure de cent mille livres, qui n'a été acceptée que pour cent pistoles par Curabelle. Les articles d'une convention à ce sujet, ont été rédigés le 2 mars 1()44; mais la difficulté de s'entendre sur tous les points, a donné lieu à divers libelles de part et d'autres; et enfin l'affaire a été soumise au parlement, le 1 2 mai de la même année. Elle était en cet état quand Curabelle publia l'écrit qui nous donne ces détails.

La difficulté de s'entendre provenait principalement du choix des jurés. Le passage suivant montre bien l'esprit qui avait dirigé Desargues dans la composition de ses ouvrages de coupe des pierres, et l'esprit dans lequel étaient faites les critiques de

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ses adversaires, c'est-à-dire en quelque sorte Torigine et l'âme du dél>at.

Desargues voulait u s'en rapporter au dire d'excellens géomètres et antres personnes savantes et désintéressées^ et en tant qu'il serait de besoin aussi, des jurés-maçons de Paris. »> A cela Curabelle répond : « Ce qui fait voir évidemment que ledit Desargues n'a aucune vérité à dédwire qui soitsoutenable, puisqu'il ne veut pas des vrais experts pour les matières en conteste ; il ne demande que des gens de sa cabale, comme de purs géomètres, lesquels n'ont jamais eu aucune expérience des règles de pratique en question, et notamment delà coupe des pierres en l'architecture qui est la plus grande partie des œuvres de question, et partant ils ne peuvent parler des subjections que les divers cas enseignent. »

Ce passage, ce me semble, établit parfaitement la nature du démêlé, et peut faire décider à priori la question entre Desargues et ses détracteurs.

Quant à la méthode de Desargues en elle-même, elle a, depuis, été reconnue bonne et exacte, et l'on a su apprécier le caractère de généralité qu'elle présentait. Ne pouvant entrer, à ce sujet, dans aucun développement, nous nous bornerons h citer le

jugemeiil qu'eu a [}OvU'i le savant Frezier. dans son Traité de la coupe des pierres. De La Rue ayant dit (|ue Cuiabelle avait relevé exactement toutes les Jautes de Desargues (dans la construction des berceaux droits el obliques). Fi'ezier après avoir cité ce passage, ajoute : « Je n'ai pas vu cette critique, el par conséquent, je ne puis juger de son exactitude; j'avancerai cependant, sans craindre, que la méthode de Desargues n'est du tout point à rejeter. Je con>iens qu'il y a des diflicultés. mais comme elles ne viennent que d'une faute d'explication du principe sur lequel elle est fondée, et un peu aussi de la nouveauté des termes, je Nais suppléer, etc. ^t. ii. page 208, édition de 1768). Puis, dans l'explication de la méthode, Frezier dit que Desargues «< a réduit tous les traits de la formation des berceaux droits ^ biais, en latus et en descente, à un seul problème, qui est de chercher l'angle que fait l'axe du cylindre avec un diamètre de sa base, etc. (page 209).

Et, enthi Frezier conclut, après avoir expliqué clairement et dans toute sa généralité la méthode de Desargues, qu elle était ingénieuse et aurait dû lui faire honneur, si Bosse l'eût présentée d'une manière plus intelligible.

Gural>elle est uu éci"i\ain totalement iunoré de

NOTicj'S scii:mifiql'i:s. 1.S.{

nos jours; copeiKlaiit il paraîl (|iril a (V-iil sur la Slért'olomio et diflereutes parties des arts «le cous- Iruction. Du moins l'extrait du privilège, qui est en l«'l(î <\o son examen des œuvres de Desargues, l'ail ('(tnnallri^ les litres de plusieurs ouvrages ((ni! devait nirllro au jour après ce dit examen. Nous n'avons pu trouver aucune trace de ces ouvrages, ni pu constater qu'ils aient efTectivement paru. De La Hue dans son Traité de la coupe des pierres, cite» plusieurs fois Cural)elle, mais à raison seulement de l'examen en ({uestion.

Desargues en voulant assujettir la perspective pratique et les arts de construction à des principes rationnels et géométriques, s'était fait beaucoup d'autres détracteuis que (^urabelle, ainsi qu'on le voit dans les ouvrages du célèbre graveur Bosse, qui passa toute sa vie à les combattre. Cette persévérance, qui fait lionneur à son jugement et à sou caractère, lui attira aussi des persécutions; et il lui fut interdit d'enseigner les doctrines de Desargues à l'Académie royale de peinture, où il professait la perspective.

Des détracteurs de Desargues, le personnage le plus considérable paraît avoir été Beaugrand. secrétaire du roi, qui avait ries relations avec beau-

iNl NOTir.ES sr.iF.NTiFiorr^'^-

coup d'hommes dislingués dans les scienre<^. i-i qui lui-même n'étail pas dépourvu de savoir on mathématiques, car il a puldié sf»us le titre In isago- (jemF. Vietœ Scholia, in-^i, IGo-i. un commentaire sur le principal ouvi-a^e analytique de Viete, et il a joué un certain rôle dans l'Histoire de la Cycloide. Mais sa Géostatique, dont il est tant parlé dans les lettres de Descartes, et où il démontrait géométriquement que tout grave pèse d'autant moins qu'il est plus prés de la terre, suflît pour montrer h quelles erreurs son esprit était sujet ; et l'on ne s'étonne pas qu'il ait si mal apprécié les productions de Desargues.

L'estime que mérite Desargues, qui a été si peu connu des biographes, nous a porté à entrer dans ces détails, espérant qu'ils pourront pi(iuei- la culiosité de quelques personnes et les engager à rechercher les ouvrages originaux de cet lutmme de génie et ses pièces relatives à ses démêlés scienliilques. Sa correspondance avec les hommes les plus illustres de son temps, dont il partageait les travaux, et qui le voulaient tous pour juge de leui-s ouvrages, serait aussi une découverte précieuse poiii- l'histoire littéiaire de ce dix-septième siècle qui l'ail tant d'honneur à l'esprit humain.

NOTrCF.S SCIENTIFrQlM-S. 185

Ounnt aux oiivrapos do Dosargiies, voici quelques indications qui pourroiil peut-être en amener d'au 1res :

Bosse écrivait en 1G65 dans ses Pratiques géoméù'ntesHc.qwe: «feu M. Millon, savant géomètre, avait fait un ample manuscrit de toutes les démonstrations de Desargues, lequel méritait bien d'être imprimé. '>

On lit dans ï Histoire littéraire de la ville de Lyon, par le P. Colonia, imprimée en 1728 : « On va bientôt donner au public une édition complète des ouvrages de Desargues. » M. Ricber, chanoine de Provins, auteur de deux mémoires curieux et détaillés sur les ouvrages de son ami, M.deLagny, et sur ceux de M. Desargues, sera l'éditeur de cet important ouvrage qui intéresse la ville de Lyon. »

Puisse un hasard heureux faire retrouver les manuscrits de Millon ot les matériaux réunis pour l'entreprise de Ricber.

NOTICE

srR I.A

PERSPECTIVE »'AL.EAI UE ET B. IflOO.^f,

ALEAVME ET ESTIENINE MIGON.

Dans les écrits contre Desargues, sortis de l'inipriinerie de Melchior Tavernier, on peut voir le reproche adressé à Desargues d'avoir copié, sa méthode des échelles, sur un ouvrage d'Aleaunie, ingénieur du Roy. Nous voulons examiner si ce reproche a quelque fondement.

L'ouvrage dont il est ici question a pour titre :

« La Perspective spéculative et pratique , ou sont demonlrez les fondemens de cet art, et de tout ce qui en a esté enseigné jusqu'à présent. Ensemble la manière vniverselle de la pratiquer, non-seulement sans plan géometral et sans tiers poinct, dedans ni dehors le champ du tableau. Mais encore par le moyen de la ligne conmiuuement appellée Horisontale. »

De l'invention de sieur Aleavme, ingénieur du Roy. Mise av jovr par Estienne Migon professeur es-Mathematiques .

A Paris i643 — chez Melchior Tavernier.

11)0 AI.EAl.Ml. I.l i:. Ml(j(t.\.

Nous l'cM'ons d'ahoid l'emaniuor que col ouvrage sort encore de rimprimerie de Melchior Taveriiier el nous allons voif (ju'il n'a été misau jour que pour appuyer le reproclie ci-dessus, adressé à Desargues.

Cette perspectixo d Aleaume étant imprimée en 10i3 et celle de Desargues en 1630, il suffirait de cette observation pour faire voir que Desai-gues n'a pu copier Aleaume, si Migon qui a mis au jour l'œuvre d'Aleaiime ne disait à la fin de ce livre : « Je feray voir à ceux qui le désireront, le manuscrit du sieur Alleaume et donnerai l'impression qui fut faicle sur icelny. mot pour mol. des l'année lfi28 pour estre distribuée gratuitement à tous ceux qui achèteront celuy-cy. » C'est donc de cette date de 1628 que les détracteurs de Desargues se sont enqjarés, pour dire que Desargues en 1636 avoit emprunté à Aleaume son idée des échelles de Perspective.

Le privilège du Roy qui se trouve à la suite, vient fournir lui-même une réponse à ce reproche.

L'ouvrage primitif d'Aleaume avait pour litre : • Introduction à la perspective pratique, ensemble «l'usage du compas opti(|ue et pei^spectif. » Pour lequel il avait été pris un privilège daté du 27 février 1628. par les propriétaires du Manuscrit

ALIiAl.ML Ll i:. MIGO.N. 1 f M

(i'AlIeaunie décédé depuis (jiielquo temps, ('es propi'iélaires commencèrent il est Mai. cette inipressi(in, mais elle fut suspendue lorsqu'il n'y avait encore d'imprimées que les feuilles cotées A, C, D. E, G. C'est dans cet état qu'il fut acheté par Migon lequel, suivant le privilège nouveau daté de 1C43. a beaucoup augmenté le dit livre , lequel contient à présent les demonstralions des fondemens universels de toute la perspective ; qu'a ce sujet il intitule Perspective spéculative et pratique.

D'après cette observation, en examinant l'ouvrage, on voit en effet que les feuilles, notées de A à (j sont faites dans un tout autre esprit que les suivantes, que dans ces premières feuilles, où ce- ])endant on indique des méthodes de perspective, il n'y est pas même fait allusion à celle des échelles. De plus les planches représentent toujours en perspective, le tableau et le plan sur lequel sont les objets ; tandis que les suivantes le représentent en vraie grandeur dans une position verticale. Ce n'est que dans cette seconde partie de louvrage , distincte de la première, que l'auteur donne l'emploi de cette méthode des échelles ; il est donc évident que c'est à Migon qu'on doit attribuer d'avoir en l'année 1G43. ajouté à l'ouvrage d'Âlleaume, ce

192 ALEALME LT K. MKiON.

qui concerne celle métliodc emprunlre à Desargues. C'est rionc un très-mauNais pnjcédc Fail à Desargues, par ^Jelcliior ïaveruier, d'a^oi[• lait imprimer ce livre, pour le besoin de sa cause.

Après cela, il faul reconnaître que Migon a copié intelligemment Desargues, il a rendu d'abord l'usage des échelles plus simples, plus commode et de plus il faut reconnaître qu'il a ajouté une nouvelle méthode de perspective , en formant sur la ligne d'horizon, une division qu'on peut appeler une échelle des directions, servant à indiquer de suite les points de concours des droites horizontales dont les directions sont connues, ce qui permet alors de construire la perspecliNc du plan d nu sujet, avec autant de facilité que sa projectoire hol'izontale; non plus comme Desargues par les coordonnées de chaque point, mais par la résolution, comme en géométrie des di\ers problèmes sur les longueurs et les directions, par l'usage du point de concours des cordes.

NOTICE

Sur le Révérend Père Niceron ,

ET EXTHAITS UE DIVERS ARTICLES DE SES PERSPECTIVES OÙ IL EST QL'ESTIO.N DE DESARGUES.

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