‹ Œuvres. Réunies et analysées (volume 2)Chapitre 36 sur 54 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Chez Melchinr Tavf.rnier, en lisle du Palais et François l'ANGl-ors,

dit Ohartres, rue St.-Iacques,

M.DCXLII.

252 ADVIS CfI\RIT4BtES.

(l) AV LECTEVR.

Il y a grand sujet d'estre content, quand l'on peut en mesme temps donner de la satisfaction au public, et faire plaisir aux particuliers, puisque ce n'est pas chose si aysée, à moins que d'auoir à faire à vne personne très-raisonnable et pleine de considération, insques au point de n'auoir passion que pour la recherche de la vérité, et l'aduancement des arts et sciences, comme est le sieur Girard DESARGUES. On pourroit douter si l'effet de charité dont ce recueil porte le titre, seroit reçeu sans amertume, et si l'amour que chacun porte à ses ounrages, ne luy feroit pas trouuer vne laideur insupportable en ceux dont les sentiments sont contraires aux siens. Il a publié si hautement par ses écrits et par ses afliches et asseuré si résolument en ses discours familiers, qu'il auroit de l'obligation à la courtoisie de ceux qui auant le nettoyemcnt de ses Brouillons de couppes de cône, de pierres et antres matières, les honoreroienl de leurs corrections, qu il n'y a pas d'apparence de croire qu'il ne sache bon gré à celuy qui a mis au jour suiuaut son désir, ce recueil de différentes pièces

ADVIS (HAIIITABLIS. 253

et obseruatioiis faites sur ses œiiures par difîéreuts autheiirs, et en diuers temps, dont sa curiosité particulière l'auoit rendu dépositaire. Puisque c'est sans intérest es différents qui sont à déniesler auec ceux qui ont esté attaquez assez puissants pour se deffendre. Ces escrits ne sortent pas au jour pour desroger à ses bonnes qualitez, mais par la seule considération de l'obliger en son particulier, et faire chose agréable au public, faisant recognoistre iusques à quoy s'eslend la vérité, vniuersalité ^ possibilité, facilité, bricueté de ses inuentions ; et si, d'auenture, elles sont appuyées sur des foiîdements et remarques dont il ne paroisse qu'aucun autre ait eu la pensée que luy. D'où l'on pourra iuger si le plus grand bruit fait le plus grand effet et si pour priser beaucoup ce que l'on met en auant. si pour s'en attribuer l'inuention priuatiuement à tout autre, l'on est exempt de raescompte et de concurrence causée, ou par la lecture ou par quelque autre sorte de communication. Venez donc, lisez et iugez, mais n'y \enez ^di^ sans règle et compas^ sans esquierre et sans plomb, ou plustot venez-y sans aucune de toutes ces choses. le veux dire en vn mot, que pour bien iuger ce dont il est icy question ; il ne faut donc pas laisser d'estre rompu

254 AbVlS CHARITABLES.

dans lu lliL'urie et pratique des matières «{u elles contieuueiit, pour ce (jue ces discours ont esté dressez pour des personnes fort intellij^enteset qui n'auoient pas besoin qu'on leur enseignast les principes. Ceux qui par aduenture n'y pourront pas atteindre, pourront faire en cela ce que les plus honestes gens font en matière de procès, ou de cas de conscience, c'est d'en consulter ceux(ju"ils croient capables et affranchis de préoccupation , après les auoir suppliez de bien examiner ces pièces, et de conclurn' par après ou pour celuy qui s'est adiugé à lui-mesme la prérogative et la prééminence sui' tous les autres, ou pour ceux (jui n'ont pas \oulu luy laisser prendre cest aduantage sur sa simple parole, et si le sieur DESARGUES a raison de promettre plus qu'il ne tient et le public a droit de se plaindre d'estre lezé d'outre moitié de iuste prix au débit de ses denrées. le ne feray pas icy va inuentaire des productions qui composent cest ouurage, et n'obserueray ny le temps ny les matières, laissant à la disposition du libraire de mettre sous la presse ce qu'il (rouuera plus conunode et dont les ligures seront plustost faili s. puis qu'aussi bien pour le nettoyement des Brouillon et Leçons de ténèbres, il n'est pas besoin d'\n balaN si bien

ADVJS CHAKlTABLIiS. 255

lié, uy de laul d'ordre et de lumières. L'on peut croire après auoir veu la Genèse des inuentions du S. D. A. et les remarques sur icelles, auec les obseruations sur son ciel et quadraus, que l'on dira pour la terre, ou couppe des pierres et pour lesdites Leçons de ténèbres et BrouïUons.

Terra avtem erat liiaiilH el vac^a et tenebrae erant «vper faclem abyssl.

(2) EXTRAICT d'vNE LETTRE DE M. R.

Touchant les erreurs prétendus dans le liure de la PERSPECTIVE PRACTIQYE.

Qvand à la perspectiue practique, etc., ne faites point de difficulté de l'acheter et de l'enuoyer à M. L. C'est son fait, le liure est bon et propre pour instruire dans la quantité de figures qu'il a. et sans controuerse il est le meilleur de tous, pour ceux qui aymeut la practique ; et ne me dites plus que le sieur Desargues prétend qu'il y a des fautes, et que \ous \oulez attendre qu'elles soient corri-

2oH AUVIS CHAIUTABLES.

gées. Ce ne sont que palabres oïdinaires audit sieur, que l'interest fait parler de la sojte, il voudroit que celiure fut descrié pour faire place à celuy qu'il promet, n'attendez plus, et ie vous dis encore vu coup, enuoyez le à M. L. c'est ce qu'il lu y faut, et ne craignez point ces fautes prétendues. l'ai veu ce que ledit sieur D reprend, et le liure qu'il a fait là dessus plus grand que tous ses autres ouurages, et ie vous asseure que tout cela n est rien. le vous connois : vous me demanderas quelque esclaircissement, et (|ue ie vous mande au moins mon sentiment touchaut lesdites fautes. Vous auez bien peur de hazarder vne pistolle. Enuoyez, vous dis-je ledit liure à M. L. et ie vous bailleray le contentement que vous attendez.

(3). EXTRAIT [)'\S\L AVTRli LUTRli.

N'auois-je pas bie: dit. que vous craignez de hazarder vne pistolle. Bien, puis qu il ne faut que vous satisfaire touchant les erreurs prétendus, escoutez-moi, et mettez la main à la bourse, et enuoyez au plustost le liure à M. L. qui s'impatiente, et vous diray-je que le délay dont vous vous seruez, lui fait souhaiter ce liure auec passion.

ce qui urnuera à plusieurs autres, le respuuils d'ordre.

Il est \ray que la cagci a esté mal coppiée, et qu'on y a pris uu point pour un autre. Mais quo> le discours bien entendu, et partieulieremenl si on y adiouste quelque chose (comme le sieur Desargues parle de ses practiques touchant les horologes, couppe des pierres, etc., qu'il dit estre pour tout taire pourueu qu'on y adiouste) repare tout et empêche qu'on ne manque.

Ouand à la touche du fort et du l'oible qu il prétend auoir esté oubliée ou mesprisée , i'auois creu iusqu'à présent que c'estoit pour rire, ((u'il Ibrmoit celte plainte tant cela me sembloit hors <le propos. Et de vray qui enseigne la practique du trait, n'enseigne pas encore la peinture, ou la perfection du dessein. Il faut premièrement trouuer les points et les lignes d'importance, ce que fait le liure de la Pespectiue Practique ; puis trauailler la dessus, et agréer l'ouurage hurlant fort ou légèrement, et baillant les ombrages selon qu'il eu est de besoin, et pour ladite touche ieu'ay point encore veu d'autre maislre (|ue le iugement naturel, n'y ayant petit apprenlif qui ne la praction<'

258 ADVIS «JUARlTABLi:S.

suffisciiiimeiit, et quanti ie \ois que le sieurD.se plaint, il me semble ou qu'il lil ou qu'il a tort, aduoiiant que personne n'a escrit de cette matière, et luy raesme n'en ayant baillé aucun précepte, si ce n'est peut-estre qu'il a mis dans la Stampe des lignes plus ou moins touchées, comme a lait deuant luy l'incomparable Viator et tous les autres, et le Hure de la Perspectiue Practique en plus de cinquante quatre endroits de compte fait. Que si en cela il prétend auoir iuuenté quelque chose de nouueau, ie ne luy en dois pas plus, que si pour auoir bien arondi une R, dans une de ses lettres, et pour lui auoir lait une queue bien tournée et adoucie, il prétendoit estre autheur d'vue façon nouuelle et admirable de faire une R.

Quand à ce qu'il prétend estre autheur de la manière vniuerselle, etc. le vous diray franchement quecela peut-estre, etc., qu'il a assez d'esprit, et d'inuention pour le faire; et ie crois qu'il ne la pris d'un tiers ; neautraoins ie connois personne qui l'a enseignée il > a plus de 16 ans, du moins quand à la principale partie, et si elle ne l'auoit aprise de Al. Aleaume, n y du sieur Vaulezard , qui y ont de iustes prétentions. Les bons esprits se rencontrent par fois, et ceux qui n'ont pas la lec-

ADVIS CUARITABLliS. 259

ture des bous liures, et d'autre part sout iuueutil's, sont suiets h croire qu'ils sout autheurs de choses anciennes, et de se vanter mal à propos.

le viens aux ombres que le sieur D. reprend mal à propos, il a deu distiuguer dans la page 132, ce qui concerne l'ombre dans le réel, ou le Plan Géometral, ou elles sont parallèles effectiiiement, et ce qu'il faut faire dans le Plan Perspectif, dans lequel lesdites ombres sont terminées par lignes parallèles en représentation. Dans la page 134, louchant l'ombre des pyramides, etc., il n'y a point de faute, ie vous dis point, et au plus que le sieur D. puisse reprendre, c'est que les préceptes et exemples n'y sont pas assés clairs, (ce qui a fait adiouster à l'Imprimeur quelques mots, de quoy il se fut bien passé) mais quoy si cela est vue faule intolérable et honteuse à la France , que dira-il de ses ou-r urages^ qu'il appelle luy mesme des leçons de ténèbres, tant tout y est obscur. Pour la page 124 et semblables, concernant les diminutions des Figures, etc., le sieur Desargues à deu voir, ce qui est en la page 126, tout au bout ou l'Autheur parle de la sorte. l'aT/ mis encore les Praciiquss suiuantes, quoy qu'elles ne soient pas selon cestjrl^ et de viuy en l)onne Perspectiue il n'y a point de diminution ;

2fjU ADVIS CHARITABLES.

mais à ce <iuo i'enteuds l'Aulheur a puiisé qu'en cet endroit comme en d'autres. l'Art pouuoit perfectionner la nature, et m'a-uu dit de bonne part qu'il a apris du sieur Callot lesdites Practiques. qui dans les occasions peuuent bailler de l'aggreement à l'ouurage, comme vous pourrez voir dans diuerses stampes dudit sieur Callot, ou elles sont exécutées heureusement, et l'Autheur de la Perspective Practique, a fort bien remarqué par aduance page 124, que lesdites Practiques n'ont point de lieu, (jue sur les objets beaucoup esleue/ et beaucoup esloiguez.

Reste la dernière faute prétendue touchant les colonnes qui ne mérite pas de responce, n'estant qu'vne pointillé et bailler autre précepte que celuy de la page 87, qui est l'ordinaire, et qui a eu cours ius({u'à maintenant, c'est esteindre sa chandelle pour mieux voir, il est suffisant, lacile et expeditif, et qui voudroit faire un Cylindre esleué dans les précisions de la Perspectiue speculatiue, ilfaudroil un an entier pour une seule pièce, et si l'œil n'en seroit pas plus satisfait, il est neantmoius le luge, et qui a trouué le moyen de le cou tenter, n'a que faire pour la Practique des embarras de la speculatiue.

VnVlS (JIARITAHLKS. :>f\i

Ainsi ne vous mettez plus eu peine de (mites ces fautes, et ne m'en parlez plus, etc.

Depuis la présente sicrn^'e et rlalt(^e l'entends qu'on prépare quelque chose pour respondre au sieur Desargues, et me fait-on entendre qu'il trouuera a qui parler qu'on monstre des défauts estranf^^es dans sa coupe de pierre et ses autres proiets hroiiillons, et que pour vne Practique de la Perspectiue qu'il vante tant, on luy en rend fi on 7 et m'adiouste-on qu'il aura suiet de tenir sa parole et de remercier par escrit public ceux qui luy montrent ses fautes. 11 est vray que ceux-là ne senommans point il aura quelque excuse, ne se tenant oblige'^ de remercier vne personne qu'il ne connoit pas.

On me dit aussi qu'on met en teste vne espèce de responceau nom de l'Autheur, comme s'il respondoit en personne au sieur Desargues, ie dis en son nom : car celuy qui a veu la dite responce, et m'en vient de faire le rapport, ne croit pas que ce soit rAutheur, qui quoy qu'il puisse parler véritablement comme on le fait parler, à plus d'enuie de seruir le sieur Desargues que de l'attaquer. le suis de son aduis et la connoissance que i'ai de sa

262 iDVJS CHARITABLI-S.

modestie auec ce que i'entends, t'ait que ie iurerois bien que, s'il a fait la responce, ses amis y auront adiousté, nonce qu'il a voulu, mais ce qu'il a peu dire a bon droit ; veu particulièrement que quantité de personnes de sçauoir de toute sorte de condition , estonnées d'vn si nouueau procédé luy ont fait offre de leur plume ; dequoy ayant esté remerciées, cest merueille, si elles n'ont du moins mis ou cliangé quelques mots en faneur de la iustice, ce que l'eusse fait volontiers si ladite responce m'eut esté communiquée, aussi bien que MM. M. et R. ie l'attends et tout ce qui la doit suiure et ne manqueray pas de vous Tennoyer par l'ordinaire. Excusez si ie remplis toutes nos marges, et escrits sur le dos de la présente, elle vous en sera d'aulant plus aggréable, et sur tout souuenez vous de M. L. de peur que la patience ne luy eschappe. le suis, etc.

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