RESPONSE A YN AMI
Contenant vn examen d'vn brouillon proiecl, donné an public depuis quelques années en çà par le sieur Dr.sAnr.rF.s. sur le fail pai-ticnlierement
\nVIS CHARITABKKS. 263
«l'vn exemple qu'il propose d'vne manière vniuerselle touchant la pratique du trait à preuue, pour la coupe des pierres en l'Architecture.
Monsievr.
Vous sçauez comme les moindres démonstrations de vos volontez tiennent lieu en mon endroicl de commandements. C'est pourquoy si tost que ces iours passez vos lettres me furent rendues, le reuis le brouillon proiect du sieur Desargues qu'autrefois i'auois parcouru, et rebuté comme vn ouurage de peu de considération, qui ne contenoit rien que de léger, en ce particulièrement que son autheur veut estre de son creu, et qu'il a inuenté par les efforts, à ce qu'il dit, de sa seule imagination, autant broliillée en soy, comme iespere vous le faire voir cy-apres que le sont les productions qu'il donne au public soubs le tiltre méprisable de ce brouillon proiect.
Et bien que cet écrit contienne trois inueulions que l'Autheur s'attribue , ie ne prétends neantmoins parler de la première qui traite d'vn poinct de perspectiue, ny de la dernière qui con-
•J64 ADVIS THARITARI-KS.
tient la façon (if tracer quelques Quafhans solaires, que hrièuement, et comme en passant, espérant que des plumes plus sçnuantes que la mienne trauailleront là dessus, et donneront au public le iugement qu'ils en feront, s'ils le veulent ol)liger. Mon dessein principalement estant pour le présent de faire vue telle quelle anatomie (sauf le plus pour l'aduenir s'il en est de besoin) de la manière vniuerselle qu'il produit, touchant la pratique du traict, etc. Aussi est-ce à quoy il s'arreste dauantage, et qu'il dilate plus amplement en son escrit.
Examen léger de la pr aligne de perxpecliue du sieur De.sarpues.
Or allant tout . et pour ce qui concerne ce brouillon proiect en gênerai, ie dis quel'Autheur y a fait paroistre vn ])rocedé, qu'il ne peut exempter de blasme. en ce qu'aduoiiant que ce sien escrit n'est q'vn véritable broiiillon. il se donne neantmoins la libert(^ de l'adresser aux scauants et contemplatifs, les inuitant h l'honorer, c'est ainsi qu'il parle, de ItMir examen ; c'est à dire, à le nettoyer, comme portent ses termes, auec luy : Ce qui ne peut estre sans vn nu''pris formel de leur
ADvis i:inim Mil i;s. -200
({ualilé, Iraicléiiit ainsi l'aisnnt auoc eux. romnif s'ils étoient à sos fiâmes , pour (Irbroiiilloi' sos ouiirages, et les purger des inipuretez qu'il y a Jaissé.
Cela estant dit en passant, ie soustiens pour venir au poinct, «pie c'est chose intolérable de voir vn homme faire tant de bruit, et rechercher si auidemment par des placards et passeuolans si pleins de vanteries, la loiiange des hommes, pour des inuentions si minces, en ce qu'elles tirent de son creu, et par effect si peu cojisiderables : que quand on les a épluché de prés, on y rencontre bien i^rand nombre de palabres ; mais au fond si peu de chose, que personne, autre que luy. n'oseroit sans rougir quand bien il en seroit l'inuenteur, leur donner rang, parray tant de riches et subtiles productions, que ceux qui ont par cy-deuant traité de ces matières, ont transmis à la postérité, auec l'approbation générale de toutes les nations de la ferre habitable, parniy lesquelles les sciences sont en estime. Et cependant vous diriez, à entendre notre nouueau docteur, qu'il enchérit par dessus tous ses deuanciers, et qu'il parsemé tous les arts de pierres précieuses, si rares et si exquises, que tout le reste qui s'y rencontre, n'emporte, à leur
266 \UVfS r.HARITABLES.
égard, auti'e estime que de cailloux sombres, raboteux, et mal polis. 11 ne faut que lire ce qu'il en a escrit en diuers temps et reprises, tant en son broiiillon proiect que nous examinons, qu'en plusieurs autres affiches, dont il a souuent placardé les carrefours de Paris, pour acquiescer à ma proposition, et confesser que ie dis la vérité. Voyez de grâce combien de discours rudes et farcis de plusieurs façons de parler barbares, qui ternissent l'éclat et les richesses de nostre langue, il emploie en la première partie de ce broiiillon proiect, pour se donner de la vogue, et pour faire croire qu'il a inuenté vne eschelle de perspectiue dans cet art, comme dans le mesme, et en tous les autres qui se seruent du dessein, il y en a vne geometrale? Mais considérez aussi que s'il a gagné par ses palabres quelque chose sur les esprits foibles, et peu versez aux sciences, il n'a rien profité pour cela à l'endroit des' sçauants, qui se mocquent des adresses dont il veut se preualoir pour se donner de la gloire, et faire qu'on le considère comme vn maistre consommé en cet art, qui paroist enfin au monde pour luy faire voir et découurir ce que iusques à présent il auoit ignoré. Et en eiïect, si i'auois tiré de la boutique dvn riche marchand, ou
\DVIS CHAHITAKI.KS. :>67
d' VU cabinet de quelque personne curieuse, fl de condition, quelque belle pièce pour Télaller, et la mettre au iour; oserois-ie pour cela m'en dire Tinuenteur? C'est cela mesme neantmoins qu'ose faire le sieur Desargues en son broiiillon. Car tirant hors du plan perspectif ordinaire, trois ou quatre, ou plus si \ous voulez, des sections radiales qui y aboutissent au poinct principal, et s'y Yoyeut parlagt'os inégalement en leur longueur par des transuersales, ou parallèles à la base du tableau, que ces radiales coupent réciproquement, également en chaque rang d'icelles, mais d'ailleurs en plus grandes ou en moindres parties, selon qu'elles s'approchent plus ou moins du poind principal ; il les met à l'écart, et hors du tableau pour s'en seruir d'échelle, et rencontrer par le moyen d'icelle les diminutions, tant des renfoncemens, que des hauteurs et largeurs des obiects : El puis il va clabaudant par tout qu'il en est l'inuenleur, et qu'il a fait en cela ce à quoy personne n'auoit pensé auant luy ; mais ie vous prie, auec combien peu de raison, puisque tous ceux qui ont écrit par cy-deuant de laperspectiue, ont donné la façon de disposer de la sorte ces radiales, et de s'en seruir pour trouuer les mesmes diminutions et ra-
2()S .U)\is < rniîiTAHii.s.
courcissemeiis que dessus? Ces entreprises iir s"arpestent pas là, il veut que ses contemporains, aussi bien que ceux qui l'ont deuancé, contribuent à sa gloire, quoy (ju'au dépens de la leur. El bien que ces deux figures, dit-il, en la première pape de son brouillon peu après le milieu d'icelle, suffisent à ceux qui ont de la disposition à apprendre la perspectiue, rien ncinpesclie neantmoins que si ion met ce broiiillon au net, auec vu nombre d autres exemples en d'autres staînpes, on n'en particularise d'autres circonstances plus au long par le menu. Ensemble de celles des ombres, et des ombrages qui se font en campagne, à la lumière du soleil, dont la perspectiue se fait d'vue manière autrement aisée, que celle d'vne figure, que M. Poussin, très-excellent peintre françois, a enuoyé cette année de Home à Paris, etc. Et plus bas ; Ceste manière icy de pracliquer la perspectiue à pour ses ombrages vue règle vntuerselle que les ouuriers peuueut entendre et practiquer auec plus d'auance en vn iour qu'en quin:e il la façon de ceste figure enuoyée de Rome, etc. C'est chose estrange, que toiilcs les peusées decet lioniti e soient ainsi vniuerselles et propres à tout à son dire: Il a parlé de la façon de taire quelques lignes pour diminuer les obiects dans le plan perspectif ; puis
ADVIS CHAHIJABLKS. 2(iO
aiissi-tost,et suiis rien plus, il veut que sa piaclique soit Mie resgle vniuerselle pour y appliquer les ombres, voire comme il l'enseifiiie en la suitte de sou diseouis ; pour donner cognoissance, non de la nature et meslanye des coulent s, mais bien généralement de tout ce àquoy tous les peintres, sculpteurs, et semblables essayent de par uenir, a force de practi- (/ucr en taslonnant ce qu'ils appellent estudier, et de ce qui en l'ouarage fait nuancer^ reculer, aron dir, applanir, hausser, baisser, alonyer, accoarcir, grossir^ diminuer^ agrandir, aptisser, reposer, agir, respirer, viure, veiller, dormir, et autres semblables, tant en l'illumine' qu'en l'ombre : et enfin pour fournir la liaison de ce qui fait paroistre l'ouitraye frais, murtry, fort, foible, sec, tendre, gras, maigre, dur, tnol, et semblables, etc. Celte tirade admirable et ces promesses tant rares et spécieuses ne seroieiit elles pas capables de faire effect en ceux qui les euteudent, si la raison ne nous enseiguoit (]ue ces choses, pour la plus-part, estant si différentes, et souuent si independentes les vnes des autres, il n'est pas possible quelles n'exigent pareillement des préceptes et despractiques différentes en leur exécution? le m'en rapporte à ceux qui sont en rexercice de sa peinture, voir Desargues mesme
pour ce coup, puis que se contredisant soy-mesme, et voulant que le meslange des coukura nenlre point dans son induction, il \eut par conséquent que la practique ne puisse seruir contre ce qu'il a dit, au contraire, à faire paroistre les ouurages des peintres, frais, murtris, secs, tendres, durs, moîsy etc, puisque tout cela ne se peut exécuter que par ceux qui sçauent et qui sont parfaictenient stilés au meslange des couleurs.
Cela s'estant dit comme en passani, et pour commencer à faire cognoistre comme le sieur Desargues promet incomparablement plus qu'il ne fait : ie reprens mes brisées, et monstre comme pour s'acquérir de la réputation, il met au rabais les personnes de sçauoir et de mérite, non seulement celles qui l'ont précédé, comme il a esté dit cy-dessus, mais aussi celles qui viuent de présent, et font esclat dans les villes les plus nobles de l'Europe. Voyons-en les prennes.
Il donne, comme vous auez veu. et ce auec raison, a M. Poussin le titre de très-excellent peintre : Mais à quel dessein? non autre sans doute, (juepourse releuer dauantage, en le mettant si bas audessous de soy, qu'il ose bien diie que par sou brouillon proiect il nous donnera en vu ionr
ADVIS CnARiTABLi-S. 271
plus de cognoissance des choses coiicernaiit hi peinture, en ce particulièrement qui concerne les ombres; que ledit sieur Poussin eu quinze iours par lafiguie <|u'ii en traça, il y a quelquesannées estant encor à Rome, et qu'il enuoya en France pour en l'aire part à sa patrie. En vser de la sorte, n'est-ce pas dire liautement, si ie puis cela, et si ie terrasse de la sorte ce braue atlete à l'ayde d'vn brotiillou proiect, que feray-ie quand iel'auray mis au net? Dites nioy de grâce, monsieur, ces \anteries sont elles supportables en \n homme particulièrement qui n'a iamais pratiqué la peinture? Passons outre. Tout Paris sçait comme il \a publiant partout, que tous les peintres qui y paroissent, et desquels cette grande ville admire les ouurages, n'entendent rien eu leur mestier : et que M. de La Hyre qui tient rang parmy ceux qu'on tient pour les meilleurs, confesse l'ranchement, qu'auant qu'il se fut rendu son disciple , et qu'il eut receu de ses mains les clefs des secrets de son art, il n'y entendoit que fort peu, ou rien du tout. Cela m'ayant esté asseuré pour \erilablc de plusieurs personnes d'honneur, à qui le sieur Desargues à tenu ces discours, ie l'ay creu, et ce de plus, d'autant plus farilpmpni, qno i'appercois (ju^* ce iargon
27i ADMS CHAKlTABl.tS.
est toit coiifuinit' ;i son liuiiieur, et ii ces escrits, particulièrement h ce broiiillou pioiect que i'exaniiue : non sans rester ueantmoins dans l'estonnement, de voir d'vne pari la hardiesse de cet homme, et de l'autre la patience et modestie du sieur Poussin et de La Hyre, et de tant d autres pinceaux excellents qui paroissent dans Paris, qui souffrent qu'on les rabaisse de la sorte, et (|u'\n homme qui n'a iamais pratiqué dans leur ait, s'y veuille rendre leur maistre, et les ose faire passer dans les meilleures compagnies pour des ignorants. C'est à eux de faire reflexion là-dessus, et à moy de passer outre à mou examen, laurois beaucoup à dire sur son transport du point de distance dans le tableau : mais comme iespère qu'on trauaillera là-dessus, i'ayme mieux m'en taire, que d'auaucer quelque- chose qui soit inférieur, et an dessous de ce qu'on eu pourra dire à Taduenir.
Examen leyer de la pratique de faire des quadrans du sieur Desarijues.
Vu mot, s'il vous plaisl. Monsieur, de la gloire qu'il prétend auoir aicjuis ; eu l'inueution qu'il a donné dans son l»roiiillou. de (ract'rau movon du
ADViS CFIARITABLKS. 273
style plac6, tous quadrans plats d'heures au Soleil. Kl auaiit tout ie veux supposer auec luy, sans preiudice toutesfois de la vérité contraire, que sa pratiquesoit telle qu'ill'a ^anté, vniuerselle exemple delasubiection des instruments extraordinaires, l"acile, et expeditiue au poinct qu'il la dit estre, choses neanlmoins que ie sçay qu'on luy peut contester auec fortes et viues raisons : Ce nonobstant ie dis, que bien que cela se trouua véritable, l'effect d'vn quadran de la nature qu'il le propose, auec les heures égales seulement, sans les Italiques Babiloniques ou antiques, et sans aucun arc des iours ou des signes, ny telles autres curiosités, dont on peut enrichir et orner les quadrans solaires, est si peu de chose, comme estant quasi la moindre de cette science, et par ou commencent ordinairement les apprentifs , que ie ne puis conceuoir comme vu homme bien sensé, puisse vouloir en tirer de la gloire, après tant d'excellentes et subtiles inuentions, desquelles plusieurs signalés personnages, et tres-sçauans Mathématiciens ont fait et rempli auec honneur plusieurs grands Volumes.
Beaucoup moins puis-ie satisfaire à mon esprit ; lors que ie le sens choqué par le trop de crédulité
de ceux, qui pour le grand désir qu'ils ont de des-