‹ Œuvres. Réunies et analysées (volume 2)Chapitre 52 sur 54 · II · texte numérisé non relu

II

418 FOIBLESSR PITOYABLE.

en telle chose, qu'entre autre Morolyc de la lumière et de l'ombre, luy enseignera la place de son fort et de son foible : Ce que le sieur Curabelle demonstrera ampleraentet autres conséquences du fort et du foible dans son optique vniuerselle, d'où le sieur Desargues insère cette matière risible, que cela fait reposer, agir, respirer, viure, veiller, dormir i tant en l'illuminé giien l'ombre, etc.

Et de plus le sieur Curabelle fait voir icy en moins de lignes la seconde planche de ses manières d'arc rampant, la hauteur du sommet estant donnée

(Suit une démonstration assez compliquée de celte construction, avec figure. Nous croyons devoir la supprimer).

. Le sieur Desargues s'attache fort sur la question de l'angle plan de l'Examen , le tient pour un grand secret et le meilleur point qu'il a à défendre : et le sieur Curabelle luy fait sçauoir, taut à luy qu'à ses supports, qu'ils ont besoin de desployer le meilleur de leur logique, pour soustenir la thèse scachant que t3 T.Ti7reJov^ signifie superficie, ou plan, et que le plan est vno espèce de superficie. Et que abstractiuement superficie est maieure partie de la forme, partant substantielle ou

FDIBI.ESSi: IMTOYABIJw -j 1 9

ni.'iii'iife paili" cl a le terme de laction qui cause les (iiuerses foinies : aussi nécessaire pour les solides l'ii d'Euclide. Et la 8 defin. du premier, expliquant le premier plan formé' ou terminé. Et la forme ou tcime en ce cas estant le suiet considéré sera substantiue, mais cela ne fait pas qu'essentiellement iceluy même plan formé ou terminé, ne soit substantiel ou majeure partie, ce qu'estant, en iceluy plan la forme est terminée, donc il y a des plans terminés et non indéterminés, et mesme simplement dits : Et par conséquent la qualité de plan est tousiours au plan, soit en forme terminée ou non. De plus en l'architecture théorique ou pratique non plus qu'en la géométrie, l'on n'entend iamais par le mot de plan seulement dit; figure de ville, de maison, ou porte, etc. Ains vue estenduë plate , l'on peut présumer que ce soit quelqu'vne de ces choses : mais l'on peut présumer le contraire, d'autant que l'architecture se sert encore de plan en k section des solides, et luy donne diuerses situations , selon que requiert la construction de la coupe dos pierres, etc. Aiissi les plans de toutes villes, maisons, etc., ne sodI pas toutes de niueau ; donc en l'architecture l'un n'entend par le mot de plan seul, aucune figuie

420 POIBI.ESSR PITOYABI,!-:.

non plus qu'en la géométrie, etc., bien que telle chose et autres des nom impropres ne soient pas de conséquence aux matières dudit examen, ainsi que le fueillet 12 le manifeste.

Ledit Desargues prétendant se purger des fautes commises dans ses courbes de la coupe des pierres, s'est auisé de dire pour le mieux, qu'il n'a pas prétendu enseigner de construire, aucune courbe ny figure d'assitlte ny de profil, ainsi que les 29 et 30 fueillets de ses escrits du Hure de la coupe des pierres en font mention; mais l'on hiy prouuera que tout son liure ne fait qu'enseigner à construire tant diuerscs sortes de courbes, comme fujurts d' assiette et de profil, d'vn suie cl proposé de section de solide en la massonnerie . Et de plus les courbes ne s'estoient en partie pratiquées dans la coupe des pierres, autrement que ledit sieur les enseigne, et mesme qu'il y a des cas ou il est deffié luy et ses supports de le faire autrement, et cela le fit croire qu'en tous les cas elles ne pouuoient ou ne deuoient se faire autrement. Et en la iS fueille des figures de sondit liure, il dit, quant à ce qui est de creuser la docte vous trounerez après cela que s'est fort peu de chose. La plus grande paitio de la pratique fait voir le contraire, ainsi i|u il on est tou-

r()ii{i.i:ssi. piToYvni! . 421

clic ({iichiuc chose dans ledit cxarucu, cl (|ue le prétendu peu de cliose à le faire deiiëment, e^ plus (|ue loul son Irait.

De plus l'on fera voir qu'il a mis luy mesme en pratique des arcs rampans défectueux, et faits a veuë de nez sans aucun fondement . et selon sa manière, dans \u simple escalier d'vn particulier de ceste ville, lequel escalier ledit sieur a exalté extrêmement, et tenu pourvue chose considérable fondé sur vne parallèle aux marches, ou des marches parallèles à vne plainte toujours rampante sans iarets au dedans d'vn chifre à iour, que des simples ouuriers ou apareilleurs seroient honteux de dire ou cotter ; l'on luy peut faire voir consequemmeut telle chose estre faite en d'autres lieux deuant, ou en même temps que le sien, sans parler de la meilleure décoration et ordre qu'ils ont plus que le sien, et neantmoins l'on n'en parle ny l'on ne les cotte pas. Nouspouuons iustement comparer ledit sieur à ces apprentifs peintres qui s'emerueillent de voir de belles couleurs de bleue de rouge, etc., qu'ils ont couchées auec peu d'art sur vne toile : et se persuadent que ce peintre si fameux Apelles n'a iamais rien fait de plus beau.

Le sieur Desargues estant estraugement surpris

4i2 l'OlHi ESSK IMTOWBIJ .

de son iinpiddence, et voulant replablier s'il pouuoil la généralité par luy proposée en son traicl de la première teste, s'est ielté sur diuers moyens ; Tvn est, qu'il ne faloit, dit-il, qu'ajouter sur chacun des lits les derobemens de Febrasement, ainsi que l'on fait aux cornes de vaches de l'ancienne manière ; Mais voyant que c'est eschapatoire n'estoit receuable, il s'est ietté sur vn autre, qui l'est aussi peu, qui est de faire autant de diuerses de ses opérations, comme il y aura de lits en la pièce proposée, qui est iustement ce que le sieur Curabelle a dit au bas du fueillet ii de l'examen : ce qu'on ne luy accorde , ayant à dire là dessus ; maintenant considérant combien il faut de lignes pour les diuerses opérations de chacun lit. Sans comprendre celles des panneaux et buueau droit, l'on pourra s'estonner auec raison de l'effronterie du sieur Desargues qui a auancé et mis au iour, que sa manière cy dite a moins de lignes et d'opération de compas, que celle que le sieur Curabelle a construite dans ledit examen; si ledit sieur eust preueu la restriction de la généralité de sa manière, et qu'il n'eust pas creu que tel cas n'estoit qu'vne canoniere ou vnc trompe tronquée, ainsi qu'il l'a dit, il faut croire auer toute vérité que dans sou

FOIHIJSSi; l'IiO^ AHI.I.. 42.'{

dil liiu<i de la coupedcs pieirosparriiN tant d'exemples qu'il y a, il en eust donné tout au moins vn de ce cas, ou'tout au moins il en eust dit quelque mot. ou fait quelque remise.

Le sieur Desargues dit que le sieur Curabelle n'a pas demonstrô entièrement la raison des deux eschelles de frond et d'esloignement. il doit sçauoir qu'il l'a démonstrée autant qu'il le vouloit, ou que la chose le requeroit, ledit examen n'estant pas le lieu où il s'est obligé de tout dire ; mais il doit croire que par mesme construction et situation de lignes et auec 7 ou 8 seulement, le sieur Curabelle demonstrera d'vne seule proposition, tout ce que l'on pourroit souhaiter, ainsi qu'il le verra dans son optique vniuerselle ; comme aussi auec des lignes de niueau il se pourra voir comme le compas optiqueest pourdiuerses situations et tousioui s le tableau de frond, ce que plusieurs sçauent: mais il peut estre qu'ils ne le sçauoient pas obliquement. Le sieur Curabeîle l'a démonstré obliquement plus tost que de frond, tant pour la raison devant dites que pour faire voir l'erreur des eschelles obliques du liuret de Perspectiv*^ adressé aux théoriciens que le sieur Desargues abandonne, et ne veut maintenir, d'autant (ju'il ny a pas rais

424 FOIBLISSI' PITOYABLE.

sa reconnaissance, ainsi que l'on peut voir dans le billet du 3 mars qu'il a signé et dans son projet d'acte cy-devant dit, et qu'il desiroit passer devant notaire.

S'il prend bien garde à la trompe que le sieur Curabelle lui a fait donner enuiron le 7 avril et qu'il croye fju'il y a plus d'un an qu'elle estoit faite, j'estime qu'il pourra estre entièrement desabusé de plus dire, que ledit Curabelle a copié de ses œu • ures, outre qu'il y a d'autres moyens pour l'en désabuser et le faire changer de discours ; de plus il y verra aussi de beaux fondemens de la perspectiue et notamment pour les plans des colonnes qui se pourront tirer tout d'vn coup, sans aucuns points ordinaires tant avec singliot que compas eliptique. Le sieur Desargues dit au feuillet 2 de son libel du 18 avril cy-devant dit, que ce qu'il traite dans ses œuiires a des certitudes euidentes par des démonstrations géométriques et partant indubitables : Et consequemment, quvne personne qui s'entend ;nediocrementà la géométrie, ne srauroif avoir commis les erreurs et les fautes, dont le sieur Cunibclle fait l'énumération dans son prétendu examen des œuures du sieur Drsargues, qu'il naif du tout l'entendement imhécillc, etc., et neautmoins il a avoiié déjà

FdiUMissi. v\T{ \ \Di.i;. 425

(et s(M-a ((mltainl d'en allouer beaucoup d'autics) que dans son liure de la coupe des pierres, il luy a seulement manque de 3 lignes oubliées, cm JNne de ses démonstration ou constructions ; et (jue quand cela porleroit cuupù deux ou trois iueillets, et qu'il les faudroit airachei-, cela ne touche rien au reste de l'cFuure, desquelles choses l'errala est muet. Et veut ledit sieur que cela passe pour des fautes d'impression.

Finalement le sieur Desar^ues ne doit si lort s'altrister, ny se stomacher si le sieur Gurabellea l'ait le véritable examen de sesœuures, bien que le sieur Desargues luy donne vn autre nom, puis que par escrit public, tant par affiches qu'autrement il a beaucoup de fois requis les connaissances de faire l'examen de ses œuures : l'on sçait bien qu'il a interest de dire que le sieur Curabelle n'est pas du nombre des connaisseurs qu'il prétendoit : Neantmoins il s'est trouvé qu'il a contraint ledit Desargues et autres, de vouloir maintenir pour deffendre la fausseté de ses œuures, que les règles fondées sur la géométrie et données pour pratiquer des arts de la qualité de ceux en question, pourueu qu'elle approche la vérité et précision, en sorte que les sens n'aperçoivent les défauts, icelles règles

426 FOIBLKSSK PITOYABLE.

suffiront, et seront censées estre précises et véritables, d'autant disent-ils que nos sens sont les iuges de nos opérations ; hors voyla des géomètres qui ne preschoient que la précision, réduits à \n pitoyable estât.

Le sieur Curabelle a bien voulu icy déduire quelques responces contre les faibles deffences cydessus dites du sieur Desargues, afin qu'il se prépare et ses suppôts, à en trouuer de meilleures, et à toucher les matières essentielles du dedans dudit examen, et non seulement l'extérieur et la surface d'icelles. Toutes les choses cy-dessus dites, se iustifieront par escrits signez, que coUationnez par deuant notaires : comme aussi par tesmoins, si le sieur Desargues en vouloit ignoi-er.

Avoiiez par i ('.MiabtMlt^.

Iiniiriiné à P.iiis, ce 10 imn 1644.

Page 1