‹ Œuvres. Réunies et analysées (volume 2)Chapitre 6 sur 54 · BOSSE SUR nrsARr.uEs · texte numérisé non relu

BOSSE SUR nrsARr.uEs

demeslez à viiider avec de semblables esprits, qui dans nostre compagnie et. en pr(jsence de nos élevés, m'ont donné l'avantage de les confondre sur des allégations téméraires qu'ils avoient faites, et cela avec toute la civilité qu'ils pouvoient désirer : néanmoins, ils ont eu tant de dépit de s'estre mépris, qu'ils m'ont pris en aversion pour les avoir éclairez, et ont cherché tous moyens de me pouvoir nuire, tant en mon honneur qu'en mon bien.

, « Ensuite, pour se dérober à la honte d'cstre confondus, et ne pouvant arrester le cours de leur malice, ils se sont avisez de puljlier des lettres sans aucun nom d'auteur, remplies de tant de sottises et d'impertinences, qu'il est aisé de croire que la première est d'un escolier, comme ils lui en font porter le nom, et l'autre d'un intéressé mal intentionné.

(( Mais il est étrange qu'avec tant de vanité, ils ayent tant de faiblesse, après avoir avoiié qu'ils ne pouvoient trou\er à mordre sur les ouvrages du dit D et demeurans d'accord de leur excellence et utilité, ils ont esté jaloux de la réputation qu'il en recueilloit et n'ont pu dissimuler ce sentiment secret qu'ils avoient caché jusques alors; ils m'ont voulu obliger d'oster son nom de ces traitez, et n'en point parler comme je fais dans les endroits

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oii jo rends tr^moignago à la vérité, prétendant qu'il seroit honteux qu'un homme comme luv, qui n^ esté ny peintre, ny desseignateur, leur eust donné des préceptes de leur art, sans avoir l'esprit de penser qu'ils avoient eux-mêmes choisi sa pratique sur toutes les autres : toutefois, je me sens en quelque sorte obligé de dire icy, que la pluspart de ceux qui avoient avancé ces paroles témoi'» gnerent quelques jours après s'en rétracter.

« Mais' ce motif est-il assez considérable et assej; honneste, pour ravir à une personne la gloire qui lui est deuë? il n'est pas honteux de profiter des inventions des premiers inventeurs des arts et des sciences, ou de celles que les esprits extraordinaires découvrent de nouveau; mais il est fort hon^ teux d'estre ingrat à ce point, d'en vouloir profiter sans les reconnoistre, ou de priver le public de l'utilité qu'il y peut trouver, parce qu'ils ne sont pas en estât de lui faire de tels présens.

(( Enfin l'auteur et les traitez touchant la pers^ pective ou pourtraiture et peinture estans au-dessus de leur portée, ils ont tasché de les rendre inutiles et en diminuer la réputation en substituant un autre qu'ils ont vanté au souverain degré. C'est le traité de la peinture attribué à Léonard de Vinci,

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cy-.!evanl peinlie italien très-renommi''. traduit ainsi que j'ay dit cy-devant d'itali«Mi en fVanrois et dédié à nostre premier peintre du Roy, M. le Poussin ; rtle mesme encore en italien, d(''dié à la reine de Sut de, par feu M. du Fresne.

(* Véritablement ces noms illustres me donnent du respect pour tout ce qui vient d'eux, ou leur appartient en quelque façon, mais ils sont trop raisonnables pour exiger une soumission aveugle de ceux qui connoissent ces matières ; il leur est avantageux qu'on donne à connoistre que l'on discerne dans c^ traité ce qui est d'eux ou de quelqu'autre, ensemltle ce qui est d'une ou d'autre espèce. Ce que je n'ay eu la pensée de faire que par la nécessité de deffendre la vérité et mes ouvrages que mes envieux et jaloux ont voulu malicieusement ravaler et rendre méprisable par l'opposition de ce traité qu'ils prétendoient mettre au-dessus de tous les autres, sans mesme estre asseurez de ce qu'ils avançoient. Et pour une infaillible preuve de cela, il n'y a qu'à voir un petit livret imprimé en cette forme, intitulé : Lettre du sieur Bosse à un sien aîfiy, sur ce qui s'est passé entre lui (t quelques Messieurs de l'Académie, par lequel on peut voir des choses très-malignes et très-grossieres.

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(. Mais puisque i'ay le honlieiir d'avoii' contribué avec l'eu iM. Desargues au profil que le public doit tirer de nos traitez et que j'en connois rexcellence j'aurois traliy ma propre connoissance et contrevenu au serment que j'ay fait lors de ma réception à l'Académie, si j'avois soufPeit qu'à faute d'avertissement les men«''es de tels esprits fissent, au préjudice du public, prévaloir à mes traitez celuy de Léonard de Vinci qui en nombre de circonstances leur est de beaucoup inférieur, et dont enfin il suffira d'en toucher seulement quelques-unes pour faire voir si en ma deffense je suis bien ou mal fondé : outre les sentimens de Monsieur Poussin, lesquels se verront cy-après.

Page 125. « — Enfin l'on ne scauroit blâmer le dessein charitable que le dit Desargues a eu de faire part au public des connoissances particulières qu'il s'est acquises dans plusieurs sciences par son étude et son merveilleux génie ; ny le mien de les avoir apprises de luy et données au public.

« C'est ce me semble, le propre du bien de se communiquer, et chacun sait combien son inclination y a esté portée, puisqu'il a communiqué franchement et gratuitement les belles choses qu'il possédoit. comme les ouvrages que j'ay mis

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au jour en font foy, et entr'autre ce qu'il a fail imprimer des sections coniques , dont une des propositions en comprend bien comme cas soixante de celle des quatre premiers livres des coniques d'Apolonius Pergeiis , luy a acquis l'estime des scavants, qui le tiennent avoir es(c l'un des plus naturels géomètres de nostre temps, et entr'autres la merveille de nostre siècle feu Monsieur Pascal seigneur d'Etlionville. qui a publir' de luy en 1640 dans un imprimé intitulé Essai pour les coniques^ ou il y dit sur une proposition cottée figure 1 : Nous démontrerons aussi celte propriété dont le premier inventeur est Monsieur Desargues Lyonnois , un des grands esprits de ce temps et des plus versez aux mathématiques, et entr'autres aux coniques, dont les écrits sur cette matière, quoy qu'en petit nombre, en ont donné un ample témoignage à ceux qui en auront voulu recevoir l'intelligence : et veux bien avouer que je dois le peu que j ay (rouvé sur cette matière à ses écrits, et que jay tasclié dimiter autant qu il m'a esté possible sa méthode sur ce sujel qu'il a traité sans se servir du triangle par l'axe, (»lc.

f< Son traité de la coupe des pierres en l'ai'c hitecturea bien fait >oir qu'il eloit géomètre, e( sa

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pralique universelle (jue j'ay divisée en deux lomes : l'un pour les tableaux plats et l'autre pour les irréguliers et courbes, pour laquelle il aolferl si généreusement par une lettre imprimée cent pistoles à celuy do nos François (jui pouiia lui donner le contentement d'aller plus outre; celle des quadrans solaires sur toutes sortes de superficies, sans avoir aucune connoissance de l'astronomie, soit de déclinaison du soleil ou d'élévation de pôle, et sans autre instrument que la Règle, le Compas , l'Esquierre et le Plomb, avec preuve : toutes lesqu'elles pratiques sont de sa pure découverte, où a aucune d'elles ces envieux n'ont sceu trouver à redire avec raison, et mesme que feu Monsieur Millon, scavant géomètre, en a fait un ample manuscrit de toutes les démonstrations, lequel, à mon avis, mériteroit bien d'être imprimé.

« De plus, eu ouvrage d'architecture, les degrez ou escaliers de l'hostel de l'Hospital , celuy de Turenne en sa sujettiou, ceux des maisons de Monsieur Vedeau de Grammout, conseiller au parlement, et plusieurs autres, qui sont tous des chefs d'œuvres en cet art; et les premiers où l'on voit distinctement la belle sorte de régularité et l'ordre

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que doivent garder entr'eux leurs appuis, halustres et autres ornements, suiNant leurs niveau et rampe, sans qu'il y arrive (comme parlent les ouvriers), aucune fausse rencontre ny ressauts, mais soit continuellement chaque chose dans l'ordre naturel du corps de l'œuvre, et ajustemens de balustres sur le giron des marches, ainsi que cela est amplement déduit et représenté dans mon traité d'architecture, sans compter ce que Dieu aydanl, j'espère de mettre de luy en lumière, que j'ay encore par manuscrit.

« Néanmoins après toutes ces belles productions, il y en a qui demandent encore ce qu'on voit de luy; croyant que pour estre dit scavant en l'architecture qu'il ne faut que scavoir desseigner nettement sur le papier quelques morceaux de ces ordres, qui est, comme chacun scait, !a perfection d'un pur copiste, qui mesme souvent ne scait pas faire le choix ou discernement de leur plus belle ordonnance, et encore moins la règle pour sur le papier trouver cette proportion, telle qu'on soit pleinement asseuré qu'estant construits en grand, ils fassent à l'œil l'agrément désiré; ce que j'ay appris aussi de luy, et expliqué dans mon traité d'architecture, et plusieurs belles particularités, par

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lesqu'elles, et ses autres œuvies, on peut juger si l'on a eu raison de le vouloir encore obliger à sçavoir travailler nettement de la main.

« l'oubliois de mettre icy que sa manière de pratiquer la perspective luy a fait concevoir le moyen de former un ouvrage en saillie courbe, de façon que le relief semble s'approcher de l'œil quand il en est loin, et s'en reculer quand il en est près, chose qui semble directement aller à l'encontre de >cc que d'un ouvrage formé d'une autre manière la couslume est de sentir qu'à l'œil il est trouNé plus grand de près que de loin, particularilé excellente à scavoir pour exécutei- les bas-reliefs et autres ouvrages de pareille nature.

(t Mais il est (emps de finir cet écrit par les remarques faites sur le traité attribué à L. de Vinci : car pour celui de la perspective dédiée à M. Le Brun, il suffit de ce que j'en ay dit et fais voir ensuite de ma lettre à Messieurs de l'Académie. Et pour celle mal nommée affranchie par le P. B. (Bourgoin) religieux augustin, estant donnée par les angles, elle ne peut estre de grand usage surtout pour les peintres et tels autres desseignateurs de plusieurs objets formant histoire, puis que parmy de semblables artistes la réduction du petit pied est

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familière, mais bien poui- inetlie en perspective ([uelques morceaux d'aicbitecture militaire, ou le plan géometral est d'ordinaire l'ait par la counoissance des angles. »

Suit l'examen du traité de L. de Vinci, critique fort juste, qu'il appuie de cette phrase d'une lettre (|uc M. le Poussin lui a écrit de Rome.

« Tout ce qu'il \ a de bon en ce livre [de L. de Vinci), se peut écrire sur une feuille de papier en grose lettre; et ceux qui croyent que j'approuve tout ce qui y est ne me connoissent pas ; moy qui pi'ofesse de ne donner jamais le lien de franchise aux clioses de ma profession que je connois estre mal faites et mal dites, etc.

Au demeurant, il n'est pas l)esoin de nous rien écrire touchant les leçons que vous donnez en l'Académie, vous estes trop bien fondé. »

(Nous croyons devoir ajouter ici l'acte qui termine cet article et qui prouve l'animosité qui animait alors certains peintres praticiens, contre Desargues qui n'était qu'un savant et point artiste!)

« Nous sous signe/ de 1 Académie rovale de peinture et sculpture, reconnoissous (pi'auparavant qu'ils fust parlé de celte Académie, M. Bosse ayant mis au jour un livie entr'autres de la ma-

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iiiere universelle de M. Desargues pour j)rali<juer la perspective autrement la pourtraiture ; et la dite Académie ayant esté depuis instituée, elle auroit par ses déléguez prié ledit sieur Bosse de vouloir y venir expliquer ladite perspective aux etudians en icelle à la pratique de l'art de portraiture ; ce qu'il auroit courtoisement accordé et effectué durant des années avec de nf»taljles succez : En témoignage et reconnoissance de quoy ladite Académie luy auroit de son plein gré donné sa lettre d'academiste honoraire, pour avoir séance et voix délibérative en ses assemblées et pour y expliquer ausdits etudians la perspective et ses dépendances ; dont et de quoy, suivant la couslume et les formes, le dit sieur Bosse auroit preste serment; après quoy, d'un commun adveu de la compagnie, il auroit a diverses fois recommencé la dite explication de la perspective, à la qu'elle il auroit joint l'enseignement de choses de géométrie pratique propres à estre sceuës en celle du dit art de pourtraiture ; et de plus encore sur les préceptes que d'abondant il auroit receus de nouveau dudit sieur Desargues, et desquels il avoit donné simplement avis dans sondit livre ; il auroit pour comble d'instruction ausdits etudians enseigné bien au long

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un oïdio m(Hlio'li(iue cl démonstratif à suiMC et tenir pour conduite assurée en Ja prati(jue de pourtraiturc à la veuë naturel; et cela par des leçons la pluspart signée de l'ancien de la compagnie lors en mois. Ce qu'il auroit toujours fait au nom et comme en résultat des soins de l'Académie, il rechercher au possible tout ce qui se pourra trouver en quelque manière servir et contribuer au prompt et solide avancement desdits étudians à l'intelligence , et des raisons à scavoir et des moyens à tenir en ladite pratique. Ce que ledit sieur Bosse ayant intention de mettre en lumière, il auroit lendu cette déférence h la compagnie, de mettre à son option ou qu'il la list en academiste susdit au nom et comme un effet des soins de la dite Académie, ou comme ses œuvres d'auparavant qu'il fust academiste en son nom seul demandant acte en forme de sa délibération la dessus. Pour laquelle chose aucuns des anciens et academistes se trouNaut assemblez, une partie en fin d'assemblée déclarèrent de parole audit sieur Bosse, que la compagnie avoit à gré l'bonneur qu'il lui \ouloit faire, en mettant de très belles choses en lumière au nom de son corps ; mais ne pouvoit consentir qu'il y laissastlc nom dudit sieur Desargues :

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à (juoy seul sur le champ le dit sieur Rosse ré- [)()iidit , qu'en liomnie d'iioniieur il ne devoit ny ne pouvoit l'en osier.

Et nousdils sous-signez lui usons donné celle présente déclaration, qu'en lant qu'eu nous est, pour la part que nous avons et faisons en la dite Académie. Nous reconnoissons et agréons l'Iionneur qu'il témoigne luy vouloir faire, en publiant au nom d'icelle des préceptes bien conceiis pour le seur et facile avancement à venir des etudiaus à la pratique de pourtraire, au lieu de l'y mettre comme ses précédentes œuvres en son nom seul.

Fait à PariSj ce premier juillet lC5o.

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